Dimanche 6 septembre 2026 : Château de Maulnes (Yonne) : Fête de la Chasse

Grand Tétras : a-t-on encore le droit d’essayer ?

 

Il fut un temps où le Grand Tétras faisait véritablement partie des forêts vosgiennes. On estimait sa population à quelque 2 200 adultes en 1939, encore 500 en 1972 et 350 en 1989. Puis la chute s’est accélérée jusqu’à ne laisser que quelques survivants. Comment en est-on arrivé là ? Il serait trop simple de désigner un unique responsable. Dégradation et fragmentation des habitats, évolution de la sylviculture, dérangement lié aux activités humaines et aux loisirs de pleine nature, pression des ongulés, prédation, perte de diversité génétique et, désormais, effets du changement climatique : les causes se sont probablement additionnées jusqu’à conduire cette population au seuil de l’extinction. Pendant des décennies pourtant, associations naturalistes, forestiers, scientifiques et pouvoirs publics ont tenté de préserver l’oiseau et son habitat. Des espaces ont été protégés, des mesures de quiétude instaurées, des forêts aménagées. Le Groupe Tétras Vosges, créé en 1979, s’est trouvé au cœur de cette politique de conservation. Mais le constat, près d’un demi-siècle plus tard, est cruel : malgré les efforts engagés et les financements mobilisés, la population de Grand Tétras s’est effondrée. À la fin de 2023, on ne comptait plus que trois ou quatre oiseaux. La protection de l’habitat, aussi nécessaire soit-elle, n’avait donc pas suffi. Fallait-il alors accompagner jusqu’à son terme la disparition du bel oiseau, ou tenter autre chose ? Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges a choisi la seconde voie. Après plusieurs années d’études et de préparation, un programme de renforcement a été lancé en 2024 avec l’appui de l’État et des autorités norvégiennes. Son principe : prélever en Norvège, où l’espèce demeure abondante, des oiseaux sauvages et les transloquer dans le massif vosgien afin de tenter de reconstituer un noyau viable. L’entreprise était audacieuse et ses chances de réussite incertaines. Elle n’a d’ailleurs jamais fait l’unanimité, plusieurs associations, naturalistes et instances scientifiques estimant que les causes ayant conduit à l’effondrement de la population n’avaient pas suffisamment disparu pour justifier l’arrivée de nouveaux oiseaux. Des recours ont été déposés, et, en avril 2024, le tribunal administratif de Nancy a néanmoins rejeté une demande de suspension, considérant notamment que l’opération répondait à un objectif d’intérêt général en matière de biodiversité...

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LIFE Biodiv’France : neuf ans et plus de 50 millions d’€ pour la biodiversité

Lancé le 1er janvier 2024, LIFE Biodiv’France est un programme de neuf ans destiné à accompagner la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB 2030). Coordonné par l’Office français de la biodiversité (OFB), il doit se poursuivre jusqu’au 31 décembre 2032. Le projet repose sur un consortium de 31 participants et dispose d’un budget global de 50,45 millions d’euros. Son financement comprend notamment 30,27 millions d’euros provenant du programme européen LIFE, 4,22 millions d’euros apportés par le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, ainsi que des autofinancements des différents partenaires. L’objectif affiché est d’apporter aux structures nationales et régionales une expertise et une ingénierie de projet afin de les aider à concevoir des actions répondant aux objectifs de la SNB 2030 et à rechercher les financements nécessaires à leur réalisation. Le programme est organisé autour de neuf axes d’intervention, dont cinq ciblent directement des domaines considérés comme prioritaires : les territoires, les aires protégées, les filières, les citoyens et les compétences.

- Le premier volet concerne l’appui aux territoires. Il s’adresse notamment aux collectivités locales et doit les accompagner dans la conception et la mise en œuvre de projets en faveur de la biodiversité.

- Le deuxième porte sur l’efficacité des aires protégées. Il vise les gestionnaires de ces espaces et prévoit notamment l’amélioration des méthodes de suivi, d’évaluation, de planification et de gestion.

- Le troisième volet concerne les filières ayant un impact sur la biodiversité. Le programme prévoit de travailler avec différents secteurs afin de favoriser l’intégration des enjeux liés à la biodiversité dans leurs pratiques et leurs projets.

- Le quatrième axe est consacré à la mobilisation des citoyens. Il doit contribuer à améliorer la connaissance des enjeux de biodiversité à l’échelle locale et à favoriser l’engagement collectif.

- Enfin, le cinquième volet porte sur le développement des compétences. Il concerne les métiers et les acteurs de la formation, avec l’objectif de renforcer les connaissances et les capacités nécessaires à la prise en compte de la biodiversité.

À travers ces différents axes, LIFE Biodiv’France doit ainsi accompagner des projets publics et privés, renforcer les capacités des acteurs et favoriser la mobilisation de financements en faveur de la biodiversité. Cependant, les opinions exprimées dans le cadre du projet relèvent de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de l’Union européenne ou de CINEA. Allez comprendre...


Les feux de forêt : une urgence sanitaire animale

Les incendies de forêt ne constituent pas seulement une menace pour les populations humaines, les paysages et les infrastructures. Ils représentent également une véritable urgence sanitaire et de bien-être pour les animaux, qu’il s’agisse de la faune sauvage, des animaux d’élevage ou des animaux domestiques. C’est le constat dressé en août 2026 par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA/WOAH), qui appelle à mieux intégrer les services vétérinaires dans les dispositifs de gestion des catastrophes. L’ampleur du phénomène donne la mesure de l’enjeu. En 2024, environ 2,6 millions d’hectares ont brûlé dans le Pantanal brésilien, l’une des plus importantes zones humides tropicales de la planète et un haut lieu de biodiversité. Ces incendies ont détruit de nombreux habitats et menacé l’élevage ainsi que les moyens de subsistance des populations rurales. À l’échelle mondiale, les incendies de 2025 ont affecté des écosystèmes sur tous les continents habités. La revue Nature Reviews Earth & Environment souligne notamment la succession d’incendies extrêmes au Canada, en Europe, en Californie et en Corée du Sud, avec des conséquences humaines et environnementales considérables. Pour les animaux, le danger ne s’arrête évidemment pas aux flammes. Brûlures, inhalation de fumées, déshydratation, stress et mortalité directe peuvent toucher la faune et les troupeaux. Mais les conséquences peuvent également se prolonger après l’incendie. Les animaux sauvages déplacés peuvent gagner les exploitations agricoles ou les zones habitées, tandis que les troupeaux évacués sont parfois transférés vers d’autres territoires. La destruction des habitats peut aussi modifier les équilibres écologiques et les dynamiques de transmission de certaines maladies. Dans ce contexte, le vétérinaire ne doit plus intervenir uniquement après la catastrophe. Les services vétérinaires ont un rôle à jouer avant, pendant et après l’incendie : préparation des plans d’évacuation, identification des élevages vulnérables, organisation des secours, soins d’urgence, évaluation du bien-être, surveillance sanitaire et accompagnement du retour à la normale. L’OMSA cite notamment l’Australie, où les vétérinaires sont intégrés aux dispositifs de gestion des urgences animales, et le Brésil, où des professionnels ont participé au sauvetage, aux soins et à la réhabilitation de la faune touchée par les incendies du Pantanal. Cette approche relève pleinement du concept « Une seule santé », qui considère que santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes sont étroitement liées. Face à des incendies plus complexes et à des écosystèmes fragilisés, protéger les animaux n’est donc plus une conséquence secondaire de la gestion des catastrophes : c’est une composante à part entière de leur prévention et de leur réponse.


Pluie, vers et sangliers : le trio explosif

Après plusieurs semaines de sécheresse, les premières pluies ne font pas seulement reverdir les paysages. Elles peuvent aussi déclencher une véritable ruée alimentaire chez les sangliers. Et, très souvent, les premiers dégâts spectaculaires apparaissent… sur les bords de route. Un phénomène qui n’a rien de mystérieux et qui s’explique par l’interaction entre le sol, la pluie, les vers de terre et le comportement alimentaire des animaux. Lorsque la sécheresse s’installe, les vers de terre, particulièrement sensibles au manque d’humidité, gagnent les couches profondes du sol. Ils y trouvent des conditions moins défavorables et peuvent ainsi échapper temporairement à la chaleur et au dessèchement de la surface. Pour les sangliers, cette ressource alimentaire devient alors beaucoup plus difficile à atteindre. Or, le ver de terre constitue une nourriture particulièrement riche en protéines. Quand surviennent les premières pluies, après plusieurs semaines durant lesquelles l’accès à cette ressource est devenu plus difficile, les conditions changent rapidement. L’humidité regagne les couches superficielles du sol et les vers peuvent se rapprocher de la surface. L’instinct de recherche alimentaire des sangliers les pousse alors à prospecter les secteurs susceptibles d’abriter ces proies. C’est là que les bords de route prennent une importance particulière. Une chaussée constitue une surface largement imperméable : l’eau de pluie ne peut pratiquement pas y pénétrer. Elle ruisselle donc vers ses accotements et les fossés. Lors des premières précipitations importantes, ces bordures peuvent recevoir une part importante de cette eau ruisselée. Le sol y retrouve ainsi plus rapidement des conditions d’humidité favorables à l’activité des vers. Le premier mètre de bordure peut alors devenir une véritable « table » pour les sangliers. Leur groin fouille le sol meuble, retourne les feuilles, soulève les petites mottes et recherche les vers et autres invertébrés qui profitent de l’humidification du terrain. Les dégâts sont immédiatement visibles : la terre est retournée en bandes parfois continues le long de la chaussée. Ce comportement explique pourquoi les premières traces de quête alimentaire peuvent apparaître très rapidement après une pluie, parfois avant même que les dégâts ne deviennent importants ailleurs. Il faut toutefois considérer le phénomène à l’échelle du paysage : toutes les bordures routières ne réagissent pas de la même manière. La nature du sol, la végétation, l’intensité des précipitations ou encore la disponibilité d’autres ressources alimentaires jouent également un rôle. Mais lorsque sécheresse, pluie et manque de protéines se conjuguent, le trio devient explosif : les vers remontent, les sangliers arrivent et… les bords de route trinquent !


La WOAH renforce la surveillance de la santé de la faune

Réunie en session générale, l’Organisation mondiale de la santé animale (WOAH) a adopté une nouvelle Stratégie de santé de la faune pour 2026-2030. Cette organisation intergouvernementale, créée en 1924 et anciennement connue sous le nom d’OIE, rassemble aujourd’hui près de 190 pays. Elle établit des normes internationales et coordonne les efforts de ses membres pour prévenir et combattre les maladies animales, tout en contribuant à la protection de la santé publique et du bien-être animal. Avec cette nouvelle stratégie, la WOAH entend faire de la santé de la faune sauvage une priorité internationale. L’objectif est de mieux prévenir, détecter et combattre les maladies susceptibles de circuler entre animaux sauvages, animaux domestiques et humains. Une nécessité alors que les interactions entre ces trois mondes se multiplient sous l’effet de l’évolution des paysages, du changement climatique, des échanges internationaux et de la pression exercée sur les écosystèmes. La stratégie repose notamment sur une surveillance renforcée des populations sauvages. Le principe est simple : détecter plus rapidement l’apparition d’une maladie permet de réagir avant qu’elle ne se transforme en crise sanitaire. Pour améliorer cette surveillance, la WOAH poursuit le développement de WAHIS, son système mondial d’information sur la santé animale, et déploie WildEpi, une nouvelle plateforme destinée à recueillir et analyser les événements sanitaires touchant la faune sauvage. Cette dernière doit permettre aux professionnels autorisés de partager des informations presque en temps réel sur les maladies, les mortalités inhabituelles ou les autres événements sanitaires. Elle intègre également des outils d’intelligence artificielle, notamment pour faciliter l’identification des espèces. La WOAH insiste toutefois sur un point essentiel : aucun système de surveillance ne peut fonctionner efficacement en vase clos. Vétérinaires, chercheurs, laboratoires, gestionnaires d’espaces naturels, services de l’État et acteurs de la conservation doivent partager leurs observations et leurs données. Cette approche relève directement du concept « Une seule santé » (One Health), qui considère que la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes sont étroitement liées. La nouvelle stratégie ne se limite donc pas à établir des principes. Elle prévoit également des projets régionaux, des formations et des partenariats destinés à renforcer les capacités locales. Pour la faune sauvage, l’enjeu est majeur : mieux connaître son état sanitaire, c’est pouvoir détecter plus tôt les menaces, protéger les populations animales et réduire les risques de transmission des maladies aux élevages et à l’homme. La surveillance devient ainsi un véritable outil de prévention, au service de la biodiversité comme de la santé mondiale.


La semaine en bref...

- Cantal : un chasseur de 83 ans a été retrouvé mort, samedi 22 août, dans la Truyère, à Neuvéglise-sur-Truyère. L’homme, qui résidait dans la commune, était parti en fin d’après-midi chasser le canard dans les gorges de la Truyère, en aval du barrage de Lanau. Vers 17 heures, il avait quitté son domicile pour rejoindre son secteur de chasse. Ne le voyant pas rentrer, sa famille a donné l’alerte auprès de la gendarmerie vers 20 heures. D’importants moyens ont alors été mobilisés pour tenter de le retrouver durant la nuit. Un drone équipé d’une caméra thermique a notamment été engagé, sans permettre de localiser le chasseur. Les recherches ont repris le lendemain matin avec les gendarmes de Saint-Flour, les secouristes du PGHM de Murat, ainsi que l’hélicoptère du DAG d’Égletons et une embarcation légère. Le corps sans vie de l’octogénaire a finalement été découvert en contrebas du secteur où il chassait, dans le lit de la Truyère. Selon les premiers éléments rapportés, le chasseur aurait été surpris par un lâcher d’eau provenant du barrage de Lanau. Les circonstances précises de l’accident devront toutefois être établies par l’enquête.

 

- Gard : les chasseurs concernés par la pratique de la chasse dans le Parc national des Cévennes sont invités à venir retirer leur carte de chasse à l’occasion d’une permanence organisée le vendredi 4 septembre 2026, de 17 h 30 à 19 h 30. La remise des cartes se déroulera à la salle polyvalente de Génolhac. L’information a été publiée le 21 août par la mairie de Concoules sur son espace d’information communal, confirmant ainsi la date, les horaires et le lieu du rendez-vous.

 

- Haute-Garonne : avant que ne résonne le brame automnal, les cerfs élaphes des Pyrénées centrales font l’objet d’un suivi attentif. En Haute-Garonne, la FDC organise chaque année, au mois d’août, des comptages nocturnes sur des parcours définis. Ces opérations sont réalisées avec l’ONF et les chasseurs locaux, selon le protocole INA (Indice nocturne d’abondance), validé par l’OFB. L’objectif n’est pas simplement de compter les animaux aperçus, mais de disposer d’indicateurs comparables permettant de suivre l’évolution des populations au fil des années. Un enjeu important, alors que le cerf élaphe connaît une forte expansion en France. Intégrés au programme ICE Occitanie, ces suivis sont complétés par des données biométriques sur les animaux. Ils doivent notamment aider à maintenir l’équilibre entre cerfs, agriculture et forêt, en permettant d’adapter les prélèvements à la situation observée localement. Les résultats seront présentés dans le prochain carnet cynégétique, avant que les campagnes suivantes ne permettent d’évaluer les mesures de gestion mises en œuvre...

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Madame Rousseau : qui sème le vent…

Il faut parfois savoir remercier ceux qui, par leurs excès, rendent un service inattendu. Madame Rousseau vient peut-être de nous en offrir l’occasion. Lors de l’université d’été du mouvement REV, la députée a appelé ses sympathisants à se rendre dans les forêts et les campagnes à l’ouverture de la chasse afin de « l’empêcher » et de se tenir « face à eux (les chasseurs), physiquement ». La FNC a donc logiquement annoncé une plainte et plusieurs saisines des pouvoirs publics. Sur le fond, chacun est évidemment libre d’être hostile à la chasse et de réclamer son interdiction. C’est le jeu démocratique. Mais appeler à une confrontation physique avec des citoyens qui exercent une activité légale est d’une tout autre nature. Et lorsque ces propos viennent d’une députée de la République, potentiellement candidate à l’élection présidentielle de 2027, on est en droit d’attendre davantage de responsabilité. Alors, puisque Madame Rousseau souhaite mobiliser « ce peuple de l’écologie », pourquoi ne pas transformer cette provocation en une occasion de mesurer très concrètement son audience ? Notre suggestion est simple : ne répondons surtout pas à la confrontation par la confrontation. Comptons ! Le jour de l’ouverture, chaque société de chasse pourrait simplement photographier, dans le respect des règles, les éventuels manifestants venus répondre à l’appel de la dame, puis transmettre ces informations à sa Fédération départementale. Les FDC pourraient ensuite établir un bilan départemental, et faire remonter le résultat à la FNC. Combien seront-ils réellement ? Dix ? Cent ? Mille ? Dix mille ? Davantage ? Nous découvririons ainsi le véritable poids de cette mobilisation annoncée à grands renforts de déclarations martiales. Car entre appeler à la confrontation depuis une tribune et être effectivement présent sur le terrain, il existe parfois un monde. Et surtout, les chasseurs n'ont aucune raison de tomber dans le piège tendu. Pas de provocation, pas de surenchère, pas de face-à-face recherché. La meilleure réponse à une tentative de rapport de force reste le sang-froid, la légalité et… les chiffres. Madame Rousseau voulait peut-être démontrer la puissance de son mouvement. Très bien. Qu’elle nous permette donc d’en mesurer l’importance...


Cerf : quand quelques maîtres de place assurent l'avenir de toute une population

Chaque automne, durant quelques semaines seulement, les forêts européennes deviennent le théâtre d'un phénomène biologique d'une exceptionnelle intensité : le brame du cerf. Derrière les raires impressionnants, les affrontements spectaculaires et les démonstrations de puissance, se cache un processus évolutif fondamental. L'objectif n'est pas de désigner le plus beau cerf, mais le reproducteur le plus performant. Chez cette espèce fortement polygynique, tous les mâles n'ont pas les mêmes chances de se reproduire. Une infime proportion d'entre eux, appelés « maîtres de place », concentre l'essentiel des accouplements, assurant ainsi la transmission des caractères les mieux adaptés à leur environnement. Le maître de place est un cerf adulte, généralement âgé de plus de 8 ans, ayant atteint sa pleine maturité physique et comportementale. Contrairement à une idée largement répandue, ses bois, aussi impressionnants soient-ils, ne constituent pas son seul atout. Sa réussite repose sur un ensemble de critères : masse corporelle, condition physique, équilibre hormonal, expérience des combats, capacité à économiser son énergie, qualité des vocalisations et aptitude à contrôler un harpail (harem de biches). Les travaux pionniers de l'éthologue britannique Tim Clutton-Brock, notamment dans la célèbre population de l'île de Rum en Écosse, ont démontré que la hiérarchie sociale des mâles constitue le principal déterminant du succès reproducteur. Les analyses génétiques réalisées depuis les années 1990 confirment ce phénomène avec une remarquable constance. Dans une population naturelle, environ 10 à 20 % des mâles adultes assurent entre 60 et 80 % des fécondations, selon les années et la structure démographique (Pemberton et al., 1992 ; Kruuk et al., 2002). Les maîtres de place les plus dominants peuvent ainsi féconder 15 à 30 biches, parfois davantage lorsque les densités sont élevées...

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Sanglier : faut-il interdire le nourrissage ?

Il faut d’abord remettre les mots à leur place. Trop souvent confondu avec l’agrainage, le nourrissage des sangliers doit être interdit sans ambiguïté. Il ne devrait souffrir qu’une éventuelle exception : celle de conditions météorologiques véritablement extrêmes, lorsque le gel durable et profond rend la nourriture naturelle totalement inaccessible. L’agrainage, en revanche, est une question autrement plus complexe. Les prises de position opposées des Fédérations des chasseurs de la Marne et de l’Aisne montrent d’ailleurs que le débat est loin d’être clos. Alors, tempête dans un verre d’eau ou manque d’imagination ? Le problème est peut-être ailleurs : nous manquons toujours de chiffres et, surtout, de seuils clairement définis. Aujourd’hui, de nombreuses fédérations départementales conseillent aux chasseurs de viser un prélèvement maximum de l’ordre de sept sangliers pour 100 hectares. Mais il ne s’agit que d’une recommandation. Pourquoi ne pas officialiser une fois pour toutes un seuil de référence, quitte à l’adapter aux caractéristiques des territoires ? Car, en l’absence de limite claire, chacun peut légitimement contester les reproches qui lui sont adressés. « Il y a trop de sangliers chez vous », entend-on régulièrement. Mais ce « trop », à quoi correspond-il exactement ? À dix animaux aux 100 hectares ? À vingt ? À cinquante ? Et surtout, qui décide ? Fixer un objectif commun permettrait de sortir de ces querelles souvent stériles. Chasseurs, agriculteurs, propriétaires et gestionnaires disposeraient enfin d’une référence partagée. À partir de là, les mesures à prendre deviendraient beaucoup plus faciles à justifier. Revenons donc au débat qui crée actuellement des tensions entre la Marne et l’Aisne. Pourquoi ne pas adopter une règle simple, lisible et contrôlable ? Les sociétés qui prélèvent moins de sept sangliers aux 100 hectares pourraient continuer à pratiquer l’agrainage, dans les conditions réglementaires prévues. En revanche, celles qui dépassent durablement et largement ce seuil devraient se voir imposer sa suspension, jusqu’au retour à une situation compatible avec l’objectif fixé. Trop simple ? Peut-être. Mais parfois, la bonne gestion commence précisément par des règles simples, mesurables et identiques pour tous. Et surtout, ne mélangeons plus les deux sujets : le nourrissage entretient artificiellement les animaux ; l’agrainage doit être considéré comme un outil de gestion, dont la pertinence est de pouvoir être évaluée au regard des résultats obtenus.


Grands prédateurs : l’État entrouvre enfin les yeux, les ayatollahs de la protection fulminent...


Il aura fallu des années de dégâts, d’attaques répétées contre les troupeaux, de tensions croissantes dans les campagnes et une progression inexorable des grands prédateurs pour que l’État consente enfin à desserrer quelque peu l’étau. Effarouchements, tirs de dissuasion, tirs de défense et possibilités d’intervention élargies : la politique française commence, timidement, à intégrer une évidence que les gens de terrain répètent depuis longtemps : un grand prédateur qui progresse n’est pas seulement une donnée statistique, c’est une réalité quotidienne pour ceux qui vivent avec lui. Cependant, il ne faut surtout pas aller trop vite... Pour les défenseurs les plus acharnés du loup et de l’ours, le moindre tir devient une catastrophe, le moindre prélèvement une atteinte insupportable à la biodiversité et la protection des troupeaux une préoccupation secondaire. Derrière les grands discours sur la « coexistence », ce sont pourtant les éleveurs qui supportent les conséquences concrètes : animaux tués ou blessés, troupeaux désorganisés, surveillance accrue et pression permanente sur le pastoralisme. Et lorsqu’il s’agit de l’ours, certains réclament déjà de nouveaux lâchers au nom de la diversité génétique et agitent la menace de la consanguinité. Peu importe, semble-t-il, que le terrain pyrénéen soit déjà confronté à des conflits récurrents. La logique reste la même : toujours plus de prédateurs, toujours plus de contraintes pour ceux qui doivent les subir. Le loup fournit un autre exemple particulièrement spectaculaire. En Haute-Marne, l’OFB a détecté cet été neuf louveteaux d’une même meute. Après les sept jeunes observés en 2025, cette nouvelle reproduction illustre la capacité de l’espèce à s’installer et à se reproduire rapidement dans des territoires où sa présence était encore récente. Face à cette dynamique, continuer à présenter chaque intervention comme une remise en cause de la biodiversité relève d’une posture idéologique. La question n’est plus de savoir si le loup ou l’ours ont leur place dans la nature française : la question est de savoir jusqu’où la société acceptera de reculer pour leur laisser cette place. Et c’est là que le discours de certains militants pose problème. Leur défense absolue des prédateurs s’accompagne trop souvent d’une défiance assumée envers la chasse et ceux qui la pratiquent. Le chasseur, pourtant acteur historique de la gestion de la faune, devient alors le coupable idéal. L’État commence heureusement à comprendre que la conservation ne peut pas être une religion. Un territoire n’est pas un sanctuaire réservé aux prédateurs et à leurs défenseurs. Il appartient aussi à ceux qui y vivent, y travaillent, élèvent leurs animaux et entretiennent les paysages. Les grands prédateurs ont désormais leur place. Reste à savoir si leurs défenseurs accepteront enfin que l’homme ait aussi la sienne.