Corvus DX 4 : pour aller partout...

En Espagne, l’ibex de Beceite

L’ibex de Beceite (Capra pyrenaica hispanica) est une sous-espèce du bouquetin ibérique, endémique du massif des Ports de Tortosa-Beceite, à la frontière des provinces de Teruel, Tarragone et Castellón, dans le nord-est de l’Espagne. Il se distingue par une taille plus modeste que celle d’autres populations ibériques, des cornes relativement courtes, épaisses et fortement annelées chez les mâles, ainsi qu’un pelage variant du brun rougeâtre en été au gris plus sombre en hiver. Historiquement cantonnée à un territoire restreint et accidenté, entre 400 et 2 000 mètres d’altitude, cette sous-espèce trouve refuge dans des falaises abruptes, gorges profondes et versants escarpés qui offrent à la fois protection et diversité alimentaire. Cette aire de répartition limitée a longtemps rendu l’ibex de Beceite vulnérable. Au cours du 20e siècle, la chasse excessive, la pression humaine et la transmission de maladies depuis le bétail domestique ont provoqué un net déclin des effectifs. À partir des années 1990, des programmes de conservation ont été mis en place, notamment par la Generalitat de Catalunya et les autorités régionales voisines. Ils ont permis une stabilisation puis une lente expansion des populations, avec une recolonisation progressive de territoires adjacents. Aujourd’hui, l’ibex de Beceite est principalement présent dans le parc naturel des Ports et le parc naturel de la Tinença de Benifassà, avec des noyaux secondaires issus de translocations contrôlées. Les estimations récentes évaluent la population entre 3 000 et 4 000 individus, bien que ces chiffres puissent fluctuer en fonction des épisodes sanitaires, notamment la gale sarcoptique, qui demeure une menace récurrente. Symbole fort de la biodiversité méditerranéenne, l’ibex de Beceite est devenu un modèle de gestion mêlant protection, recherche scientifique et usages encadrés...

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Simuler la mort pour échapper au danger : la ruse étonnante des animaux

Dans la nature, certains animaux ont développé une stratégie surprenante pour survivre : feindre la mort. Ce comportement, appelé thanatose, consiste à rester complètement immobile, parfois en adoptant des postures spectaculaires, pour tromper un prédateur et gagner du temps. On connaît l’image classique de la perdrix « blessée », ailes pendantes, qui attire le danger loin de ses petits. Mais la ruse va bien au-delà des oiseaux. Chez l’opossum de Virginie, la simulation de la mort devient presque théâtrale : l’animal ouvre la bouche, tire la langue, relâche ses intestins et sécrète des fluides malodorants, donnant l’impression d’une proie totalement impropre à la consommation. Même chez les araignées, la feinte peut servir à séduire. Chez Pisaurina mira, le mâle attaché à un petit paquet de nourriture se fait passer pour mort afin d’éviter d’être dévoré par la femelle. Quand celle-ci commence à manger le cadeau, le mâle se réveille et peut s’accoupler. Des expériences avec des renards ont révélé l’efficacité de cette ruse. Les jeunes renards emportaient dans leur tanière des oiseaux qui simulaient la mort, laissant parfois les proies s’échapper. Les renards adultes, plus expérimentés, ont appris qu’il fallait tuer ou blesser les proies pour ne pas risquer de les voir s’échapper. Ce phénomène est ainsi surnommé « la dernière chance » : si la proie bouge, elle est condamnée ; si elle feint la mort, elle peut survivre. Mais la thanatose ne sert pas toujours à échapper à un prédateur immédiat. Pour certaines espèces, elle protège la progéniture : la mère se fige et attire l’attention sur elle, tandis que ses petits se cachent. Elle peut aussi réduire le stress ou rendre un animal moins visible pour des prédateurs sensibles au moindre mouvement. Cette stratégie est à la fois risquée et ingénieuse. Elle illustre la créativité de la nature face aux menaces et la complexité des comportements animaux. Feindre la mort demande un équilibre subtil : rester totalement immobile, mais être capable de réagir au bon moment pour fuir. Une tactique millénaire qui, dans la guerre permanente entre prédateurs et proies, peut faire la différence entre la vie et la mort.

Grands prédateurs : et si la solution passait par les Parcs Nationaux ?

Peut-on faire coexister les activités d’élevage avec les grands prédateurs ? Aujourd’hui encore, les autorités insistent sur la possibilité d’une cohabitation « apaisée » entre l’élevage et les grands prédateurs, malgré une accumulation d’exemples démontrant la fragilité de ce modèle. Les dispositifs publics d’aide à la protection des troupeaux illustrent à la fois cette volonté politique et ses limites. Gardiennage renforcé, chiens de protection, clôtures électrifiées, accompagnement technique : tout est mis en œuvre pour tenter de contenir la prédation, au prix de profondes modifications des pratiques pastorales et d’un alourdissement considérable des charges humaines et financières pour les éleveurs. L’appel à projets national 2026, publié fin décembre, s’inscrit dans cette continuité, avec l’ouverture du téléservice SAFRAN, et la reconduction des aides existantes. L’introduction d’un « cercle 0 ours », calqué sur le modèle déjà appliqué au loup, reconnaît implicitement que certaines zones subissent une pression de prédation telle que les moyens classiques ne suffisent plus. Déplafonnement des aides, prise en charge accrue des salaires de bergers, extension du « cercle 3 loup » à presque tous les départements : autant de mesures qui traduisent un aveu silencieux d’échec. Si la cohabitation fonctionnait réellement, pourquoi faudrait-il sans cesse renforcer, étendre et complexifier ces dispositifs ? Derrière le discours officiel se dessine une réalité plus brutale : l’élevage, pilier de nombreux territoires ruraux, se retrouve contraint de s’adapter en permanence à la présence de prédateurs protégés, sans jamais pouvoir retrouver une stabilité durable...

 

Et si la solution passait par les Parcs Nationaux ? 

Face à ce constat, une question dérangeante, mais pragmatique, mérite d’être posée : et si la véritable cohabitation passait par une séparation claire des espaces ? La France compte aujourd’hui onze parcs nationaux, créés avec l’accord de la majorité des populations locales et dont la vocation première est la protection de la biodiversité. Ces territoires, vastes, réglementés et dotés de personnels formés, pourraient constituer le cadre naturel et cohérent d’accueil des grands prédateurs. La place du loup et de l’ours serait alors clairement définie : à l’intérieur de ces zones protégées, sous la responsabilité directe des agents des parcs nationaux, chargés de leur suivi, de leur régulation et de la gestion des éventuels conflits. En dehors de ces espaces, en revanche, la présence de grands prédateurs ne serait plus tolérée. Leur élimination ou leur reconduite vers les parcs relèverait des chasseurs, acteurs historiques de la gestion de la faune sauvage et déjà impliqués dans l’équilibre des populations animales. Une telle approche aurait le mérite de la clarté : elle mettrait fin à l’hypocrisie d’une cohabitation impossible, mais cependant imposée à des territoires qui n’en veulent pas, ou ne peuvent pas la supporter. Elle permettrait également de recentrer les moyens publics sur des zones précisément identifiées, plutôt que de disperser les aides sur l’ensemble du territoire. Certes, cette proposition heurte certains dogmes et devra composer avec les règlements européens de protection des espèces. Mais elle offre une piste de réflexion concrète, fondée sur la réalité du terrain et sur le respect des activités humaines. Parquer les grands prédateurs n’est pas les nier : c’est reconnaître que la coexistence généralisée a montré ses limites, et qu’une gestion territorialisée, assumée et lisible pourrait enfin apaiser un conflit vieux de plusieurs siècles.

Le rut du renard : cycle reproducteur et comportements sexuels

En France métropolitaine, la période de reproduction du renard roux (Vulpes vulpes), débute généralement à la mi-janvier et s’étend jusqu’à la mi-février, avec de légères variations selon la latitude, l’altitude et les conditions climatiques. Plus on monte vers le nord ou en zone montagneuse, plus le rut tend à être légèrement retardé. Cette synchronisation saisonnière garantit que les naissances auront lieu au printemps, période la plus favorable à la survie des jeunes. Chez le mâle, le rut s’accompagne de profondes modifications physiologiques et comportementales. Les testicules augmentent fortement de volume, parfois jusqu’à cinq ou six fois leur taille hors période de reproduction, signe d’une activité hormonale intense dominée par la testostérone. Les mâles deviennent plus actifs, parcourent de longues distances, marquent abondamment leur territoire par l’urine et les fèces, et se livrent à des poursuites parfois violentes avec leurs congénères rivaux. Les combats restent généralement ritualisés mais peuvent occasionner morsures et blessures, surtout dans les zones à forte densité. La femelle, de son côté, n’est réceptive que sur une période très courte. L’œstrus dure environ trois semaines, mais la fenêtre de fécondation effective ne dépasse pas deux à trois jours. Durant cette phase, la vulve devient tuméfiée, rosée et humide, et le comportement de la renarde change nettement : elle multiplie les déplacements nocturnes et émet des vocalisations caractéristiques, sortes d’aboiements rauques et plaintifs, audibles à grande distance. Ces cris servent à signaler sa réceptivité aux mâles environnants. L’accouplement, souvent précédé de longues parades et de poursuites, est marqué par le phénomène bien connu de « verrouillage » copulatoire. Comme chez de nombreux canidés, le pénis du mâle se bloque dans le vagin de la femelle par gonflement du bulbe pénien, maintenant les partenaires solidaires pendant plusieurs dizaines de minutes, parfois jusqu’à 90 minutes. Ce mécanisme augmente les chances de fécondation et limite l’intervention de concurrents. Contrairement à certaines idées reçues, le renard est plutôt monogame saisonnier : un couple se forme pour la durée du cycle reproducteur, même si des accouplements opportunistes peuvent survenir, notamment en milieu urbain ou très densément peuplé...

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Comment aider les perdrix en période de gel et de neige

En période de gel prolongé ou de forte neige, les perdrix (grises ou rouges) sont particulièrement vulnérables. Le froid intense, la couverture neigeuse et la raréfaction des ressources alimentaires augmentent fortement leur mortalité. Une aide ciblée, bien conduite et régulière peut améliorer significativement leur survie hivernale. La priorité est l’accès à une alimentation énergétique. Les perdrix ont besoin de calories pour maintenir leur température corporelle. Les céréales entières sont les plus adaptées : blé, orge, avoine, triticale ou maïs concassé. Il est préférable de proposer un mélange de plusieurs graines pour limiter le tri et assurer un apport équilibré. L’agrainage doit être régulier et modéré, idéalement tous les 2 à 3 jours en période de neige persistante. Un apport excessif attire les prédateurs et favorise la dépendance. Les graines doivent être déposées sur sol dégagé, jamais directement sur la neige, afin de rester accessibles. Les sites doivent être calmes, peu fréquentés par l’homme et éloignés des routes. Privilégier les lisières, bandes enherbées, haies basses ou abords de jachères. Éviter les zones trop ouvertes où les perdrix seraient exposées aux rapaces. Il est conseillé de multiplier les petits points d’agrainage plutôt qu’un seul site important, afin de réduire la pression de prédation et la concurrence entre oiseaux. Les perdrix supportent mieux le froid sec que l’humidité et le vent. La présence de couverts naturels est essentielle : haies, ronciers, bandes de luzerne, repousses de céréales ou couverts faunistiques non broyés. En cas de manque, des abris artificiels simples (tas de branchages, fagots, bottes de paille légèrement aérées) peuvent offrir une protection efficace contre le vent et la neige. Contrairement aux idées reçues, l’eau reste indispensable en hiver. En période de gel, il est utile de proposer de l’eau non gelée dans des récipients peu profonds, changée régulièrement. Cela limite le stress physiologique et améliore la digestion des graines sèches.

En Espagne, le chamois record du monde au cœur d’une réflexion scientifique

À l’occasion de son 75e anniversaire, la « Junta Nacional Homologadora de Trofeos de Caza » (JNHTC) a organisé à Madrid, une rencontre scientifique de haut niveau consacrée à l’évaluation des trophées de chasse et à leur rôle dans la gestion durable de la faune sauvage. Cette journée anniversaire a réuni des représentants des communautés autonomes espagnoles, des scientifiques et des experts de la gestion cynégétique, dans un esprit de dialogue entre tradition et science. La réunion était présidée par Juan del Yerro, président de la JNHTC et conseiller juridique du CIC. Temps fort de la journée, une table ronde animée par Luis de la Peña, vice-président du CIC, a permis d’examiner les fondements scientifiques et l’intérêt opérationnel de la mesure des trophées. Les échanges ont montré que des systèmes d’évaluation rigoureux et standardisés constituent de véritables outils d’aide à la décision pour la gestion des populations de gibier, bien au-delà de leur dimension symbolique. Parmi les exemples évoqués, le chamois record du monde du CIC a occupé une place centrale. Originaire du massif de Fagarae, dans les Carpates roumaines, cet animal fut prélevé le 26 octobre 1934 par le chasseur allemand Adolf Hesshaimer. Mesuré officiellement à 141,10 points CIC, ce trophée demeure aujourd’hui encore une référence mondiale, illustrant l’importance d’une méthodologie précise et d’une documentation fiable pour la valeur scientifique des données cynégétiques. Les participants ont unanimement rappelé que l’évaluation des trophées n’est pas une fin en soi, mais un outil au service de la gestion. En valorisant notamment l’âge des animaux, les systèmes de notation encouragent une chasse sélective, favorable à des populations plus équilibrées et à des prélèvements durables, tant pour les espèces de montagne que pour des espèces adaptables comme le sanglier.

Le ferme du sanglier : courage, ruse et danger

Dur métier que celui de chien à sanglier, surtout lorsqu’il se trouve confronté à une bête noire déterminée, capable d’infliger aux plus hardis des blessures graves, parfois mortelles. Devant les chiens courants, le comportement des sangliers a sensiblement évolué au fil des ans. Longtemps, en période de faible densité, les bêtes noires se déplaçaient sur de très grandes surfaces, allant souvent d’un massif à l’autre. Elles connaissaient donc parfaitement les lieux et leur salut résidait presque exclusivement dans la fuite. Avec les populations que l’on a aujourd’hui, les déplacements sont plus restreints, sauf pour les grands mâles, plus explorateurs et toujours en quête de laies à saillir. Un sanglier chassé reste donc sur son territoire, ne s’aventurant que contraint et forcé à l’extérieur. Ainsi, acculé ou confiant dans ses moyens, il choisit plus souvent de faire face. Cette attitude, appelée le ferme, est une posture classique et redoutée. Elle peut être adoptée par choix, lorsque l’animal refuse de courir, ou par nécessité, lorsqu’il est épuisé, blessé ou bloqué par le terrain. Dans le premier cas, la démonstration est surtout dissuasive : charges d’intimidation, claquements de mâchoires, bousculades. Le sanglier jauge ses adversaires et, s’il le peut, finira par se dégager. Dans le second cas, la défense est acharnée, calculée, et il n’hésite pas à faire payer très cher sa survie aux chiens qui l’assaillent. Et comme l’animal est intelligent, rusé, fin connaisseur de son territoire, il sait parfaitement où est le fourré le plus épais...

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Pourquoi la faune sauvage se rapproche-t-elle de son super-prédateur ?

Depuis plusieurs décennies, un phénomène intrigue autant les naturalistes que les gestionnaires de la faune : de nombreuses espèces sauvages, parfois réputées farouches, s’installent durablement dans les zones urbaines et péri-urbaines, à proximité immédiate de l’homme, pourtant considéré comme leur super-prédateur historique. Chevreuils fréquentant les parcs publics, sangliers colonisant les lotissements, renards établissant leurs terriers en zone industrielle : ces situations, autrefois exceptionnelles, deviennent banales. Ce rapprochement semble paradoxal, car l’homme exerce depuis des millénaires une pression directe sur la faune par la chasse, la destruction des habitats et les dérangements. Plusieurs facteurs sont classiquement avancés pour expliquer cette dynamique : l’artificialisation croissante des milieux naturels, la fragmentation des habitats, l’abondance alimentaire offerte involontairement par les cultures, les jardins et les déchets, ainsi que la diminution de la pression cynégétique dans certaines zones interdites à la chasse. Ces éléments sont réels et bien documentés. Toutefois, ils n’expliquent pas à eux seuls pourquoi des animaux quittent parfois des espaces naturels a priori favorables pour s’installer à proximité immédiate de l’activité humaine. Une hypothèse de plus en plus discutée en écologie comportementale propose une lecture inversée du phénomène : les animaux ne se rapprochent pas de l’homme par attraction, mais plutôt par contrainte. Les zones urbaines et péri-urbaines pourraient fonctionner comme des refuges écologiques relatifs, non pas contre l’homme, mais contre d’autres menaces jugées plus immédiates ou plus prévisibles...

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Sanglier : pourquoi y a-t-il davantage de grands mâles au tableau pendant la période du rut ?

De nombreux chasseurs le constatent chaque année : à partir de décembre, les tableaux de chasse affichent une proportion plus élevée de grands mâles chez le sanglier. Ce phénomène, largement observé sur l’ensemble du territoire, ne doit rien au hasard. Il s’explique principalement par la période de rut, mais aussi par les particularités physiologiques et comportementales propres aux mâles durant la reproduction. Le rut du sanglier débute généralement autour de la mi-novembre, même si sa chronologie peut varier selon les conditions climatiques, l’abondance alimentaire ou la structure des populations. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas des contraintes calendaires qui rendent les animaux plus vulnérables, mais bien les profondes transformations biologiques liées à la reproduction. Chez les mâles, la première phase du rut se traduit par une intense activité de marquage du territoire. Frottements contre les arbres, bains de boue, production abondante de salive et de sécrétions odorantes leur permettent d’affirmer leur présence et leur dominance. Ces effluves jouent un rôle essentiel dans la communication entre congénères, mais constituent également un handicap majeur face aux chiens de chasse. L’air, le sol et la végétation sont saturés d’odeurs, facilitant considérablement le travail des rapprocheurs et des chiens de pied. La vulnérabilité des mâles est encore accentuée lors de la phase d’accouplement. Contrairement au cerf, dont la saillie ne dure que quelques secondes, l’accouplement du sanglier peut dépasser le quart d’heure. Cette durée s’explique par des caractéristiques physiologiques spécifiques : le volume de l’éjaculat est très important, souvent supérieur à un quart de litre, mais faiblement concentré en spermatozoïdes. Les mâles doivent donc multiplier les accouplements, ce qui les oblige à rester actifs de longues heures, parfois toute la nuit...

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Chevreuil : après cinq mois de latence, le temps suspendu de la gestation

Parmi les stratégies reproductives les plus étonnantes du monde animal, celle du chevreuil occupe une place singulière. Chez la chevrette, la fécondation a lieu en plein été, lors du rut qui se déroule principalement en juillet et août, mais le développement de l’embryon ne commence réellement qu’à la fin de l’année. Pendant près de cinq mois, l’embryon reste dans un état quasi stationnaire, réduit à quelques millimètres : c’est la diapause embryonnaire, ou ovo-implantation différée. Ce phénomène, partagé avec d’autres mammifères comme la martre ou la fouine, permet de dissocier l’accouplement de la gestation proprement dite. Ainsi, chez notre petit cervidé, ce n’est qu’à la fin décembre ou au début janvier que l’embryon s’implante dans l’utérus et entame une croissance rapide : de trois centimètres début janvier, il atteint une vingtaine de centimètres à la fin mars. Longtemps, cette biologie particulière a semé la confusion chez les observateurs. Au 14e siècle, Gaston Phébus situait le rut du chevreuil à l’automne, une idée qui persistera durant des siècles. Pourtant, les connaissances modernes ont établi que le rut estival est la règle, même si la présence occasionnelle de spermatozoïdes chez certains brocards en automne suggère une capacité reproductive résiduelle. La diapause embryonnaire apparaît alors comme une remarquable adaptation évolutive : elle permet aux naissances de survenir au printemps, période d’abondance alimentaire et de conditions climatiques favorables à la survie des faons, tout en conservant un rut estival compatible avec le cycle physiologique des adultes...

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Ruses et défense du sanglier

Par les émotions qu’elle procure et peut-être aussi en raison des risques encourus, qu'il ne faut toutefois pas exagérer, la chasse du sanglier est un art. En battue aux chiens courants, à courre, à l’approche ou à l’affût, l’animal sait se défendre. Malgré sa mauvaise vue qui le rend incapable d'identifier une présence immobile, lors d'une fuite salutaire, avec des chiens qui « poussent », il filera droit devant lui, au hasard des coulées. Connaissant ce principe, le chasseur posté évitera de se positionner sur le passage, mais à une bonne distance de tir et si possible sous le vent. Le sanglier, et les spécialistes l’affirment, n'est pas capable, comme la plupart des mammifères, de distinguer les couleurs. Il lui reste donc le noir et blanc et toutes les nuances possibles. Pour compenser cette carence, il a, en revanche, un odorat et une ouïe particulièrement développés. Snethlage, dans ses ouvrages sur la bête noire dit de l'odorat du sanglier « qu'il est son organe principal ». Le groin est continuellement en mouvement et sait découvrir, profondément enfouis, les chrysalides, les nids de souris, les truffes et autres grains de maïs. Son ouïe est également très fine et bien des chasseurs ont eu à le regretter. Une portière de voiture qui se referme brusquement, l’armement sec d’une carabine, une branche qui casse sous la pression d’un pied et c’est toute la compagnie qui vide l’enceinte, avant même que les chasseurs ne soient placés…

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Le raton laveur, sympathique, mais indésirable...

Derrière sa frimousse amusante et ses allures de petit bandit masqué, le raton laveur cache une réalité bien moins charmante. Ce mammifère originaire d’Amérique du Nord, longtemps perçu comme un animal mignon et inoffensif, est aujourd’hui classé en France l’une des espèces exotiques les plus envahissantes. Son expansion fulgurante inquiète les scientifiques autant que les particuliers. Impossible d’en connaître le nombre exact, mais les estimations évoquent désormais plusieurs dizaines de milliers d’individus, avec une concentration majeure dans le nord-est du pays. C’est là qu’il s’est implanté dans les années 1950, introduit, pas toujours accidentellement, par des militaires américains de l’OTAN qui en faisaient parfois des animaux de compagnie. Sur les quelque 12 000 espèces exotiques recensées en Europe, seulement 1 % deviennent réellement problématiques, rappelle Jean-François Maillard, chercheur à l’OFB, et le raton laveur figure malheureusement dans cette catégorie. Très opportuniste, capable de s’installer en forêt comme en zone urbaine, de grimper, nager, fouiller ou crocheter des fermetures, il s’adapte à tous les environnements. Sur la faune sauvage, son impact est préoccupant : prédateur habile, il consomme aussi bien des oiseaux nicheurs que des amphibiens. Si, dans son milieu d’origine, le raton laveur doit composer avec de nombreux prédateurs, il n’en a pas chez nous. Sa population ne cesse donc d’augmenter et sa reproduction, rapide, associée à son intelligence et à son opportunisme alimentaire, rend sa gestion complexe. Les scientifiques insistent : sans action coordonnée, sa présence pourrait profondément transformer certains milieux naturels.

Les « Attila » de Turquie : la France connaîtra-t-elle des sangliers aussi impressionnants ?

En Turquie, la souche Sus scrofa Attila impressionne par le gabarit hors norme de ses sangliers : plus de 250 kg pour certains spécimens. En France, les chasseurs observent aussi une augmentation du poids moyen dans plusieurs régions, où des animaux de 150 à 200 kg ne sont plus considérés comme des anomalies. Faut-il y voir une évolution naturelle de l’espèce, un effet de l’environnement ou une combinaison de facteurs favorables ? Si l’idée d’un futur sanglier français aussi massif que les géants anatoliens intrigue, elle nécessite de comprendre les mécanismes biologiques qui influencent la croissance d’un grand mammifère. Car si les sangliers partagent la même espèce (Sus scrofa) les variations régionales sont liées à des conditions écologiques, génétiques et comportementales complexes. Sur le plan scientifique, la taille d’un sanglier dépend d’abord de trois facteurs majeurs : la génétique, la disponibilité alimentaire et la pression environnementale. Les populations turques possèdent un héritage génétique légèrement différencié, avec des lignées plus massives liées à un climat plus rude et des ressources abondantes en zones agricoles irriguées. En France, l’accès facilité à des sources riches (maïs, glands, châtaignes, betteraves, cultures énergétiques) favorise aussi la prise de poids. Le dérèglement climatique, en réduisant les périodes de restriction alimentaire, contribue à une croissance continue. Cependant, la génétique seule ne suffit pas : pour qu’un « sous-type » plus grand se fixe durablement dans une population, il faut plusieurs générations soumises à la même pression de sélection (abondance alimentaire, faible mortalité, absence de concurrence)...

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Prolifération des sangliers : les chasseurs sont-ils impuissants ou complices ?

À la question « Les chasseurs sont-ils impuissants ou complices ? », certains répondraient ironiquement : « Selon les lieux, les deux ! ». Le sujet divise, mais un constat fait désormais consensus : la prolifération des sangliers est devenue un enjeu majeur pour les territoires ruraux. Admirés pour leur intelligence et leur robustesse, ces animaux n’en demeurent pas moins à l’origine de problèmes considérables, au point d’inquiéter les agriculteurs, les gestionnaires d’espaces naturels ainsi que les chasseurs eux-mêmes. Depuis plusieurs décennies, les populations de sangliers progressent à un rythme inédit. En France comme dans de nombreux pays européens, cette expansion résulte de multiples facteurs : les transformations agricoles, l’augmentation des surfaces cultivées en maïs et autres plantes appétentes, les hivers plus doux constituent un environnement idéal pour leur reproduction. À cela s’ajoutent des pratiques cynégétiques parfois contradictoires : certains territoires ont, par le passé, privilégié le maintien de populations abondantes pour favoriser les battues, créant malgré eux un déséquilibre que l’on peine aujourd’hui à résorber. Les conséquences de cette surpopulation sont bien réelles. Les agriculteurs sont les premiers à s’en alarmer : parcelles ravagées, prairies retournées, cultures détruites… Les dégâts représentent chaque année des sommes considérables (proches désormais des 100 millions d’€), qui pèsent lourdement sur les fédérations de chasseurs. Mais les impacts ne se limitent pas à l’économie agricole. Les écologues pointent également les perturbations profondes infligées aux écosystèmes : compétition avec d’autres espèces, modification des sols, prédation sur la faune au sol, raréfaction de ressources essentielles pour d’autres animaux. Dans certaines régions, les sangliers sont devenus un véritable facteur d’instabilité écologique...

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