Un gîte accueillant : « Chez Papé et Mita »

Grand Tétras et Lagopède alpin : protéger ne suffit pas, il faut sauver leur montagne

Le Grand Tétras et le Lagopède alpin franchissent une nouvelle étape réglementaire : leur inscription sur la liste des oiseaux protégés, qui doit mettre fin à leur statut d’espèces chassables sur l’ensemble du territoire français. Pour le Grand Tétras, la chasse était déjà suspendue depuis 2022 par un moratoire de cinq ans, après que le Conseil d’État eut jugé son état de conservation préoccupant. Pour le Lagopède, le Conseil d’État a également imposé, en mars 2026, une suspension de la chasse pendant au moins cinq ans, considérant son état de conservation mauvais et sa dynamique défavorable. Avant ces suspensions, les prélèvements du Lagopède étaient pourtant déjà extrêmement encadrés : durant la saison 2024-2025, seuls trois des sept départements concernés autorisaient encore sa chasse, avec des quotas compris entre 3 et 24 oiseaux selon les territoires. Le Grand Tétras, lui, avait encore fait l’objet de quotas départementaux très faibles avant le moratoire ; dans les Hautes-Pyrénées, par exemple, le prélèvement était déjà fixé à zéro pour 2025-2026, comme celui du Lagopède. La chasse constitue donc désormais une pression supprimée ou appelée à l’être. Mais elle n’était pas la seule. Pour le Grand Tétras, l’OFB et l’Observatoire des galliformes de montagne évoquent une combinaison de facteurs : qualité et fragmentation des habitats, dérangement lié aux activités humaines, usages de la montagne et évolution des relations prédateurs-proies. Pour le Lagopède, le constat est encore plus directement lié au climat : oiseau adapté au froid, il subit la réduction de l’enneigement, le réchauffement, les parasites et la diminution de ses habitats favorables. Le Conseil d’État a d’ailleurs relevé que, même si la chasse n’est pas considérée comme le principal facteur du déclin du Lagopède, cette circonstance ne faisait pas obstacle à la suspension de sa chasse. La véritable question commence donc après l’interdiction de tirer. Que fait-on pour que ces oiseaux puissent réellement vivre, se reproduire et reconquérir leurs territoires ? Pour le Grand Tétras, cela passe par la restauration et la gestion des habitats forestiers : conserver des peuplements adaptés, préserver les zones de reproduction, limiter le dérangement durant les périodes sensibles et réduire les obstacles ou infrastructures susceptibles de provoquer des collisions. Pour le Lagopède, le défi est encore plus difficile car il s’agit d’une espèce de haute montagne particulièrement exposée au changement climatique. Restaurer l’habitat ne suffira pas si les conditions thermiques continuent de se dégrader : il faut donc agir simultanément sur le dérangement, les infrastructures, le pastoralisme lorsque celui-ci dégrade les milieux favorables, les activités touristiques et la connaissance des populations. Le Grand Tétras et le Lagopède alpin nous rappellent ainsi une évidence : protéger une espèce, ce n’est pas seulement empêcher qu’on la prélève. C’est surtout faire en sorte qu’elle puisse encore trouver demain un endroit où vivre.

Fontainebleau : reconstruire la forêt, sans oublier les leçons du feu...

Fontainebleau n’est pas une forêt comme les autres. À une soixantaine de kilomètres au sud-est de Paris, ce massif de plus de 22 000 hectares constitue depuis des siècles un patrimoine naturel, paysager et culturel exceptionnel. Ses collines, ses vallées, ses gorges, ses landes et ses pinèdes abritent une biodiversité remarquable, à la rencontre des influences atlantiques et méditerranéennes. Environ 6 600 espèces animales et 5 800 espèces végétales y ont été recensées, parmi lesquelles des orchidées, des arbres protégés, des cervidés, des sangliers, des blaireaux, des écureuils et plus de 250 espèces d’oiseaux. Sous la litière forestière vivent également des milliers d’insectes, dont certaines espèces protégées. Cette richesse explique aussi l’importance historique du massif. En 1842, Claude-François Denecourt y aménagea les premiers sentiers balisés, faisant de Fontainebleau l’un des berceaux du tourisme de nature et attirant progressivement randonneurs, artistes, grimpeurs et amoureux des paysages. En 1948, la forêt accueillit également une conférence de l’UNESCO qui contribua à la création de l’Union internationale pour la conservation de la nature, donnant au site une dimension internationale. Mais cet héritage vient de subir un choc majeur. Deux épisodes d’incendie ont ravagé environ 2 000 hectares, soit près de 10 % du massif, contraignant environ un millier d’habitants et de campeurs à évacuer. Le premier sinistre s’est déclaré le 12 juillet dans la forêt domaniale des Trois-Pignons, notamment dans le secteur du Bois Rond et à proximité de l’autoroute A6. Le lendemain, plusieurs autres départs de feu ont touché la forêt domaniale de Fontainebleau, notamment dans le secteur de la Faisanderie... (Photo Nicolas Fontaine, ONF)...

[ LIRE LA SUITE... ]

Haies : un régime unique pour encadrer les destructions à partir du 1er octobre

Le décret n° 2026-829 du 28 août 2026, publié au Journal officiel du 29 août, instaure le nouveau régime unique applicable à la destruction des haies. Issu de la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture du 24 mars 2025, le dispositif vise à simplifier des démarches jusqu’ici dispersées entre plusieurs réglementations environnementales, agricoles et d’urbanisme. À compter du 1er octobre 2026, tout projet de destruction d’une haie devra faire l’objet d’une déclaration préalable auprès du préfet. La démarche sera effectuée, en principe, via un « guichet unique de la haie » dématérialisé. Un service coordonnateur sera ensuite chargé de l’instruction du dossier. Lorsque plusieurs départements sont concernés, les préfets intéressés prendront une décision conjointe. Le nouveau régime ne signifie toutefois pas que toute destruction sera automatiquement autorisée. Le préfet pourra demander des pièces complémentaires, s’opposer au projet ou informer le porteur de projet qu’une autorisation spécifique est nécessaire en fonction des protections applicables au site. Le dispositif doit notamment articuler les règles relatives aux espèces protégées, à Natura 2000, à l’eau, aux sites classés ou encore à la protection des haies par les documents d’urbanisme. Le décret renforce également le principe de compensation. Lorsqu’une destruction ne peut être évitée, le propriétaire ou le gestionnaire doit en limiter l’ampleur et prévoir une replantation permettant d’obtenir, à terme, des fonctionnalités au moins équivalentes à celles de la haie supprimée. En l’absence d’arrêté préfectoral fixant un coefficient particulier, la compensation minimale correspond à un linéaire replanté équivalent au linéaire détruit. Autre nouveauté importante : une période d’interdiction des travaux, liée à la nidification des oiseaux, devra être respectée. Elle ne pourra être inférieure à 21 semaines, avec des possibilités de dérogation dans certaines situations exceptionnelles, notamment pour des raisons de sécurité ou pour certaines infrastructures et réseaux. Le décret prévoit enfin que la déclaration unique peut, dans certains cas, se substituer à la déclaration préalable d’urbanisme concernant la destruction d’une haie protégée. Le nouveau dispositif entend ainsi créer un cadre plus lisible, tout en maintenant un contrôle préfectoral sur les opérations susceptibles d’affecter durablement le patrimoine bocager.

COP17 : la dégradation des terres s’impose comme enjeu mondial

La 17e Conférence des Parties de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) s’est achevée le 28 août 2026 à Oulan-Bator, en Mongolie, dans un contexte marqué par l’accélération de la dégradation des terres et la multiplication des épisodes de sécheresse. Selon le constat présenté lors de la conférence, la moitié de l’humanité est désormais affectée par la dégradation des sols, avec des conséquences sur la production alimentaire, les ressources en eau, la santé, la sécurité et les économies nationales. La COP17 a cherché à renforcer les réponses collectives en rapprochant notamment les politiques de restauration des terres, de lutte contre le changement climatique et de conservation de la biodiversité. La France, membre du groupe des « amis de la présidence mongole », s’est particulièrement impliquée dans ces travaux. Elle a notamment lancé un hub français de l’initiative « Business for Land », destiné à fédérer les entreprises engagées dans la préservation des sols. Parmi les avancées figure le renforcement de l’interface science-politique de la Convention, destinée à mieux intégrer les connaissances scientifiques dans les décisions. Les négociations ont également commencé à définir une vision stratégique pour la période post-2030. Le rôle des éleveurs a été reconnu comme essentiel à la préservation des terres agricoles, des prairies et des parcours. La sécheresse, placée au centre des discussions, devient par ailleurs un point permanent de l’agenda des futures COP. Les travaux se poursuivront notamment lors de la COP18. Enfin, les moyens financiers du secrétariat de la Convention ont été préservés afin de poursuivre ses missions et de renforcer les synergies entre les grandes conventions environnementales, la société civile et les enjeux liés au genre. La COP17 aura ainsi confirmé que la restauration des sols constitue désormais un enjeu transversal, à la croisée de l’agriculture, de l’élevage, de l’eau, du climat et de la biodiversité.

Restauration des forêts

Restaurer une forêt est l’un des moyens de reconstituer progressivement les stocks de carbone contenus dans les arbres. Mais une nouvelle étude menée dans des forêts subalpines montre qu’un même résultat peut être obtenu par des mécanismes écologiques très différents. Les chercheurs ont comparé des forêts secondaires, qui se régénèrent naturellement après une perturbation, et des forêts plantées. Ils se sont particulièrement intéressés aux mycorhizes, ces champignons vivant en association avec les racines des arbres et jouant un rôle essentiel dans l’absorption des nutriments. Deux grands types ont été distingués : les mycorhizes arbusculaires (AM) et les ectomycorhizes (EcM). Ces associations ne jouent toutefois pas exactement le même rôle. Les champignons AM pénètrent dans les cellules des racines et sont généralement associés à une acquisition efficace du phosphore, tandis que les EcM forment un réseau autour des racines et peuvent notamment faciliter l’accès à l’azote et à la matière organique du sol. Les chercheurs ont suivi une chronoséquence, c’est-à-dire des peuplements d’âges différents permettant de reconstituer les étapes de récupération. Ils ont ainsi séparé le carbone stocké dans les arbres selon leur association mycorhizienne et étudié simultanément la structure des peuplements, la diversité fonctionnelle et plusieurs propriétés du sol. Cette approche permet de distinguer la simple accumulation de biomasse des mécanismes écologiques qui la rendent possible. Au cours du temps, les deux types de forêts accumulent globalement des quantités comparables de carbone dans leurs arbres. Pourtant, le chemin suivi n’est pas le même. Dans les forêts qui se régénèrent naturellement, l’augmentation du carbone est davantage liée aux changements dans les communautés de champignons associés aux racines et au renouvellement des espèces et de leurs caractéristiques fonctionnelles. Dans les forêts plantées, elle dépend davantage de la structure du peuplement (diversité des tailles et organisation des arbres), ainsi que des caractéristiques du sol. La quantité totale de carbone ne suffit donc pas à juger de la réussite d’une restauration forestière. Deux forêts peuvent stocker autant de carbone tout en reposant sur des fonctionnements écologiques très différents. Ces résultats plaident ainsi pour une vision plus fine de la restauration : mesurer le carbone stocké, mais aussi comprendre comment la forêt parvient à le stocker.

Loup : le préfet coordonnateur voit ses pouvoirs renforcés

Un décret publié au Journal officiel le 25 août 2026 élargit les prérogatives du préfet coordonnateur du plan national d’actions sur le loup. Le décret n° 2026-815 du 24 août modifie le dispositif instauré en 2018 afin de le mettre en cohérence avec les nouvelles dispositions réglementaires relatives au statut de protection du loup et aux conditions de sa destruction. Il est entré en vigueur le 26 août.  La principale évolution concerne la possibilité de suspendre des opérations de tirs indépendamment de l’atteinte d’un plafond de prélèvement ou d’une échéance calendaire. Le préfet coordonnateur peut désormais, par arrêté et sur les territoires qu’il détermine, suspendre pour une durée qu’il fixe, les tirs de défense et les tirs de prélèvement autorisés par les préfets de département ou simplement déclarés auprès d’eux. Cette suspension peut courir jusqu’à la fin de l’année civile. Le texte renforce également la coordination des opérations conduites par les services spécialisés. Les décisions prises par les préfets de département concernant les tirs réalisés par les lieutenants de louveterie ou les agents de l’Office français de la biodiversité (OFB) peuvent désormais être soumises à l’accord préalable du préfet coordonnateur. Celui-ci dispose donc d’un moyen supplémentaire pour assurer une cohérence nationale des interventions, au-delà des seules décisions préfectorales départementales. Sur le plan administratif, le décret élargit ainsi le champ de l’intervention du préfet coordonnateur : son pouvoir de suspension ne porte plus uniquement sur les autorisations délivrées par les préfets, mais également sur les tirs faisant l’objet d’une déclaration auprès d’eux. La référence aux tirs de défense « simple ou renforcée » est par ailleurs supprimée dans le texte réglementaire, afin d’adapter la rédaction aux nouvelles règles. Cette évolution traduit une volonté de centraliser davantage le pilotage des opérations de destruction du loup, tout en maintenant leur mise en œuvre au niveau départemental. Elle donne surtout au préfet coordonnateur une capacité d’intervention plus large et plus réactive sur les opérations de tir autorisées ou déclarées.

Les atolls refuges pour les oiseaux migrateurs, mais aussi laboratoires de l'évolution

Longtemps, les grandes îles volcaniques ont concentré l’attention des biologistes lorsqu’il était question d’évolution insulaire. Pourtant, une publication récente dans Biological Reviews montre que les atolls coralliens de l’Indo-Pacifique constituent eux aussi de véritables laboratoires naturels, particulièrement intéressants pour comprendre l’évolution des oiseaux. Ces anneaux de terre, souvent minuscules et à peine émergés, possèdent une histoire géologique très particulière. Contrairement aux grandes îles volcaniques, leur surface a été profondément influencée par les variations du niveau des mers au cours des périodes glaciaires. Des phases d’émersion ont ainsi alterné avec des périodes de submersion, provoquant successivement disparition, recolonisation et isolement des populations animales. Pour les oiseaux, ces cycles constituent de véritables expériences grandeur nature. À chaque nouvelle émergence, des espèces peuvent coloniser les terres disponibles. Certaines populations restent ensuite isolées pendant des années. Privées de contacts réguliers avec leurs congénères d’autres îles, elles peuvent progressivement diverger et donner naissance à des espèces ou sous-espèces endémiques. Le phénomène est bien documenté chez plusieurs oiseaux du Pacifique. Le Rousserolle des Tuamotu, par exemple, présente une forte structuration génétique entre plusieurs îles, certaines ayant probablement servi de refuges lors des anciennes variations du niveau marin. Mais les atolls ne sont pas uniquement des berceaux de diversité : ils constituent aussi des haltes essentielles pour de nombreux oiseaux au cours de leurs déplacements. Les zones côtières, vasières, lagons et plages offrent nourriture et repos aux oiseaux migrateurs qui parcourent parfois des milliers de kilomètres. Les atolls du Pacifique sont également des sites de reproduction majeurs pour les oiseaux marins : une étude estime qu'environ 31 millions d'oiseaux marins y nichent, soit près du quart des oiseaux marins tropicaux. Cette dimension intéresse directement le monde de la chasse. En France, une partie du gibier d’eau et des oiseaux de passage dépend de vastes réseaux de zones humides répartis sur les routes migratoires. Les canards, oies, limicoles et autres migrateurs relient ainsi, au fil de leurs déplacements, des territoires parfois très éloignés. La protection d'une halte migratoire à plusieurs milliers de kilomètres peut donc avoir des conséquences sur les populations observées ailleurs. Pour les chasseurs, qui sont aussi des observateurs réguliers de ces migrations, les atolls rappellent une évidence : un oiseau migrateur ne connaît pas les frontières administratives. Préserver les escales, les sites de reproduction et les zones d'hivernage constitue donc un enjeu international. Et derrière chaque population, chaque sous-espèce et chaque trajet migratoire se cache une longue histoire évolutive que les atolls permettent aujourd'hui de mieux comprendre.

Grand Tétras : a-t-on encore le droit d’essayer ?

 

Il fut un temps où le Grand Tétras faisait véritablement partie des forêts vosgiennes. On estimait sa population à quelque 2 200 adultes en 1939, encore 500 en 1972 et 350 en 1989. Puis la chute s’est accélérée jusqu’à ne laisser que quelques survivants. Comment en est-on arrivé là ? Il serait trop simple de désigner un unique responsable. Dégradation et fragmentation des habitats, évolution de la sylviculture, dérangement lié aux activités humaines et aux loisirs de pleine nature, pression des ongulés, prédation, perte de diversité génétique et, désormais, effets du changement climatique : les causes se sont probablement additionnées jusqu’à conduire cette population au seuil de l’extinction. Pendant des décennies pourtant, associations naturalistes, forestiers, scientifiques et pouvoirs publics ont tenté de préserver l’oiseau et son habitat. Des espaces ont été protégés, des mesures de quiétude instaurées, des forêts aménagées. Le Groupe Tétras Vosges, créé en 1979, s’est trouvé au cœur de cette politique de conservation. Mais le constat, près d’un demi-siècle plus tard, est cruel : malgré les efforts engagés et les financements mobilisés, la population de Grand Tétras s’est effondrée. À la fin de 2023, on ne comptait plus que trois ou quatre oiseaux. La protection de l’habitat, aussi nécessaire soit-elle, n’avait donc pas suffi. Fallait-il alors accompagner jusqu’à son terme la disparition du bel oiseau, ou tenter autre chose ? Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges a choisi la seconde voie. Après plusieurs années d’études et de préparation, un programme de renforcement a été lancé en 2024 avec l’appui de l’État et des autorités norvégiennes. Son principe : prélever en Norvège, où l’espèce demeure abondante, des oiseaux sauvages et les transloquer dans le massif vosgien afin de tenter de reconstituer un noyau viable. L’entreprise était audacieuse et ses chances de réussite incertaines. Elle n’a d’ailleurs jamais fait l’unanimité, plusieurs associations, naturalistes et instances scientifiques estimant que les causes ayant conduit à l’effondrement de la population n’avaient pas suffisamment disparu pour justifier l’arrivée de nouveaux oiseaux. Des recours ont été déposés, et, en avril 2024, le tribunal administratif de Nancy a néanmoins rejeté une demande de suspension, considérant notamment que l’opération répondait à un objectif d’intérêt général en matière de biodiversité...

[ LIRE LA SUITE... ]

LIFE Biodiv’France : neuf ans et plus de 50 millions d’€ pour la biodiversité

Lancé le 1er janvier 2024, LIFE Biodiv’France est un programme de neuf ans destiné à accompagner la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB 2030). Coordonné par l’Office français de la biodiversité (OFB), il doit se poursuivre jusqu’au 31 décembre 2032. Le projet repose sur un consortium de 31 participants et dispose d’un budget global de 50,45 millions d’euros. Son financement comprend notamment 30,27 millions d’euros provenant du programme européen LIFE, 4,22 millions d’euros apportés par le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, ainsi que des autofinancements des différents partenaires. L’objectif affiché est d’apporter aux structures nationales et régionales une expertise et une ingénierie de projet afin de les aider à concevoir des actions répondant aux objectifs de la SNB 2030 et à rechercher les financements nécessaires à leur réalisation. Le programme est organisé autour de neuf axes d’intervention, dont cinq ciblent directement des domaines considérés comme prioritaires : les territoires, les aires protégées, les filières, les citoyens et les compétences.

- Le premier volet concerne l’appui aux territoires. Il s’adresse notamment aux collectivités locales et doit les accompagner dans la conception et la mise en œuvre de projets en faveur de la biodiversité.

- Le deuxième porte sur l’efficacité des aires protégées. Il vise les gestionnaires de ces espaces et prévoit notamment l’amélioration des méthodes de suivi, d’évaluation, de planification et de gestion.

- Le troisième volet concerne les filières ayant un impact sur la biodiversité. Le programme prévoit de travailler avec différents secteurs afin de favoriser l’intégration des enjeux liés à la biodiversité dans leurs pratiques et leurs projets.

- Le quatrième axe est consacré à la mobilisation des citoyens. Il doit contribuer à améliorer la connaissance des enjeux de biodiversité à l’échelle locale et à favoriser l’engagement collectif.

- Enfin, le cinquième volet porte sur le développement des compétences. Il concerne les métiers et les acteurs de la formation, avec l’objectif de renforcer les connaissances et les capacités nécessaires à la prise en compte de la biodiversité.

À travers ces différents axes, LIFE Biodiv’France doit ainsi accompagner des projets publics et privés, renforcer les capacités des acteurs et favoriser la mobilisation de financements en faveur de la biodiversité. Cependant, les opinions exprimées dans le cadre du projet relèvent de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de l’Union européenne ou de CINEA. Allez comprendre...

Les feux de forêt : une urgence sanitaire animale

Les incendies de forêt ne constituent pas seulement une menace pour les populations humaines, les paysages et les infrastructures. Ils représentent également une véritable urgence sanitaire et de bien-être pour les animaux, qu’il s’agisse de la faune sauvage, des animaux d’élevage ou des animaux domestiques. C’est le constat dressé en août 2026 par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA/WOAH), qui appelle à mieux intégrer les services vétérinaires dans les dispositifs de gestion des catastrophes. L’ampleur du phénomène donne la mesure de l’enjeu. En 2024, environ 2,6 millions d’hectares ont brûlé dans le Pantanal brésilien, l’une des plus importantes zones humides tropicales de la planète et un haut lieu de biodiversité. Ces incendies ont détruit de nombreux habitats et menacé l’élevage ainsi que les moyens de subsistance des populations rurales. À l’échelle mondiale, les incendies de 2025 ont affecté des écosystèmes sur tous les continents habités. La revue Nature Reviews Earth & Environment souligne notamment la succession d’incendies extrêmes au Canada, en Europe, en Californie et en Corée du Sud, avec des conséquences humaines et environnementales considérables. Pour les animaux, le danger ne s’arrête évidemment pas aux flammes. Brûlures, inhalation de fumées, déshydratation, stress et mortalité directe peuvent toucher la faune et les troupeaux. Mais les conséquences peuvent également se prolonger après l’incendie. Les animaux sauvages déplacés peuvent gagner les exploitations agricoles ou les zones habitées, tandis que les troupeaux évacués sont parfois transférés vers d’autres territoires. La destruction des habitats peut aussi modifier les équilibres écologiques et les dynamiques de transmission de certaines maladies. Dans ce contexte, le vétérinaire ne doit plus intervenir uniquement après la catastrophe. Les services vétérinaires ont un rôle à jouer avant, pendant et après l’incendie : préparation des plans d’évacuation, identification des élevages vulnérables, organisation des secours, soins d’urgence, évaluation du bien-être, surveillance sanitaire et accompagnement du retour à la normale. L’OMSA cite notamment l’Australie, où les vétérinaires sont intégrés aux dispositifs de gestion des urgences animales, et le Brésil, où des professionnels ont participé au sauvetage, aux soins et à la réhabilitation de la faune touchée par les incendies du Pantanal. Cette approche relève pleinement du concept « Une seule santé », qui considère que santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes sont étroitement liées. Face à des incendies plus complexes et à des écosystèmes fragilisés, protéger les animaux n’est donc plus une conséquence secondaire de la gestion des catastrophes : c’est une composante à part entière de leur prévention et de leur réponse.

Pluie, vers et sangliers : le trio explosif

Après plusieurs semaines de sécheresse, les premières pluies ne font pas seulement reverdir les paysages. Elles peuvent aussi déclencher une véritable ruée alimentaire chez les sangliers. Et, très souvent, les premiers dégâts spectaculaires apparaissent… sur les bords de route. Un phénomène qui n’a rien de mystérieux et qui s’explique par l’interaction entre le sol, la pluie, les vers de terre et le comportement alimentaire des animaux. Lorsque la sécheresse s’installe, les vers de terre, particulièrement sensibles au manque d’humidité, gagnent les couches profondes du sol. Ils y trouvent des conditions moins défavorables et peuvent ainsi échapper temporairement à la chaleur et au dessèchement de la surface. Pour les sangliers, cette ressource alimentaire devient alors beaucoup plus difficile à atteindre. Or, le ver de terre constitue une nourriture particulièrement riche en protéines. Quand surviennent les premières pluies, après plusieurs semaines durant lesquelles l’accès à cette ressource est devenu plus difficile, les conditions changent rapidement. L’humidité regagne les couches superficielles du sol et les vers peuvent se rapprocher de la surface. L’instinct de recherche alimentaire des sangliers les pousse alors à prospecter les secteurs susceptibles d’abriter ces proies. C’est là que les bords de route prennent une importance particulière. Une chaussée constitue une surface largement imperméable : l’eau de pluie ne peut pratiquement pas y pénétrer. Elle ruisselle donc vers ses accotements et les fossés. Lors des premières précipitations importantes, ces bordures peuvent recevoir une part importante de cette eau ruisselée. Le sol y retrouve ainsi plus rapidement des conditions d’humidité favorables à l’activité des vers. Le premier mètre de bordure peut alors devenir une véritable « table » pour les sangliers. Leur groin fouille le sol meuble, retourne les feuilles, soulève les petites mottes et recherche les vers et autres invertébrés qui profitent de l’humidification du terrain. Les dégâts sont immédiatement visibles : la terre est retournée en bandes parfois continues le long de la chaussée. Ce comportement explique pourquoi les premières traces de quête alimentaire peuvent apparaître très rapidement après une pluie, parfois avant même que les dégâts ne deviennent importants ailleurs. Il faut toutefois considérer le phénomène à l’échelle du paysage : toutes les bordures routières ne réagissent pas de la même manière. La nature du sol, la végétation, l’intensité des précipitations ou encore la disponibilité d’autres ressources alimentaires jouent également un rôle. Mais lorsque sécheresse, pluie et manque de protéines se conjuguent, le trio devient explosif : les vers remontent, les sangliers arrivent et… les bords de route trinquent !

La WOAH renforce la surveillance de la santé de la faune

Réunie en session générale, l’Organisation mondiale de la santé animale (WOAH) a adopté une nouvelle Stratégie de santé de la faune pour 2026-2030. Cette organisation intergouvernementale, créée en 1924 et anciennement connue sous le nom d’OIE, rassemble aujourd’hui près de 190 pays. Elle établit des normes internationales et coordonne les efforts de ses membres pour prévenir et combattre les maladies animales, tout en contribuant à la protection de la santé publique et du bien-être animal. Avec cette nouvelle stratégie, la WOAH entend faire de la santé de la faune sauvage une priorité internationale. L’objectif est de mieux prévenir, détecter et combattre les maladies susceptibles de circuler entre animaux sauvages, animaux domestiques et humains. Une nécessité alors que les interactions entre ces trois mondes se multiplient sous l’effet de l’évolution des paysages, du changement climatique, des échanges internationaux et de la pression exercée sur les écosystèmes. La stratégie repose notamment sur une surveillance renforcée des populations sauvages. Le principe est simple : détecter plus rapidement l’apparition d’une maladie permet de réagir avant qu’elle ne se transforme en crise sanitaire. Pour améliorer cette surveillance, la WOAH poursuit le développement de WAHIS, son système mondial d’information sur la santé animale, et déploie WildEpi, une nouvelle plateforme destinée à recueillir et analyser les événements sanitaires touchant la faune sauvage. Cette dernière doit permettre aux professionnels autorisés de partager des informations presque en temps réel sur les maladies, les mortalités inhabituelles ou les autres événements sanitaires. Elle intègre également des outils d’intelligence artificielle, notamment pour faciliter l’identification des espèces. La WOAH insiste toutefois sur un point essentiel : aucun système de surveillance ne peut fonctionner efficacement en vase clos. Vétérinaires, chercheurs, laboratoires, gestionnaires d’espaces naturels, services de l’État et acteurs de la conservation doivent partager leurs observations et leurs données. Cette approche relève directement du concept « Une seule santé » (One Health), qui considère que la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes sont étroitement liées. La nouvelle stratégie ne se limite donc pas à établir des principes. Elle prévoit également des projets régionaux, des formations et des partenariats destinés à renforcer les capacités locales. Pour la faune sauvage, l’enjeu est majeur : mieux connaître son état sanitaire, c’est pouvoir détecter plus tôt les menaces, protéger les populations animales et réduire les risques de transmission des maladies aux élevages et à l’homme. La surveillance devient ainsi un véritable outil de prévention, au service de la biodiversité comme de la santé mondiale.