Le petit Journal de deux indissociables : la chasse et l'environnement

Hauts-de-France : entre soupçon et probité, la justice dissipe les doutes...

La décision rendue par le tribunal dans cette affaire revêt une importance particulière, tant sur le plan juridique que politique. Mis en cause pour « prise illégale d’intérêts », Guy Harlé d’Ophove, Yves Butel et Jean-Michel Taccoen, élus du Conseil régional des Hauts-de-France et responsables de fédérations de chasse, ont été relaxés. Cette décision fait suite à une analyse approfondie des faits, notamment de l’utilisation des fonds publics concernés. Il leur était reproché d’avoir participé au vote de subventions régionales attribuées aux fédérations de chasse auxquelles ils étaient liés. Dans un contexte d’exigence accrue en matière de transparence et d’éthique publique, ces éléments pouvaient légitimement susciter des interrogations. Le ministère public avait d’ailleurs requis des sanctions incluant des amendes et des peines d’inéligibilité. Cependant, le tribunal a considéré que ces subventions avaient été utilisées conformément à leur objet, dans le cadre d’actions d’intérêt général. Parmi celles-ci figurent notamment l’opération « Hauts-de-France Propres », dédiée au ramassage des déchets, ainsi que l’événement « Ruralité en Fête », valorisant les produits du terroir. Autant d’initiatives qui relèvent clairement du service public et de la préservation de l’environnement. Dès lors, l’élément intentionnel nécessaire à la qualification de prise illégale d’intérêts n’a pas été retenu. Il convient de souligner l’importance de cette décision au regard de la personnalité des élus concernés. Loin d’être de simples acteurs politiques, ils sont engagés de longue date dans la vie locale et associative. Leur implication dans les FDC s’inscrit dans une tradition de gestion territoriale et environnementale, souvent méconnue. Les accuser à tort pouvait non seulement nuire à leur réputation, mais aussi fragiliser la confiance des citoyens envers leurs représentants. Cette relaxe rappelle ainsi un principe fondamental de l’État de droit : la présomption d’innocence et la nécessité de juger sur des faits établis, et non sur des suppositions. Elle met également en lumière la complexité des situations dans lesquelles les élus cumulent plusieurs responsabilités, sans que cela constitue nécessairement un conflit d’intérêts. Enfin, cette affaire souligne l’importance d’un débat démocratique apaisé, fondé sur des faits vérifiés. Si le rôle d’alerte des élus d’opposition est légitime, il doit s’exercer avec prudence. En relaxant ces trois élus, la justice réaffirme à la fois leur intégrité et l’équilibre indispensable entre contrôle démocratique et respect des personnes.


Pastoralisme : enjeux et perspectives internationales

Du 24 au 26 mars 2026, Montpellier accueillera le séminaire international « Pastoralismes : regards croisés pour l’avenir », consacré aux enjeux actuels de l’élevage pastoral. Organisé par l’UMT Pastoralisme méditerranéen et l’Entente interdépartementale des Causses et des Cévennes, l’événement s’inscrit dans l’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux, proclamée par les Nations unies. Environ 200 participants (chercheurs, éleveurs, gestionnaires d’espaces naturels et acteurs des territoires), sont attendus, venus de France, d’Europe et du bassin méditerranéen. Le pastoralisme, fondé sur le pâturage de végétations naturelles, joue un rôle clé dans la valorisation de territoires difficiles, qu’ils soient montagnards ou de plaine. Il contribue au maintien de paysages ouverts, à la préservation de la biodiversité, à la réduction du risque d’incendie et au développement de productions agricoles spécifiques. Dans un contexte de changement climatique, de pression foncière et d’évolution des pratiques agricoles, ce mode d’élevage suscite un intérêt croissant pour sa capacité d’adaptation et les services environnementaux qu’il rend. Pendant trois jours, le séminaire proposera communications scientifiques, retours d’expérience et échanges autour de thématiques majeures : organisation et mobilité des troupeaux, accès aux ressources naturelles (eau, pâturages), valorisation économique des produits pastoraux, santé animale, conditions de vie des éleveurs, politiques publiques, formation et transmission des savoir-faire. L’objectif est d’identifier des leviers concrets pour assurer la pérennité et le renouvellement du pastoralisme. La rencontre mettra en dialogue science et terrain, en croisant les approches disciplinaires et les expériences issues de différents territoires, notamment en Occitanie, région fortement concernée, mais aussi dans d’autres zones européennes et nord-africaines. Cette dimension internationale vise à enrichir la réflexion collective face à des enjeux communs. Un point presse est prévu le 26 mars à 17 h à l’Institut Agro Montpellier afin de présenter les principaux enseignements et perspectives. Un kit média sera également mis à disposition des journalistes.


La semaine en bref...

- Aisne : un accident de chasse s’est produit le samedi 14 mars 2026 au matin à Charmes, rue du Petit-Charmes, lors d’une battue au sanglier. Selon les premiers éléments recueillis sur place, un chasseur a tiré en direction d’un sanglier et a atteint l’animal. Le projectile aurait traversé le corps du suidé et aurait ensuite ricoché sur un arbre situé à proximité. Le projectile a finalement atteint un autre chasseur présent sur les lieux, touché à la cuisse. Alertés rapidement, les sapeurs-pompiers sont intervenus pour porter secours à la victime, un homme âgé de 62 ans. Après une première prise en charge sur place, il a été transporté vers le centre hospitalier de Chauny afin de recevoir les soins nécessaires. Selon les secours, son état a été considéré comme léger. La police s’est également rendue sur les lieux pour effectuer les constatations d’usage. Des contrôles d’alcoolémie ont été réalisés sur les chasseurs impliqués dans l’accident. D’après les premiers éléments communiqués par les forces de l’ordre, aucune infraction n’a été relevée à l’issue de ces vérifications.

 

- Alpes-de-Haute-Provence : le Tribunal Administratif de Marseille a annulé six arrêtés de la préfecture, autorisant des éleveurs à tirer des loups, à la suite d’un recours de l’association One Voice. Les juges ont estimé que ces décisions étaient illégales. Deux irrégularités principales ont été relevées. D’une part, la préfecture avait considéré que les troupeaux bovins ne pouvaient pas être protégés sans apporter d’analyse concrète pour le démontrer, alors que la réglementation impose un examen individuel des situations, notamment sur les plans technique et économique. D’autre part, l’administration n’a pas prouvé que les éleveurs concernés avaient réellement mis en place des mesures de protection de leurs troupeaux avant d’obtenir l’autorisation de tir. Cette décision s’inscrit dans une série de jugements similaires. En 2024, le tribunal administratif de Besançon avait déjà annulé des arrêtés comparables, et en janvier 2026, le tribunal administratif de Nice a censuré sept décisions prises dans les Alpes-Maritimes. Ces jugements contribuent à renforcer une jurisprudence exigeant que toute dérogation à la protection du loup soit strictement justifiée. L’affaire intervient toutefois dans un contexte politique sensible. Le gouvernement français a récemment adopté un dispositif destiné à faciliter les tirs de défense contre les loups, afin de répondre aux inquiétudes des éleveurs confrontés à des attaques répétées sur leurs troupeaux.

 

- Hautes-Alpes : face à une hausse des sollicitations liées notamment à la présence du loup, la préfecture a lancé un appel à candidatures pour recruter de nouveaux lieutenants de louveterie, ouvert jusqu’au 12 avril 2026, pour une prise de fonction prévue au printemps. Ce renforcement concerne en priorité trois secteurs : le Gapençais, l’Embrunais et le Champsaur-Valgaudemar. Les lieutenants de louveterie interviennent dans la régulation des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, notamment aux troupeaux, aux cultures et aux pâturages. Ils participent à la mise en œuvre du plan national loup et activités d’élevage, organisent des battues administratives et peuvent constater des infractions. Pour candidater, il faut être de nationalité française, âgé de moins de 75 ans, titulaire du permis de chasser depuis au moins cinq ans, et disposer d’une condition physique adaptée. Les candidats doivent également pouvoir mobiliser des chiens de chasse. Les dossiers, comprenant notamment une lettre de motivation et un certificat médical récent, doivent être adressés à la Direction départementale des territoires. Une phase d’immersion est prévue pour les candidats sans expérience...

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Projet « Snipe » : mieux connaître et protéger la bécassine des marais

La bécassine des marais (Gallinago gallinago) est l’un des oiseaux emblématiques des zones humides européennes. Discrète et difficile à observer, elle est pourtant facilement reconnaissable lors de la période de reproduction grâce au « tambourinement » caractéristique du mâle. Ce son étonnant, produit lors de parades nuptiales aériennes, provient de la vibration de ses plumes caudales lorsque l’oiseau plonge dans les airs. L’espèce fréquente une grande variété d’habitats humides : prairies inondables, tourbières, marais côtiers ou zones humides de l’intérieur des terres. Cependant, malgré cette large distribution, les populations de bécassines connaissent un déclin préoccupant dans plusieurs régions d’Europe. Dans certains pays, notamment en Allemagne, les effectifs nicheurs ont chuté de près de 50 % au cours des dernières décennies. La disparition et la dégradation des zones humides, les modifications des pratiques agricoles et les effets du changement climatique figurent parmi les principales menaces pesant sur l’espèce. Face à cette situation, le projet « Snipe » a été lancé afin d’améliorer les connaissances scientifiques sur la bécassine des marais et de soutenir des stratégies de conservation adaptées. Cette initiative est portée par le Conseil international de la chasse et de la conservation du gibier (CIC), en partenariat avec l’Union pour la conservation de la nature et de la biodiversité (NABU) et l’Université d’Aveiro (Portugal). Le projet bénéficie du soutien financier de la délégation allemande du CIC, qui a permis de mettre en place les premières phases de recherche. Un rôle central est joué par le Dr José A. Alves, chercheur à l’Université d’Aveiro, dont l’équipe mène des campagnes de terrain intensives dans plusieurs zones clés de reproduction, notamment en Islande. Durant l’été, les scientifiques travaillent dans des conditions particulières liées au phénomène du soleil de minuit, qui permet de suivre les oiseaux presque en continu. Ces missions ont déjà permis de recueillir des données précieuses sur la reproduction et les déplacements des bécassines. La technologie de géolocalisation miniaturisée constitue l’un des outils essentiels du projet. De petits capteurs sont fixés sur certains individus afin de suivre leurs migrations à grande échelle. Ces dispositifs permettent de reconstituer les routes migratoires reliant les zones de reproduction nordiques aux quartiers d’hivernage situés plus au sud de l’Europe et en Afrique du Nord. Les premières données mettent en évidence l’importance de sites d’escale migratoire stratégiques, indispensables pour l’alimentation et le repos des oiseaux. Au-delà de la recherche scientifique, le projet « Snipe » illustre la coopération entre chercheurs, chasseurs et organisations de conservation. Les informations collectées contribueront à orienter les politiques de gestion des zones humides et à promouvoir des pratiques de chasse durables. En combinant science, conservation et gestion responsable, cette initiative vise à garantir que la bécassine des marais demeure une composante essentielle de la biodiversité européenne pour les générations futures.


Plan de chasse qualitatif pour le cerf élaphe

Dans une perspective d’optimisation du plan de chasse appliqué au cerf élaphe (Cervus elaphus), la question de la simplification des critères qualitatifs apparaît centrale. En effet, si la gestion différenciée des individus selon leur âge, leur sexe ou leur statut reproducteur constitue un objectif pertinent sur le plan biologique, sa mise en œuvre opérationnelle se heurte souvent à des difficultés d’identification sur le terrain. Dans ce contexte, une approche fondée sur un nombre limité de catégories, reposant sur des critères morphologiques simples et immédiatement observables, semble plus adaptée. La proposition consiste à structurer le plan de chasse autour de deux types de bracelets distincts. Le premier correspondrait à une catégorie regroupant les individus portant au minimum douze cors ou plus. Ce seuil, historiquement utilisé dans certaines réglementations cynégétiques, constitue un indicateur relativement fiable de maturité et de développement morphologique. Ces animaux, généralement âgés, occupent fréquemment une position dominante dans la hiérarchie sociale et jouent un rôle déterminant dans la reproduction, notamment durant la période de rut. Leur prélèvement excessif peut entraîner une désorganisation des structures sociales et une altération des dynamiques génétiques des populations. La mise en place d’un bracelet spécifique pour cette catégorie permettrait ainsi d’encadrer leur prélèvement, en instaurant une protection relative compatible avec les objectifs de gestion durable...

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Congrès 2026 de la FNC : chasseurs en colère, rupture en vue avec l’OFB

Au congrès 2026 de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), le ton s’est nettement durci. Son président, Willy Schraen, a livré un discours offensif, marqué par une accumulation de griefs et une volonté affichée de reprendre la main sur plusieurs dossiers clés. Derrière la rétrospective de la saison 2025-2026, c’est bien une stratégie de confrontation qui se dessine. En ouverture, le président a mis en avant l’opération « J’aime la nature propre », vaste campagne nationale de ramassage des déchets, destinée à illustrer l’engagement environnemental des chasseurs. Mais ce message introductif a rapidement laissé place à une série de critiques : crise des migrateurs, contraintes européennes jugées excessives, ou encore retour du loup, dont les effectifs seraient, selon lui, sous-estimés. À travers ces thèmes, Willy Schraen interroge une question de fond : quelle place reste-t-il à l’homme dans une nature de plus en plus encadrée ? Mais c’est surtout sur le terrain économique que l’alerte est la plus forte. Le système d’indemnisation des dégâts de grand gibier, financé par les chasseurs, apparaît aujourd’hui à bout de souffle. En cause, selon la FNC : la multiplication des zones interdites à la chasse, où les populations animales prospèrent sans régulation. Résultat, les fédérations départementales voient leurs finances se tendre dangereusement. « Les caisses sont vides », résume en substance le président, qui pointe également le non-versement par l’État d’une aide de 10 millions d’euros pourtant annoncée. Derrière ce constat, c’est toute la question du modèle économique de la chasse française qui est posée. Autre ligne de fracture majeure : la relation avec l’Office français de la biodiversité (OFB). Willy Schraen accuse l’établissement public de s’être éloigné du monde cynégétique, au point de devenir un adversaire. Il réclame une reprise en main par les chasseurs de missions structurantes, comme la formation, le permis de chasser ou encore la police de la chasse. Plus encore, il dénonce l’utilisation, par l'OFB, de l'argent des chasseurs pour financer des actions jugées hostiles à la chasse. Une critique qui traduit une rupture profonde et désormais assumée. Au-delà des prises de position, le discours esquisse une ligne politique claire : défense des chasses traditionnelles, promotion du gibier, reconquête du petit gibier. Mais une question demeure : avec quels moyens ? Entre tensions institutionnelles, contraintes réglementaires et fragilité financière, la stratégie affichée par la FNC apparaît aussi ambitieuse qu’incertaine.


Journée mondiale de l’eau : un enjeu vital à l’échelle planétaire...

Célébrée chaque année le 22 mars, la Journée mondiale de l’eau met en lumière un enjeu essentiel : l’accès à une ressource vitale pour l’ensemble des sociétés humaines et des écosystèmes. Instaurée par les Nations unies en 1993, cette journée vise à sensibiliser le grand public et les décideurs aux défis liés à la gestion durable de l’eau. Aujourd’hui, l’eau douce représente seulement une faible part des ressources hydriques de la planète, et sa répartition est très inégale. Selon les estimations internationales, plusieurs milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable sûre ou à des services d’assainissement adéquats. Cette situation a des conséquences directes sur la santé, le développement économique et la stabilité sociale de nombreuses régions du monde. Le changement climatique accentue ces déséquilibres. L’augmentation des températures, la modification des régimes de précipitations et la multiplication des événements extrêmes, comme les sécheresses et les inondations, perturbent les cycles de l’eau. Certaines zones deviennent plus arides, tandis que d’autres subissent des excès d’eau, souvent difficiles à gérer. Par ailleurs, les pressions liées aux activités humaines continuent de croître. L’agriculture, qui représente la majorité des prélèvements d’eau douce à l’échelle mondiale, doit répondre à une demande alimentaire en hausse. L’urbanisation et l’industrialisation accentuent également la pression sur les ressources, tout en contribuant à leur pollution. Face à ces enjeux, la Journée mondiale de l’eau rappelle l’importance d’une gestion intégrée et durable, conciliant les besoins humains, économiques et environnementaux...

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45 ans séparent ces deux clichés…

En 1980, la nature sentait la terre, la pluie et le fumier. Elle avait des gardiens, des usages, des saisons. Les animaux n’étaient ni des mascottes ni des avatars Instagram : ils faisaient partie d’un équilibre fragile que les gens de terrain connaissaient, parfois brutalement, toujours concrètement. En 2025, la nature est devenue un concept. Une cause. Une bannière. Et surtout un formidable levier à pétitions, à hashtags et à collectes de dons. Entre ces deux mondes, une figure est apparue : le protecteur du dimanche. Le protecteur du dimanche ne se lève pas à l’aube pour observer les migrations, restaurer une haie ou curer une mare. Il se lève pour signer une pétition contre la chasse entre deux cafés équitables. La nature, il la fréquente surtout en photo, cadrée, filtrée et légendée d’un cœur vert. Dans ce récit moderne, tout est simple : les animaux sont des victimes innocentes et la chasse est devenue l’ennemi public numéro un. Peu importe que l’effondrement de la biodiversité ait des causes bien documentées : artificialisation des sols, agriculture industrielle, disparition des habitats... Non, le coupable idéal est tout trouvé : le chasseur, caricature commode d’un monde rural devenu suspect. La recette fonctionne à merveille. Une vidéo choc, un slogan bien huilé, et les dons affluent. Les campagnes s’enchaînent, les indignations aussi. L’économie de la compassion tourne à plein régime. Mais sur le terrain, dans les forêts, les plaines et les marais, la réalité est moins spectaculaire : il faut entretenir, réguler, restaurer, surveiller. Des tâches ingrates, peu photogéniques, qui rapportent peu de likes. La nature réelle est un chantier permanent. Elle exige du temps, de la présence et parfois des décisions difficiles. Tout ce qui résiste aux slogans. Pendant ce temps, le protecteur du dimanche s’indigne avec constance et générosité, surtout avec le portefeuille des autres. Il rêve d’une nature parfaite, débarrassée des humains, sauf quand il s’agit, pour lui, de la contempler le week-end. Quarante-cinq ans ont passé. La nature n’a jamais été aussi invoquée. Elle n’a jamais été aussi mal comprise. Et peut-être qu’au fond, la grande différence entre ceux qui la vivent et ceux qui la brandissent tient en une chose simple : les bottes des premiers sont chargées de boue, les doigts des seconds sont chargés de la poussière de leurs écrans. Précisons que le document de 1980 a été reconstitué, mais celui de 2025 est authentique...


Programme CiTIQUE : contribution des sciences participatives à l’étude des tiques et des agents pathogènes

Le programme CiTIQUE constitue un dispositif de recherche participative destiné à améliorer les connaissances sur les tiques piqueuses et les agents pathogènes qu’elles transmettent en France. Coordonné par INRAE en collaboration avec l’Université de Lorraine, l’ANSES, VetAgro Sup et le Centre permanent d’initiatives pour l’environnement Nancy-Champenoux, ce programme repose sur la participation volontaire des citoyens. Les particuliers sont invités à signaler les piqûres de tiques, sur eux-mêmes ou sur leurs animaux domestiques, via l’application mobile « Signalement TIQUE », un site internet dédié, ou un formulaire papier. Les spécimens retirés peuvent ensuite être envoyés à la tiquothèque du centre INRAE Grand Est-Nancy, où ils font l’objet d’analyses taxonomiques et microbiologiques. Entre 2017 et 2019, un total de 2 009 tiques ayant piqué des humains a été collecté dans différentes régions françaises et analysé. Chaque spécimen a été identifié morphologiquement, puis examiné afin de détecter la présence d’environ vingt agents pathogènes potentiellement transmissibles à l’être humain. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue scientifique « Ticks and Tick-borne Diseases ». Les analyses montrent que 27 % des tiques étudiées étaient porteuses d’au moins un agent pathogène susceptible d’infecter l’homme. La grande majorité des spécimens collectés (94 %) appartient à l’espèce Ixodes ricinus, principale tique impliquée dans les piqûres humaines en Europe occidentale. Parmi ces tiques, 15,4 % contenaient la bactérie Borrelia burgdorferi sensu lato, responsable de la Maladie de Lyme. D’autres agents pathogènes ont également été identifiés : 7,1 % des spécimens étaient porteurs de Anaplasma phagocytophilum, agent de l’anaplasmose granulocytaire humaine, tandis que 2,9 % contenaient Neoehrlichia mikurensis, responsable de la néoehrlichiose. Par ailleurs, 4,5 % des tiques analysées présentaient des co-infections, hébergeant simultanément plusieurs agents pathogènes. Un résultat notable concerne les larves de Ixodes ricinus. Environ 7,3 % d’entre elles se sont révélées porteuses de Borrelia burgdorferi, alors que ces stades précoces sont généralement considérés comme indemnes avant leur premier repas sanguin. Cette observation, cohérente avec d’autres travaux récents, suggère la possibilité d’une transmission précoce de la bactérie. Les auteurs rappellent toutefois que la détection d’un agent pathogène dans une tique ne signifie pas nécessairement qu’une infection survient chez l’hôte. Le risque dépend notamment de la durée d’attachement du parasite, de la charge bactérienne et de la réponse immunitaire de la personne exposée. Le programme CiTIQUE illustre enfin l’apport des sciences participatives à la surveillance épidémiologique. En fournissant des échantillons provenant de situations réelles de piqûres sur l’ensemble du territoire, ce dispositif permet d’améliorer la cartographie des risques sanitaires et d’affiner les stratégies de prévention contre les maladies transmises par les tiques.


Adieu prédateurs, adieu petit gibier, adieu chasseurs...

La récente étude publiée dans la revue Biological Conservation par des chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle et de l’University of the West of England, n’en finit pas de rebondir. Sans même ouvrir le dossier, la plupart des médias a repris en chœur que l’abattage des espèces dites « susceptibles d’occasionner des dégâts » coûtait, chaque année, huit fois plus cher que la réparation des dommages qu’elles provoquent. La conclusion implicite est claire : la régulation de ces espèces est inutile, coûteuse et injustifiée. Faut-il donc dire adieu à la régulation des renards, geais, pies, belettes et autres prédateurs que certains voudraient désormais sanctuariser ? Derrière l’apparence d’une démonstration scientifique se dessine en réalité une question bien plus large : celle de la place de la chasse et de la gestion des équilibres naturels dans nos territoires. Car ceux qui vivent et travaillent dans les campagnes savent une chose simple : sans régulation des prédateurs, certaines espèces de petit gibier disparaissent rapidement dans des milieux agricoles déjà fortement transformés. Perdrix, lapins, faisans, lièvres : leur maintien repose souvent sur des équilibres fragiles. Supprimer la régulation des prédateurs reviendrait, dans de nombreux territoires, à accélérer leur déclin. Le raisonnement des auteurs de cette étude est d’une simplicité désarmante : empêchons la régulation, le petit gibier disparaîtra, les chasseurs quitteront les plaines… et le problème sera réglé. Si tel est l’objectif, qu’il soit au moins assumé. Car le débat mérite mieux que des démonstrations présentées comme neutres, alors qu’elles participent d’un affrontement idéologique de plus en plus visible autour de la chasse. Pourtant, ce débat peine à s’installer réellement. Et l’on peut s’étonner du silence pour le moins discret des représentants nationaux du monde cynégétique. Depuis l’épisode politique qui a vu Willy Schraen s’engager aux côtés d’Alliance rurale, engagement qui lui a valu une sévère « banane » électorale, sa parole semble s’être faite plus rare. Certains de ceux qui l’avaient soutenu se sont d’ailleurs sentis trahis par cette incursion politique et lui ont tourné le dos. Pendant ce temps, les attaques contre la chasse et les modes de gestion des territoires ruraux se multiplient. Faut-il alors laisser d’autres définir seuls ce que doit être l’avenir de nos territoires ? La question mérite mieux que des procès d’intention et des silences gênés. Elle mérite un vrai débat : scientifique, démocratique et territorial. Car derrière les renards, les pies et les belettes, c’est en réalité la légitimité même des acteurs ruraux à gérer leur territoire qui est aujourd’hui en discussion...


OFB : deux nominations qui interrogent sur l’équilibre de la gouvernance de l'établissement

La nomination de Anne Frackowiak-Jacobs, le 9 mars dernier, au conseil d’administration de l’Office français de la biodiversité (OFB) intervient dans un contexte particulièrement sensible. Depuis plusieurs mois, l’établissement public chargé de la protection de la biodiversité se retrouve au cœur de tensions croissantes avec le monde agricole et certains élus ruraux, notamment autour des contrôles environnementaux, de la gestion de l’eau ou encore des espèces protégées. Préfète du Puy-de-Dôme depuis le 17 décembre 2025 seulement, Anne Frackowiak-Jacobs appartient au corps préfectoral et dispose d’une solide expérience territoriale. Elle a exercé dans plusieurs départements, notamment dans des territoires ruraux où les questions agricoles et environnementales occupent une place centrale. Son arrivée au sein du conseil d’administration de l’OFB peut être interprétée comme une volonté de l’État de renforcer la dimension territoriale et administrative dans la gouvernance de l’établissement. Mais cette nomination ne survient pas isolément. Elle intervient peu après celle d’Anne Le Strat, figure bien connue des milieux écologistes, engagée dans les politiques publiques de gestion de l’eau et présidente de l’entreprise publique Eau de Paris. Ces deux arrivées, à quelques semaines d’intervalle, dessinent un équilibre intéressant au sein du conseil d’administration : d’un côté, une représentante de l’État issue du corps préfectoral et rompue à la gestion des territoires ; de l’autre, une personnalité engagée de longue date dans les politiques environnementales. Faut-il y voir une simple coïncidence ou une stratégie plus subtile ? Dans un contexte où l’OFB est régulièrement critiqué pour son rôle de police de l’environnement et où les tensions avec certains acteurs ruraux se multiplient, l’État semble chercher à rééquilibrer la gouvernance de l’établissement en associant des profils différents. Reste à savoir si cette combinaison permettra réellement d’apaiser les tensions ou si elle ne fera que refléter les lignes de fracture qui traversent aujourd’hui les politiques environnementales françaises.