Canon-Fronsac Château du Gazin

Petit gibier : n’avons-nous pas raté quelque chose ?

Il faut parfois accepter de se regarder dans le miroir. A quelques jours de l'ouverture de la chasse, une question mérite d’être posée sans détour : n’avons-nous pas, cette année, raté quelque chose ? Les épisodes de chaleur extrême, les sécheresses, les incendies et les conditions météorologiques particulièrement difficiles ont durement éprouvé la petite faune. Perdrix, faisans, lapins, lièvres et autres espèces ont payé un lourd tribut à ces conditions parfois catastrophiques. Ne parlons pas ici des endroits incendiés et totalement sinistrés, où les chasseurs ont été à la hauteur, mais des autres territoires où les comptages sont préoccupants et la reproduction médiocre. Face à ce constat, notre communication n’a peut-être pas été à la hauteur. Nous avons beaucoup expliqué que la chasse était une activité de gestion. Très bien. Mais une gestion crédible suppose aussi de savoir anticiper. Pourquoi ne pas avoir davantage pris les devants ? Pourquoi ne pas avoir dit clairement : là où les populations de petit gibier ont été durement touchées, nous réduirons les prélèvements, voire nous suspendrons temporairement la chasse de certaines espèces ? Non pas sous la pression des associations anti-chasse, mais parce que nous savons gérer nos territoires et que nous entendons le démontrer. Cette position n’aurait rien d’un aveu de faiblesse. Elle serait au contraire une preuve de maturité. Car il faut parallèlement rappeler une autre réalité : toutes les espèces ne connaissent pas la même situation. Le grand gibier, dont les populations demeurent importantes dans de nombreux secteurs, voire excessives, doit continuer à faire l’objet d’une régulation soutenue. Sangliers, cervidés et autres grands animaux peuvent provoquer des dégâts agricoles considérables, multiplier les collisions routières et ferroviaires, et poser des problèmes sanitaires. Réduire ici tout en protégeant là où c’est nécessaire n’a rien de contradictoire : c’est précisément cela, gérer. Le chasseur ne peut donc pas réclamer simultanément davantage de reconnaissance comme gestionnaire de la faune et refuser toute adaptation de ses propres prélèvements. La crédibilité se gagne sur le terrain, pas dans les communiqués. Il ne s’agit évidemment pas de tendre le bâton aux adversaires de la chasse. Ceux qui rêvent de transformer chaque mauvaise année en moratoire général n’ont pas besoin que nous leur fournissions nous-mêmes leurs arguments. Mais il serait tout aussi dangereux de leur laisser le monopole du discours sur la protection du petit gibier. Prenons les devants. Comptons, constatons, expliquons et adaptons. Suspendre une chasse localement lorsque la population est trop fragile n’est pas renoncer à la chasse. C’est préparer sa continuité. Parce que le meilleur défenseur du petit gibier n’est pas celui qui veut absolument le chasser chaque année. C’est celui qui veut encore pouvoir le chasser dans dix ans.


L’Anses renforce son rôle dans la lutte contre la trichinellose

L’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) a désigné le Laboratoire de santé animale de l’Anses comme laboratoire de référence international pour cette maladie parasitaire. Isabelle Vallée, cheffe de l’unité Biologie et immunologie parasitaires, est chargée de ce nouveau mandat. Cette reconnaissance vient consacrer une expertise déjà ancienne : l’Anses est depuis 2014 centre collaborateur de l’OMSA dans le domaine des parasites transmissibles à l’être humain par les aliments et laboratoire national de référence pour ces parasites, dont Trichinella. Il s’agit du vingt-septième mandat international confié à l’Agence. La trichinellose est provoquée par des vers parasites du genre Trichinella, dont les larves s’installent dans les muscles. Chez l’être humain, la contamination intervient principalement après la consommation de viande infectée insuffisamment cuite. Diarrhées, fièvre, gonflement du visage et douleurs musculaires peuvent apparaître, avec, dans les formes graves, des complications neurologiques ou visuelles. En Europe, le porc, le sanglier et le cheval figurent parmi les animaux susceptibles de transmettre le parasite. En France, les contrôles sanitaires réalisés sur les espèces à risque ont rendu les contaminations humaines très rares. Les cas recensés sont toutefois le plus souvent associés à des viandes non contrôlées, notamment issues de la chasse ou d’importations illégales. Dans le cadre de son nouveau mandat, l’Anses apportera un soutien scientifique et technique aux pays membres de l’OMSA. L’Agence pourra notamment contribuer à améliorer les capacités de détection, former les personnels de laboratoire, organiser des essais interlaboratoires et intervenir lors de situations de crise. Elle participera également à l’actualisation des recommandations internationales concernant le diagnostic de la trichinellose. En parallèle, ses équipes poursuivent leurs recherches sur de nouvelles méthodes de détection, la prévention des contaminations et le suivi de leur origine. L’Anses conserve par ailleurs une importante collection de souches de Trichinella, constituant une ressource scientifique majeure pour mieux surveiller et combattre ce parasite à l’échelle internationale.


Plantes invasives : des méthodes à l’épreuve du terrain

La lutte contre les plantes aquatiques exotiques envahissantes montre combien la gestion de ces espèces peut être complexe. Deux exemples récents, présentés dans la revue Hydromag de juin 2026, illustrent des approches très différentes. À Reims, le plan d’eau du parc Léo-Lagrange, d’environ un hectare, est fortement colonisé depuis plusieurs années par le myriophylle à feuilles variables (Myriophyllum heterophyllum). Pour préserver les usages récréatifs et paysagers tout en restaurant les équilibres biologiques, la ville a mis en place une gestion dite intégrée : arrachage ciblé, faucardage, traitement de la vase organique, application mensuelle d’un colorant et aération du milieu. Des engins amphibies retirent notamment d’importantes quantités de végétation. Mais cette méthode présente une limite importante : le myriophylle peut se multiplier à partir de fragments de tiges abandonnés dans l’eau. Surtout, la combinaison simultanée de plusieurs techniques rend difficile l’évaluation de l’efficacité de chacune. Le recours à la craie pour agir sur les sédiments et au colorant pour réduire la lumière disponible n’est par ailleurs pas suffisamment documenté scientifiquement pour permettre de conclure à leur efficacité. Le principal regret concerne donc l’absence de résultats chiffrés permettant de mesurer précisément l’évolution de la colonisation. En Loire-Atlantique, dans la basse vallée du Don, confrontée depuis 1997 à une forte présence de jussie à grandes fleurs (Ludwigia grandiflora), le constat a été différent. Pendant vingt ans, le syndicat Chère Don Isac a multiplié les arrachages mécaniques et manuels. Ces interventions, qui ont coûté plus de 700 000 euros, ont permis de préserver certains secteurs mais n’ont pas réussi à enrayer durablement l’expansion de la plante. À partir de 2023, une nouvelle stratégie expérimentale a donc été engagée : restaurer la morphologie du cours d’eau afin d’augmenter localement la vitesse du courant et de rendre le milieu moins favorable à la jussie. Sur près de 500 mètres, 5 300 pieux de châtaignier, environ 4 000 boutures de saules et plus de 10 500 fagots ont ainsi été installés, pour un coût d’environ 300 000 euros. Cette approche de renaturation bénéficie désormais d’un accompagnement financier permettant de poursuivre les travaux. Ces deux expériences montrent surtout l’importance d’une gestion fondée sur l’observation, le suivi et l’évaluation des résultats. Les techniques séduisantes mais insuffisamment validées scientifiquement doivent être mesurées avant d’être généralisées, tandis que les solutions de restauration écologique peuvent offrir des perspectives plus durables lorsqu’elles sont adaptées au fonctionnement du milieu.


Modalités de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD)

L’article 2 de l’arrêté du 10 août 2026 précise les conditions dans lesquelles peuvent être détruites les espèces indigènes classées « susceptibles d’occasionner des dégâts ». Il encadre les différentes méthodes autorisées (piégeage, tir et déterrage) ainsi que les périodes et les lieux où elles peuvent être mises en œuvre. Pour la belette, la fouine et la martre, le piégeage est autorisé toute l’année, mais dans des secteurs précisément définis : à moins de 250 mètres des bâtiments, élevages ou installations avicoles, ainsi que dans certains secteurs consacrés à la conservation du petit gibier. La destruction à tir peut également être autorisée par le préfet entre la fermeture générale de la chasse et le 31 mars, lorsqu’un intérêt protégé par le Code de l’environnement est menacé. Ces opérations sont toutefois suspendues dans les parcelles faisant l’objet de traitements chimiques contre les campagnols. Le renard peut être piégé et déterré toute l’année. Sa destruction à tir nécessite une autorisation préfectorale entre la fermeture générale et le 31 mars, avec une possibilité de prolongation au-delà de cette date sur les terrains consacrés à l’élevage avicole. Là encore, les opérations sont suspendues pendant certaines campagnes de lutte chimique contre les campagnols. Le corbeau freux et la corneille noire peuvent être détruits à tir jusqu’au 31 mars, avec des prolongations possibles jusqu’au 10 juin, voire jusqu’au 31 juillet pour prévenir des dommages agricoles importants. Le piégeage reste autorisé toute l’année. Le tir dans les nids est interdit et l’utilisation d’appâts carnés dans les cages à corvidés est fortement encadrée. La pie bavarde peut être détruite à tir jusqu’au 31 mars, avec des prolongations préfectorales possibles jusqu’au 10 juin ou au 31 juillet dans certaines situations. Le tir est limité à des secteurs précis, notamment les cultures maraîchères, vergers et zones de conservation du petit gibier. Le piégeage y est également possible. Le geai des chênes peut être détruit à tir jusqu’au 31 mars, sous autorisation préfectorale et lorsque certaines conditions sont réunies. Son piégeage est également autorisé dans les vergers et vignobles durant des périodes déterminées. Enfin, l’étourneau sansonnet peut être détruit à tir jusqu’au 31 mars, avec une possibilité de prolongation jusqu’à l’ouverture générale de la chasse. Le piégeage reste autorisé toute l’année. L’article 2 constitue ainsi le cadre national général de régulation des ESOD, tandis que l’article 4 permet d’appliquer, dans certains départements, des restrictions ou conditions particulières précisées dans l’annexe.

 

Pour consulter l’arrêté complet sur Légifrance, c’est ICI


Grand tétras : quatre jeunes oiseaux viennent contredire les Cassandre

Pendant que les opposants au programme vosgien « Grand Tétras » se réjouissaient déjà de son possible abandon après 2029, le seigneur des forêts vient d’apporter une réponse autrement plus concrète : au moins quatre jeunes oiseaux ont été détectés dans la réserve naturelle nationale du massif du Grand Ventron. Une poule accompagnée de quatre jeunes a été observée début août. Des prélèvements biologiques ont été réalisés pour confirmer et documenter cette reproduction. Une autre information est venue renforcer l’intérêt de ces observations : la femelle « Nora », relâchée en 2024 dans le cadre du programme, a été photographiée le 25 juillet dernier, plus de 820 jours après sa remise en liberté. Ces constats interviennent alors que les cinq associations écologistes opposées au renforcement de la population vosgienne dénoncent depuis le début une opération qu’elles jugent vouée à l’échec. La mortalité des premiers oiseaux relâchés a évidemment alimenté leurs critiques, jusqu’à la perspective annoncée d’un arrêt du programme au terme de sa période actuelle, en 2029. Mais l'expérimentation n'est pas terminée. Et surtout, elle vient de produire ce qui constitue précisément l'un de ses objectifs : de la reproduction. Le PNR des Ballons des Vosges poursuit son travail de suivi et documente les déplacements, la survie et la reproduction des oiseaux. En 2026, 17 nouveaux grands tétras ont ainsi été introduits, venant renforcer une population relictuelle estimée entre trois et cinq individus. Bien sûr, tout n'est pas gagné. La prédation, évaluée à 33 % au cours des deux premières années, demeure un facteur préoccupant et la mortalité des oiseaux déplacés doit continuer à être analysée. Mais tirer dès maintenant la conclusion définitive d'un échec paraît pour le moins prématuré. Une expérimentation scientifique se juge au terme de l'expérience, pas au gré des satisfactions militantes. Les quatre jeunes du Grand Ventron ne constituent pas encore une victoire définitive. Mais ils sont incontestablement une raison de poursuivre l'observation plutôt que de proclamer trop vite l'échec. Pendant que certains annoncent déjà la fin de l'histoire, le Grand Tétras, lui, semble avoir décidé d'écrire la suite.


La semaine en bref...

- Aisne : la FDC entend s’attaquer à l’une des pratiques longtemps utilisées pour tenter de limiter les dégâts de sangliers dans les cultures : l’agrainage dissuasif, dont le principe consiste à déposer ponctuellement de la nourriture, notamment du maïs, afin de retenir les animaux en forêt et de les éloigner des parcelles agricoles. Cependant, face à l’augmentation des populations et à l’explosion du coût des dégâts, la FDC souhaite désormais tourner la page de cette stratégie. Le département dispose déjà d’un plan de gestion cynégétique du sanglier visant à maintenir l’équilibre agro-sylvo-cynégétique et à faciliter les prélèvements dans les secteurs les plus touchés. L’abandon de l’agrainage constituerait donc un changement de doctrine : plutôt que de chercher à concentrer artificiellement les sangliers pour les détourner des cultures, l’objectif serait de privilégier une régulation plus directe des populations, adaptée aux réalités locales. Une décision qui sera suivie de près à travers la facture des dégâts...

 

- Hautes-Alpes : le samedi 29 août, le village de La Grave, dans les Hautes-Alpes, accueillera la 11e édition de la Rencontre de la Montagne Partagée, un rendez-vous devenu incontournable pour promouvoir une montagne plus accessible, inclusive et solidaire. Organisée par les associations 82-4000 Solidaires, En Passant par la Montagne, Mountain Riders et CAF Jeunes en Montagne, cette journée rassemble chaque année des participants venus d'horizons très différents autour d'une même passion : la montagne comme espace de rencontre, de dépassement de soi et de partage. Cette édition 2026 s'articule autour du thème « Prendre de la hauteur pour (re)prendre confiance », une invitation à découvrir que la pratique de la montagne peut être un formidable outil d'épanouissement personnel, de reconstruction et de création de liens sociaux. Tout au long de la journée, les participants évolueront au sein de cordées mixtes réunissant des personnes aux parcours variés, favorisant l'entraide, la confiance mutuelle et la découverte des paysages exceptionnels du massif de la Meije. Des professionnels de la montagne et des pratiquants expérimentés encadreront les activités, tandis que d'autres volontaires assureront l'accueil des participants, la gestion du matériel, la logistique, les déplacements ainsi que l'animation de la journée.

 

- Ariège : après l’incident survenu le 7 août sur l’estive d’Arréou, le président de la Chambre d’agriculture de l’Ariège, Philippe Lacube, demande à l’État d’accélérer la mise en œuvre du protocole « ours à problème ». À la suite de la rencontre entre l’éleveur et l’ours, les services de l’État ont annoncé un arrêté autorisant, dans certaines conditions, le conditionnement aversif de l’animal. Celui-ci consiste à associer un comportement jugé dangereux à une sensation désagréable, notamment au moyen de tirs de projectiles en caoutchouc. La Chambre d’agriculture demande désormais le passage à la deuxième étape du protocole : la capture de l’ours concerné et son équipement avec un dispositif permettant de le suivre. Elle souhaite également que des suivis de terrain soient réalisés par l’OFB, afin de vérifier si le comportement observé se reproduit. Quant à l’association Pays de l’Ours-Adet, elle soutient le suivi de l’animal et considère que le conditionnement aversif ne doit être utilisé qu’en cas de renouvellement du comportement problématique. Selon elle, l’ours aurait réagi dans un contexte de stress après avoir été surpris en lisière de forêt et confronté au chien de l’éleveur. L’association parle d’une réaction défensive plutôt que d’une attaque. Mais la Chambre d’agriculture estime pour sa part que la situation pose désormais une question de sécurité pour les éleveurs et les autres usagers de la montagne...

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Collier GPS pour chien ESEEK : retrait du marché et rappel ordonné par l’ANFR

Les utilisateurs du collier GPS pour chien ESEEK GPS HOUND TRACKER GD03 sont appelés à la vigilance. La FACCC a relayé l’information concernant le retrait du marché français et le rappel de ce modèle, à la suite de contrôles réalisés par l’Agence nationale des fréquences (ANFR). Le collier est fabriqué par la société chinoise Shenzen Yixie Electronics Co Ldt, et commercialisé en France par Varrot Accessoires. Dans le cadre de sa mission de surveillance des équipements radioélectriques, l’ANFR a contrôlé cet appareil et relevé plusieurs non-conformités concernant son utilisation des fréquences radioélectriques. Les contrôles ont notamment mis en évidence l’utilisation de fréquences non autorisées ainsi qu’un dépassement des limites de puissance réglementaires. L’Agence a également constaté des manquements concernant la procédure d’évaluation de la conformité et une documentation technique incomplète. Les conditions techniques d’utilisation des fréquences n’étaient donc pas respectées. Compte tenu de ces différentes anomalies, l’ANFR considère que le collier n’aurait pas dû être mis sur le marché français. En l’absence de mesures suffisantes permettant de mettre fin à ces non-conformités, l’Agence a pris une décision imposant le retrait du produit du marché ainsi que son rappel. Cette mesure concerne l’ensemble des circuits de distribution, y compris les magasins physiques et les plateformes de vente en ligne. Les distributeurs sont tenus de prendre les mesures nécessaires s’ils constatent que les équipements qu’ils ont commercialisés ne sont pas conformes. En cas d’inaction ou d’absence d’instruction du fabricant, ils doivent donc procéder eux-mêmes au retrait et au rappel des appareils concernés. L’ANFR poursuit parallèlement ses contrôles afin de vérifier que le modèle ESEEK GPS HOUND TRACKER GD03 ne soit plus proposé à la vente en France. Les propriétaires qui utilisent ce collier sont invités par l’Agence nationale des fréquences à se rapprocher de leur point de vente afin de connaître les modalités pratiques du rappel et les suites à donner à leur équipement. Pour les chasseurs et conducteurs de chiens utilisant ce type de dispositif de localisation, cette décision rappelle également l’importance de vérifier la conformité des équipements radio avant leur utilisation sur le terrain. Dans le cas présent, les anomalies constatées concernent directement les conditions réglementaires d’utilisation des fréquences radioélectriques.


Loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles : ce qui change pour l’eau, la faune et les territoires

Promulguée le 18 août 2026 et publiée au Journal officiel le 19 août, la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles entend apporter des réponses concrètes aux difficultés rencontrées par l’agriculture française, notamment face au changement climatique, à la concurrence internationale et aux contraintes administratives. Plusieurs de ses dispositions concernent directement ou indirectement les territoires ruraux et, à ce titre, intéressent le monde cynégétique. Le texte fait d’abord de l’accès à l’eau et de son stockage un enjeu majeur d’adaptation : l’État se fixe pour objectif de doubler les volumes de stockage d’eau agricole d’ici 2035, tandis que la réutilisation des eaux usées traitées devra fortement progresser. Certaines procédures sont simplifiées pour les retenues collinaires de moins de trois hectares et les plans d’eau de moins d’un hectare situés en zone humide. La loi renforce également le rôle des préfets et des organismes de gestion collective de l’eau, tandis que les projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) sont consacrés par la loi. Pour les territoires ruraux, cette évolution est importante puisque la disponibilité de l’eau conditionne à la fois les productions agricoles, les milieux naturels et la capacité d’accueil de la faune sauvage. Le texte prévoit parallèlement une meilleure protection des terres agricoles, avec un renforcement des compensations et des mesures destinées à limiter leur artificialisation ou leur détournement. Mais la mesure la plus directement liée à la gestion de la faune sauvage concerne le loup. La loi sécurise le dispositif de tir et reconnaît que les modalités de gestion de l’espèce peuvent évoluer en fonction de l’intensité de la prédation. Elle consacre également le caractère non-protégeable des élevages bovins, autorise les éleveurs à utiliser certaines lunettes de tir reposant sur l’intensification de lumière, la détection thermique ou l’infrarouge passif et permet que la fixation du nombre de loups pouvant être éliminés chaque année tienne compte d’un seuil de viabilité de l’espèce, défini de manière à maintenir celle-ci dans un état de conservation favorable. L’intervention des lieutenants de louveterie est par ailleurs juridiquement sécurisée. Enfin, la loi renforce la protection des agriculteurs et des porteurs de projets contre certains recours abusifs : lorsqu’un projet d’élevage ou de stockage d’eau fait l’objet d’un recours reconnu abusif par le juge, son responsable pourra demander des dommages et intérêts. Au-delà des mesures agricoles proprement dites, le texte affirme donc une orientation claire : faciliter les projets, sécuriser l’élevage, améliorer l’accès à l’eau et adapter la gestion des grands prédateurs aux réalités du terrain, tout en maintenant la prise en compte des équilibres environnementaux.


Ces très utiles charognards...

Si la charogne constitue une ressource essentielle dans les écosystèmes, sa décomposition mobilisant une véritable armée d’organismes (bactéries, insectes, champignons) elle est source d’abondance pour les animaux nécrophages. En France, certains jouent un rôle particulièrement efficace dans cet équarrissage naturel. Les plus remarquables sont sans conteste les quatre espèces de vautours : le vautour fauve, véritable spécialiste des carcasses de moyenne et grande taille ; le vautour moine, capable de s’attaquer aux parties les plus coriaces comme la peau et les tendons ; le vautour percnoptère, qui exploite les restes plus menus ; et le gypaète barbu, spécialisé dans les os. Ensemble, ils forment une chaîne de nettoyage remarquablement complémentaire. Les petits charognards comme les corbeaux, corneilles, pies et milans jouent également un rôle important : souvent parmi les premiers à découvrir un cadavre, ils contribuent à le signaler et à entamer son exploitation. À côté de ces spécialistes, le renard roux, très répandu sur le territoire français, est un opportuniste capable d’exploiter les carcasses lorsqu’elles sont disponibles. Cette diversité montre que le nettoyage de la nature ne repose pas sur une seule espèce, mais sur une véritable communauté de nécrophages. Cette fonction écologique mérite cependant d’être envisagée avec une approche de gestion, plutôt que de protection aveugle ou de régulation indiscriminée. Dans les zones d’élevage extensif et de montagne, leur efficacité peut même compléter avantageusement l’équarrissage classique. Il serait donc paradoxal de vouloir réguler fortement ces spécialistes alors qu’ils rendent un service écologique reconnu. En revanche, les espèces opportunistes et généralistes doivent pouvoir faire l’objet d’un suivi précis de leurs effectifs et de leur impact local, notamment lorsque leur abondance crée des déséquilibres ou des conflits avec certaines activités. L’objectif ne devrait donc pas être de « réguler les charognards » indistinctement, mais de gérer finement chaque espèce selon son rôle, ses effectifs et le contexte local. La connaissance de l’écologie de la charogne rappelle une réalité fondamentale : dans la nature, même un cadavre devient une ressource et chaque nécrophage occupe une place particulière dans son recyclage.


Cerfs, forêts et biodiversité : quand le grand gibier met à l'épreuve la régénération des bois européens

Le cerf est souvent considéré comme l'emblème d'une nature préservée. Pourtant, son spectaculaire retour dans de nombreux pays européens soulève aujourd'hui une question écologique de plus en plus sensible : les populations de cervidés sont-elles devenues si importantes qu'elles compromettent désormais le renouvellement naturel des forêts ? C'est le constat dressé par une vaste étude scientifique menée sur 82 massifs forestiers d'Angleterre et d'Écosse, dont les résultats relancent le débat sur l'équilibre entre grande faune sauvage et gestion forestière. Les chercheurs ont analysé des peuplements âgés de 20 à 170 ans afin de mesurer l'influence des cerfs sur la régénération naturelle des arbres. Leur conclusion est sans appel : si les semis apparaissent en abondance, très peu parviennent à dépasser les premiers stades de croissance. Les jeunes arbres, hauts de 50 à 200 centimètres, sont particulièrement rares. Le broutage répété empêche les plants de franchir la « ligne de broutage », bloquant ainsi le renouvellement du sous-bois. À terme, les peuplements vieillissent, la diversité végétale s'appauvrit et la structure des forêts se simplifie progressivement. Cette situation résulte en partie de l'essor spectaculaire des populations de cervidés observé depuis plusieurs décennies au Royaume-Uni. L'absence de grands prédateurs, des hivers plus cléments et l'abondance des ressources alimentaires ont favorisé cette expansion. Selon certaines évaluations, près de 40 % des forêts britanniques présenteraient aujourd'hui un état écologique jugé dégradé, en partie sous l'effet d'une pression de broutage devenue excessive. L'étude apporte toutefois une nuance importante. Toutes les forêts ne réagissent pas de la même manière. Les petits massifs, les peuplements très denses ou présentant une structure particulière sont les plus vulnérables. Les chercheurs montrent également qu'un broutage modéré peut parfois produire des effets bénéfiques en limitant la concurrence entre les végétaux et en favorisant l'installation de certaines essences pionnières. Ce n'est donc pas le cerf qui pose problème, mais le déséquilibre créé lorsque les densités dépassent la capacité d'accueil des milieux. Au-delà du cas britannique, cette étude interroge les politiques européennes de reboisement et de restauration des écosystèmes. À l'heure où l'Europe souhaite stocker davantage de carbone, accroître la biodiversité et développer de nouvelles forêts, la gestion des grands herbivores devient un enjeu incontournable. Pour de nombreux forestiers et gestionnaires cynégétiques, la régulation des populations de cervidés constitue désormais un levier indispensable pour préserver la capacité des forêts à se renouveler naturellement. Plus que jamais, la transition écologique rappelle que la forêt et la faune sauvage ne peuvent être pensées séparément : protéger les arbres passe aussi par la recherche d'un équilibre durable entre végétation et grand gibier.


Réflexions : quand la chasse oublie ce qui la faisait reine...

Et si la chasse moderne avait progressivement supprimé une partie de ce qui faisait précisément… la chasse ? La question mérite d'être posée, même si elle dérange. Car l'acte cynégétique ne s'est jamais résumé au coup de feu. Il reposait sur trois fondamentaux indissociables : la quête du gibier, sa poursuite et sa capture. Chercher l'animal, observer ses traces, comprendre ses habitudes, lire le terrain, remonter une voie, approcher, déjouer ses ruses, le poursuivre enfin et parvenir à s'en saisir : c'est cette succession d'actions qui donnait tout son sens à la chasse. Lorsqu'une ou plusieurs de ces étapes disparaissent, l'acte cynégétique se trouve nécessairement amputé d'une partie de sa substance. Il ne s'agit évidemment pas de condamner la gestion cynégétique. Face à l'explosion de certaines populations de grand gibier, aux dégâts agricoles et forestiers ou aux collisions routières, elle est devenue indispensable. Mais à force de parler de plans de chasse, de quotas, d'objectifs, de réalisations et de prélèvements, n'avons-nous pas fini par transformer une passion en opération comptable ? Combien de sangliers ? Combien de chevreuils ? Combien d'animaux au tableau ? Combien de cartouches tirées ? Regardez certains retours de battue : le silence du chasseur bredouille interpelle. Comme si une journée sans animal mort était nécessairement une journée perdue. C'est peut-être là que se situe notre erreur. Avons-nous fini par faire croire que la chasse n'était réussie que lorsqu'un animal était tué ? Le problème devient encore plus préoccupant lorsqu'on pense à la transmission. Parlons-nous encore chasse aux jeunes générations qui n’entendent que trop souvent parler tir ? Nous revendiquons une activité ancestrale, faite de connaissance du vivant et de communion avec les territoires, mais l'image qui leur parvient peut parfois se résumer à une arme, une détonation et un tableau. Alors que la chasse devrait raconter une aventure, nous avons oublié tout ce qui la rendait passionnante...

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