Canon-Fronsac Château du Gazin

Chasse du sanglier : quand la peur prend le pas sur la raison

La chasse du sanglier suscite des réactions passionnelles, parfois alimentées par une image de l’animal qui oscille entre fascination et inquiétude. Puissant, imprévisible en apparence, doté de défenses impressionnantes, le suidé en impose. Mais la perception du danger correspond-elle toujours au risque réel ? La psychologie et l’écologie apportent des éléments de réponse. En 2025, une étude publiée dans la revue scientifique People and Nature a analysé les réactions de 17 353 participants, répartis sur tous les continents, face à des images de 184 espèces animales. Les chercheurs ont montré que la peur ne dépend pas uniquement de la dangerosité objective : l’âge, la région de résidence et les peurs préexistantes influencent également les réponses. Certaines espèces relativement inoffensives suscitent ainsi une crainte importante. L’étude ne démontre toutefois pas que le sanglier est spécifiquement victime de cette distorsion. Les recherches en psychologie confirment que les perceptions de dangerosité, d’imprévisibilité et de perte de contrôle contribuent fortement aux peurs animales. Un gibier puissant, capable de charger et difficile à maîtriser, peut donc provoquer une réaction émotionnelle qui dépasse l’évaluation rationnelle de la situation. Les récits d'incidents spectaculaires peuvent également marquer les esprits, même si leur influence varie selon les individus. Pour autant, le sanglier n’est pas un animal inoffensif. Une laie accompagnée de marcassins, un individu blessé ou un animal surpris à courte distance peuvent présenter un danger réel. Les blessures provoquées par les sangliers sont documentées dans la littérature médicale, notamment lors de rencontres rapprochées et d’actions de chasse. Il serait donc aussi erroné de nier le risque que de considérer chaque sanglier comme une menace. En action de chasse, la peur peut surtout devenir problématique lorsqu’elle altère le jugement. Une réaction précipitée, une mauvaise appréciation de la trajectoire de l’animal ou un tir effectué dans des conditions incertaines peuvent compromettre la sécurité des chasseurs et des tiers. La connaissance du comportement du gibier, la maîtrise de soi et le respect des règles de sécurité restent les meilleures réponses. Le terme de biophobie invite ainsi à réfléchir à notre rapport au vivant, mais il doit être employé avec discernement : toute crainte n’est pas une phobie, et toute prudence n’est pas irrationnelle. L’enjeu n’est pas de ridiculiser ceux qui redoutent le sanglier, mais de distinguer l’émotion du risque objectivement évalué. À la chasse, le sang-froid est une qualité bien plus utile que la peur...


Les balles immobilisantes : anatomie d’un arrêt instantané

Dans le vocabulaire cynégétique, les balles dites « immobilisantes » sont celles qui provoquent l’arrêt immédiat de l’animal à l’impact. Pourtant, immobilisation et mort ne sont pas synonymes. En dehors d’une atteinte cérébrale directement destructrice, qui peut entraîner une perte de conscience immédiate et des lésions rapidement mortelles, les projectiles ne produisent pas systématiquement ces deux effets simultanément. Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir à l’anatomie. La locomotion repose sur la coordination du cerveau, de la moelle épinière, des nerfs périphériques et des muscles. La moelle épinière, protégée par le canal vertébral, assure notamment la transmission des commandes motrices entre l’encéphale et les membres. Une lésion médullaire grave peut donc interrompre brutalement cette transmission et entraîner une paralysie en aval de la zone atteinte. L’animal peut alors s’effondrer sans être pour autant mort, ni nécessairement inconscient. La persistance de fonctions vitales dépend notamment de la localisation et de l’étendue des lésions. Le rachis comprend plusieurs régions : cervicale, thoracique, lombaire, sacrée et caudale. Une atteinte haute peut affecter simultanément plusieurs territoires moteurs et, selon sa localisation, compromettre également les fonctions respiratoires. Une lésion plus basse peut, quant à elle, provoquer des déficits limités principalement à l’arrière-train. Les conséquences ne sont donc pas identiques d’un impact à l’autre. Il serait notamment inexact d’affirmer qu’une section médullaire supprime systématiquement la douleur : celle-ci dépend des structures lésées et des mécanismes nerveux encore fonctionnels. Ces éléments anatomiques expliquent pourquoi une chute brutale ne permet pas, à elle seule, de conclure au décès. Un animal immobilisé peut rester vivant et souffrir ; toute situation de ce type exige une intervention rapide et adaptée, dans le respect des règles de sécurité et de mise à mort. En pratique, la recherche d’un arrêt instantané ne doit pas faire oublier l’objectif essentiel d’un tir de chasse : provoquer une mort aussi rapide que possible, en limitant les souffrances et les risques de blessure. Une atteinte de la région thoracique peut toucher des organes vitaux, notamment le cœur et les poumons, et entraîner une hémorragie grave. Toutefois, l’effet réel dépend toujours des structures effectivement atteintes et ne peut être garanti par la seule localisation apparente de l’impact. La connaissance de l’anatomie permet ainsi de distinguer trois notions trop souvent confondues : l’arrêt de la locomotion, la perte de conscience et la mort. En matière de chasse, cette distinction n’est pas théorique : elle engage directement la responsabilité du tireur et le souci du bien-être animal.


Une douve géante venue d’Amérique du Nord découverte en France : les cervidés sous surveillance

Un parasite jusqu’ici jamais signalé en France vient d’être identifié dans le foie d’un daim en Sologne. Baptisé Fascioloides magna, ou « grande douve américaine », ce trématode — un ver plat parasite — peut atteindre environ 5 centimètres de longueur. Sa découverte par le réseau SAGIR, chargé de surveiller la santé de la faune sauvage, constitue un signal sanitaire important : les premières investigations suggèrent que le parasite pourrait déjà circuler parmi les cervidés de la région. Originaire d’Amérique du Nord, Fascioloides magna s’est implanté durablement dans plusieurs régions d’Europe, notamment en Italie et en Europe centrale. Son cycle de développement repose sur deux hôtes successifs. Les œufs éliminés dans les excréments des animaux infestés atteignent le milieu aquatique. Après éclosion, les larves infectent de petits gastéropodes d’eau douce, notamment certaines limnées, au sein desquels elles poursuivent leur développement. Des formes larvaires infectantes sont ensuite libérées dans l’environnement et peuvent être ingérées par des herbivores lors de leur alimentation. Les cervidés, en particulier le cerf élaphe, le daim et le chevreuil, constituent les principaux hôtes définitifs en Europe. Les zones humides — étangs, marais et berges — favorisent donc la transmission en réunissant mollusques, végétation et animaux fréquentant ces milieux. Chez les cervidés, les douves adultes vivent dans le foie et provoquent des lésions hépatiques d’intensité variable. Une infestation peut se traduire par une altération de l’état corporel, une croissance réduite et, indirectement, une dégradation des performances reproductrices ou de la qualité des bois. Les daims et les chevreuils figurent parmi les espèces particulièrement vulnérables. À l’inverse, chez certains autres hôtes, le parasite peut survivre sans parvenir à achever efficacement son cycle. Les ovins, les caprins et les mouflons sont particulièrement sensibles : chez ces animaux, l’infection peut entraîner des atteintes graves, voire la mort. D’autres mammifères peuvent être infestés, mais leur rôle dans le maintien du parasite varie selon leur sensibilité et leur capacité à contribuer à sa transmission. Le mode d’introduction en Sologne demeure inconnu. Aucun risque de transmission à l’être humain n’est actuellement reconnu pour ce parasite. Sa découverte justifie néanmoins une vigilance accrue. Le réseau SAGIR et ses partenaires renforcent les capacités de diagnostic afin de préciser son implantation, sa distribution et ses conséquences potentielles pour la faune sauvage et les élevages sensibles. (Photo OFB)


Petite et grande vénerie : une histoire de taille… ou d’amour-propre ?

Mais qui donc a inventé cette histoire de petite et grande vénerie ? Il est des expressions qui traversent les siècles avec une assurance admirable. Elles s’installent dans le langage, se transmettent de génération en génération et finissent par paraître aussi naturelles que le son du cor au fond des bois. À force de les entendre, plus personne ne songe à leur demander leurs papiers. Et pourtant… En vénerie, nous parlons volontiers de petite et de grande vénerie, la première étant généralement associée au lapin, au lièvre et au renard, la seconde au chevreuil, au sanglier et au cerf. Une distinction qui semble aller de soi : aux petites bêtes, la petite vénerie ; aux grandes, la grande. Simple et presque trop beau pour être vrai. Cependant, il existe une distinction plus conforme aux pratiques : la vénerie sous terre, la vénerie à pied et la vénerie montée. Trois univers, trois façons de servir les chiens et de poursuivre un animal. Voilà des différenciations qui reposent sur la nature même de la chasse, plutôt que sur le tour de taille de celui que l’on poursuit. La vénerie sous terre, avec ses exigences et ses particularités, mérite à elle seule un chapitre. Laissons donc aux veneurs déterreurs le soin de défendre leur art, et saluons, au passage, un travail souvent méconnu. Réguler une population d’animaux discrets dans leurs sorties, mais parfois beaucoup moins dans les dégâts qu’ils occasionnent, demande des connaissances qui ne s’improvisent pas. Intéressons-nous, ici, à la vénerie à pied et à la vénerie montée. Pourquoi leur associe-t-on aujourd’hui cette hiérarchie entre petite et grande vénerie ? Et si cet ordre, loin d’être né d’une savante classification zoologique, avait trouvé son origine dans les travers bien humains de quelques veneurs ? Car les hommes ont ceci de commun avec les animaux : ils laissent des traces. Seulement là où le chien suit une voie, l’historien doit parfois suivre un souvenir, une anecdote ou une confidence transmise par les anciens. Pour comprendre cette histoire, remontons donc le temps, jusqu’à une époque où les fortunes nouvelles se faisaient, où les équipages renaissaient et où l’ambition de chasser à courre n’était pas toujours accompagnée du talent nécessaire pour y parvenir. Direction la Restauration, et qui sait, peut-être allons-nous découvrir que derrière une appellation bien installée, se cache une petite affaire de prestige, quelques déconvenues cynégétiques et un amour-propre que les années n’ont pas complètement guéri...

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Myxomatose chez le lièvre : une exception biologique devenue réalité ?

Longtemps considérée comme une maladie du lapin, la myxomatose peut désormais provoquer des mortalités chez le lièvre d’Europe. Les signalements en Charente-Maritime s’inscrivent dans un contexte scientifique préoccupant, mais la confirmation virologique locale reste déterminante. La myxomatose est une maladie infectieuse provoquée par le virus myxomateux (MYXV), un poxvirus historiquement associé au lapin européen (Oryctolagus cuniculus). Chez cette espèce, l’infection peut entraîner une maladie grave, caractérisée notamment par des œdèmes, des lésions cutanées et une forte mortalité. Le lièvre d’Europe (Lepus europaeus) est traditionnellement considéré comme relativement résistant au virus classique, sans être totalement réfractaire à l’infection. Des cas sporadiques avaient déjà été décrits. La situation a évolué avec l’apparition, en 2018 dans la péninsule Ibérique, d’une variante recombinante du virus, désignée hare-adapted myxoma virus (ha-MYXV). Cette souche a provoqué des mortalités importantes chez le lièvre ibérique (Lepus granatensis). Des travaux publiés en 2025 ont également démontré son implication dans des mortalités de lièvres d’Europe en Allemagne et aux Pays-Bas. Le franchissement de la barrière d’espèce est donc scientifiquement établi : la myxomatose ne peut plus être considérée comme une maladie exclusivement limitée aux lapins. Une étude épidémiologique menée en Espagne entre 2018 et 2024 a détecté de l’ADN viral dans deux des 114 lièvres d’Europe analysés par PCR, dont un porteur de la variante ha-MYXV. Ce résultat confirme la possibilité d’infections, mais ne signifie pas que tous les animaux infectés développent une maladie clinique. En Charente-Maritime, les lièvres malades ou morts ont conduit à une vigilance sanitaire, notamment dans le secteur d’Andilly-les-Marais et de Charron. Les symptômes rapportés comprennent des lésions cutanées, des dépilations et des atteintes de la tête et des oreilles. Dans l’attente de résultats documentés, il convient donc de distinguer les suspicions de terrain des cas confirmés.

 

Références scientifiques et documentaires

- Myxoma Virus and the Leporipoxviruses: An Evolutionary Paradigm.

- Viral Diseases : revue des infections virales des lapins et des lièvres.

- Fischer L. et al. Recombinant Myxoma Virus in European Brown Hares, 2023–2024.

- Cardoso B. et al. Epidemiological surveillance of myxoma virus in European hares (Lepus europaeus) in the Iberian Peninsula.


Haies : le budget 2027 tombe à 1,3 million d’euros

Le budget consacré aux haies pourrait chuter à 1,3 million d’euros en 2027, contre 7 millions prévus en 2026. Cette enveloppe est très éloignée des 110 millions d’euros annuels annoncés lors du lancement du Pacte de la Haie, le 29 septembre 2023. L’objectif fixé était d’obtenir un gain net de 50 000 kilomètres de haies d’ici à 2030. Pourtant, sur trois ans, alors que 330 millions d’euros auraient dû être mobilisés selon les engagements annoncés, seuls 79,5 millions auraient été consacrés aux haies, principalement à leur plantation. L’écart entre les montants annoncés et les sommes effectivement consacrées à cette politique est considérable, puisque le budget prévu pour 2027 représente une baisse de près de 90 %. Cette réduction intervient alors que l’arrachage des haies se poursuit. Entre 2017 et 2021, 23 571 kilomètres auraient disparu chaque année en France. Les haies jouent pourtant plusieurs rôles écologiques : elles accueillent la biodiversité, contribuent à filtrer l’eau, stockent du carbone et protègent les sols du vent et de l’ensoleillement. Elles constituent également des habitats et des corridors de déplacement pour la faune sauvage, notamment le petit gibier. Les haies et leurs lisières offrent ainsi des abris et des ressources alimentaires à des espèces comme la perdrix et le faisan. On peut également s’inquiéter des conséquences de cette baisse de moyens sur le nouveau guichet unique de gestion des haies, lancé récemment. Toutes les demandes d’arrachage doivent désormais passer par ce dispositif.


« Les maladies voyagent aussi » : le ministère appelle les voyageurs à la vigilance

Le ministère de l’Agriculture lance une campagne de sensibilisation pour limiter l’introduction en France de maladies animales et végétales à l’occasion des déplacements internationaux. Intitulée « Les maladies voyagent aussi. Pour les stopper, voyagez responsable », elle rappelle les précautions à prendre avant de partir et au retour des vacances, ou de voyages de chasse. Le changement climatique, les échanges commerciaux et les déplacements de voyageurs favorisent la circulation de certains agents pathogènes et organismes nuisibles. L’approche « Une seule santé » souligne les liens entre la santé humaine, celle des animaux, la santé des végétaux et l’équilibre des écosystèmes. Les virus, les bactéries, les parasites et les insectes nuisibles ne s’arrêtant pas aux frontières, la prévention des introductions constitue un enjeu sanitaire, agricole et environnemental. La campagne s’articule autour de trois risques principaux : l’importation de végétaux et de fruits, celle de produits d’origine animale et l’introduction de la rage par des animaux domestiques. Chaque année, les contrôles aux frontières permettent d’intercepter des plantes, des graines et des fruits susceptibles de transporter des organismes nuisibles. Certains peuvent menacer les cultures agricoles et les espaces verts. Les produits d’origine animale peuvent également véhiculer des maladies animales absentes du territoire. Le ministère cite notamment la peste porcine africaine et la fièvre aphteuse. La crise de la dermatose nodulaire contagieuse bovine survenue en 2025 a illustré les conséquences possibles de l’introduction d’une maladie animale. L’importation de ces produits depuis les pays tiers dans l’Union européenne est soumise à une réglementation et à des contrôles vétérinaires. La rage constitue un autre point de vigilance. Selon le ministère, les cas de rage canine observés en France ces dernières années concernaient des animaux domestiques importés clandestinement depuis des pays où la maladie est présente. Les voyageurs sont invités à faire vacciner leurs animaux avant un départ à l’étranger, à respecter les règles applicables à leurs déplacements et à éviter tout contact avec les animaux errants dans les pays concernés. Le ministère recommande donc de ne pas rapporter dans ses bagages de plantes, de graines, de fruits ou de denrées d’origine animale sans vérifier les règles applicables. La campagne sera relayée sur les réseaux sociaux, le site internet du ministère et les canaux de communication de ses services. Elle doit être renouvelée régulièrement, notamment pendant les périodes de départs en vacances.


Saison de chasse 2025-2026 : le grand gibier entre records et évolutions contrastées

La saison cynégétique 2025-2026, couvrant la période du 1er avril 2025 au 31 mars 2026, se distingue d’abord par un chiffre spectaculaire : 1 015 429 sangliers prélevés en France, soit une progression de 15,3 % en un an. Ce bilan, communiqué par l’OFB, confirme l’ampleur des prélèvements nécessaires à la régulation de cette espèce particulièrement dynamique. Sur vingt ans, leur nombre a été multiplié par 2,2. La population nationale est estimée, après naissance et avant la saison de chasse, entre 1,5 et 2 millions d’individus, même si son dénombrement précis demeure difficile. Cette progression s’explique par plusieurs facteurs conjugués : forte fécondité, hivers plus doux, disponibilité alimentaire et évolution des pratiques humaines. Les conséquences économiques sont considérables, avec des dégâts agricoles évalués par les fédérations de chasseurs entre 90 et 100 millions d’euros par an. Selon les données rapportées par l’OFB, les prélèvements restent néanmoins très contrastés selon les départements : le Gard, l’Ardèche et le Loir-et-Cher figurent parmi les territoires les plus concernés, tandis que le Maine-et-Loire et le Lot enregistrent des baisses. L’établissement public estime que ces prélèvements, malgré leur volume, ne menacent pas la survie de l’espèce à l’échelle nationale. Il convient toutefois de rappeler que les tableaux de chasse ne constituent pas, à eux seuls, un recensement des populations : ils dépendent également de l’intensité de la chasse, des conditions météorologiques, des habitats et des règles locales de gestion. Pour les autres ongulés, le bilan disponible dessine un paysage plus nuancé. Les prélèvements de cerfs élaphes progressent de 8,5 % et ceux de daims de 13 %, tandis que les chevreuils reculent légèrement (- 1 %). Les espèces de montagne connaissent une évolution inverse : le mouflon diminue de 10,6 % et le chamois de 6,3 %. Les données communiquées dans les éléments disponibles ne précisent pas la variation nationale des prélèvements d’isards pour 2025-2026...

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Feux de forêt : quelles conséquences sur l’eau potable ?

Les incendies de forêt ne détruisent pas seulement la végétation et les habitats naturels. Ils peuvent également altérer la qualité des ressources en eau utilisées pour l’alimentation humaine. L’importance de cette contamination dépend de nombreux facteurs : l’intensité et la durée du feu, la quantité de végétation brûlée, la nature des sols, la géologie du bassin versant et les conditions météorologiques qui suivent l’incendie. Les premières pluies et la fonte des neiges constituent souvent une période particulièrement sensible. L’eau qui ruisselle sur les terrains brûlés peut entraîner des cendres, des sédiments, des nutriments, des métaux et d’autres substances vers les rivières, les retenues d’eau et les captages. Ces apports peuvent modifier la qualité de l’eau brute et compliquer son traitement avant distribution. Les eaux souterraines peuvent également être concernées, lorsque des substances s’infiltrent dans le sol et atteignent les nappes. Leur transfert dépend notamment de la nature du terrain et de la capacité des contaminants à se dissoudre et à circuler. Les conséquences ne s’arrêtent pas nécessairement aux premières semaines. Pendant plusieurs années, des épisodes pluvieux peuvent encore mobiliser des éléments présents dans les sols et les sédiments. Certains métaux et nutriments peuvent ainsi rejoindre les eaux de surface. Les hydrocarbures aromatiques polycycliques, produits notamment lors de combustions incomplètes, peuvent également être transportés avec les particules ou remis en suspension dans l’eau. L’intensité et la durée de ces phénomènes varient toutefois selon les sites : ils ne se produisent pas systématiquement avec la même ampleur. Il faut néanmoins distinguer la contamination d’une ressource en eau du risque pour les consommateurs. La présence de substances indésirables dans l’eau prélevée ne signifie pas automatiquement qu’elles se retrouvent dans l’eau distribuée à des concentrations dangereuses. Le traitement, les contrôles et les conditions d’exposition jouent un rôle déterminant. À ce jour, les effets sanitaires directement attribuables à l’ingestion d’eau potable contaminée après un feu de forêt restent insuffisamment documentés pour en mesurer précisément l’ampleur. La prévention repose donc sur la protection des captages, la surveillance régulière de la qualité de l’eau et l’adaptation du traitement lorsque cela est nécessaire. Des plans d’urgence et une gestion adaptée des infrastructures sont également essentiels. Les puits privés et les petits réseaux sont particulièrement vulnérables lorsqu’ils disposent de peu de solutions de remplacement ou de moyens de traitement limités.


Beretta renforce sa position chez Ruger sans en prendre le contrôle

Avec une participation portée à 24,95 % du capital de Sturm, Ruger & Company, Beretta Holding investit jusqu’à 107,5 millions de dollars dans l’un des principaux fabricants américains d’armes à feu. L’opération ouvre des perspectives de coopération industrielle et commerciale, sans remettre en cause l’indépendance de Ruger. L’offre de Beretta a suscité un intérêt supérieur aux attentes. Alors que le groupe luxembourgeois souhaitait acquérir 2,4 millions d’actions, les actionnaires de Ruger en ont proposé plus de 6,24 millions. Beretta ne retiendra toutefois que 2 400 184 titres, au prix unitaire de 44,80 dollars. Sur la base des actions en circulation au lancement de l’opération, sa participation passera ainsi de 9,9 % à 24,95 %. Le prix proposé représente une prime d’environ 21 % par rapport au cours de clôture du 16 septembre 2026, et de près de 20 % sur le cours moyen pondéré des 60 séances précédant l’annonce initiale du projet. Pour Beretta, cet investissement constitue une première prise de participation dans une société cotée et un moyen de consolider son implantation aux États-Unis, son premier marché. L’intérêt de l’opération dépasse la seule dimension financière. Ruger dispose d’une marque reconnue, d’installations de production et d’un réseau commercial solidement implantés aux États-Unis. Beretta apporte, pour sa part, un portefeuille international de marques, des capacités de distribution à l’étranger et une activité diversifiée dans les armes, les munitions, l’optique et les équipements destinés à la chasse, au tir sportif et à la défense. Les deux entreprises prévoient d’étudier des possibilités de coopération dans les ventes, les achats, les approvisionnements et la production. Ces pistes restent exploratoires et non contraignantes : aucun projet d’intégration industrielle n’est arrêté à ce stade. Beretta pourra désigner jusqu’à deux administrateurs indépendants au conseil de Ruger, sous réserve de maintenir au moins 20 % du capital. Entre 15 % et 20 %, ce droit sera limité à un siège. Des restrictions réglementaires encadrent également l’accès aux informations confidentielles. Ruger conservera son autonomie juridique et opérationnelle. L’accord plafonne la participation de Beretta à 25 %, encadre ses droits de vote et prévoit une période de statu quo d’environ trois ans. Cette stratégie permet à Beretta de renforcer son poids sur le marché américain sans financer une acquisition totale. Elle lui offre un accès potentiel à de nouvelles synergies commerciales et industrielles, tout en limitant son engagement financier. En contrepartie, le groupe accroît son exposition aux fluctuations de la demande américaine, aux évolutions réglementaires et aux risques judiciaires propres au secteur des armes à feu.


Grand tétras dans les Vosges : un sursis bienvenu, avant le verdict scientifique

Après trois campagnes de réintroduction, l’État n’enterre pas le programme de translocation du grand tétras dans le massif vosgien. Une décision définitive est attendue fin janvier, après de nouvelles expertises. Alors que la fin anticipée du programme avait été évoquée cet été, le préfet Blaise Gourtay a confirmé, le 15 octobre à Épinal, que la poursuite des réintroductions restait envisageable. La ministre souhaite disposer d’éléments scientifiques complémentaires avant de trancher. Une étude indépendante sur l’habitat doit notamment contribuer à éclairer la décision, attendue à la fin du mois de janvier. Lancé pour tenter de sauver une population au bord de l’extinction locale, le programme repose sur la capture d’oiseaux en Norvège, puis leur transfert dans le massif vosgien. Trois campagnes ont été menées en trois ans. Le bilan fait aujourd’hui état d’une trentaine d’individus présents dans le massif, contre seulement quatre recensés avant le lancement de l’opération. Quatre naissances auraient également été enregistrées durant l’été. Ces chiffres ne suffisent évidemment pas à garantir le succès de la démarche. Encore faut-il que les oiseaux s’acclimatent, survivent et se reproduisent durablement. C’est précisément l’objet des expertises attendues. Mais suspendre le jugement le temps de disposer de données solides paraît autrement plus raisonnable que de condamner le programme avant même d’en avoir évalué tous les effets. Le coût de l’opération, estimé à quelque 200 000 euros, nourrit les critiques de ses opposants. Une somme qui mérite, naturellement, d’être examinée au regard des résultats obtenus. Mais certains défenseurs de l’environnement, prompts à dénoncer cet investissement, se montrent singulièrement moins diserts sur les millions d’euros mobilisés chaque année autour du loup, entre indemnisations des dégâts, protection des troupeaux et dispositifs de gestion. Deux poids, deux mesures ? La question mérite au moins d’être posée. La conservation de la biodiversité ne saurait se résumer à une comptabilité sélective, où certaines espèces justifieraient toutes les dépenses tandis que d’autres devraient prouver leur utilité au centime près. Le sursis accordé au grand tétras est donc bienvenu. Il ne préjuge pas de la décision finale, mais laisse une chance à l’évaluation scientifique de parler avant que le couperet ne tombe.