Les forêts privées sont devenues des cibles privilégiées pour le vol de bois à grande échelle, entraînant des pertes financières importantes pour leurs propriétaires. Récemment, sur le département de la Meuse, se sont produits des vols massifs. En quelques heures, sur une parcelle, les plus beaux chênes ont été abattus, un acte délibéré de sélection basée sur le diamètre, la qualité et l'essence des arbres. Arnaud Apert, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture de la Meuse, souligne que le chêne, particulièrement prisé, est souvent la cible principale. Les dommages se chiffrent à environ 40 000 euros pour 15 propriétaires qui ont tous porté plainte. Mais ce problème n'épargne aucun département. Dans les Yvelines, des chênes remarquables ont été illégalement coupés en 2022, avant d'être identifiés grâce à la vigilance des citoyens. Une enquête minutieuse a permis de remonter jusqu'à un conteneur expédié à Anvers, puis à travers l'Atlantique et le golfe Persique jusqu'en Chine, où le bois français est précieusement importé. Avec l'augmentation spectaculaire des prix du chêne sur le marché mondial du bois, ces sabotages deviennent de plus en plus fréquents. Les syndicats et les experts mettent en garde contre un mode opératoire bien établi : les voleurs ciblent des forêts isolées et peu fréquentées, où ils peuvent agir rapidement sans être détectés. Les méthodes utilisées varient, mais toutes visent à exploiter la vulnérabilité des propriétaires. Parfois, des escrocs ciblent les personnes âgées pour obtenir à bas prix des parcelles forestières. D'autres fois, des sociétés achètent une parcelle pour prélever clandestinement des arbres sur les terrains avoisinants. Enfin, il y a la méthode drastique de la coupe rase, où des entreprises identifient des propriétaires éloignés ou âgés pour piller intégralement leur forêt. Ce problème est d'autant plus préoccupant que 75 % des forêts françaises appartiennent à des propriétaires privés, représentant environ 3,5 millions de personnes.