Acculé, le sanglier sait faire face, courageusement et de façon délibérée. Le ferme est une attitude classique, soit parce qu’il ne veut pas courir, soit parce qu’il ne peut plus le faire. Dans le premier cas, sa manœuvre sera plus dissuasive et souvent il finira par prendre son parti, dans le second, il défendra chèrement sa peau et quelquefois la fera payer très cher à ses poursuivants. Il ne faut pas non plus croire qu’il utilise inconsidérément sa force. Il a d’autres ressources. Son intelligence lui permet de s'adapter et profiter des situations. Les vautraits qui le chassent pour le prendre à courre, savent bien qu'il faut l'empêcher de se faire battre au fourré car c’est là, dans les épais, qu’il est le plus fort. Et il le sait quand il attend les chiens pour les bousculer, les blesser voir les tuer. Il ne fait jamais de grands retours et tente toujours de faire ses ruses au fourré pour prendre de l'avance pendant que les chiens démêlent la voie. Si, certains jours, il répugne à débucher, c'est aussi qu'il se sait à l'abri dans un bon fort d'où il ne sortira que s'il y est vraiment obligé. D'autres fois, il se défilera avant même l'arrivée des chiens ou au moindre bruit et ira tenir le ferme plusieurs kilomètres plus loin. Dans tous les cas, le ferme est un épisode caractéristique de cette chasse qui peut devenir dramatique. Quelle que soit la race de chiens utilisée, le piqueur se pose toujours la question de savoir comment réagir en présence d'un ferme. Faut-il encourager les chiens, ou, au contraire, éviter de le faire ?

 

C’est selon !

Bienheureux celui qui possède la science infuse et qui peut affirmer qu'il faut faire comme ceci et non comme cela. Nous en connaissons tous quelques-uns, en particulier chez les grands chasseurs de sangliers. Pourtant cette chasse,  comme du reste n'importe quelle autre, n'est pas une science exacte et relève plutôt du domaine empirique. La réussite dépend davantage de la pratique et de l'expérience. A la place des méthodes savantes, émanant de théories livresques, c'est plus l’expérience acquise par la pratique qui a son importance et qui déterminera la conduite à tenir dans l’action. Plusieurs facteurs peuvent jouer et bien des circonstances influencent le déroulement d'un ferme. Ainsi, les piqueurs encourageront les chiens dans certains cas alors que dans d’autres, ils préféreront s'abstenir et laisser faire. Le poids de l’animal au ferme sera bien évidemment, déterminant, et on ne se conduira pas de la même façon devant une bête de compagnie acculée que devant un vieux solitaire, bien armé. Dans le premier cas les chiens ne seront pas menacés ou bien peu, dans le second, ils risqueront leur vie. De cette première estimation dépendra la façon d’agir des traqueurs. Ensuite, en fonction de la race des chiens, de leur comportement, du terrain, clair broussailleux, épineux, accidenté, la manière d’approcher, pour mettre un terme à la bagarre, l’intervention sera bien différente.

 

Avec quels chiens ?

Le sanglier est chassé de toutes les façons (et même parfois sans façon du tout) et avec toutes sortes de chiens. L'utilisation des courants est la manière de faire la plus fréquente. Dans certaines chasses, des terriers sont utilisés, genre Fox, Jagd, Teckel, qui ne sont pas rares. D’autres emploient des retrievers ou des chiens d’arrêt, peu conforme aux anciennes pratiques, mais les temps ont évolué. Concernant le ferme, il y a lieu de différencier le « mordant » des chiens dans leur façon de se comporter. Certains ont davantage de culot et ne se gênent pas pour attaquer les sangliers ou les serrer de près afin de les obliger à prendre un parti. Ces chiens-là n'ont, en principe, pas besoin d'encouragements et sont de précieux auxiliaires… qu’il convient même quelquefois de calmer un peu. D'autres tiennent le ferme, c'est à dire qu'ils donnent de la voix à une certaine distance des animaux, n'avançant vers eux que s'ils se déplacent, mais toujours à distance respectable. Ils risquent beaucoup moins de prendre un mauvais coup. C’est alors au piqueux de juger s'il y a lieu de les « appuyer » ou non. Parfois, le sanglier démarre lorsque l'homme arrive au contact ou alors, si le couvert est inextricable et que l'animal s'y sent en sécurité, il refusera de bouger. Dans ce cas, les chiens de petite taille seront plus à l’aise que des courants plus hauts sur pattes.

 

Et le sanglier ?

Dans tous les cas, il connaît bien son territoire et les particularités du terrain. Cela peut jouer sur la tenue d’un ferme et sa durée. Encourager de bons courants, peu mordants, dans un épais fourré, équivaut, si le sanglier est armé, à les envoyer au casse-pipe. De même, il est préférable d'éviter cette attitude si l'on sait que l'on a à faire à un animal blessé et de bon poids. Partez toujours du principe que, jusqu’à une cinquantaine de kilos, un sanglier bousculera les chiens et vous aussi, si vous êtes sur son passage, mais sans conséquence grave. Cependant, au-dessus de cinquante kilos, faites attention. L’an passé, dans une chasse proche, un sanglier, après avoir tué deux chiens, a envoyé un traqueur à l’hôpital, le mollet profondément entaillé. Le chasseur placé avait tiré l’animal en respectant le souhait du directeur de chasse, moins de 60 kilos, non vidé. La bête noire pesait exactement 53 kilos… mais avait des défenses qui sortaient de la mâchoire de 5 cm. Elles étaient certes très fines, mais terriblement coupantes !