Dimanche 6 septembre 2026 : Château de Maulnes (Yonne) : Fête de la Chasse

Madame Rousseau : qui sème le vent…

Il faut parfois savoir remercier ceux qui, par leurs excès, rendent un service inattendu. Madame Rousseau vient peut-être de nous en offrir l’occasion. Lors de l’université d’été du mouvement REV, la députée a appelé ses sympathisants à se rendre dans les forêts et les campagnes à l’ouverture de la chasse afin de « l’empêcher » et de se tenir « face à eux (les chasseurs), physiquement ». La FNC a donc logiquement annoncé une plainte et plusieurs saisines des pouvoirs publics. Sur le fond, chacun est évidemment libre d’être hostile à la chasse et de réclamer son interdiction. C’est le jeu démocratique. Mais appeler à une confrontation physique avec des citoyens qui exercent une activité légale est d’une tout autre nature. Et lorsque ces propos viennent d’une députée de la République, potentiellement candidate à l’élection présidentielle de 2027, on est en droit d’attendre davantage de responsabilité. Alors, puisque Madame Rousseau souhaite mobiliser « ce peuple de l’écologie », pourquoi ne pas transformer cette provocation en une occasion de mesurer très concrètement son audience ? Notre suggestion est simple : ne répondons surtout pas à la confrontation par la confrontation. Comptons ! Le jour de l’ouverture, chaque société de chasse pourrait simplement photographier, dans le respect des règles, les éventuels manifestants venus répondre à l’appel de la dame, puis transmettre ces informations à sa Fédération départementale. Les FDC pourraient ensuite établir un bilan départemental, et faire remonter le résultat à la FNC. Combien seront-ils réellement ? Dix ? Cent ? Mille ? Dix mille ? Davantage ? Nous découvririons ainsi le véritable poids de cette mobilisation annoncée à grands renforts de déclarations martiales. Car entre appeler à la confrontation depuis une tribune et être effectivement présent sur le terrain, il existe parfois un monde. Et surtout, les chasseurs n'ont aucune raison de tomber dans le piège tendu. Pas de provocation, pas de surenchère, pas de face-à-face recherché. La meilleure réponse à une tentative de rapport de force reste le sang-froid, la légalité et… les chiffres. Madame Rousseau voulait peut-être démontrer la puissance de son mouvement. Très bien. Qu’elle nous permette donc d’en mesurer l’importance...


Cerf : quand quelques maîtres de place assurent l'avenir de toute une population

Chaque automne, durant quelques semaines seulement, les forêts européennes deviennent le théâtre d'un phénomène biologique d'une exceptionnelle intensité : le brame du cerf. Derrière les raires impressionnants, les affrontements spectaculaires et les démonstrations de puissance, se cache un processus évolutif fondamental. L'objectif n'est pas de désigner le plus beau cerf, mais le reproducteur le plus performant. Chez cette espèce fortement polygynique, tous les mâles n'ont pas les mêmes chances de se reproduire. Une infime proportion d'entre eux, appelés « maîtres de place », concentre l'essentiel des accouplements, assurant ainsi la transmission des caractères les mieux adaptés à leur environnement. Le maître de place est un cerf adulte, généralement âgé de plus de 8 ans, ayant atteint sa pleine maturité physique et comportementale. Contrairement à une idée largement répandue, ses bois, aussi impressionnants soient-ils, ne constituent pas son seul atout. Sa réussite repose sur un ensemble de critères : masse corporelle, condition physique, équilibre hormonal, expérience des combats, capacité à économiser son énergie, qualité des vocalisations et aptitude à contrôler un harpail (harem de biches). Les travaux pionniers de l'éthologue britannique Tim Clutton-Brock, notamment dans la célèbre population de l'île de Rum en Écosse, ont démontré que la hiérarchie sociale des mâles constitue le principal déterminant du succès reproducteur. Les analyses génétiques réalisées depuis les années 1990 confirment ce phénomène avec une remarquable constance. Dans une population naturelle, environ 10 à 20 % des mâles adultes assurent entre 60 et 80 % des fécondations, selon les années et la structure démographique (Pemberton et al., 1992 ; Kruuk et al., 2002). Les maîtres de place les plus dominants peuvent ainsi féconder 15 à 30 biches, parfois davantage lorsque les densités sont élevées...

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Sanglier : faut-il interdire le nourrissage ?

Il faut d’abord remettre les mots à leur place. Trop souvent confondu avec l’agrainage, le nourrissage des sangliers doit être interdit sans ambiguïté. Il ne devrait souffrir qu’une éventuelle exception : celle de conditions météorologiques véritablement extrêmes, lorsque le gel durable et profond rend la nourriture naturelle totalement inaccessible. L’agrainage, en revanche, est une question autrement plus complexe. Les prises de position opposées des Fédérations des chasseurs de la Marne et de l’Aisne montrent d’ailleurs que le débat est loin d’être clos. Alors, tempête dans un verre d’eau ou manque d’imagination ? Le problème est peut-être ailleurs : nous manquons toujours de chiffres et, surtout, de seuils clairement définis. Aujourd’hui, de nombreuses fédérations départementales conseillent aux chasseurs de viser un prélèvement maximum de l’ordre de sept sangliers pour 100 hectares. Mais il ne s’agit que d’une recommandation. Pourquoi ne pas officialiser une fois pour toutes un seuil de référence, quitte à l’adapter aux caractéristiques des territoires ? Car, en l’absence de limite claire, chacun peut légitimement contester les reproches qui lui sont adressés. « Il y a trop de sangliers chez vous », entend-on régulièrement. Mais ce « trop », à quoi correspond-il exactement ? À dix animaux aux 100 hectares ? À vingt ? À cinquante ? Et surtout, qui décide ? Fixer un objectif commun permettrait de sortir de ces querelles souvent stériles. Chasseurs, agriculteurs, propriétaires et gestionnaires disposeraient enfin d’une référence partagée. À partir de là, les mesures à prendre deviendraient beaucoup plus faciles à justifier. Revenons donc au débat qui crée actuellement des tensions entre la Marne et l’Aisne. Pourquoi ne pas adopter une règle simple, lisible et contrôlable ? Les sociétés qui prélèvent moins de sept sangliers aux 100 hectares pourraient continuer à pratiquer l’agrainage, dans les conditions réglementaires prévues. En revanche, celles qui dépassent durablement et largement ce seuil devraient se voir imposer sa suspension, jusqu’au retour à une situation compatible avec l’objectif fixé. Trop simple ? Peut-être. Mais parfois, la bonne gestion commence précisément par des règles simples, mesurables et identiques pour tous. Et surtout, ne mélangeons plus les deux sujets : le nourrissage entretient artificiellement les animaux ; l’agrainage doit être considéré comme un outil de gestion, dont la pertinence est de pouvoir être évaluée au regard des résultats obtenus.


Grands prédateurs : l’État entrouvre enfin les yeux, les ayatollahs de la protection fulminent...


Il aura fallu des années de dégâts, d’attaques répétées contre les troupeaux, de tensions croissantes dans les campagnes et une progression inexorable des grands prédateurs pour que l’État consente enfin à desserrer quelque peu l’étau. Effarouchements, tirs de dissuasion, tirs de défense et possibilités d’intervention élargies : la politique française commence, timidement, à intégrer une évidence que les gens de terrain répètent depuis longtemps : un grand prédateur qui progresse n’est pas seulement une donnée statistique, c’est une réalité quotidienne pour ceux qui vivent avec lui. Cependant, il ne faut surtout pas aller trop vite... Pour les défenseurs les plus acharnés du loup et de l’ours, le moindre tir devient une catastrophe, le moindre prélèvement une atteinte insupportable à la biodiversité et la protection des troupeaux une préoccupation secondaire. Derrière les grands discours sur la « coexistence », ce sont pourtant les éleveurs qui supportent les conséquences concrètes : animaux tués ou blessés, troupeaux désorganisés, surveillance accrue et pression permanente sur le pastoralisme. Et lorsqu’il s’agit de l’ours, certains réclament déjà de nouveaux lâchers au nom de la diversité génétique et agitent la menace de la consanguinité. Peu importe, semble-t-il, que le terrain pyrénéen soit déjà confronté à des conflits récurrents. La logique reste la même : toujours plus de prédateurs, toujours plus de contraintes pour ceux qui doivent les subir. Le loup fournit un autre exemple particulièrement spectaculaire. En Haute-Marne, l’OFB a détecté cet été neuf louveteaux d’une même meute. Après les sept jeunes observés en 2025, cette nouvelle reproduction illustre la capacité de l’espèce à s’installer et à se reproduire rapidement dans des territoires où sa présence était encore récente. Face à cette dynamique, continuer à présenter chaque intervention comme une remise en cause de la biodiversité relève d’une posture idéologique. La question n’est plus de savoir si le loup ou l’ours ont leur place dans la nature française : la question est de savoir jusqu’où la société acceptera de reculer pour leur laisser cette place. Et c’est là que le discours de certains militants pose problème. Leur défense absolue des prédateurs s’accompagne trop souvent d’une défiance assumée envers la chasse et ceux qui la pratiquent. Le chasseur, pourtant acteur historique de la gestion de la faune, devient alors le coupable idéal. L’État commence heureusement à comprendre que la conservation ne peut pas être une religion. Un territoire n’est pas un sanctuaire réservé aux prédateurs et à leurs défenseurs. Il appartient aussi à ceux qui y vivent, y travaillent, élèvent leurs animaux et entretiennent les paysages. Les grands prédateurs ont désormais leur place. Reste à savoir si leurs défenseurs accepteront enfin que l’homme ait aussi la sienne.


Le 28 août, les papillons sont à la fête… même ceux que l’on porte au cou !

Le 28 août est célébrée la Journée mondiale du nœud papillon. Une occasion pour les élégants de sortir leurs plus belles pièces de collection, et pour les naturalistes de rappeler que cet accessoire vestimentaire n’a aucun lien biologique avec l’insecte. Son nom vient simplement de la forme du nœud, dont les deux boucles évoquent les ailes déployées d’un papillon. Les Anglais sont d’ailleurs moins poétiques : ils parlent de « bow tie », littéralement « cravate en nœud ». Voilà donc notre lépidoptère devenu accessoire de mode ! Mais le véritable papillon, lui, mérite davantage qu’un passage sur la glotte. Certaines espèces sont aujourd’hui particulièrement menacées par la disparition des prairies, l’artificialisation des milieux, les pesticides ou le changement climatique. D’autres sont capables de performances étonnantes, tel le monarque, en Amérique du Nord, qui effectue de spectaculaires migrations sur plusieurs milliers de kilomètres. Pour un insecte aussi léger, voilà qui s’appelle « filer à tire d’ailes » et impose le respect ! Mais le papillon réserve encore quelques surprises. Ses couleurs extraordinaires ne sont pas toujours là pour faire joli. Chez certaines espèces, elles constituent un avertissement destiné aux prédateurs. Quant à ceux qui seraient tentés de passer du jardin à la cuisine, mieux vaut préciser que, dans certaines traditions alimentaires, notamment en Asie, ce sont surtout les chenilles qui sont consommées, davantage que les papillons adultes. Alors, aujourd’hui 28 août, vous pouvez fêter les deux : le nœud papillon autour du cou et le vrai papillon dans la nature. Et attention, point de confusion : si votre nœud papillon fait du vol stationnaire à quelques centimètres devant vous, cherchez l’autre, en tissu ! Vous êtes probablement sous le charme d’un Moro-sphinx (Macroglossum stellatarum), également appelé sphinx colibri. Un papillon qui, pour le coup, ne se porte pas autour du cou… mais qui sait parfaitement vous tourner autour !


Sandrine Rousseau : quand le débat politique cède la place à l’appel à la confrontation

Il y a des déclarations politiques que l’on peut combattre sur le fond. Il y en a d’autres qui laissent un goût amer, parce qu’elles franchissent une limite que l’on croyait pourtant solidement établie dans une démocratie. À l’université d’été du mouvement d’Aymeric Caron, Sandrine Rousseau a appelé ses sympathisants à se rendre dans les forêts et les campagnes à l’ouverture de la chasse pour « empêcher » celle-ci, et se tenir « face à eux (les chasseurs), physiquement ». Ces mots sont graves. Non parce qu’ils émanent d’une adversaire de la chasse, chacun est parfaitement libre de ses idées, mais parce qu’ils semblent transformer le chasseur, citoyen pratiquant une activité légale, en adversaire qu’il faudrait aller affronter sur le terrain. On peut contester la chasse dans les assemblées, dans les médias, dans les urnes. On peut réclamer sa réforme ou son interdiction. Mais organiser, encourager ou banaliser la confrontation physique n’est pas une méthode acceptable dans une République apaisée. D’autant que l’obstruction concertée à une action de chasse est elle-même sanctionnée par le Code de l’environnement. Et puis vient une question que cette déclaration impose : que représente réellement cette mouvance ? Combien sont-ils, ceux qui se reconnaissent dans ces appels à l’affrontement ? Quelques militants visibles sur les réseaux sociaux peuvent-ils prétendre parler au nom d’une majorité silencieuse ? Le jour où certains seront invités à « faire face physiquement » aux chasseurs, il serait presque tentant que les chasseurs fassent, eux aussi, les comptes. Non pas pour répondre à la provocation par la provocation, mais simplement pour mesurer, sur le terrain démocratique, combien seront réellement ceux venus répondre à l’appel de la dame Rousseau. La chasse rassemble plus de 900 000 pratiquants annuels, au sein d’un réseau de près de 70 000 associations. Voilà une réalité sociale autrement plus consistante qu’une mouvance dont personne ne semble même connaître les effectifs. Mais le plus triste reste ailleurs. Voir une députée de la République, et candidate potentielle à la magistrature suprême, employer un vocabulaire qui rapproche dangereusement le militantisme de l’affrontement laisse une aversion certaine.


Incendies de forêt : des chiffres à prendre... avec prudence

Lors d’un incendie de forêt, les premières estimations de superficie ne correspondent pas nécessairement à la surface réellement brûlée. Elles désignent généralement la zone parcourue par les flammes ou concernée par les opérations des pompiers. À l’intérieur de ce périmètre, certaines parties peuvent avoir été épargnées. Deux outils permettent d’évaluer l’étendue des incendies. Au niveau européen, le système Effis utilise des images satellites, dont les contours sont ensuite vérifiés par un opérateur. En France, les services d’incendie et de secours établissent parallèlement des estimations opérationnelles. Ces données sont diffusées pendant le sinistre et peuvent évoluer fortement. L’exemple de l’incendie parti de Ribaute, dans l’Aude, en 2025, illustre cette différence. La surface initialement annoncée atteignait 17 000 hectares, avant d’être ramenée à environ 11 000 hectares réellement brûlés. L’écart dépassait ainsi 50 %. En Gironde, l’incendie de Saumos a été annoncé à 42 000 hectares par les autorités, tandis qu’Effis évaluait la surface impactée à 37 500 hectares. Le bilan définitif intervient plusieurs mois après l’extinction du feu. Les contours de la zone brûlée sont relevés au GPS, notamment avec l’appui de l’ONF, puis comparés à des images satellites prises avant et après l’incendie. Les secteurs où la végétation a été endommagée, qu’il s’agisse d’arbres, d’arbustes ou d’herbes, sont comptabilisés. Des vérifications de terrain peuvent compléter ces données. Les résultats sont intégrés à la Base de données sur les incendies de forêt en France (BDIFF), dont les données sont publiées au printemps suivant. Cette base ne recense que les feux de forêt et exclut notamment les incendies agricoles et certains feux de végétation. Les estimations opérationnelles dépassent souvent d’environ 20 % les mesures définitives, mais l’écart peut être beaucoup plus important selon la topographie et l’évolution du sinistre. Les interventions répétées des pompiers dans les mêmes secteurs peuvent également influencer les estimations réalisées pendant le feu. Effis présente l’avantage d’une grande rapidité, mais peut manquer certains incendies masqués par les nuages ou éteints entre deux passages satellitaires. Ses statistiques annuelles excluent aussi les feux de moins de 30 hectares et intègrent certains brûlages légaux, comme l’écobuage. La BDIFF repose, elle, sur des relevés plus précis mais nécessite plusieurs mois de traitement. Ces différences imposent également la prudence pour comparer les incendies actuels avec ceux des décennies précédentes, dont les surfaces étaient généralement exprimées en hectares parcourus.


MHE : pourquoi le virus a-t-il presque disparu en 2025 ?

La maladie hémorragique épizootique (MHE) a connu en 2025 un recul aussi spectaculaire qu’inattendu en France. Après une année 2024 marquée par une très forte diffusion du virus, avec 3 906 foyers recensés entre le 1er juin 2024 et le 1er juin 2025, seuls cinq foyers ont été enregistrés au cours de la saison suivante. Quatre se situaient dans la Sarthe et un dans les Pyrénées-Atlantiques. Cette évolution constitue une véritable énigme pour les spécialistes. « Passer de 4 000 foyers en 2024 à 5 foyers en 2025 reste très surprenant », souligne Stephan Zientara, directeur du laboratoire de santé animale de l’Anses. La MHE est en effet une maladie virale transmise par des moucherons du genre Culicoides. Sa diffusion dépend donc largement de l’activité de ces insectes, elle-même influencée par les températures, l’humidité et les conditions météorologiques. Or, rien ne permettait a priori de prévoir une interruption aussi nette de la progression du virus. D’autant que de nombreux élevages bovins situés dans les régions encore épargnées demeuraient naïfs, c’est-à-dire sans immunité préalable. L’hypothèse d’une faible circulation du virus en 2025 est toutefois confortée par le très faible nombre de PCR positives détectées lors des mouvements d’animaux. Plusieurs explications peuvent être envisagées : conditions climatiques moins favorables aux vecteurs, évolution de la population de Culicoides, immunité acquise par une partie du cheptel après les vagues précédentes ou encore phénomènes liés au virus lui-même. Mais aucune hypothèse ne permet aujourd’hui d’expliquer à elle seule une rupture épidémiologique d’une telle ampleur. Ce recul ne signifie donc pas que la MHE a disparu. La maladie reste présente sur le territoire et pourrait reprendre sa progression lors d’une prochaine saison favorable aux insectes vecteurs. La situation invite surtout à la prudence : l’absence de circulation importante pendant une année ne garantit nullement que les troupeaux seront durablement protégés. Pour les éleveurs et les autorités sanitaires, cette accalmie constitue ainsi autant une bonne nouvelle qu’un sujet d’interrogation. Comprendre pourquoi le virus a quasiment disparu des radars en 2025 sera essentiel pour anticiper sa prochaine éventuelle résurgence et adapter la surveillance comme les stratégies de prévention.


Orthobunyavirus : quelles conséquences possibles chez les grands cervidés ?

L’émergence d’un nouvel orthobunyavirus de type Shamonda en France constitue un phénomène sanitaire à suivre avec attention. Détecté depuis la fin juillet dans des élevages bovins du Doubs, du Jura, de l’Ain, de la Haute-Savoie et de la Savoie, ce virus est transmis par les moucherons du genre Culicoides, les mêmes vecteurs que ceux impliqués dans la fièvre catarrhale ovine, la maladie hémorragique épizootique et le virus de Schmallenberg. Cette circulation, dans l’Est de la France, peut naturellement conduire à s’interroger sur les populations de ruminants sauvages partageant les mêmes territoires. Les cervidés, et notamment le cerf élaphe, sont susceptibles d’être exposés à des virus de ce groupe. Les travaux réalisés lors de l’émergence du Schmallenberg avaient ainsi mis en évidence une circulation du virus dans plusieurs populations françaises de cerfs élaphes, avec des animaux présentant des anticorps dans sept des neuf départements étudiés. La question de la reproduction mérite particulièrement d’être observée. Chez les ruminants domestiques, le virus de Schmallenberg a été associé à des avortements, des mortinatalités et des malformations congénitales lorsque l’infection intervient à certaines périodes de la gestation. Des observations en élevage avaient également fait apparaître une diminution de la prolificité après circulation du virus, laissant envisager un effet sur la reproduction autour de la période d’ovulation et du début de la gestation. Chez le cerf élaphe, une infection par un orthobunyavirus pourrait donc théoriquement intervenir dans la dynamique des hardes : baisse ponctuelle du succès reproducteur, pertes embryonnaires ou fœtales, mortalité néonatale ou éventuelles anomalies chez les jeunes. Cependant, des études françaises avaient d’ailleurs souligné que les conséquences du Schmallenberg sur le succès reproducteur des cervidés sauvages restaient insuffisamment documentées. La surveillance des populations sauvages permettra d’apporter des éléments sur cette éventuelle interaction.


Petit gibier : n’avons-nous pas raté quelque chose ?

Il faut parfois accepter de se regarder dans le miroir. A quelques jours de l'ouverture de la chasse, une question mérite d’être posée sans détour : n’avons-nous pas, cette année, raté quelque chose ? Les épisodes de chaleur extrême, les sécheresses, les incendies et les conditions météorologiques particulièrement difficiles ont durement éprouvé la petite faune. Perdrix, faisans, lapins, lièvres et autres espèces ont payé un lourd tribut à ces conditions parfois catastrophiques. Ne parlons pas ici des endroits incendiés et totalement sinistrés, où les chasseurs ont été à la hauteur, mais des autres territoires où les comptages sont préoccupants et la reproduction médiocre. Face à ce constat, notre communication n’a peut-être pas été à la hauteur. Nous avons beaucoup expliqué que la chasse était une activité de gestion. Très bien. Mais une gestion crédible suppose aussi de savoir anticiper. Pourquoi ne pas avoir davantage pris les devants ? Pourquoi ne pas avoir dit clairement : là où les populations de petit gibier ont été durement touchées, nous réduirons les prélèvements, voire nous suspendrons temporairement la chasse de certaines espèces ? Non pas sous la pression des associations anti-chasse, mais parce que nous savons gérer nos territoires et que nous entendons le démontrer. Cette position n’aurait rien d’un aveu de faiblesse. Elle serait au contraire une preuve de maturité. Car il faut parallèlement rappeler une autre réalité : toutes les espèces ne connaissent pas la même situation. Le grand gibier, dont les populations demeurent importantes dans de nombreux secteurs, voire excessives, doit continuer à faire l’objet d’une régulation soutenue. Sangliers, cervidés et autres grands animaux peuvent provoquer des dégâts agricoles considérables, multiplier les collisions routières et ferroviaires, et poser des problèmes sanitaires. Réduire ici tout en protégeant là où c’est nécessaire n’a rien de contradictoire : c’est précisément cela, gérer. Le chasseur ne peut donc pas réclamer simultanément davantage de reconnaissance comme gestionnaire de la faune et refuser toute adaptation de ses propres prélèvements. La crédibilité se gagne sur le terrain, pas dans les communiqués. Il ne s’agit évidemment pas de tendre le bâton aux adversaires de la chasse. Ceux qui rêvent de transformer chaque mauvaise année en moratoire général n’ont pas besoin que nous leur fournissions nous-mêmes leurs arguments. Mais il serait tout aussi dangereux de leur laisser le monopole du discours sur la protection du petit gibier. Prenons les devants. Comptons, constatons, expliquons et adaptons. Suspendre une chasse localement lorsque la population est trop fragile n’est pas renoncer à la chasse. C’est préparer sa continuité. Parce que le meilleur défenseur du petit gibier n’est pas celui qui veut absolument le chasser chaque année. C’est celui qui veut encore pouvoir le chasser dans dix ans.