Canon-Fronsac Château du Gazin

Loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles : ce qui change pour l’eau, la faune et les territoires

Promulguée le 18 août 2026 et publiée au Journal officiel le 19 août, la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles entend apporter des réponses concrètes aux difficultés rencontrées par l’agriculture française, notamment face au changement climatique, à la concurrence internationale et aux contraintes administratives. Plusieurs de ses dispositions concernent directement ou indirectement les territoires ruraux et, à ce titre, intéressent le monde cynégétique. Le texte fait d’abord de l’accès à l’eau et de son stockage un enjeu majeur d’adaptation : l’État se fixe pour objectif de doubler les volumes de stockage d’eau agricole d’ici 2035, tandis que la réutilisation des eaux usées traitées devra fortement progresser. Certaines procédures sont simplifiées pour les retenues collinaires de moins de trois hectares et les plans d’eau de moins d’un hectare situés en zone humide. La loi renforce également le rôle des préfets et des organismes de gestion collective de l’eau, tandis que les projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) sont consacrés par la loi. Pour les territoires ruraux, cette évolution est importante puisque la disponibilité de l’eau conditionne à la fois les productions agricoles, les milieux naturels et la capacité d’accueil de la faune sauvage. Le texte prévoit parallèlement une meilleure protection des terres agricoles, avec un renforcement des compensations et des mesures destinées à limiter leur artificialisation ou leur détournement. Mais la mesure la plus directement liée à la gestion de la faune sauvage concerne le loup. La loi sécurise le dispositif de tir et reconnaît que les modalités de gestion de l’espèce peuvent évoluer en fonction de l’intensité de la prédation. Elle consacre également le caractère non-protégeable des élevages bovins, autorise les éleveurs à utiliser certaines lunettes de tir reposant sur l’intensification de lumière, la détection thermique ou l’infrarouge passif et permet que la fixation du nombre de loups pouvant être éliminés chaque année tienne compte d’un seuil de viabilité de l’espèce, défini de manière à maintenir celle-ci dans un état de conservation favorable. L’intervention des lieutenants de louveterie est par ailleurs juridiquement sécurisée. Enfin, la loi renforce la protection des agriculteurs et des porteurs de projets contre certains recours abusifs : lorsqu’un projet d’élevage ou de stockage d’eau fait l’objet d’un recours reconnu abusif par le juge, son responsable pourra demander des dommages et intérêts. Au-delà des mesures agricoles proprement dites, le texte affirme donc une orientation claire : faciliter les projets, sécuriser l’élevage, améliorer l’accès à l’eau et adapter la gestion des grands prédateurs aux réalités du terrain, tout en maintenant la prise en compte des équilibres environnementaux.


Ces très utiles charognards...

Si la charogne constitue une ressource essentielle dans les écosystèmes, sa décomposition mobilisant une véritable armée d’organismes (bactéries, insectes, champignons) elle est source d’abondance pour les animaux nécrophages. En France, certains jouent un rôle particulièrement efficace dans cet équarrissage naturel. Les plus remarquables sont sans conteste les quatre espèces de vautours : le vautour fauve, véritable spécialiste des carcasses de moyenne et grande taille ; le vautour moine, capable de s’attaquer aux parties les plus coriaces comme la peau et les tendons ; le vautour percnoptère, qui exploite les restes plus menus ; et le gypaète barbu, spécialisé dans les os. Ensemble, ils forment une chaîne de nettoyage remarquablement complémentaire. Les petits charognards comme les corbeaux, corneilles, pies et milans jouent également un rôle important : souvent parmi les premiers à découvrir un cadavre, ils contribuent à le signaler et à entamer son exploitation. À côté de ces spécialistes, le renard roux, très répandu sur le territoire français, est un opportuniste capable d’exploiter les carcasses lorsqu’elles sont disponibles. Cette diversité montre que le nettoyage de la nature ne repose pas sur une seule espèce, mais sur une véritable communauté de nécrophages. Cette fonction écologique mérite cependant d’être envisagée avec une approche de gestion, plutôt que de protection aveugle ou de régulation indiscriminée. Dans les zones d’élevage extensif et de montagne, leur efficacité peut même compléter avantageusement l’équarrissage classique. Il serait donc paradoxal de vouloir réguler fortement ces spécialistes alors qu’ils rendent un service écologique reconnu. En revanche, les espèces opportunistes et généralistes doivent pouvoir faire l’objet d’un suivi précis de leurs effectifs et de leur impact local, notamment lorsque leur abondance crée des déséquilibres ou des conflits avec certaines activités. L’objectif ne devrait donc pas être de « réguler les charognards » indistinctement, mais de gérer finement chaque espèce selon son rôle, ses effectifs et le contexte local. La connaissance de l’écologie de la charogne rappelle une réalité fondamentale : dans la nature, même un cadavre devient une ressource et chaque nécrophage occupe une place particulière dans son recyclage.


Cerfs, forêts et biodiversité : quand le grand gibier met à l'épreuve la régénération des bois européens

Le cerf est souvent considéré comme l'emblème d'une nature préservée. Pourtant, son spectaculaire retour dans de nombreux pays européens soulève aujourd'hui une question écologique de plus en plus sensible : les populations de cervidés sont-elles devenues si importantes qu'elles compromettent désormais le renouvellement naturel des forêts ? C'est le constat dressé par une vaste étude scientifique menée sur 82 massifs forestiers d'Angleterre et d'Écosse, dont les résultats relancent le débat sur l'équilibre entre grande faune sauvage et gestion forestière. Les chercheurs ont analysé des peuplements âgés de 20 à 170 ans afin de mesurer l'influence des cerfs sur la régénération naturelle des arbres. Leur conclusion est sans appel : si les semis apparaissent en abondance, très peu parviennent à dépasser les premiers stades de croissance. Les jeunes arbres, hauts de 50 à 200 centimètres, sont particulièrement rares. Le broutage répété empêche les plants de franchir la « ligne de broutage », bloquant ainsi le renouvellement du sous-bois. À terme, les peuplements vieillissent, la diversité végétale s'appauvrit et la structure des forêts se simplifie progressivement. Cette situation résulte en partie de l'essor spectaculaire des populations de cervidés observé depuis plusieurs décennies au Royaume-Uni. L'absence de grands prédateurs, des hivers plus cléments et l'abondance des ressources alimentaires ont favorisé cette expansion. Selon certaines évaluations, près de 40 % des forêts britanniques présenteraient aujourd'hui un état écologique jugé dégradé, en partie sous l'effet d'une pression de broutage devenue excessive. L'étude apporte toutefois une nuance importante. Toutes les forêts ne réagissent pas de la même manière. Les petits massifs, les peuplements très denses ou présentant une structure particulière sont les plus vulnérables. Les chercheurs montrent également qu'un broutage modéré peut parfois produire des effets bénéfiques en limitant la concurrence entre les végétaux et en favorisant l'installation de certaines essences pionnières. Ce n'est donc pas le cerf qui pose problème, mais le déséquilibre créé lorsque les densités dépassent la capacité d'accueil des milieux. Au-delà du cas britannique, cette étude interroge les politiques européennes de reboisement et de restauration des écosystèmes. À l'heure où l'Europe souhaite stocker davantage de carbone, accroître la biodiversité et développer de nouvelles forêts, la gestion des grands herbivores devient un enjeu incontournable. Pour de nombreux forestiers et gestionnaires cynégétiques, la régulation des populations de cervidés constitue désormais un levier indispensable pour préserver la capacité des forêts à se renouveler naturellement. Plus que jamais, la transition écologique rappelle que la forêt et la faune sauvage ne peuvent être pensées séparément : protéger les arbres passe aussi par la recherche d'un équilibre durable entre végétation et grand gibier.


Réflexions : quand la chasse oublie ce qui la faisait reine...

Et si la chasse moderne avait progressivement supprimé une partie de ce qui faisait précisément… la chasse ? La question mérite d'être posée, même si elle dérange. Car l'acte cynégétique ne s'est jamais résumé au coup de feu. Il reposait sur trois fondamentaux indissociables : la quête du gibier, sa poursuite et sa capture. Chercher l'animal, observer ses traces, comprendre ses habitudes, lire le terrain, remonter une voie, approcher, déjouer ses ruses, le poursuivre enfin et parvenir à s'en saisir : c'est cette succession d'actions qui donnait tout son sens à la chasse. Lorsqu'une ou plusieurs de ces étapes disparaissent, l'acte cynégétique se trouve nécessairement amputé d'une partie de sa substance. Il ne s'agit évidemment pas de condamner la gestion cynégétique. Face à l'explosion de certaines populations de grand gibier, aux dégâts agricoles et forestiers ou aux collisions routières, elle est devenue indispensable. Mais à force de parler de plans de chasse, de quotas, d'objectifs, de réalisations et de prélèvements, n'avons-nous pas fini par transformer une passion en opération comptable ? Combien de sangliers ? Combien de chevreuils ? Combien d'animaux au tableau ? Combien de cartouches tirées ? Regardez certains retours de battue : le silence du chasseur bredouille interpelle. Comme si une journée sans animal mort était nécessairement une journée perdue. C'est peut-être là que se situe notre erreur. Avons-nous fini par faire croire que la chasse n'était réussie que lorsqu'un animal était tué ? Le problème devient encore plus préoccupant lorsqu'on pense à la transmission. Parlons-nous encore chasse aux jeunes générations qui n’entendent que trop souvent parler tir ? Nous revendiquons une activité ancestrale, faite de connaissance du vivant et de communion avec les territoires, mais l'image qui leur parvient peut parfois se résumer à une arme, une détonation et un tableau. Alors que la chasse devrait raconter une aventure, nous avons oublié tout ce qui la rendait passionnante...

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44 lettres recommandées pour une seule et même démonstration : la démagogie tient parfois dans une enveloppe...

L’ASPAS vient d’adresser 44 courriers aux préfets de départements touchés par les incendies, la sécheresse ou les canicules afin de réclamer la suspension de la chasse. Quarante-quatre courriers, donc, pour demander à l’État de prendre une mesure générale au nom d’un risque qui, lui, est loin d’être uniforme sur l’ensemble des territoires concernés. Le procédé est habile : multiplier les destinataires donne l’impression d’une mobilisation massive et d’une urgence nationale. Mais une avalanche de lettres recommandées ne constitue ni une expertise scientifique, ni une étude démographique des populations de gibier, ni une évaluation des conséquences d’une interruption de la régulation. Car derrière cette opération de communication se trouve une question beaucoup plus embarrassante : que se passera-t-il si l’on cesse de chasser alors même que les populations de sangliers et de cervidés disposent de capacités de reproduction considérables ? Les animaux ne vont évidemment pas disparaître parce que l’ASPAS demande un moratoire. Ils vont survivre, se déplacer, se concentrer dans les secteurs favorables et continuer à se reproduire. Et lorsque la pression sur les milieux agricoles et forestiers augmentera, qui paiera les dégâts ? C’est précisément là que le discours devient particulièrement déconnecté des réalités de terrain. La protection de la faune ne consiste pas à empiler les interdictions au gré des événements climatiques. Elle exige de regarder les populations, leurs effectifs, leurs ressources alimentaires, leurs déplacements et les capacités d’accueil des milieux. Quarante-quatre lettres recommandées ne remplacent pas quarante-quatre études de terrain. Elles ne permettent pas davantage de déterminer qu’une suspension de la chasse serait bénéfique aux animaux. Elles permettent surtout de faire beaucoup de bruit médiatique autour d’une vieille revendication idéologique : réduire la chasse, quel que soit le contexte.


Le dépérissement des forêts : cinquante ans d'aménagements en question

Selon une étude réalisée en Allemagne, les forêts ne meurent pas uniquement à cause du réchauffement climatique. Certes, il constitue probablement un facteur aggravant, notamment en accentuant les épisodes de sécheresse et les vagues de chaleur, mais on ne peut le rendre, à lui seul, responsable du dépérissement des massifs forestiers. À ce jour, aucune étude n'a démontré que la hausse moyenne d'environ 2 °C des températures explique, à elle seule, le phénomène observé. Il faut donc s'interroger sur d'autres causes, souvent plus anciennes. Le processus de dégradation des forêts a commencé il y a plusieurs décennies. En Allemagne comme en France, les grands remembrements agricoles des années 1960 à 1980, destinés à moderniser l'agriculture, ont profondément modifié les paysages. Drainage des zones humides, arasement des talus, arrachage des haies, rectification des cours d'eau et agrandissement des parcelles ont progressivement accéléré l'écoulement des eaux de pluie vers les rivières, limitant leur infiltration dans les sols. Cette évolution s'est installée lentement, presque silencieusement, sans que les conséquences sur la ressource en eau soient pleinement prises en compte. Pourtant, les spécialistes de l'hydrologie alertent depuis plusieurs années sur la nécessité de restaurer les capacités naturelles des sols à retenir l'eau. Lorsque celle-ci disparaît, les arbres deviennent beaucoup plus vulnérables aux parasites, aux maladies et aux épisodes de chaleur. En France, les constats sont similaires. Dans de nombreuses régions de plaine, les peuplements de chênes, de hêtres ou encore d'épicéas souffrent avant tout d'un déficit hydrique chronique. Les sécheresses successives aggravent une situation déjà fragilisée par des décennies d'aménagements ayant réduit la capacité des territoires à stocker l'eau. Les dépérissements observés dans le Grand Est, en Bourgogne-Franche-Comté, en Centre-Val de Loire ou encore dans le Massif central illustrent cette tendance. Les températures plus élevées augmentent effectivement l'évaporation et modifient la répartition des précipitations. Mais c'est bien le manque d'eau disponible dans les sols qui apparaît comme le principal facteur de dépérissement. Les essences méridionales résistent souvent mieux à la chaleur parce qu'elles disposent d'adaptations physiologiques particulières ou poussent dans des contextes où leurs systèmes racinaires peuvent accéder à des réserves profondes. Les introduire dans des territoires dont les zones humides ont disparu ne constitue probablement pas une solution durable. Restaurer le cycle naturel de l'eau, redonner toute leur place aux haies, aux mares et aux zones humides pourrait, à long terme, se révéler bien plus efficace que le simple remplacement des essences forestières.


Le CIC ouvre les inscriptions pour sa 73e Assemblée générale à Hambourg

Les inscriptions sont désormais ouvertes pour la 73e Assemblée générale du Conseil international de la chasse et de la conservation du gibier (CIC), qui se tiendra à Hambourg, en Allemagne, du 8 au 11 avril 2027. Placée sous le thème « Une seule santé : faune sauvage saine, écosystèmes sains, population en bonne santé », cette nouvelle édition réunira des délégations, des membres, des partenaires et des invités venus du monde entier autour des grands enjeux liés à la conservation de la faune sauvage et à la gestion durable des territoires. Pendant quatre jours, les participants se retrouveront au Grand Elysée Hamburg, qui accueillera les principales séances de l’Assemblée. Situé à proximité du lac Alster et du centre-ville, cet établissement constituera également un lieu privilégié pour les échanges informels et les rencontres entre participants. Comme chaque année, l’Assemblée générale du CIC entend associer conférences, débats et présentations à des moments de convivialité, indispensables pour favoriser les échanges entre les différentes délégations internationales. Le choix du thème de cette 73e édition souligne l’importance croissante de l’approche « Une seule santé », qui établit un lien étroit entre la santé des populations humaines, celle de la faune sauvage et l’état des écosystèmes. Une approche particulièrement pertinente à l’heure où les questions sanitaires, la conservation de la biodiversité, les changements environnementaux et la gestion des populations animales sont de plus en plus étroitement liées. Les personnes souhaitant participer ont tout intérêt à anticiper leur inscription. Un tarif préférentiel de 10 % est proposé jusqu’au 31 août, avec le code EARLYBIRD2027 lors du paiement. Les capacités d’accueil étant limitées, le CIC recommande de ne pas attendre les dernières semaines. L’inscription peut être réalisée en quelques minutes. Un guide détaillé accompagne les participants à chaque étape, depuis le choix du billet et la création du compte jusqu’au paiement et à l’ajout éventuel des accompagnateurs. Pour ceux qui souhaitent bénéficier d’une assistance personnalisée, le Secrétariat du CIC peut également prendre en charge la procédure. Pour toute question ou demande d’information, le Secrétariat est joignable à office@cic-wildlife.org ou au +36 30 315 3776. Hambourg s’apprête ainsi à devenir, au printemps 2027, un nouveau point de rencontre international pour tous ceux qui s’intéressent à la conservation de la faune sauvage et à l’avenir des territoires.

 

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L’écologie de salon peut-elle encore donner des leçons à ceux qui entretiennent la nature ?

Il faudrait peut-être, de temps en temps, inviter les grands donneurs de leçons de l’écologie militante à quitter leurs bureaux, leurs plateaux de télévision et leurs réseaux sociaux, pour aller regarder la nature autrement qu’à travers un écran. Car, lorsqu’on entend certaines associations prétendument spécialisées dans la défense de la faune sauvage, on finit par se demander si elles connaissent réellement les territoires qu’elles prétendent protéger. Leur conception de la nature semble parfois merveilleusement simple : pas de chasse, pas d’intervention, pas de dérangement… et surtout pas de questions embarrassantes sur ce qui se passe lorsque l’on cesse de gérer les populations animales. Pendant ce temps, ce sont les ruraux, les agriculteurs, les forestiers, les chasseurs et les gestionnaires de terrain qui vivent avec les conséquences très concrètes de ces grands principes. Eux connaissent les dégâts, les déséquilibres, les maladies, les collisions, les cultures détruites, les forêts abrouties et les espèces qui prolifèrent lorsque plus personne ne veut assumer la régulation. Mais cela, évidemment, est beaucoup moins confortable qu’un communiqué dénonçant une nouvelle fois la chasse. Il est tellement plus facile de proclamer que la nature « se régulera toute seule » lorsqu’on n’a jamais eu à protéger une parcelle, une plantation ou un troupeau. À force de confondre amour de la nature et ignorance de son fonctionnement, certains finissent par défendre une nature imaginaire : une carte postale sans agriculteurs, sans forestiers, sans dégâts et, surtout, sans conséquences. Et que dire de cette écologie à géométrie variable ? Ces mêmes contempteurs de la chasse viennent volontiers profiter des espaces naturels qu’ils prétendent défendre. Ils aiment la montagne en hiver, les stations de ski, les paysages préservés, les sentiers d’altitude et les panoramas exceptionnels. Certains essaient même de grimper jusqu'au sommet du Mont-Blanc en espadrilles, comme si la montagne était un décor de vacances mis gratuitement à leur disposition. L’été venu, direction les plages, les lacs, les rivières et les zones naturelles les plus fragiles, avec parfois leur lot de véhicules, de déchets, de nuisances et de fréquentation massive. Curieusement, la morale environnementale devient alors beaucoup plus discrète. Il ne s’agit évidemment pas de mettre tous les visiteurs dans le même sac, mais de rappeler une évidence : protéger la nature suppose aussi d’accepter des contraintes, des responsabilités et parfois des renoncements. Or, ceux qui réclament l’interdiction de la chasse devraient commencer par expliquer concrètement comment ils entendent gérer les populations sauvages, prévenir les dégâts et préserver les équilibres qu’ils invoquent. Compter les animaux, publier des rapports et dénoncer les chasseurs ne constitue pas une politique de gestion. La nature n’a que faire des postures. Elle impose des réalités. Et peut-être serait-il temps que ces écolos de salon les regardent enfin en face : la nature n’est pas un décor, et ceux qui la connaissent vraiment ne sont pas nécessairement ceux qui en parlent le plus.


Cerf : les caractères récessifs, entre hérédité et milieu

Si la quête des grands trophées a toujours occupé une place importante dans la chasse au cerf, la qualité d’un trophée résulte d’une combinaison complexe entre patrimoine génétique, âge, alimentation, état sanitaire et qualité du biotope. Les travaux réalisés sur l’île de Rhum, en Écosse, illustrent parfaitement cette réalité : l’hérédité n’expliquerait qu’environ 20 % des variations du poids des bois, tandis que l’âge et les conditions de milieu jouent un rôle déterminant. Un même patrimoine génétique peut ainsi produire des animaux très différents lorsque les conditions environnementales changent. L’histoire des populations françaises de cerfs en fournit une bonne illustration. Une partie importante des animaux introduits provenait notamment de Chambord, et a été implantée dans des milieux très différents. Un même génotype peut donc donner naissance à des phénotypes différents, selon les ressources et les conditions offertes par le territoire. L’hérédité n’en demeure pas moins essentielle dans la forme du trophée. Certaines caractéristiques des bois semblent se retrouver régulièrement d’une génération à l’autre : forme générale en cœur, en V ou en U, longueur des surandouillers, particularités des empaumures ou encore diamètre exceptionnel des merrains. Mais déterminer précisément si ces caractères sont dominants ou récessifs reste complexe, notamment parce que le patrimoine génétique transmis par les biches intervient également. Un grand trophée n’est donc jamais uniquement une affaire de gènes. Il est le produit d’une rencontre entre l’hérédité et le territoire. Vouloir sélectionner une population de cervidés uniquement à partir de ce que nous voyons au bout des bois pourrait bien nous faire oublier ce que nous ne voyons pas : la richesse génétique qui se cache derrière chaque cerf.


Neuf louveteaux en Haute-Marne : jusqu’où ira l’expansion du loup ?

La nouvelle a de quoi interpeller : neuf louveteaux ont été photographiés ensemble le 2 août en Haute-Marne, confirmant la reproduction du couple installé dans le département. Après une portée de sept jeunes en 2025, le phénomène prend désormais une autre dimension. Il faut toutefois éviter les raccourcis : une portée de neuf louveteaux est exceptionnelle, mais elle n’est pas sans précédent dans la biologie du loup. Ce qui inquiète surtout, c’est la dynamique locale. Depuis 2025, plusieurs jeunes sont morts, l’un a été prélevé après une attaque, et surtout le mâle reproducteur a été retrouvé mort après une collision ferroviaire le 22 juillet. Qui sont donc exactement ces neuf jeunes ? Combien d’adultes les accompagnent aujourd’hui ? Le couple initial est-il toujours constitué ? Un autre mâle a-t-il pris sa place ? Autant de questions auxquelles le suivi génétique et photographique devra répondre. À ce stade, évoquer une hybridation ou une intervention humaine serait prématuré et sans fondement établi. Mais l’évolution mérite incontestablement d’être documentée avec la plus grande rigueur. Car derrière ces images spectaculaires se trouve une réalité beaucoup moins théorique pour les éleveurs. La Haute-Marne comptait déjà plus de 190 attaques et plus de 800 victimes dans les troupeaux en 2025. Depuis le début de 2026, 90 constats attribués au loup ont déjà fait 477 victimes, selon les chiffres communiqués. La question n’est donc plus seulement de savoir si le loup s’installe : il faut désormais se demander jusqu’où cette expansion peut aller et comment les éleveurs pourront continuer à travailler avec une pression de prédation croissante. Les mesures de protection restent indispensables, mais elles ne sauraient constituer l’unique réponse lorsque la population progresse. L’État devra démontrer que la protection des troupeaux n’est pas une simple formule administrative et que les dispositifs de régulation sont réellement capables de répondre aux situations les plus difficiles. Neuf louveteaux sur une image peuvent susciter l’émerveillement. Pour un éleveur confronté à la prédation, ils représentent surtout neuf futurs prédateurs potentiels. C’est cette réalité-là qu’il faudra avoir le courage de regarder en face.


Les rivières à sec : qui assumera enfin ses responsabilités ?

Les images sont accablantes. Des rivières réduites à un filet d'eau, des lits de galets brûlés par le soleil, des poissons agonisants, des amphibiens piégés dans quelques flaques boueuses. Ce qui devait arriver est arrivé, et bien plus tôt que prévu. Pourtant, ceux qui, depuis des années, ont applaudi la destruction de milliers d'ouvrages hydrauliques au nom de la sacro-sainte « continuité écologique » restent étrangement silencieux. Pas un mot. Pas un mea culpa. Pas la moindre remise en question. Pendant des décennies, des seuils, moulins, chaussées et retenues ont constitué autant de réserves d'eau réparties sur les territoires. Ils ralentissaient les écoulements, maintenaient des niveaux d'eau en période sèche, et contribuaient à préserver une partie des milieux aquatiques. Mais au nom d'une vision idéologique de la restauration des cours d'eau, nombre de ces ouvrages ont été arasés ou supprimés avec l'aval de l'administration et sous la pression de certaines associations. Aujourd'hui, où sont les responsables ? Où sont ceux qui expliquaient que supprimer ces retenues ne produirait que des bénéfices ? Où sont les grandes leçons de morale environnementale ? En mars dernier encore, les spécialistes annonçaient des nappes phréatiques globalement bien rechargées après l'hiver. Trois mois plus tard, les restrictions d'eau se multiplient, les cours d'eau disparaissent par endroits et les milieux aquatiques souffrent comme rarement auparavant. Cette évolution résulte évidemment de multiples facteurs, au premier rang desquels les épisodes de chaleur et le déficit de précipitations. Mais comment ne pas s'interroger sur les choix d'aménagement qui ont conduit, dans certains territoires, à accélérer l'évacuation de l'eau plutôt qu'à la retenir lorsqu'elle était disponible ? Poser cette question n'est pas un crime. Refuser d'y répondre serait une faute. Les premiers à payer le prix de ces politiques sont précisément les espèces que l'on prétendait protéger. Les amphibiens, les poissons et toute la petite faune aquatique ne vivent pas de slogans. Ils ont besoin d'eau. Lorsque les ruisseaux disparaissent dès le début de l'été, ce sont des écosystèmes entiers qui s'effondrent. L'écologie ne peut plus être une religion qui interdit toute autocritique. Une politique publique se juge à ses résultats, pas à ses intentions. Si certaines décisions ont aggravé la vulnérabilité de nos territoires face aux sécheresses, il faut avoir le courage de les réévaluer. Gouverner, ce n'est pas persister dans l'erreur ; c'est savoir reconnaître ses responsabilités. Les Français méritent mieux que le silence. Ils méritent un véritable débat sur la gestion de l'eau, fondé sur les faits, l'expérience de terrain et le bon sens, plutôt que sur des certitudes idéologiques. Car face à des rivières qui meurent, continuer à chercher des coupables partout sauf dans ses propres choix serait, cette fois, la plus grave des sécheresses : celle de la responsabilité.