Des perdrix facilement : un manuel pour sauver la perdrix grise

Richesse du désert : la gazelle dorcas

Appelée aussi gazelle des sables, la « Gazella dorcas » est une petite antilope emblématique des milieux désertiques d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Parfaitement adaptée aux conditions extrêmes, elle incarne la résilience de la faune face à la chaleur et à la rareté de l’eau. Mesurant entre 55 et 65 cm au garrot pour un poids de 15 à 20 kg, elle se distingue par son pelage beige à brun, marqué de zones plus claires et de bandes sombres qui lui assurent un excellent camouflage dans les paysages arides. Ses cornes fines en forme de lyre, plus développées chez les mâles, renforcent son allure élégante. Présente du Sahara à la péninsule arabique, notamment au Maroc, en Égypte ou en Arabie saoudite, cette gazelle fréquente les plaines sableuses, les zones rocheuses et les milieux semi-désertiques. Herbivore, elle se nourrit de plantes variées, feuilles, herbes et végétaux succulents, dont elle tire l’essentiel de l’eau nécessaire à sa survie, pouvant ainsi se passer de boire pendant de longues périodes. Son comportement est adapté aux fortes chaleurs : elle est surtout active à l’aube et au crépuscule. Sociale, elle vit en petits groupes, tandis que certains mâles restent solitaires. En cas de danger, elle peut atteindre jusqu’à 80 km/h, bondissant avec agilité pour échapper à ses prédateurs. Sa morphologie légère et ses sabots adaptés facilitent ses déplacements sur le sable. La reproduction a généralement lieu en hiver. Après une gestation de 160 à 170 jours, la femelle donne naissance à un seul petit, dissimulé durant ses premières semaines pour éviter les prédateurs. L’espèce joue un rôle écologique en participant à la dispersion des graines, mais, malgré ces capacités d’adaptation, la gazelle dorcas est aujourd’hui classée vulnérable. Le braconnage, la dégradation de son habitat et la pression humaine menacent sa survie. En 2020, un massacre d’individus dans la réserve de Termit et Tin-Toumma au Niger a illustré la gravité de la situation. La protection de ses habitats et la lutte contre le braconnage restent essentielles pour préserver ce symbole vivant des déserts.

Faisandeaux : comment réduire la prédation nocturne...

Introduire du faisan sur un territoire n’est pas une simple opération de lâcher de gibier, mais une véritable démarche de gestion visant à installer une population sauvage durable. Lorsqu’elle est bien menée, cette initiative présente un réel intérêt, tant pour la biodiversité que pour la chasse. Le faisan, comme la perdrix ou le lapin, constitue une espèce clé en plaine, capable de s’adapter à différents milieux à condition que ceux-ci soient variés et correctement aménagés. La réussite repose sur plusieurs facteurs essentiels : des lâchers progressifs sur plusieurs années, une phase d’acclimatation en volières adaptées, et surtout une régulation efficace des prédateurs. Les faisandeaux, élevés en captivité, doivent être préparés à la vie sauvage, car ils sont particulièrement vulnérables. L’aménagement du territoire est également déterminant : présence de haies, bosquets, cultures, points d’eau et zones refuges favorisent leur installation. Un suivi rigoureux des populations est indispensable afin d’évaluer la réussite de l’implantation et d’ajuster les prélèvements futurs sans compromettre l’équilibre obtenu. En résumé, avec de la patience, des aménagements adaptés et une gestion sérieuse, l’introduction du faisan peut devenir un véritable succès cynégétique et écologique.

 

Apprendre aux faisandeaux à se percher pour la nuit

L’idée peut sembler surprenante, presque anecdotique, et pourtant elle repose sur une observation très concrète du terrain : une grande partie de la mortalité des faisandeaux survient la nuit. Dans les années 1980, un garde particulier avait constaté que les jeunes faisans, en particulier ceux issus d’élevage, avaient tendance à dormir au sol, les exposant directement aux prédateurs terrestres comme les renards ou les mustélidés. Partant de ce constat, il mit au point une méthode simple mais ingénieuse, pour leur apprendre à se percher, comportement essentiel à leur survie. Le principe repose sur un apprentissage précoce, dès l’âge de six semaines, avant même leur transfert en volière d’acclimatation...

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L’OFB lance un appel à témoignages pour raviver la mémoire alsacienne du grand hamster

L’Office français de la biodiversité (OFB) lance une enquête inédite pour raviver la mémoire alsacienne du grand hamster, en sollicitant les témoignages de celles et ceux qui ont connu l’espèce avant les années 1980. Agriculteurs, chasseurs, piégeurs, habitants de la plaine ou encore personnes ayant participé à des captures dans leur jeunesse sont invités à partager leurs souvenirs et leurs connaissances. L’objectif est de reconstituer avec précision la répartition passée du grand hamster à l’échelle la plus fine possible, du lieu-dit à la parcelle, en identifiant aussi bien les zones où il était abondant que celles où il était absent. Cette enquête concerne plusieurs secteurs du territoire alsacien, notamment entre Geispolsheim, Obernai et Dorlisheim, entre Ernolsheim-sur-Bruche et Truchtersheim, ainsi qu’à la limite du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, entre Elsenheim et Jebsheim, soit un total de 39 communes ciblées. Cet appel intervient dans un contexte où, malgré des efforts de conservation importants, les populations de grand hamster peinent à se maintenir durablement. À l’approche de l’échéance, en 2028, du Plan National d’Actions dédié à l’espèce, l’OFB souhaite consolider les connaissances scientifiques afin d’adapter les stratégies futures. Les informations recueillies permettront d’affiner la cartographie historique, d’ajuster les sites de lâcher, de renforcer la pertinence des zones de conservation collective et de mieux évaluer le caractère favorable des parcelles agricoles. Les personnes volontaires seront invitées à participer à des entretiens individuels, organisés entre le 15 avril et le 1er juin 2026, afin de recueillir leurs souvenirs, l’évolution des paysages et des pratiques agricoles, ainsi que toute donnée utile à la compréhension de l’histoire de l’espèce. À travers cette démarche, l’OFB entend mobiliser une mémoire locale précieuse pour contribuer concrètement à la préservation du grand hamster, espèce emblématique du patrimoine naturel alsacien.

Contacts :

- Julien Eidenschenck, chef de l’unité Agroécologie et PNA Hamster-OFB. Tél. : 06 25 03 23 76 - Courriel : julien.eidenschenck@ofb.gouv.fr

- Vincent Pons, stagiaire Master 2 Grand hamster–OFB. Tél. : 06 98 37 61 13 - Courriel : vincent.pons@ofb.gouv.fr

Loups : avec la période des naissances, vient aussi la dispersion des meutes…

Chaque printemps marque une étape clé dans le cycle de vie du loup gris : la période des naissances. Après une gestation d’environ 62 à 65 jours, les femelles dominantes donnent naissance à une portée comptant généralement entre 3 et 6 louveteaux, même si ce nombre peut varier selon les conditions environnementales et la disponibilité alimentaire. Les petits naissent aveugles et totalement dépendants de leur mère, qui reste plusieurs semaines à proximité de la tanière pour les protéger et les allaiter. Durant cette phase, la louve adopte un comportement particulièrement vigilant et territorial. Les autres membres de la meute participent à l’alimentation de la mère et, plus tard, des jeunes, en régurgitant de la nourriture. Ce moment charnière entraîne aussi une réorganisation interne. Les jeunes de l’année précédente, devenus subadultes, sont progressivement mis à l’écart. Certains quittent alors le groupe : c’est le début de la dispersion. Livrés à eux-mêmes, ces jeunes loups entament une phase d’errance pouvant durer plusieurs mois, voire davantage. Ils parcourent parfois des centaines de kilomètres à la recherche d’un territoire et d’un partenaire. Mais derrière cette mécanique bien connue du monde sauvage se cache une réalité beaucoup moins théorique pour ceux qui vivent et travaillent sur le terrain. Car ces jeunes loups, inexpérimentés, opportunistes, et poussés par la nécessité de se nourrir, ne choisissent pas la difficulté. Moins performants dans la chasse des animaux sauvages, ils se tournent vers des proies plus accessibles : les troupeaux domestiques. Et c’est là que commence, pour les éleveurs, une période de tension extrême. Chaque année, le même scénario se répète. Alors que certains observent cette expansion du loup avec distance, confortablement installés loin des zones concernées, d’autres la subissent de plein fouet. Ceux qui commentent, théorisent ou idéalisent la présence du prédateur ne sont jamais ceux qui ramassent les brebis égorgées au petit matin. Il est toujours plus facile de défendre une cause quand on n’en paie jamais le prix.

Sur le terrain, la réalité est brutale : nuits écourtées, stress permanent, surveillance accrue, investissements lourds en matériel et en chiens de protection… pour une efficacité jamais garantie. Les mesures de protection, souvent présentées comme des solutions miracles, montrent vite leurs limites face à des animaux intelligents, adaptables et persistants. Et pendant que les débats se poursuivent, les attaques continuent. Ce qui domine aujourd’hui chez beaucoup d’éleveurs, ce n’est même plus la colère, mais une forme de résignation. Celle de devoir continuer malgré tout, de subir sans réelle perspective d’amélioration, de voir leur métier progressivement vidé de son sens. Car élever, ce n’est pas simplement produire : c’est soigner, protéger, accompagner. Or, comment continuer à exercer dignement quand une partie du troupeau est vouée, chaque année, à servir de proie ? Les semaines qui viennent vont être de nouveau un calvaire pour les éleveurs, condamnés à faire euthanasier les blessés et ensuite compter les cadavres. Le métier d’éleveur doit être autre chose que de nourrir, avec des animaux devenus du « fourrage », des prédateurs inutiles et qui n’ont plus leur place dans nos campagnes hyper anthropisées. Les cent générations qui nous ont précédés n’ont eu d’autre choix que d’éradiquer les loups. De toutes façons et quoi que l’on fasse, cette affaire de loups finira de la même façon : en invitant ces prédateurs qui ne servent à rien à regagner les grands espaces d’où ils n’auraient jamais dû être extraits.

 

Voilà un aperçu de ce que va être la saison pour de nombreux éleveurs...

 

Le lapin de garenne face à la myxomatose : chronique d’une résilience évolutive

Le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) est un mammifère lagomorphe originaire de la péninsule Ibérique, aujourd’hui largement répandu en Europe occidentale. Espèce sociale, il vit en colonies structurées au sein de terriers complexes appelés « garennes ». Son régime alimentaire est strictement herbivore, composé principalement de graminées, de jeunes pousses et de cultures agricoles, ce qui explique son impact potentiel sur les activités humaines. Dans les milieux méditerranéens comme ceux de l’est de Montpellier, le lapin de garenne trouve des conditions particulièrement favorables : sols meubles propices au creusement, climat doux et végétation abondante. Il constitue par ailleurs une espèce clé des écosystèmes, servant de proie à de nombreux prédateurs (renards, rapaces). Toutefois, en l’absence de régulation efficace, sa forte capacité de reproduction peut entraîner des phénomènes de prolifération rapide, comme observé actuellement dans plusieurs communes de l’Hérault. Ce fut précisément pour répondre à ce type de déséquilibre qu’intervenait, en 1952, une décision radicale : l’introduction volontaire de la myxomatose, dans un objectif de régulation biologique des populations de lapins, alors considérées comme nuisibles pour l’agriculture. Le virus, naturellement présent en Amérique du Sud, provoqua chez le lapin européen une maladie extrêmement virulente, caractérisée par des lésions cutanées, un affaiblissement général et une mortalité massive. L’impact fut immédiat : en quelques années, les populations de lapins s’effondrèrent sur l’ensemble du territoire. Cette chute spectaculaire modifia profondément les équilibres écologiques, affectant notamment les chaînes alimentaires. Cependant, dès les décennies suivantes, une reprise progressive des populations fut observée, suggérant une adaptation du système hôte-pathogène. Face au déclin du lapin, devenu également une espèce d’intérêt écologique et cynégétique, plusieurs stratégies de restauration ont été envisagées. Parmi elles, des tentatives innovantes de vaccination ont été menées dans les années 1980-1990. L’une des plus originales reposait sur l’utilisation de la puce du lapin comme vecteur de vaccination. Ces puces étaient mises en contact avec des souches atténuées du virus de la myxomatose, puis relâchées dans les terriers afin d’immuniser indirectement les populations sauvages. Cette méthode visait à reproduire un processus naturel de contamination, mais avec un agent pathogène affaibli. Malgré son caractère novateur, cette approche s’est révélée difficile à maîtriser en conditions naturelles. Les résultats sont restés limités et localisés, sans impact démontré à grande échelle. Ces expérimentations n’ont donc pas profondément modifié la dynamique globale des populations de lapins...

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Le ragondin : un rongeur envahissant sous surveillance

Le ragondin (Myocastor coypus) est aujourd’hui une espèce bien connue des gestionnaires de milieux aquatiques, des agriculteurs et des chasseurs. Pourtant, ce rongeur semi-aquatique n’est pas originaire d’Europe. Il provient d’Amérique du Sud, où il occupait initialement les marais et les zones humides d’Argentine, du Paraguay, du Chili ou encore du sud du Brésil. Son introduction en Europe remonte au 19e siècle. L’animal fut d’abord importé pour l’étude scientifique de l’espèce, mais c’est surtout l’essor de l’industrie de la fourrure qui a favorisé son implantation. Le ragondin (à gauche sur l'illustration) était alors élevé pour sa peau, utilisée dans la confection de vêtements et d’accessoires. De nombreux élevages ont vu le jour en France et dans plusieurs pays européens. Avec le déclin du marché de la fourrure au cours du 20e siècle, une grande partie de ces élevages a été abandonnée. Les animaux se sont échappés ou ont été relâchés dans la nature, donnant naissance à des populations sauvages. Doté d’une grande capacité d’adaptation, le ragondin s’est rapidement installé dans les milieux aquatiques européens. En France, l’espèce est aujourd’hui présente sur la quasi-totalité du territoire. Le ragondin est un rongeur de grande taille. Un adulte peut atteindre jusqu’à 10 kg, bien que son poids moyen se situe plutôt autour de 6 kg. Son corps massif mesure entre 50 et 60 cm, auquel s’ajoute une queue cylindrique d’environ 40 cm, peu poilue et écailleuse. Son pelage brun est constitué de poils de jarre protecteurs et d’un sous-poil dense et imperméable qui lui permet de résister au froid et à l’humidité. L’un des traits les plus caractéristiques de l’espèce reste la couleur orange vif de ses incisives. Comme chez tous les rongeurs, ces dents poussent en permanence et doivent être usées par la mastication. Les pattes antérieures sont munies de griffes puissantes qui servent à manipuler la nourriture et à creuser, tandis que les pattes postérieures sont largement palmées, ce qui fait du ragondin un excellent nageur. L’animal possède également des narines valvulaires capables de se fermer sous l’eau, une adaptation qui facilite ses déplacements aquatiques. Les femelles disposent de huit à dix mamelles placées sur les flancs, ce qui permet aux petits de téter même lorsque la mère nage. Dans la nature, la longévité du ragondin dépasse rarement quatre ans, mais sa capacité de reproduction compense largement cette durée de vie relativement courte... 

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Une espèce à découvrir : la gerboise des steppes...

La gerboise des steppes (Jaculus jaculus), appartenant à la famille des Dipodidae, constitue un remarquable exemple d’adaptation morphologique et physiologique aux environnements arides. Ce petit rongeur, mesurant entre 10 et 15 cm de longueur corporelle (auquel s’ajoute une queue pouvant atteindre 20 cm), présente une silhouette immédiatement reconnaissable : de longues pattes postérieures hypertrophiées, des membres antérieurs courts et de grandes oreilles, parfois comparées à celles de certains lagomorphes. Cette conformation lui permet une locomotion saltatoire très efficace, avec des bonds pouvant dépasser un mètre, soit plusieurs fois la longueur de son corps. Cette stratégie de déplacement, proche de celle des kangourous, réduit le contact avec le sol brûlant et optimise la fuite face aux prédateurs tels que les rapaces nocturnes, les serpents ou les petits carnivores désertiques. Son pelage, généralement sableux à brun clair, présente une coloration cryptique parfaitement adaptée aux substrats désertiques, tandis que la queue, terminée par un pinceau noir et blanc, jouerait un rôle dans l’équilibre et la communication visuelle. L’espèce est largement distribuée en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte) et s’étend jusqu’au Moyen-Orient, occupant des milieux ouverts, sablonneux ou caillouteux, souvent caractérisés par une végétation clairsemée. La gerboise creuse des terriers complexes pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres de profondeur, avec des chambres spécifiques pour le repos, la reproduction et parfois le stockage alimentaire. Ces terriers offrent une protection efficace contre les variations thermiques extrêmes, où les écarts peuvent dépasser 30 °C entre le jour et la nuit. L’activité de la gerboise est strictement nocturne, avec des sorties généralement observées peu après le coucher du soleil. Cette temporalité réduit non seulement les risques de prédation, mais limite également les pertes hydriques, un enjeu vital dans ces milieux contraints...

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Faune sauvage : une période décisive pour les naissances chez les sangliers

Le printemps constitue une période clé pour la reproduction de la faune sauvage, et la météo joue un rôle déterminant dans le succès des naissances. Températures, humidité et stabilité climatique influencent directement la survie des jeunes animaux. Chez le sanglier, espèce particulièrement sensible à ces variations au moment de la mise bas, cette réalité est encore plus marquée. Actuellement, nous sommes en plein pic des naissances, qui s’étend généralement de mi-mars à la fin avril. Cette période correspond à un moment critique où les marcassins, encore fragiles, dépendent totalement des conditions extérieures. Contrairement aux adultes, parfaitement adaptés aux intempéries printanières, les nouveau-nés ne disposent pas encore d’un système de régulation thermique efficace. Même si la laie aménage soigneusement un chaudron, nid isolant composé de végétaux, quelques jours de froid humide, voire des gelées tardives, peuvent suffire à décimer tout ou partie d’une portée. Selon certaines observations de terrain, des épisodes de froid printanier peuvent entraîner jusqu’à 30 à 50 % de mortalité chez les jeunes marcassins. Les conséquences de ces pertes varient fortement selon leur ampleur. Si un ou plusieurs marcassins survivent, la laie poursuit son rôle maternel normalement, comme si la portée était complète. Toutefois, une portée réduite aura un impact direct sur la population observable à l’automne : il y aura moins de jeunes sangliers (bêtes rousses) lors de l’ouverture de la chasse en septembre. En revanche, si la totalité de la portée disparaît, le comportement de la laie change radicalement. Après une phase de lactation interrompue, elle retrouve progressivement son cycle biologique et peut entrer à nouveau en chaleur dès le mois de mai, à condition que son état physique soit satisfaisant et que la nourriture soit abondante. Cette seconde reproduction, souvent peu documentée, donne naissance à une nouvelle portée environ quatre mois plus tard, soit entre fin août et septembre. Ce phénomène, parfois perçu comme atypique, est en réalité une réponse naturelle aux aléas climatiques du printemps. Cependant, ces naissances tardives offrent peu de chances de survie. Les marcassins nés à la fin de l’été arrivent en pleine période de chasse, où la pression des chiens et des battues représente un danger majeur. À cela s’ajoute l’approche de l’hiver, période exigeante pour des jeunes encore peu développés. La mortalité est donc particulièrement élevée, rendant ces portées tardives presque insignifiantes en termes de renouvellement de population. Ainsi, lorsqu’une laie perd sa portée principale de printemps, même si elle se reproduit à nouveau, sa contribution réelle à la population annuelle de sangliers reste faible.

Plan de chasse qualitatif pour le cerf élaphe

Dans une perspective d’optimisation du plan de chasse appliqué au cerf élaphe (Cervus elaphus), la question de la simplification des critères qualitatifs apparaît centrale. En effet, si la gestion différenciée des individus selon leur âge, leur sexe ou leur statut reproducteur constitue un objectif pertinent sur le plan biologique, sa mise en œuvre opérationnelle se heurte souvent à des difficultés d’identification sur le terrain. Dans ce contexte, une approche fondée sur un nombre limité de catégories, reposant sur des critères morphologiques simples et immédiatement observables, semble plus adaptée. La proposition consiste à structurer le plan de chasse autour de deux types de bracelets distincts. Le premier correspondrait à une catégorie regroupant les individus portant au minimum douze cors ou plus. Ce seuil, historiquement utilisé dans certaines réglementations cynégétiques, constitue un indicateur relativement fiable de maturité et de développement morphologique. Ces animaux, généralement âgés, occupent fréquemment une position dominante dans la hiérarchie sociale et jouent un rôle déterminant dans la reproduction, notamment durant la période de rut. Leur prélèvement excessif peut entraîner une désorganisation des structures sociales et une altération des dynamiques génétiques des populations. La mise en place d’un bracelet spécifique pour cette catégorie permettrait ainsi d’encadrer leur prélèvement, en instaurant une protection relative compatible avec les objectifs de gestion durable...

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Réensauvagement : restaurer la nature, oui… mais jusqu’où ?

Depuis deux siècles, l’Europe a profondément transformé ses paysages. L’extension de l’agriculture, l’industrialisation, l’urbanisation et l’intensification de la chasse ont entraîné la disparition progressive d’une grande partie de la faune sauvage. Loups, lynx, ours ou bisons ont été éliminés de nombreux territoires, tandis que les milieux naturels ont été fragmentés par les routes, les villes et les infrastructures. Aujourd’hui, selon les estimations scientifiques, la biodiversité européenne continue de reculer à un rythme alarmant. Face à ce constat, la protection de la nature a longtemps reposé sur la création de parcs et de réserves. Mais depuis une vingtaine d’années, une nouvelle approche gagne du terrain : le réensauvagement, ou rewilding. L’idée n’est plus seulement de préserver ce qui subsiste, mais de restaurer les processus naturels en redonnant de l’espace à la faune et aux dynamiques écologiques. Une étude récente a identifié environ 117 millions d’hectares en Europe, soit près d’un quart du continent, qui pourraient accueillir des projets de réensauvagement. Les régions les plus favorables se situent notamment en Scandinavie, en Écosse ou dans certaines zones de la péninsule ibérique. Ces territoires présentent plusieurs caractéristiques communes : une faible densité humaine, de vastes espaces naturels et, souvent, la présence déjà établie de certaines espèces clés.

Mais, plutôt que d’imaginer un retour uniforme de la nature sauvage, les scientifiques privilégient une autre stratégie : celle des noyaux de nature connectés. Le principe consiste à protéger ou restaurer de grandes zones naturelles servant de réservoirs de biodiversité. Autour de ces cœurs de nature, des corridors écologiques permettent aux espèces de circuler entre les habitats. Cette logique de réseau est aujourd’hui au cœur des politiques de conservation. En France, elle se traduit notamment par la Trame verte et bleue, un dispositif destiné à reconnecter des milieux naturels fragmentés. L’objectif est de permettre aux espèces de se déplacer, de se reproduire et de recoloniser progressivement certains territoires...

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Survie des ongulés juvéniles

Une étude récente menée dans l’ouest du Canada apporte un éclairage particulièrement instructif sur les mécanismes de déclin des populations de grands ongulés dans des paysages fortement modifiés par l’activité humaine. Les chercheurs ont suivi durant 10 mois, 180 jeunes orignaux (Alces alces) âgés de 7 à 8 mois jusqu’à leur 18 mois, dans deux régions marquées par une exploitation forestière intensive consécutive à une vaste épidémie d’insectes ravageurs. L’objectif était de comprendre comment les perturbations anthropiques, notamment les coupes forestières récentes et la densité des routes, interagissent avec des facteurs naturels tels que la prédation, l’état corporel, le parasitisme (tiques hivernales), la disponibilité du fourrage et les conditions météorologiques, pour influencer la survie juvénile. Les résultats montrent un taux de survie relativement faible (59 %), la prédation par les loups constituant la principale cause de mortalité. Surtout, l’utilisation des coupes récentes et des zones à forte densité routière augmentait significativement le risque de décès, indépendamment des autres variables. Cette recherche met en évidence l’importance des effets cumulatifs entre pressions humaines et contraintes écologiques naturelles, et souligne le rôle déterminant de la survie juvénile dans la dynamique des populations de grand gibier.

Les résultats de cette étude nord-américaine sont largement transposables aux contextes européens de gestion du grand gibier, notamment pour le cerf élaphe, le chevreuil, le daim ou encore l’élan scandinave. Elle met en évidence un point central : ce ne sont pas les perturbations prises isolément qui fragilisent les populations, mais leur accumulation avec des facteurs naturels déjà contraignants. Les coupes forestières récentes et les fortes densités de routes augmentent significativement le risque de mortalité des jeunes, non pas parce qu’elles supprimeraient la ressource alimentaire, au contraire puisque les jeunes peuplements offrent souvent une biomasse fourragère abondante, mais parce qu’elles accroissent la vulnérabilité face à la prédation et à la chasse. Les milieux ouverts améliorent la visibilité et l’efficacité des prédateurs, tandis que les infrastructures facilitent l’accès humain. En Europe, où les massifs forestiers sont souvent fragmentés et très accessibles, cette dynamique est particulièrement pertinente...

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L’ours des Pyrénées : le retour d’un grand plantigrade

L’ours brun (Ursus arctos) est une espèce autochtone des Pyrénées. Présent depuis des millénaires, il a longtemps coexisté avec les sociétés pastorales. Mais à partir du XIXe siècle, la pression humaine s’intensifie : chasse, empoisonnement, destruction de l’habitat et fragmentation des massifs provoquent un déclin continu. Au milieu du 20e siècle, l’ours pyrénéen est au bord de l’extinction et dans les années 1990, il ne subsiste plus que cinq individus, essentiellement localisés dans les Pyrénées occidentales. Face à cette disparition imminente, l’État engage un programme de réintroduction. En 1996 et 1997, trois ours originaires de Slovénie sont relâchés dans les Pyrénées centrales. L’objectif est double : éviter l’extinction et restaurer une population viable. De nouveaux lâchers interviennent en 2006, puis en 2018 afin de renforcer la diversité génétique et soutenir la dynamique de reproduction. Ce choix de la souche slovène suscite immédiatement des oppositions. Certains acteurs locaux dénoncent une décision imposée depuis Paris, sans concertation suffisante. D’autres estiment que la réintroduction répond à des engagements européens en matière de biodiversité. Le débat dépasse rapidement la seule question scientifique pour devenir un symbole des tensions entre politiques environnementales nationales et réalités rurales. Aujourd’hui, le retour de l’ours constitue l’un des dossiers les plus sensibles de la gestion de la faune sauvage en France. Entre conservation d’une espèce protégée et défense d’activités traditionnelles, la cohabitation reste fragile...

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Y-a-t-il trop de cervidés en France ?

Depuis l’après-guerre, les populations françaises de cervidés, principalement le chevreuil (Capreolus capreolus) et le cerf élaphe (Cervus elaphus), ont connu une expansion marquée. Cette dynamique s’explique par plusieurs facteurs concomitants : la mise en place progressive des plans de chasse obligatoires à partir des années 1960-1970, la diminution du braconnage, l’augmentation continue de la surface forestière (près de 30 % du territoire métropolitain aujourd’hui) et l’évolution des pratiques agricoles favorables à certaines espèces. Avant les années 1970, les effectifs avaient été fortement réduits par une pression cynégétique insuffisamment régulée. Les tableaux de chasse, utilisés comme indicateurs démographiques indirects, montrent une multiplication par environ dix des prélèvements annuels de chevreuils depuis les années 1970 et par plus de quinze pour le cerf. Aujourd’hui, les prélèvements annuels s’établissent autour de 600 000 chevreuils et environ 70 000 à 80 000 cerfs élaphes selon les données récentes de l’OFB. Toutefois, l’augmentation des prélèvements ne traduit pas nécessairement une explosion uniforme des densités : une part importante de cette progression correspond à une reconquête spatiale et à l’extension de l’aire de répartition des espèces, plutôt qu’à une augmentation homogène du nombre d’individus par unité de surface...

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Le loup d’Abyssinie, le canidé le plus rare de la planète

Le loup d’Abyssinie (Canis simensis) est aujourd’hui considéré comme le canidé le plus rare au monde. Endémique des hauts plateaux d’Éthiopie, il ne subsiste plus qu’entre 400 et 500 individus à l’état sauvage, répartis en quelques populations isolées. Strictement montagnard, cet animal élancé et discret vit à plus de 3 000 mètres d’altitude, dans des paysages ouverts battus par le vent, loin des forêts et des savanes habituellement associées aux loups. Avec sa silhouette fine, son pelage roux marqué de blanc sur la gorge et le ventre, et son museau allongé, le loup d’Abyssinie ressemble à un renard aux longues pattes. Pourtant, il est bien plus proche du loup gris que du renard commun. Cette apparence trompeuse reflète surtout une adaptation poussée à un milieu extrême, où la rareté des proies et les contraintes climatiques ont façonné un comportement unique chez les canidés. Contrairement à ses cousins, le loup d’Abyssinie est avant tout un chasseur solitaire. Sa proie principale n’est ni le grand gibier ni le bétail, mais de petits rongeurs endémiques des hauts plateaux, notamment les rats-taupes géants et diverses espèces de rats fouisseurs. Il passe une grande partie de la journée à arpenter les prairies d’altitude, l’oreille tendue, prêt à plonger brusquement le museau dans un terrier pour capturer sa proie. Cette spécialisation alimentaire extrême explique à la fois son succès dans cet écosystème et sa grande vulnérabilité. Si la chasse est solitaire, la vie sociale du loup d’Abyssinie est, en revanche, étonnamment complexe. Les individus vivent en groupes familiaux structurés, comprenant un couple reproducteur dominant et plusieurs adultes apparentés. Ces groupes défendent collectivement un territoire, qu’ils marquent et patrouillent régulièrement...

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