Une seule bête mais plusieurs couleurs
Mais avant de présenter une couleur définitive à l’âge adulte le sanglier passe par plusieurs stades de coloration de son pelage. Le marcassin à la naissance est caractéristique par sa « livrée » rayée. Une ligne dorsale plus foncée et trois ou quatre rayures longitudinales le long des flancs sur un fond de pelage roux lui donne cet aspect de petit clown en pyjama. À noter que vers le centième jour de gestation les rayures du futur marcassin sont déjà bien visibles sur le fœtus.
Cette livrée va perdurer dans le temps pendant quelques mois. Ce pelage assure en outre une sorte de camouflage. Les rayures vont peu à peu disparaître pour laisser place à une toison rousse uniforme. Au-delà de quatre à six mois environ c’est le stade « bête rousse » qui domine. Il a été remarqué que des marcassins très bien nourris par une laie ayant une bonne lactation, grandissent très vite et gardent en filigrane leurs rayures jusqu’à un stade avancé de bête rousse. À l’inverse un orphelin précoce ou un petit malheureux qui tire sur des allaites sèches et qui ne grandit pas plus qu’un œuf dans un panier va escamoter le stade « bête rousse » et passer directement du stade marcassin rayé à celui de bête noire sans transition. Il serait alors bien rare que ce « rogaton » soit un jour le sanglier de votre vie !
La vraie couleur du sanglier
La couleur naturelle du sanglier est donc le gris plus ou moins foncé en fonction de la proportion de partie claire des soies. Mais cette couleur n’est pas standard et toutes les nuances peuvent se retrouver dans la nature. Des sangliers très clairs, voire presque blancs existent sans que l’on puisse à leur égard suspecter une quelconque pollution génétique. Par contre, on rencontre çà et là des sujets dont la coloration plus proche de la chatte isabelle ou de l’épagneul breton, n’a rien de naturelle. Il s’agit en fait de vulgaires croisements accidentels, ou voulus, avec des porcs domestiques. Pour ces animaux, outre des poils très clairs, ils présentent aussi des onglons clairs quand ce n’est pas des écoutes « tombantes » et ne ressemblent que d’assez loin à un sanglier !
Il existe aussi, bien qu’assez rares, des sangliers albinos. Là, il s’agit d’un disfonctionnement souvent héréditaire du métabolisme de la mélanine (pigment noir du poil et de la peau), qui est caractérisé par une absence totale ou partielle de ce pigment. Le sanglier est alors entièrement blanc crème, les pinces et le boutoir blanc et les yeux rouges (transparence des vaisseaux sanguins de l’œil). À l’inverse, mais encore plus rare, la forme mélanique qui produit des individus entièrement noirs sans aucune trace de gris ou de blanc. Ni tout blanc ni entièrement noir, le sanglier passe par toutes les nuances de gris et de roux, et si les cheveux blancs ornent la crinière de quelques papys fidèles au poste, pourquoi n’en serait-il pas de même pour les sangliers ? À condition toutefois que nous respections ce bon vieil adage que nous ne cessons de rappeler : « laissez-les vieillir ! ».