Je sonne de la trompe (Sylvain Oudot et Guyaume Vollet)

Un décret annulé au pire moment pour les forêts françaises

Le calendrier a de quoi surprendre. Alors que les incendies se multiplient, que des milliers d'hectares de forêts partent en fumée et que les forestiers alertent depuis des années sur l'urgence de renouveler des peuplements fragilisés par les sécheresses, les scolytes et les tempêtes, le Conseil d'État a annulé le décret constituant l'un des piliers du plan présidentiel visant à planter un milliard d'arbres en dix ans. La décision repose sur un vice de procédure : le texte, jugé susceptible d'avoir une incidence significative sur l'environnement, aurait dû être soumis à une consultation publique. Juridiquement, le raisonnement est fondé. Mais, sur le terrain, les conséquences interrogent. Ce recours, porté par une association environnementale, illustre une dérive devenue trop fréquente : celle qui consiste à multiplier les contentieux contre des projets de gestion forestière, au nom d'une vision idéalisée de la nature où toute intervention humaine devient suspecte. À force de privilégier l'immobilisme au pragmatisme, certains finissent par combattre les outils mêmes qui permettraient d'adapter les forêts aux bouleversements climatiques. Les forestiers, qu'ils soient publics ou privés, savent pourtant que de nombreux peuplements arrivent en fin de cycle ou dépérissent rapidement. Dans bien des régions, il ne s'agit plus de transformer la forêt, mais simplement d'éviter sa disparition. Renouveler les peuplements, diversifier les essences, préparer les massifs aux climats de demain ne relève plus d'un choix idéologique mais d'une nécessité. Cette annulation intervient alors que la forêt de Fontainebleau vient de subir un incendie majeur, que les départements multiplient les restrictions face à la sécheresse et que la mortalité des arbres atteint des niveaux inédits. Dans ce contexte, bloquer un dispositif destiné à soutenir le renouvellement forestier apparaît pour beaucoup comme un très mauvais signal. Les Français apprécieront sans doute qu'au moment où les massifs souffrent comme jamais, l'énergie de certains soit consacrée à ralentir les projets de reboisement plutôt qu'à accélérer leur mise en œuvre. La forêt française n'a pas besoin de procédures interminables ni de postures militantes. Elle a besoin d'investissements, de gestion, de renouvellement et d'une vision à long terme. Défendre la forêt ne consiste pas seulement à s'opposer ; cela suppose aussi d'accepter qu'il faille parfois agir pour qu'elle puisse continuer à exister demain.


Sécheresse : un quart des petits cours d'eau sont désormais à sec en France

La sécheresse continue de gagner du terrain sur l'ensemble du territoire français. Alors que le pays connaît un troisième épisode de canicule en seulement deux mois, la situation hydrologique se dégrade à un rythme préoccupant. Selon le site gouvernemental VigiEau, 98 départements sont désormais placés sous surveillance, un niveau inédit depuis au moins 2013. Parmi eux, 42 sont classés en situation de crise, 27 en alerte renforcée et 16 en alerte, avec des restrictions d'usage de l'eau déjà en vigueur ou susceptibles d'être prises rapidement par les préfets. Le ministère de la Transition écologique tire la sonnette d'alarme. Les débits des cours d'eau diminuent rapidement sur l'ensemble du territoire et près d'un tiers des stations de mesure enregistrent des niveaux inférieurs aux minima observés au cours des vingt dernières années. Plus inquiétant encore, un quart des petits cours d'eau sont désormais complètement à sec, une situation jamais observée depuis le début du suivi national en 2012. Les conséquences sont déjà bien visibles. Dans le Doubs, placé en alerte sécheresse renforcée, plusieurs kilomètres du lit de la rivière sont totalement asséchés, ne laissant subsister que quelques flaques d'eau stagnante. Certaines communes doivent être ravitaillées en eau potable par camions-citernes. En Pays de la Loire, le fleuve Loire affiche un débit historiquement faible, mettant sous tension l'alimentation en eau potable puisque près de 78 % de l'eau distribuée dans la région en dépend. La Loire-Atlantique est d'ailleurs placée en alerte renforcée. Face à cette situation, le gouvernement annonce un renforcement du dispositif national de gestion de la sécheresse. Les comités départementaux « ressource en eau » sont mobilisés afin d'adapter rapidement les mesures de restriction. Irrigation agricole, remplissage des piscines, arrosage des jardins, lavage des véhicules ou encore certains usages industriels font l'objet de limitations variables selon la gravité de la situation. À ce jour, 201 arrêtés préfectoraux sont en vigueur, la Nouvelle-Aquitaine étant la région la plus touchée avec onze départements sur douze classés en crise. Au-delà des conditions météorologiques, certains spécialistes rappellent que les politiques menées depuis plusieurs années sur les cours d'eau interrogent également. La suppression de nombreux seuils, barrages, chaussées et petites retenues, destinée à rétablir la continuité écologique, a parfois accéléré l'écoulement des eaux vers l'aval. Ces ouvrages retenaient pourtant une partie des volumes en période humide, contribuaient localement à la recharge des nappes et maintenaient des réserves utiles pendant les épisodes de sécheresse. Leur disparition alimente aujourd'hui un débat sur la nécessité de concilier restauration écologique et stockage de l'eau.


La semaine en bref...

- Alpes-de-Haute-Provence : la découverte d'un collier GPS sur une louve abattue le 17 juillet 2026 lors d'un tir de défense à La Bréole alimente une vive controverse. Pour les représentants des Jeunes Agriculteurs, tout porte à croire qu'il pourrait s'agir de la louve capturée en Normandie quelques semaines plus tôt puis relâchée dans l'arc alpin par les services de l'État. Le 10 mai 2026, une louve avait en effet été retrouvée vivante dans un piège à renards en Seine-Maritime. Après son examen, les autorités avaient choisi de la transférer et de la relâcher dans les Alpes, une décision qui avait suscité une forte opposition du monde agricole. Les syndicats avaient alors dénoncé un choix incompréhensible, rappelant que l'arc alpin « n'est ni un sanctuaire à loups, ni une zone d'expérimentation ». La présence d'un collier GPS sur l'animal abattu renforce aujourd'hui cette hypothèse, même si aucune confirmation officielle n'a encore été apportée. Les Jeunes Agriculteurs des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes réclament désormais que l'État rende publiques les données de suivi de ce loup afin de lever toute ambiguïté sur son identité et son parcours.

 

- Aude : les dernières observations réalisées dans les massifs de l'Aude sont encourageantes : les populations d'isards et de mouflons affichent un état de conservation satisfaisant. Les comptages effectués confirment une bonne dynamique de ces deux espèces emblématiques de la montagne. L'isard, parfaitement adapté aux reliefs escarpés des Pyrénées audoises, bénéficie d'habitats favorables et d'une gestion attentive. Les effectifs demeurent stables, avec une reproduction jugée satisfaisante malgré les aléas climatiques. Le constat est également positif pour le mouflon, présent dans plusieurs secteurs du département. Les suivis de terrain mettent en évidence des populations bien implantées, permettant d'envisager sereinement la prochaine saison cynégétique. Ces bons résultats sont le fruit d'une gestion concertée entre les services de l'État, les chasseurs et les acteurs locaux. Les plans de chasse, établis à partir de comptages et d'indicateurs biologiques, permettent d'adapter les prélèvements à l'état réel des populations tout en garantissant leur pérennité. Cette gestion raisonnée contribue à préserver l'équilibre entre la grande faune de montagne, les milieux naturels et les activités humaines, tout en assurant le maintien d'espèces emblématiques du patrimoine faunistique des Pyrénées audoises.

 

- Bouches-du-Rhône : la ville de La Ciotat et la Société communale de chasse poursuivent leurs opérations de régulation des lapins de garenne au sein du parc du Domaine de la Tour. Objectif : contenir une population devenue trop importante et préserver l'équilibre écologique de cet espace naturel de onze hectares situé en plein cœur de la commune. Naturellement présent sur le site, le lapin de garenne y prolifère depuis plusieurs années. Les derniers comptages ont permis d'observer 258 individus, ce qui laisse estimer une population totale comprise entre 400 et 500 animaux. Une densité exceptionnelle qui s'explique principalement par l'absence de prédateurs naturels et par des conditions de reproduction particulièrement favorables. « En milieu naturel, une grande partie des jeunes ne survit pas. Ici, sans renards, rapaces ou autres prédateurs, la quasi-totalité des portées arrive à l'âge adulte », explique Marc Pastorelli, président de la Société communale de chasse de La Ciotat. Les conséquences commencent à être visibles. La ressource alimentaire se raréfiant, les lapins s'attaquent désormais à l'écorce des jeunes arbres, aux pousses et à la végétation ornementale. À terme, cette pression compromet le renouvellement des plantations, favorise l'érosion des sols autour des terriers et fragilise l'ensemble de l'écosystème du parc...

[ LIRE LA SUITE... ]


Dossier : le blaireau, un animal méconnu...

Discret, essentiellement nocturne et rarement observé malgré sa présence sur une grande partie du territoire français, le blaireau européen (Meles meles) demeure un animal largement méconnu. Son image oscille entre celle d'un paisible fouisseur et celle d'un animal responsable de dégâts localement importants. Cette dualité explique en partie les débats qui entourent sa gestion. Avant d'aborder la vénerie sous terre, il est indispensable de mieux connaître cette espèce et de comprendre pourquoi l'homme s'y intéresse depuis des siècles. Le blaireau, qui appartient à la famille des mustélidés, vit en groupes familiaux occupant des terriers parfois ancestraux, entretenus et agrandis au fil des générations. Ces vastes réseaux souterrains témoignent de sa remarquable capacité d'adaptation. Opportuniste, il se nourrit principalement de vers de terre, d'insectes, de fruits, de céréales, de petits vertébrés et de charognes, son régime variant selon les saisons et les ressources disponibles. Depuis le Moyen Âge, les chroniques rurales mentionnent sa chasse, motivée tantôt par la protection des cultures et des élevages, tantôt par l'utilisation de sa peau et de sa graisse, auxquelles étaient prêtées diverses vertus. Pendant des siècles, il est capturé à l'aide de chiens de terrier, de filets, de pièges ou lors d'opérations de déterrage. Au fil du temps, ces pratiques évoluent vers une discipline plus codifiée. Fondée sur la connaissance des animaux, des terriers et du travail des chiens, la chasse du blaireau devient une spécialité cynégétique à part entière. Si le terme « vénerie sous terre » n'apparaît qu'au milieu du 20e siècle, il faudra attendre 1982 pour qu'il soit officiellement repris par la réglementation. Aujourd'hui, le blaireau est au cœur d'un débat qui dépasse largement sa seule chasse. L'évolution de ses populations dans certains territoires, les recours contre les arrêtés préfectoraux et les interrogations sur les méthodes de gestion en ont fait l'une des espèces les plus controversées de la faune sauvage française. Pour comprendre ces tensions, il faut revenir sur la naissance de la vénerie sous terre moderne...

[ LIRE LA SUITE... ]


Chaleur et chiens : les bons réflexes pour chasser sans les mettre en danger

L'été est une période particulièrement exigeante pour les chiens courants. Lors des battues estivales, souvent organisées pour limiter les dégâts de grand gibier sur les cultures et préserver de bonnes relations avec le monde agricole, les chiens sont soumis à un effort intense dans des conditions parfois extrêmes. Déshydratation, brûlures des coussinets et coup de chaleur constituent les principaux dangers. Quelques précautions simples permettent pourtant de réduire considérablement les risques. La première menace est la déshydratation. Un chien en action perd rapidement de grandes quantités d'eau par halètement. Chaque conducteur doit prévoir un récipient individuel et mettre à disposition de l'eau fraîche et propre avant, pendant et après la chasse. Pour favoriser l'hydratation, certains maîtres préparent des glaçons réalisés avec un bouillon de poulet pauvre en sel ou du yaourt nature, particulièrement appréciés lors des fortes chaleurs. Entre deux traques, privilégiez une alimentation humide, plus riche en eau que les croquettes sèches, sans toutefois modifier brutalement le régime alimentaire habituel du chien. Les coussinets sont également très exposés. Les chemins empierrés, les pistes forestières ou les surfaces en plein soleil peuvent atteindre des températures élevées. Lorsque cela est possible, il est préférable de découpler les chiens tôt le matin ou en fin de journée, lorsque la chaleur est moins intense et que les conditions de quête sont souvent meilleures. Après chaque sortie, inspectez systématiquement les pattes. Une boiterie, un léchage excessif, des rougeurs ou des cloques doivent alerter. En cas de blessure, installez immédiatement le chien à l'ombre, rincez délicatement les coussinets à l'eau fraîche, désinfectez si nécessaire et consultez rapidement un vétérinaire si la plaie est importante. Le coup de chaleur représente l'urgence la plus grave. Un chien lancé derrière un animal ne s'arrête pas de lui-même et peut continuer jusqu'à l'épuisement. Une température corporelle trop élevée peut provoquer un malaise grave, voire être mortelle. Les premiers signes sont un halètement très rapide, une langue rouge foncé, une faiblesse inhabituelle, des troubles de l'équilibre ou des vomissements. Dans ce cas, il faut interrompre immédiatement l'effort, placer le chien dans un endroit ombragé et ventilé, le refroidir progressivement avec de l'eau fraîche – sans utiliser d'eau glacée – et contacter un vétérinaire sans attendre. Enfin, quelques habitudes font toute la différence : ne jamais laisser un chien enfermé dans un véhicule au soleil, même quelques minutes, transporter une réserve d'eau suffisante, prévoir des pauses régulières et adapter la durée des battues aux conditions météorologiques. La réussite d'une journée de chasse ne se mesure pas seulement au tableau, mais aussi au retour de chaque chien en parfaite santé. Une meute bien hydratée, surveillée et respectée est la meilleure garantie d'une chasse efficace et responsable.


Comment se portent les marcassins nés au printemps ?

Chaque printemps marque le début d'un nouveau cycle pour le sanglier (Sus scrofa). Selon les conditions du milieu et l'âge de la femelle, les portées comptent généralement de quatre à huit marcassins. Durant les premières semaines de leur existence, leur survie repose entièrement sur les soins maternels. À la naissance, un marcassin pèse généralement entre 500 grammes et 1 kilogramme. Sa célèbre robe rayée lui offre un excellent camouflage parmi les herbes hautes, les fougères ou les ronciers où la laie installe son chaudron. Pendant plusieurs semaines, les jeunes se nourrissent exclusivement de lait maternel, particulièrement riche, qui leur permet une croissance rapide. Si les conditions météorologiques sont favorables et les ressources alimentaires abondantes, les marcassins prennent environ un kilo par semaine, quelques fois plus, avant de commencer à explorer leur environnement. Très tôt, les jeunes accompagnent leur mère dans ses déplacements et découvrent les premières ressources naturelles : vers de terre, insectes, larves, bulbes, racines, fruits sauvages ou jeunes pousses. Dans les territoires agricoles, les cultures offrent également une alimentation énergétique qui favorise leur développement. Vers l'âge de trois mois, les rayures qui caractérisent les marcassins commencent progressivement à disparaître. Leur robe devient brun-roux, signe de leur entrée dans une nouvelle phase de croissance. À l'automne, lorsque les conditions ont été favorables, certains jeunes dépassent déjà 25 à 30 kilogrammes et sont parfaitement capables d'accompagner la compagnie dans tous ses déplacements. Cette année, un autre facteur attire particulièrement l'attention des chasseurs et des gestionnaires : les fortes chaleurs et le déficit hydrique qui touchent de nombreuses régions. Les marcassins supportent généralement mieux les températures élevées que les très jeunes faons de cervidés, grâce à la protection constante de leur mère. En revanche, ils demeurent étroitement dépendants de la disponibilité en eau et de la fraîcheur des remises...

[ LIRE LA SUITE... ]


Le tir d’approche

Si la saison a bien commencé pour certains, d’autres ont déjà fait part de leur déception avec les premiers beaux « ratés » de l’année. Ils laissent souvent une profonde amertume, celle d’avoir laissé échapper un magnifique trophée, ou pire encore d’avoir blessé, sans l’avoir retrouvé, leur animal. La surprise, le stress ou tout simplement une petite négligence dans l’équipement en sont généralement la cause… En action sur le terrain, la première règle à respecter est la discrétion. Inutile donc de porter sur soi les fanfreluches et autres accessoires qui peuvent produire des reflets parasites… En commençant par le haut, un couvre-chef sera toujours très utile car il maintient dans l'ombre le visage du chasseur. Les vêtements doivent être parfaitement silencieux, ce qui est loin d'être le cas avec les textiles modernes, même lorsqu'ils sont traités façon « peau de pêche ». Et c'est bien souvent l'intérieur du vêtement qui est le plus bruyant, ce que les casques antibruit mettent en évidence…

[ LIRE LA SUITE... ]


Tourterelle des bois : des résultats encourageants, mais des défis persistent

Le rapport 2026 de la Fédération européenne pour la chasse et la conservation (FACE) dresse un bilan globalement positif de la gestion adaptative de la tourterelle des bois mise en œuvre par l'Union européenne depuis 2021. Le principal enseignement est la poursuite du redressement de la population sur la voie migratoire occidentale (Espagne, France, Portugal et ouest de l'Italie). Les données du programme européen PECBMS montrent une hausse moyenne annuelle de près de 10 %, portant l'indice de population à son niveau le plus élevé depuis 2009. En revanche, sur la voie migratoire centrale et orientale, le déclin se poursuit, même si les effectifs semblent se stabiliser depuis 2021. La FACE souligne que la chasse a été réduite d'environ 90 % depuis le lancement du plan de gestion adaptative. En 2025, la reprise de la chasse sur la voie occidentale s'est faite sous un quota très limité représentant un taux de prélèvement de 1,5 %. En pratique, seuls 43 000 oiseaux ont été prélevés, soit à peine un tiers du quota autorisé, en raison notamment d'une ouverture tardive de la saison, d'une faible mobilisation des chasseurs et de contraintes administratives. Sur la voie centrale-orientale, les prélèvements restent eux aussi très faibles, avec environ 95 000 oiseaux, correspondant à un taux estimé de 3,3 %. Or, selon les modèles démographiques développés dans le cadre du programme européen, des prélèvements pouvant atteindre 4 % demeureraient compatibles avec une croissance des populations. Le rapport met également en avant les progrès réalisés dans le suivi des prélèvements. Tous les États membres concernés déclarent désormais leurs tableaux de chasse, la plupart grâce à des applications mobiles, tandis que les contrôles révèlent un très fort respect des quotas, avec un nombre d'infractions jugé marginal. Face à l'absence de véritable reprise sur la voie centrale-orientale malgré la forte réduction de la chasse, la FACE estime qu'il devient nécessaire d'explorer d'autres facteurs limitants, notamment la qualité des habitats, les conditions de reproduction ou les variations locales des populations. Des travaux menés en Bulgarie montrent d'ailleurs une amélioration récente des densités de reproduction et une bonne productivité. Enfin, le rapport salue la publication par la Commission européenne d'un guide consacré à la restauration des habitats de la tourterelle des bois, considérée comme un levier essentiel pour assurer le rétablissement durable de l'espèce.


À Dijon, une ostéothèque au service de l'archéologie… et de la connaissance de la faune

Au laboratoire Archéologie, Terre, Histoire, Sociétés (Artehis) de Dijon, les rayonnages ne renferment ni livres anciens ni manuscrits, mais plusieurs centaines d'ossements humains et animaux soigneusement inventoriés. Cette collection de référence, appelée ostéothèque, constitue un outil scientifique indispensable pour les archéologues et les archéozoologues chargés d'identifier les vestiges découverts lors des fouilles. Constituée au fil de plus de vingt années de recherches, cette bibliothèque d'os rassemble des restes provenant de fouilles archéologiques ou, plus rarement, de dons. Les spécimens couvrent toutes les périodes, du Mésolithique jusqu'au 20e siècle, ainsi que tous les âges de la vie. Chaque pièce est conservée dans des conditions précises afin d'éviter les dégradations liées à la lumière, à l'humidité ou aux variations de température. L'intérêt d'une telle collection réside dans la comparaison. Les archéologues travaillent fréquemment sur des fragments très incomplets, parfois altérés par le temps, le feu ou les conditions de conservation. En confrontant un éclat d'os à un spécimen de référence, ils peuvent déterminer avec précision la partie anatomique concernée, l'espèce, voire le sexe, l'âge ou certaines pathologies de l'individu auquel appartenait l'os. Pour les archéozoologues, l'ostéothèque animalière est une véritable mine d'informations. L'étude des ossements permet de reconstituer les espèces présentes sur un site, de comprendre les pratiques d'élevage, d'évaluer l'alimentation des populations anciennes ou encore de mettre en évidence certaines activités artisanales. Les bois de cervidés, par exemple, servaient à fabriquer des outils, tandis que les cornes pouvaient être transformées en peignes, manches ou armes. Les os conservent également les traces de maladies, de traumatismes ou de sollicitations mécaniques liées aux travaux agricoles, offrant ainsi un aperçu précieux de la vie quotidienne des hommes et des animaux il y a plusieurs siècles. Cette connaissance bénéficie aussi, de façon plus indirecte, aux spécialistes de la faune sauvage. Les collections ostéologiques constituent en effet une référence précieuse pour distinguer les différentes espèces de cervidés, de suidés ou de carnivores, identifier des restes découverts sur le terrain ou mieux comprendre l'évolution historique de leur répartition. Autant d'informations qui enrichissent les connaissances sur les grands mammifères fréquentant aujourd'hui nos territoires. Au-delà de la recherche, l'ostéothèque d'Artehis joue un rôle majeur dans la formation des futurs archéologues. Les étudiants y apprennent à reconnaître les structures osseuses en manipulant des spécimens réels, une étape indispensable pour acquérir les gestes et le regard indispensables au travail de terrain. Grâce à cette exceptionnelle bibliothèque anatomique, les os continuent ainsi de raconter l'histoire des hommes, des animaux… et des paysages qu'ils ont façonnés ensemble au fil des millénaires. (Photo E. Wittmann, ARTEHIS, 2026)


Léopard d'Afrique : une population bien plus faible qu'estimé

Longtemps considéré comme l'un des grands félins les plus adaptables d'Afrique, le léopard (Panthera pardus) continue pourtant de voir ses effectifs diminuer. Une vaste étude menée à l'échelle de l'Afrique subsaharienne dresse un état des lieux inédit de l'espèce et conclut que les populations sont nettement moins importantes que les estimations retenues jusqu'à présent. Les auteurs estiment qu'une révision urgente des stratégies de conservation et des quotas de chasse est désormais indispensable. Les chercheurs rappellent que le léopard a déjà disparu d'environ 41 % de son aire de répartition historique en Afrique. La perte et la fragmentation des habitats, le recul des populations de proies sauvages, le braconnage, les conflits avec les éleveurs figurent parmi les principales causes de ce déclin. Pour établir une estimation plus fiable des effectifs, les scientifiques ont compilé plusieurs centaines d'études de terrain portant sur la densité des léopards. Ces données ont été intégrées dans un modèle combinant qualité de l'habitat, disponibilité des proies et pressions exercées par les activités humaines. L'analyse montre que la densité des léopards diminue fortement à proximité des zones habitées, dans les secteurs agricoles et dans les régions où l'élevage de moutons et de chèvres est important. À l'inverse, les populations sont plus abondantes dans les paysages riches en ongulés sauvages, notamment les bovidés et les suidés. Selon cette nouvelle modélisation, la population actuelle de léopards en Afrique subsaharienne serait inférieure à 140 000 individus, sensiblement inférieure aux estimations historiques. Cette réévaluation a des conséquences directes pour la gestion de l'espèce. Les auteurs montrent que, dans plus de la moitié des pays concernés, les quotas d'exportation de trophées autorisés par la CITES dépassent le seuil considéré comme durable, fixé à environ 10 % de la population de mâles adultes. Une révision des quotas apparaît donc nécessaire afin d'éviter une surexploitation locale. L'étude apporte également une vision plus optimiste en estimant que, si les habitats étaient restaurés et les populations de proies reconstituées, l'Afrique subsaharienne pourrait accueillir au moins 30% de léopards en plus, dans les conditions écologiques actuelles. Au-delà de ce constat, les chercheurs proposent un véritable outil d'aide à la décision. Leur modèle permet d'identifier les secteurs où les investissements en conservation seront les plus efficaces, qu'il s'agisse de protéger les habitats, de restaurer les populations de proies, de limiter les conflits avec les activités humaines ou d'adapter les politiques nationales de chasse. Ces travaux fournissent ainsi une base scientifique solide pour orienter la conservation du léopard à travers l'ensemble de son aire de répartition africaine.


Le chacal doré de retour dans l'actualité vosgienne ?

Une nouvelle observation d’un chacal doré (Canis aureus) a été signalée dans le sud des Vosges, entre Le Thillot et Cornimont. À ce stade, cette présence n’a toutefois pas été confirmée officiellement par les autorités compétentes et demande donc à être considérée avec prudence. Le chacal doré est un canidé naturellement présent en Afrique, au Proche-Orient, en Asie du Sud-Ouest ainsi qu’en Europe du Sud-Est. Depuis plusieurs décennies, son aire de répartition s’étend progressivement vers l’ouest et le nord de l’Europe. Des observations ont déjà été validées dans plusieurs pays d’Europe occidentale, dont la France, où des individus sont signalés de manière ponctuelle. Les spécialistes estiment que cette progression résulte principalement d’une expansion naturelle des populations européennes. Doté d’une remarquable capacité de dispersion, le chacal doré est capable de parcourir plusieurs centaines de kilomètres à la recherche de nouveaux territoires. Il profite des corridors écologiques et s’adapte à une grande diversité de milieux, qu’il s’agisse de zones agricoles, de forêts, de plaines, de montagnes ou encore de milieux semi-ouverts. Son régime alimentaire très opportuniste constitue également l’un des facteurs de son succès. Il consomme aussi bien de petits mammifères, des oiseaux, des invertébrés et des fruits que des carcasses d’animaux, jouant ainsi parfois un rôle de charognard. Cette grande faculté d’adaptation lui permet de s’implanter discrètement dans des secteurs où sa présence peut passer inaperçue pendant plusieurs années. Si l’observation vosgienne est authentifiée, elle s’inscrirait dans cette dynamique d’expansion déjà observée à l’échelle européenne. Pour autant, l’installation durable de l’espèce soulève plusieurs interrogations. Les scientifiques s’intéressent notamment à ses interactions avec les autres carnivores présents, comme le renard ou le loup, ainsi qu’à ses éventuels effets sur certaines populations de faune sauvage et sur les activités humaines, notamment l’élevage. À ce jour, les connaissances disponibles ne permettent pas de tirer des conclusions définitives sur l’ensemble de ces impacts. C’est pourquoi le suivi de l’espèce demeure essentiel. Chaque observation mérite d’être vérifiée et documentée afin de mieux comprendre l’évolution de sa répartition et d’adapter, si nécessaire, les mesures de gestion qui pourraient s’avérer utiles à l’avenir.


La chasse, un levier indispensable pour réussir les forêts de demain

Face aux effets du changement climatique, les forêts françaises connaissent une période de profonde mutation. Sécheresses répétées, pullulations de scolytes, maladies émergentes ou encore épisodes de chaleur extrême fragilisent de nombreux peuplements. Pour préparer les massifs forestiers aux conditions climatiques de demain, l'État a engagé, dans le cadre du plan France Relance, un vaste programme de reboisement visant la plantation de plus de 50 millions d'arbres, avec des essences mieux adaptées aux évolutions attendues du climat. Mais cette ambitieuse politique de renouvellement forestier se heurte à un obstacle majeur : la pression exercée par les grands ongulés sauvages. Cerfs, chevreuils et, dans une moindre mesure, sangliers provoquent des dégâts importants sur les jeunes plantations en consommant les bourgeons, les pousses ou en frottant leurs bois contre les jeunes tiges. Sans une régulation efficace de leurs populations, une partie de ces investissements risque d'être compromise. Les chiffres de l'Office national des forêts (ONF) illustrent cette dégradation. Aujourd'hui, près de 50 % des forêts domaniales présentent un déséquilibre entre la forêt et les populations d'ongulés, contre 34 % en 2015. Cela représente environ 850 000 hectares sur les 1,7 million d'hectares de forêts appartenant à l'État. Le phénomène touche désormais la quasi-totalité du territoire. Si le Grand Est demeure la région la plus concernée, la situation s'est également aggravée en Île-de-France, dans les Hauts-de-France, en Occitanie, en Provence-Alpes-Côte d'Azur ainsi que sur le littoral landais. Seule la Bretagne reste relativement épargnée. Pour préserver les jeunes arbres, les gestionnaires forestiers n'ont souvent d'autre choix que d'installer des clôtures autour des parcelles ou des protections individuelles sur chaque plant. Ces dispositifs, maintenus en place pendant une quinzaine d'années, représentent un investissement considérable. Selon l'ONF, ils augmentent en moyenne de 50 à 60 % le coût d'une plantation, sans compter les dépenses d'entretien et de remplacement. Au-delà de leur coût, ces protections modifient les paysages forestiers, compliquent les déplacements de la faune comme des promeneurs et génèrent, à terme, des déchets qu'il faut récupérer et recycler. Pour les forestiers, ces équipements constituent donc une solution de dernier recours plutôt qu'une réponse durable. Le maintien d'un équilibre entre les populations de grand gibier et la capacité d'accueil des milieux apparaît comme une condition essentielle à la réussite des programmes de reboisement. Dans cette perspective, la chasse demeure un outil de gestion indispensable. En permettant de maîtriser les effectifs d'ongulés à un niveau compatible avec la régénération naturelle et les nouvelles plantations, elle contribue directement à la préservation des forêts françaises et à leur adaptation aux défis climatiques des prochaines décennies.