Pendant la dernière guerre, la chasse était interdite. Mais, malgré un braconnage aussi dangereux qu’intensif, les sangliers pullulaient… En trouvant à la libération la table mise, les chasseurs, complètement irresponsables, ont réglé le problème de la surpopulation en quinze ans. C’était l’époque où l’on affirmait haut et fort que les grandes migrations de sangliers arrivaient chaque année des pays de l’Est et qu’il n’y avait qu’à se servir quand ils étaient de passage. Tirant sur leurs bretelles, bedaine en avant, les plus grands connaisseurs affirmaient même doctement au bistrot du village, que ces mouvements migratoires étaient suivis par des « gens, probableu...ment des savants » en hélicoptère. En rupture avec les traditions d’avant-guerre, c’est en jeep, Dodge et autres GMC que les chasseurs pénétraient maintenant les grands massifs forestiers pour « débarder » leur gibier. En Argonne précisément, pays de toutes les passions, on pendulait même les sangliers selon une méthode hautement scientifique. La technique, fort simple au demeurant, est encore utilisée aujourd’hui, dans le secret de certaines baraques de chasse et ne fait rire personne. On se rassemble autour de la carte du massif, que le gourou du coin, appelons-le... Bernard, parcourt de son pendule. Si l’objet de sorcier bouge, il trahit la présence des sangliers, dont on peut même estimer le nombre en fonction de l’excitation de l’instrument. Surtout, pas de deuxième passage qui ferait fuir les animaux, trop magnétisés ! Lors de la chasse du lendemain, deux hypothèses sont alors possibles, toujours très scientifiques : la première est que l’on rencontre des sangliers, et le gourou est alors encensé, la seconde est que l’on fasse buisson creux et on cherche alors le « foutu salopard » qui a fait fuir les sangliers en les pendulant une fois de trop. Il ne viendrait à l’esprit de personne de douter un instant de l’efficacité de l’outil.
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