Ce Français « américanisé », né à Aix en Provence en 1816, avait répondu à l’appel des grands espaces du pays des bisons, qui avaient nourri son imagination. C’est donc lors de sa vie aux Etats-Unis qu’il rencontra l’écrivain américain connu sous le nom de Capitaine Mayne-Reid, dont il devint l’ambassadeur–traducteur. Pourtant, rien ne prédisposait ce méridional à quitter les rives de la Méditerranée, lui qui était issu d’une honorable famille d’Aix en Provence. Son père était un peintre bien coté, et son frère fit une brillante carrière d’architecte, puisqu’on lui doit la construction de la cathédrale de Marseille. Bénédict-Henry décéda à Paris après s’être effondré, victime d’un malaise, dans une pharmacie de la rue de Phalsbourg, en juin 1882. Mais entre ces deux dates, il avait vécu le bouillonnement de l’aventure américaine, et s’était fait un nom dans les lettres...
Par Louis-Gaspard Siclon


C’est une belle histoire que celle du « Triple Hallali », contée par le Marquis de Brissac. Nous sommes en forêt de Rambouillet, en 1771, le 3 novembre, fête de Saint-Hubert. Louis XV, sexagénaire gaillard, découple, et après trois heures de chasse, son cerf va à l’eau. Les trompes royales sonnent, auxquelles, à l’étonnement de tous, d’autres font écho, car voici un deuxième dix-cors, puis un troisième qui rejoignent le premier dans l'onde, suivis par deux autres meutes et veneurs galopant sur les rives. On reconnait la tenue rouge à parements bleus du duc d’Orléans, venu de Dourdan, et la tenue ventre-de-biche, parements amarante, du Prince de Condé, venu de Chantilly. « Que mes Cousins se présentent à moi », dit le Roi.
Or, Condé et Orléans sont quelque peu en disgrâce auprès du Bien-Aimé. A la faveur du triple hallali, c’est la réconciliation dans l’apothéose des prises, sur un fond de futaie reflétant les ors de l’automne dans le miroir des eaux… De cette belle histoire, le peintre Develly en réalisera une gouache en 1842, pour décorer un vase de Sèvres offert par le duc d'Aumale au Bey de Tunis. Oui, une belle histoire que les écrivains et les conférenciers se repassent en l’enjolivant à chaque fois, mais une belle histoire de fond de boutique rambolitain, toujours narrée… mais fausse, car inventée de toutes pièces…
Quelle chance de pouvoir intégrer, dans les auteurs cynégétiques, celui qui entra au Panthéon en novembre 2002, pour le bicentenaire de sa naissance. Compagnon de lectures pour enchanter nos soirées, ce brave Alexandre a eu quatre vies. La première fut celle d’aventurier, puisqu’il vécut l’épopée des Mille de Garibaldi, dans le sud de la botte italienne. La deuxième était celle d’un mondain, jetant ses écus dans les folles constructions de ses châteaux. Puis vint celle d’écrivain, dont les nombreux succès en font un des représentants de la littérature française pour le monde entier. Enfin, la quatrième fut une vie de chasseur et c’est celle qui nous intéresse, car il y démontre sa capacité de nemrod, mais aussi de gourmet qui honore son gibier...
Né en 1898, Paul Vialar nous rattache, par ses romans, à cette France d’avant le plan Marshal et les « Trente Glorieuses ».
Peut-on être chasseur, écrivain cynégétique et homme du monde en une seule vie ? Celle du comte d’Osmond, sous le brillant règne de Napoléon III, peut en être l’incarnation. « Le 24 Juin 1828, nos vœux furent comblés par la naissance de Rainulphe Marie Eustache d’Osmond. S’il tient ce qu’il promet à 8 ans, il y a espoir qu’il devienne un homme distingué ». C’est en ces termes prémonitoires que la marquise de Boigne parraina l’entrée de Rainulphe Marie Eustache dans le monde. Et ce monde était la haute noblesse parisienne qui tournoyait dans l’orbite de la cour de Charles X. Dès son âge le plus tendre, Rainulphe fut fasciné par la chasse. A 8 ans, monté sur son poney, il coursait, assisté d’un bull-dog, les daims du parc familial. Osmond fut initié par le comte de Plaisance, bouton de la très célèbre Société de Rambouillet dont les membres appartenaient à la fine fleur de l’aristocratie et insufflaient un sang neuf à la vénerie renaissante, dans le sillage des Mac Mahon, La Ferté, Mérinville, Greffulhe… Légitimistes, ils durent, après avoir refusé les offres de la cour bourgeoise de Louis-Philippe, trouver un dérivatif à leur inaction forcée. Ce fut la chasse et le turf. Simultanément, ils virent s’ouvrir, par adjudication, les forêts du domaine royal, à la vènerie.
Il ne faut surtout pas ranger cet ancien de la Grande Armée Impériale dans les « vieilles peaux », celles dont on subit la présence lors des dîners de chasse… Né en 1788, Blaze vibra, comme de nombreux jeunes français, à la gloire de l’Empire. Aussi, après une formation à l’Ecole Militaire de Fontainebleau, il servit comme officier d’infanterie de 1807 à 1814. Il s’illustra à Wagram, en Espagne, et durant le siège de Hambourg. Toutes ces pérégrinations n’altérèrent pas son caractère jovial. Elles permirent à son esprit avisé d’enregistrer moult histoires et expériences, et ensuite de les rapporter sans emphase. Après l’enthousiasme de l’Empire, la retraite forcée du demi-solde fut dure à vivre. Aussi, l’activité cynégétique fut, pour lui, un dérivatif puissant. « La chasse est le seul amusement qui fasse diversion aux peines, chagrin, affaires… ». Cette phrase sera le fil conducteur de son œuvre cynégétique. Voilà donc notre officier sans son briquet au flanc, qui troque son fusil de guerre pour une arme plus civile, le fusil de chasse. Ecrivain cynégétique, mais aussi savant qui se constitua une superbe bibliothèque dans laquelle il puisa l’érudition qui affleure souvent dans ses écrits. Il fut l’un des premiers à exhumer les textes plus anciens écrits au Moyen Age sur la chasse, tel « Le livre du Roi Modus et de la Reine Ratio » qu’il mit à la portée de ses lecteurs dans une édition en caractères gothiques…
Le sang bouillant de cet Irlandais, qui rêvait de forêts et d’aventures, chose impossible dans la verte Erin, le fit s’embarquer pour le Nouveau Monde. Comme de nombreux compatriotes, il cingle à fond de cale vers un avenir qui ne peut être que meilleur que celui attendu dans cette Irlande ruinée par la maladie de la pomme de terre. Adieu la robe de clergyman jetée aux genêts des grèves irlandaises, vive les guêtres du trappeur… Notre héros, dont le prénom est une déformation de Maximus, débarque donc, à 22 ans, à la Nouvelle Orléans, porte ouverte pour remonter cette artère vitale qu’est le Mississipi. En 1840, les grandes plaines sont parcourues par les tribus indiennes. Elles suivent la transhumance des bisons et vivent à leur rythme…
Un vrai collectionneur de trophées : ours, cerfs, sangliers, il en avait des centaines, soigneusement étiquetés, parfois retouchés pour paraître plus grands. Il chassait comme il gouvernait : avec excès, vanité et mise en scène. En 1986, lors d’une tournée diplomatique en Afrique australe, Ceau
Les deux hommes partageaient le goût du pouvoir absolu et des discours fleuves. Mais Ceau
Pour une fois, faisons éclater les frontières et envisageons l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural… Tourgueniev a mené trois vies. Tout d’abord, celle du boyard au milieu de ses terres, qui, le matin, va tirer trois bécasses et un coq de bruyère. Puis celle du mondain qui réside en villégiature à Baden-Baden, avec chasses, casino et courses hippiques. Enfin, celle du Parisien qui prend le bon air de la campagne chez les Viardot. En 1818, nait Ivan Serguéïvitch Tourgueniev, à Orel dans la Russie du sud. Il appartient à une vielle famille noble, dont l’origine tatare se lit dans son blason : un croissant mahométan et une étoile d’or sur fond d’azur. Sa formation le fait s’asseoir sur les bancs des universités de Moscou, de Saint-Pétersbourg, puis de Berlin. De 1843 à 1858, ce gentilhomme, beau et de grande taille, charmant causeur, fera de fréquents allers et retours entre sa patrie et le reste de l’Europe. Jusqu’à ses derniers jours, il reste, dans le portrait qu’en dresse Guy de Maupassant, un géant avec une vraie tête de « fleuve épanchant ses ondes ». La censure du tsar surveillait ces aristocrates plus européanisés que nécessaire et le mettra en résidence surveillée dans le domaine familial de Spasskoïe, au motif d’un article jugé tendancieux sur la mort de Gogol. Européen acquis aux idéaux libéraux, Ivan Serguéïvitch Tourgueniev délivre en 1859, deux ans avant la décision du tsar Alexandre II promulguée en 1861, les serfs attachés à son domaine. En effet, il craint que le couvercle trop hermétique de la politique tsariste ne fasse exploser la société russe, essentiellement rurale…
« Jamais, je n’oublierai Paimpont » se plaisait-il à dire. Mais nous, pouvons-nous oublier les Levesque, grands veneurs et sportifs du 19e siècle ? Durant plus de 60 ans, cette famille a brillé dans la vènerie du chevreuil. Au 19e, ce laisser-courre était le parent pauvre, loin derrière la chasse du cerf, autrefois réservée aux rois de France, et loin derrière le courre du loup qui, via la louveterie, permettait de chasser en forêts domaniales. La vènerie de l’Ouest eut donc en main un carré d’as : Louis-Auguste Levesque, secondé par ses fils, Donatien excellente cravache, Rogatien sur qui reposait la délicate mission de mettre en condition le nouvel équipage, et le dernier fils, Jules. Donatien et Rogatien ont chassé avec les Poydras de La Lande, et Vimont, camarades de collège.