Ecrivain d’un seul récit de chasse, mais réédité six fois, Charles-Laurent Bombonnel (1816/1890) fut chasseur de tout gibier en Bourgogne et traqueur passionné de la panthère algérienne et du lion des Atlas. Après avoir acquis, en huit ans, une certaine fortune dans le commerce/trafic aux franges du Far-West entre Indiens et colons, Bombonnel rembarque des Etats-Unis pour couler une douce retraite en Bourgogne. Notre imagination dessine toujours notre coureur de prairie en hercule, en force de la nature. Il n’en est pourtant rien : « petit, fluet, il n’a pas les apparences de la force » écrit-on sur lui. Effectivement, pas très grand, brun et nerveux, Bombonnel a un corps de fer avec des mains minuscules, et, chose bizarre, des pieds de géant dans des bottes à semelles débordantes…
Par Louis-Gaspard Siclon

Peut-on être chasseur, écrivain cynégétique et homme du monde en une seule vie ? Celle du comte d’Osmond, sous le brillant règne de Napoléon III, peut en être l’incarnation. « Le 24 Juin 1828, nos vœux furent comblés par la naissance de Rainulphe Marie Eustache d’Osmond. S’il tient ce qu’il promet à 8 ans, il y a espoir qu’il devienne un homme distingué ». C’est en ces termes prémonitoires que la marquise de Boigne parraina l’entrée de Rainulphe Marie Eustache dans le monde. Et ce monde était la haute noblesse parisienne qui tournoyait dans l’orbite de la cour de Charles X. Dès son âge le plus tendre, Rainulphe fut fasciné par la chasse. A 8 ans, monté sur son poney, il coursait, assisté d’un bull-dog, les daims du parc familial. Osmond fut initié par le comte de Plaisance, bouton de la très célèbre Société de Rambouillet dont les membres appartenaient à la fine fleur de l’aristocratie et insufflaient un sang neuf à la vénerie renaissante, dans le sillage des Mac Mahon, La Ferté, Mérinville, Greffulhe… Légitimistes, ils durent, après avoir refusé les offres de la cour bourgeoise de Louis-Philippe, trouver un dérivatif à leur inaction forcée. Ce fut la chasse et le turf. Simultanément, ils virent s’ouvrir, par adjudication, les forêts du domaine royal, à la vènerie.
Il ne faut surtout pas ranger cet ancien de la Grande Armée Impériale dans les « vieilles peaux », celles dont on subit la présence lors des dîners de chasse… Né en 1788, Blaze vibra, comme de nombreux jeunes français, à la gloire de l’Empire. Aussi, après une formation à l’Ecole Militaire de Fontainebleau, il servit comme officier d’infanterie de 1807 à 1814. Il s’illustra à Wagram, en Espagne, et durant le siège de Hambourg. Toutes ces pérégrinations n’altérèrent pas son caractère jovial. Elles permirent à son esprit avisé d’enregistrer moult histoires et expériences, et ensuite de les rapporter sans emphase. Après l’enthousiasme de l’Empire, la retraite forcée du demi-solde fut dure à vivre. Aussi, l’activité cynégétique fut, pour lui, un dérivatif puissant. « La chasse est le seul amusement qui fasse diversion aux peines, chagrin, affaires… ». Cette phrase sera le fil conducteur de son œuvre cynégétique. Voilà donc notre officier sans son briquet au flanc, qui troque son fusil de guerre pour une arme plus civile, le fusil de chasse. Ecrivain cynégétique, mais aussi savant qui se constitua une superbe bibliothèque dans laquelle il puisa l’érudition qui affleure souvent dans ses écrits. Il fut l’un des premiers à exhumer les textes plus anciens écrits au Moyen Age sur la chasse, tel « Le livre du Roi Modus et de la Reine Ratio » qu’il mit à la portée de ses lecteurs dans une édition en caractères gothiques…
Le sang bouillant de cet Irlandais, qui rêvait de forêts et d’aventures, chose impossible dans la verte Erin, le fit s’embarquer pour le Nouveau Monde. Comme de nombreux compatriotes, il cingle à fond de cale vers un avenir qui ne peut être que meilleur que celui attendu dans cette Irlande ruinée par la maladie de la pomme de terre. Adieu la robe de clergyman jetée aux genêts des grèves irlandaises, vive les guêtres du trappeur… Notre héros, dont le prénom est une déformation de Maximus, débarque donc, à 22 ans, à la Nouvelle Orléans, porte ouverte pour remonter cette artère vitale qu’est le Mississipi. En 1840, les grandes plaines sont parcourues par les tribus indiennes. Elles suivent la transhumance des bisons et vivent à leur rythme…
Un vrai collectionneur de trophées : ours, cerfs, sangliers, il en avait des centaines, soigneusement étiquetés, parfois retouchés pour paraître plus grands. Il chassait comme il gouvernait : avec excès, vanité et mise en scène. En 1986, lors d’une tournée diplomatique en Afrique australe, Ceau
Les deux hommes partageaient le goût du pouvoir absolu et des discours fleuves. Mais Ceau
Pour une fois, faisons éclater les frontières et envisageons l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural… Tourgueniev a mené trois vies. Tout d’abord, celle du boyard au milieu de ses terres, qui, le matin, va tirer trois bécasses et un coq de bruyère. Puis celle du mondain qui réside en villégiature à Baden-Baden, avec chasses, casino et courses hippiques. Enfin, celle du Parisien qui prend le bon air de la campagne chez les Viardot. En 1818, nait Ivan Serguéïvitch Tourgueniev, à Orel dans la Russie du sud. Il appartient à une vielle famille noble, dont l’origine tatare se lit dans son blason : un croissant mahométan et une étoile d’or sur fond d’azur. Sa formation le fait s’asseoir sur les bancs des universités de Moscou, de Saint-Pétersbourg, puis de Berlin. De 1843 à 1858, ce gentilhomme, beau et de grande taille, charmant causeur, fera de fréquents allers et retours entre sa patrie et le reste de l’Europe. Jusqu’à ses derniers jours, il reste, dans le portrait qu’en dresse Guy de Maupassant, un géant avec une vraie tête de « fleuve épanchant ses ondes ». La censure du tsar surveillait ces aristocrates plus européanisés que nécessaire et le mettra en résidence surveillée dans le domaine familial de Spasskoïe, au motif d’un article jugé tendancieux sur la mort de Gogol. Européen acquis aux idéaux libéraux, Ivan Serguéïvitch Tourgueniev délivre en 1859, deux ans avant la décision du tsar Alexandre II promulguée en 1861, les serfs attachés à son domaine. En effet, il craint que le couvercle trop hermétique de la politique tsariste ne fasse exploser la société russe, essentiellement rurale…
« Jamais, je n’oublierai Paimpont » se plaisait-il à dire. Mais nous, pouvons-nous oublier les Levesque, grands veneurs et sportifs du 19e siècle ? Durant plus de 60 ans, cette famille a brillé dans la vènerie du chevreuil. Au 19e, ce laisser-courre était le parent pauvre, loin derrière la chasse du cerf, autrefois réservée aux rois de France, et loin derrière le courre du loup qui, via la louveterie, permettait de chasser en forêts domaniales. La vènerie de l’Ouest eut donc en main un carré d’as : Louis-Auguste Levesque, secondé par ses fils, Donatien excellente cravache, Rogatien sur qui reposait la délicate mission de mettre en condition le nouvel équipage, et le dernier fils, Jules. Donatien et Rogatien ont chassé avec les Poydras de La Lande, et Vimont, camarades de collège.