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Fragmentation des milieux naturels terrestres : quels constats pour les territoires français ?

Le développement des infrastructures de transport, l'urbanisation et certaines pratiques agricoles continuent de fragmenter les milieux naturels en France. Ce phénomène, qui morcelle les habitats et limite les déplacements de la faune, constitue aujourd'hui l'une des principales pressions exercées sur la biodiversité. Une étude du Service des données et études statistiques (SDES) permet d'en mesurer l'évolution entre 1990 et 2018 grâce à un nouvel indicateur : la taille effective de maille, qui évalue la superficie moyenne d'un espace naturel continu, sans obstacle écologique. Plus cette valeur est élevée, moins le territoire est fragmenté. En 2018, cette taille moyenne atteint 164 km² à l'échelle nationale. Les analyses mettent en évidence de fortes disparités géographiques. Les territoires les plus fragmentés correspondent aux grands pôles urbains, aux régions d'agriculture intensive, comme les Hauts-de-France ou la Beauce, ainsi qu'aux principaux axes de transport, notamment le couloir rhodanien et les vallées de la Seine, de la Loire et de la Garonne. Routes, autoroutes et voies ferrées constituent de véritables barrières écologiques pour de nombreuses espèces. À l'inverse, les grands massifs forestiers, comme les Landes ou la Sologne, ainsi que les zones montagneuses des Alpes, des Pyrénées, du Massif central ou de la Corse, conservent des espaces naturels plus continus et donc moins fragmentés. Dans les départements d'outre-mer, la fragmentation se concentre principalement sur les zones littorales, soumises à une forte pression urbaine et touristique. L'étude montre également une évolution dans le temps. Entre 1990 et 2000, la fragmentation s'est fortement accélérée avec la construction de nombreuses infrastructures autoroutières et ferroviaires. La taille effective de maille est ainsi passée de 213 km² à 172 km², soit une diminution moyenne de 4,1 km² par an. Depuis le milieu des années 2000, le phénomène se poursuit mais à un rythme beaucoup plus lent, avec une baisse moyenne de seulement 0,3 km² par an. Cette tendance nationale masque toutefois des situations locales contrastées. Certains territoires sont restés relativement stables depuis plus de trente ans. D'autres, à l'image du bocage normand, ont connu une forte dégradation liée à la création ou à l'élargissement de grands axes de communication. Si le ralentissement observé constitue un signal encourageant, les auteurs soulignent que la fragmentation continue de progresser et demeure un enjeu majeur pour la préservation de la biodiversité. La prise en compte de la continuité écologique dans les futurs projets d'aménagement apparaît plus que jamais indispensable afin de préserver les déplacements de la faune et le bon fonctionnement des écosystèmes. 

Monique Barbut : une ministre entre convictions, compromis et incertitudes

Il est des séquences politiques qui en disent davantage qu'un long discours. Celle vécue par Monique Barbut en fait incontestablement partie. En quelques jours, la ministre de la Transition écologique est passée du statut de ministre sur le départ à celui de ministre finalement maintenue. « Bien que je ne sois pas partie, je suis déjà revenue… » La formule pourrait prêter à sourire si elle ne révélait pas le malaise d'un ministère devenu l'un des plus exposés du gouvernement. Le parcours de Monique Barbut ne souffre pourtant d'aucune contestation. Ancienne responsable du Fonds pour l'environnement mondial puis de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, elle possède une solide expérience internationale. Mais une fois arrivée rue de Grenelle, les grands principes se heurtent à une réalité autrement plus complexe. Le ministère de la Transition écologique ne se résume pas à la biodiversité : il couvre aussi les forêts, l'eau, la chasse, la faune sauvage et entretient de nombreux liens avec l'agriculture. Le dossier de l'acétamipride illustre ces tensions. En défendant une ligne très ferme contre le retour de certaines substances interdites, Monique Barbut s'est attiré les critiques d'une partie du monde agricole, tandis que les organisations écologistes refusent tout recul. Le débat est rapidement devenu politique. L'annonce de sa possible démission, puis son maintien après un entretien avec le Premier ministre, n'ont pas dissipé les interrogations. Cette séquence laisse l'impression d'une autorité fragilisée, à huit mois de l'élection présidentielle, où chaque arbitrage est désormais analysé à travers son impact électoral. Les agriculteurs réclament davantage de stabilité, tandis que les chasseurs attendent un dialogue fondé sur la connaissance des territoires. Les décisions concernant la gestion de la faune sauvage, les arrêtés de chasse ou les missions de l'OFB influencent directement leurs activités. Au-delà de la personne de Monique Barbut, c'est la capacité de l'État à bâtir des politiques publiques équilibrées qui est en jeu. La transition écologique ne pourra réussir ni contre les agriculteurs, ni contre les forestiers, ni contre les chasseurs, pas plus qu'elle ne peut ignorer les impératifs de préservation des écosystèmes. Les prochains mois diront si cette séquence n'était qu'un incident de parcours ou le symptôme d'un ministère dont l'autorité s'est progressivement érodée.

Interdiction de détention d'animaux : vers la création d'un fichier national ?

Bien que le Code pénal permette aux tribunaux d'interdire à une personne condamnée pour sévices graves, ou actes de cruauté, de détenir un animal, cette sanction reste aujourd'hui difficile à faire respecter. En l'absence d'un registre national, aucun professionnel ne peut vérifier si un candidat à l'adoption ou à l'acquisition d'un animal est frappé d'une telle interdiction. Pourtant, depuis la loi du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale, l'article 521-1 du Code pénal prévoit des peines pouvant atteindre trois ans d'emprisonnement, 45 000 euros d'amende, ainsi qu'une interdiction, temporaire ou définitive, de détenir un animal. Mais cinq ans après l'entrée en vigueur du dispositif, aucun fichier ne recense les personnes concernées. C'est pour combler cette lacune que l'association Mobilisation pour la cause animale (MCA) demande la création d'un registre national sécurisé recensant les personnes faisant l'objet d'une telle décision de justice. Selon ses promoteurs, ce fichier serait réservé aux seuls professionnels habilités : refuges, fourrières, vétérinaires, éleveurs, animaleries et associations de protection animale. Son objectif ne serait pas de constituer un « casier des propriétaires », mais de permettre à ces structures de s'assurer qu'une adoption, une cession ou une vente ne contrevient pas à une interdiction prononcée par un tribunal. Pour les défenseurs du projet, un tel outil donnerait enfin une véritable efficacité à cette peine. Faute de contrôle, une personne condamnée peut aujourd'hui acquérir un nouvel animal auprès d'un établissement qui ignore son passé judiciaire. La mise en place d'un tel registre devra toutefois respecter les règles relatives à la protection des données personnelles et à la vie privée. C'est pourquoi ses promoteurs préconisent un accès strictement limité aux professionnels autorisés, uniquement dans le cadre de la vérification des décisions judiciaires en vigueur.

Forêt française : assez de lois, il est temps de laisser travailler ceux qui l'entretiennent

La forêt française est au cœur de nombreux débats : changement climatique, prévention des incendies, biodiversité, filière bois ou encore décarbonation. Les textes législatifs se multiplient, mais, pour le Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB), une réalité est trop souvent oubliée : une forêt se protège avant tout sur le terrain, pas uniquement par la réglementation. Le syndicat s'inquiète notamment de deux récentes propositions de loi portant sur l'adaptation des forêts au changement climatique et sur la création d'une nouvelle filière de responsabilité élargie du producteur (REP) pour les matériaux bois. Si leurs objectifs sont jugés légitimes, le SEFB regrette l'absence de véritable concertation avec les professionnels de la filière. Le premier constat est simple : près de 75 % des forêts françaises appartiennent à des propriétaires privés. Ce sont les exploitants forestiers qui assurent quotidiennement les travaux de récolte, d'entretien, de renouvellement et de sécurisation des massifs. Renforcer les moyens de l'Office national des forêts ne doit donc pas occulter le rôle essentiel de ces entreprises. Or, leur activité est de plus en plus contrainte. Les normes environnementales, les procédures administratives et les restrictions liées aux espèces protégées réduisent fortement les périodes de travail. Entre les arrêtés préfectoraux pris lors des fortes chaleurs, les limitations imposées pendant plusieurs mois pour préserver la faune et les contraintes liées aux zones protégées, les exploitants disposent de peu de temps pour intervenir. Cette situation soulève une contradiction. Alors que les incendies deviennent plus fréquents et plus violents, ceux qui entretiennent les parcelles, retirent les arbres dépérissants, évacuent les bois morts et entretiennent les pistes forestières sont régulièrement empêchés d'agir. Selon le SEFB, ce manque d'entretien favorise l'accumulation de combustible et augmente les risques de propagation des feux. À ces difficultés s'ajoutent des enjeux économiques. Les exploitants supportent chaque année des coûts importants liés aux aléas climatiques, tandis que l'application prochaine du règlement européen contre la déforestation (RDUE) alourdira encore les démarches administratives. La création d'une nouvelle REP représenterait, selon eux, une charge supplémentaire pour une filière déjà fragilisée. Le SEFB plaide ainsi pour des mesures pragmatiques : simplifier les procédures, mettre en place un dispositif d'indemnisation des aléas climatiques, reconnaître officiellement le rôle des exploitants dans la prévention des incendies, leur permettre d'intervenir lorsque les conditions le permettent et faciliter l'accès au cadastre pour identifier les propriétaires de parcelles abandonnées. Pour le syndicat, la forêt française ne sera pas préservée par une accumulation de normes, mais grâce à une gestion active, durable et fondée sur l'expertise de ceux qui l'entretiennent au quotidien. Restaurer la confiance envers les professionnels apparaît, selon lui, comme une condition essentielle pour adapter les forêts aux défis climatiques et renforcer leur résilience face aux incendies.

Prix Chasse durable François Sommer 2026 : mettez en lumière vos initiatives de terrain !

La chasse évolue et, partout en France, de nombreux chasseurs démontrent chaque jour qu'elle constitue un véritable levier en faveur de la biodiversité, de la gestion des territoires et du lien avec la société. Pour récompenser ces démarches exemplaires, la Fondation François Sommer lance le Prix Chasse durable François Sommer 2026, doté de 10 000 euros. Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 31 août 2026. Ce nouveau prix s'inscrit dans la continuité du livre blanc « Chasse, Nature et Société 2040 » et prolonge l'esprit du prestigieux Prix des Honneurs de la Chasse Laurent-Perrier. Son objectif est simple : valoriser les chasseurs qui, sur le terrain, innovent et agissent concrètement pour une chasse responsable, moderne et pleinement intégrée aux enjeux environnementaux actuels. Chaque saison, des milliers de bénévoles consacrent du temps et des moyens à restaurer des habitats, aménager des zones favorables à la faune, entretenir les milieux naturels ou développer des projets utiles aux territoires ruraux. Ces initiatives restent pourtant souvent méconnues. La Fondation souhaite aujourd'hui leur offrir la reconnaissance qu'elles méritent. Le jury examinera les 50 premières candidatures complètes reçues avant la date limite. Les projets peuvent être portés par un chasseur individuel, une société de chasse, une association ou tout autre groupement cynégétique. De nombreuses actions peuvent être récompensées, notamment : la création ou la restauration d'habitats favorables à la faune sauvage ; la restauration de zones humides ou de réservoirs de biodiversité ; la mise en place de pratiques cynégétiques innovantes ; les actions de dialogue avec les agriculteurs, les riverains ou les acteurs locaux ; l'ouverture des territoires aux non-chasseurs à travers des animations pédagogiques ; la valorisation locale de la venaison ou toute initiative favorisant une meilleure intégration de la chasse dans la société. Ce prix s'inscrit donc pleinement dans la philosophie de François et Jacqueline Sommer, qui considéraient la chasse comme un engagement au service de la nature. Dès 1968, François Sommer rappelait déjà que les chasseurs avaient la responsabilité de préserver le patrimoine naturel pour les générations futures. Au-delà des 10 000 euros attribués au lauréat, ce Prix constitue une formidable occasion de faire connaître le travail souvent discret mais essentiel des chasseurs engagés au service de la nature. Alors, si vous pensez que votre action peut inspirer d'autres territoires, ne tardez pas : les candidatures sont ouvertes jusqu'au 31 août 2026.

 

Pour voir le règlement du Prix Chasse durable, c’est ICI

Stress hydrique : comment les alternances de pluie et de sécheresse épuisent les arbres

L'image est parlante. Deux arbres, deux systèmes racinaires, un même sol. À première vue, tout semble identique. Pourtant, sous la surface, une lente mécanique est à l'œuvre. L'eau de pluie s'infiltre progressivement dans le sol, tandis que les racines tentent de suivre la progression de cette réserve en eau. Puis survient une longue période sans précipitations. Jour après jour, les premiers centimètres du sol s'assèchent. Après deux mois, près de 60 centimètres de sol peuvent être privés d'eau disponible. Les racines qui occupaient cette zone ne sont plus alimentées et l'arbre entre en situation de stress hydrique. Cette représentation schématique résume un phénomène aujourd'hui bien connu des scientifiques et des gestionnaires forestiers. Le problème n'est pas uniquement la quantité de pluie tombée au cours de l'année. C'est surtout sa répartition dans le temps. L'alternance de périodes très humides et de longues phases sèches épuise progressivement les arbres. Les forestiers le constatent depuis plusieurs années sur le terrain. Après un hiver correctement arrosé, les arbres semblent repartir normalement. Les feuillaisons sont abondantes, la croissance reprend. Mais lorsque plusieurs semaines de chaleur et d'absence de pluie s'installent, la réserve utile, c'est-à-dire l'eau réellement accessible aux racines, diminue rapidement. L'arbre ferme progressivement ses stomates pour limiter les pertes d'eau. Cette réaction lui permet de survivre, mais elle réduit également la photosynthèse et donc la fabrication des sucres indispensables à sa croissance. La profondeur du système racinaire joue alors un rôle déterminant. Les espèces capables de développer une racine pivotante ou un réseau profond peuvent encore accéder à des réserves situées bien en dessous de la couche desséchée. À l'inverse, les arbres dont les racines exploitent principalement les horizons superficiels souffrent beaucoup plus rapidement dès que ces derniers s'assèchent. Cette différence ne signifie pas qu'un arbre profondément enraciné est à l'abri. Si la sécheresse se prolonge, même les réserves profondes finissent par diminuer. Les chercheurs de l'INRAE rappellent d'ailleurs que lors des sécheresses sévères, le transport de l'eau dans les vaisseaux du bois peut être interrompu par la formation de bulles d'air dans les vaisseaux conducteurs de sève (un phénomène appelé embolie gazeuse), pouvant conduire à la mort de certaines branches, voire de l'arbre tout entier...

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Acétamipride : le départ annoncé de Monique Barbut révèle les fractures du gouvernement

La séquence politique autour de la loi d'urgence agricole va coûter son poste à Monique Barbut. La ministre de la Transition écologique, reçue à Matignon par le Premier ministre Sébastien Lecornu, devrait présenter sa démission après l'adoption du texte autorisant, sous conditions strictes et à titre dérogatoire, le retour de l'acétamipride, un insecticide toujours homologué dans plusieurs pays de l'Union européenne mais interdit en France. Depuis plusieurs semaines, Monique Barbut avait fait de ce dossier une véritable « ligne rouge ». Ancienne présidente du WWF France et issue de la société civile, elle incarnait au sein du gouvernement la sensibilité écologiste la plus affirmée. Pour elle, accepter la réintroduction de cette molécule revenait à renoncer à un engagement environnemental majeur. Au lendemain du vote, la ministre n'a d'ailleurs laissé planer que peu de doute sur ses intentions. « Dans ma tête, je n'ai pas d'autre option que de remettre ma démission. Soit vous êtes ministre, soit vous n'êtes pas ministre. Aujourd'hui, dans ma tête, je suis partie », aurait-elle confié à plusieurs proches. Le revirement du gouvernement l'aurait profondément surprise. Jusqu'au dernier moment, elle assurait avoir reçu des garanties d'Emmanuel Macron et de Sébastien Lecornu selon lesquelles la disposition introduite par le Sénat serait supprimée. La décision de ne finalement pas déposer d'amendement a précipité sa rupture avec l'exécutif. Cette démission dépasse largement la seule question de l'acétamipride. Elle illustre les contradictions auxquelles se heurte aujourd'hui la politique environnementale française. Face à une agriculture confrontée à une concurrence européenne jugée déloyale, le gouvernement a choisi de privilégier le pragmatisme économique. Une décision saluée par de nombreuses organisations agricoles, qui dénonçaient depuis plusieurs années des distorsions de concurrence pénalisant les productions françaises. Pour le monde rural, cette affaire résonne bien au-delà des seuls pesticides. Les chasseurs connaissent eux aussi ces arbitrages où les réalités du terrain se heurtent régulièrement à une vision idéologique de l'écologie. Gestion du grand gibier, régulation des espèces, entretien des milieux ou lutte contre certaines espèces invasives : autant de dossiers où les considérations scientifiques et économiques sont souvent reléguées derrière des positions de principe. L'épisode Barbut pourrait ainsi marquer un tournant, mais il révèle aussi les profondes fractures qui traversent le gouvernement entre une écologie de conviction et une écologie de gestion, confrontée aux exigences de souveraineté alimentaire, de compétitivité et d'aménagement des territoires.

Le lynx boréal poursuit sa lente reconquête du territoire français

Le dernier Lynx Flash Info publié par le réseau Loup-Lynx et l'OFB dresse un bilan plutôt encourageant de la situation du lynx boréal en France pour les exercices 2024 et 2025. Si l'espèce continue d'étendre progressivement son aire de présence, les spécialistes rappellent toutefois que sa conservation demeure fragile et que plusieurs menaces pèsent encore sur son avenir. Les données recueillies entre le 1er avril 2022 et le 31 mars 2025 montrent une augmentation de l'aire de présence régulière du félin, qui atteint désormais 17 100 km². Cette progression s'explique principalement par une colonisation progressive vers l'ouest du massif jurassien, principal bastion français de l'espèce. Les indices de présence proviennent des observations de terrain, des pièges photographiques, des analyses génétiques ainsi que des constats réalisés par le réseau national Loup-Lynx. En revanche, la situation reste beaucoup plus préoccupante dans d'autres secteurs historiques. Les populations des Vosges demeurent particulièrement faibles et isolées, tandis que celles des Alpes du Nord peinent encore à se consolider. Cette fragmentation limite les échanges entre individus, réduit la diversité génétique et fragilise durablement les populations. Le rapport met également en évidence que la première cause de mortalité du lynx reste liée aux activités humaines. Les collisions routières représentent de loin la principale menace identifiée. Plusieurs individus suivis par balise GPS ont ainsi vu leurs déplacements interrompus brutalement après un accident de la circulation, illustrant les difficultés rencontrées par l'espèce lors de ses phases de dispersion. Les auteurs du rapport soulignent donc la nécessité d'améliorer la connectivité écologique entre les différents massifs forestiers. Le développement de passages à faune, la préservation des corridors écologiques et une meilleure prise en compte des déplacements de l'espèce dans les infrastructures routières figurent parmi les priorités pour favoriser sa recolonisation. Espèce discrète et essentiellement nocturne, le lynx boréal joue un rôle important dans le fonctionnement des écosystèmes forestiers en régulant principalement les populations de chevreuils. Sa présence reste cependant très limitée à l'échelle nationale. Si les résultats publiés par l'OFB témoignent d'une dynamique globalement positive, ils montrent également que le retour du lynx en France demeure un processus lent, dépendant autant de la qualité des habitats que de la capacité des territoires à limiter les pressions d'origine humaine. La poursuite du suivi scientifique apparaît ainsi essentielle pour accompagner durablement la conservation de ce grand prédateur emblématique des massifs forestiers français.

Réchauffement climatique : la nature change les règles du jeu

Le changement climatique ne se résume plus à une hausse des températures. Il entraîne une profonde redistribution des espèces végétales et animales, redessinant progressivement les paysages français. Selon l'ampleur du réchauffement d'ici la fin du siècle, estimée entre 1,5 °C et 3 °C, les conséquences seront majeures pour les forêts, la faune sauvage, l'agriculture et la gestion des territoires. Le premier bouleversement concerne la végétation. Avec la remontée progressive des températures, les conditions climatiques typiquement méditerranéennes gagneront plusieurs centaines de kilomètres vers le nord. Des espèces comme le chêne-liège, le chêne kermès, la garrigue ou encore la lavande pourraient s'implanter durablement bien au-delà de leur aire actuelle, jusque dans le centre-est de la France. Cette évolution modifiera profondément la sylviculture. Les forêts de demain ne produiront plus les mêmes essences ni les mêmes qualités de bois. Les débouchés industriels évolueront, obligeant les propriétaires forestiers à adapter leurs modes de gestion et leurs choix de plantations. Les paysages forestiers deviendront également plus sensibles aux sécheresses et aux incendies. La faune ne sera pas épargnée. Parmi les grands bénéficiaires de ces nouvelles conditions figure le sanglier. Espèce particulièrement adaptable, il profitera de milieux plus fermés, d'une alimentation plus abondante grâce à des glandées souvent plus régulières et d'hivers moins rigoureux favorisant la survie des jeunes. Cette dynamique pourrait accentuer encore les populations, avec des conséquences importantes pour l'agriculture, les collisions routières et la gestion cynégétique. À l'inverse, les espèces spécialisées risquent de voir leur espace vital se réduire. En montagne, le recul de l'enneigement favorise déjà la remontée en altitude des cerfs, chevreuils et sangliers, qui trouvent désormais nourriture et conditions favorables sur des secteurs autrefois réservés à la faune alpine. Cette colonisation crée une concurrence nouvelle avec les chamois, isards, mouflons et bouquetins, dont les habitats se restreignent progressivement. À cette compétition s'ajoute la pression exercée par les grands prédateurs, notamment le loup et le lynx, qui exploitent eux aussi ces nouveaux équilibres écologiques. Les espèces montagnardes devront donc faire face simultanément à la réduction de leur territoire, à une concurrence alimentaire accrue et à une prédation plus importante. Le changement climatique ne redistribue donc pas les cartes de manière uniforme. Certaines espèces, très opportunistes, comme le sanglier, devraient tirer profit de cette évolution, tandis que d'autres, plus spécialisées et moins mobiles, pourraient connaître un déclin progressif. Pour les forestiers, les agriculteurs, les gestionnaires d'espaces naturels et les chasseurs, cette transformation impose déjà d'anticiper les nouveaux équilibres. La gestion de la faune et des forêts devra évoluer rapidement afin d'accompagner une nature qui change désormais à un rythme inédit.

Un décret annulé au pire moment pour les forêts françaises

Le calendrier a de quoi surprendre. Alors que les incendies se multiplient, que des milliers d'hectares de forêts partent en fumée et que les forestiers alertent depuis des années sur l'urgence de renouveler des peuplements fragilisés par les sécheresses, les scolytes et les tempêtes, le Conseil d'État a annulé le décret constituant l'un des piliers du plan présidentiel visant à planter un milliard d'arbres en dix ans. La décision repose sur un vice de procédure : le texte, jugé susceptible d'avoir une incidence significative sur l'environnement, aurait dû être soumis à une consultation publique. Juridiquement, le raisonnement est fondé. Mais, sur le terrain, les conséquences interrogent. Ce recours, porté par une association environnementale, illustre une dérive devenue trop fréquente : celle qui consiste à multiplier les contentieux contre des projets de gestion forestière, au nom d'une vision idéalisée de la nature où toute intervention humaine devient suspecte. À force de privilégier l'immobilisme au pragmatisme, certains finissent par combattre les outils mêmes qui permettraient d'adapter les forêts aux bouleversements climatiques. Les forestiers, qu'ils soient publics ou privés, savent pourtant que de nombreux peuplements arrivent en fin de cycle ou dépérissent rapidement. Dans bien des régions, il ne s'agit plus de transformer la forêt, mais simplement d'éviter sa disparition. Renouveler les peuplements, diversifier les essences, préparer les massifs aux climats de demain ne relève plus d'un choix idéologique mais d'une nécessité. Cette annulation intervient alors que la forêt de Fontainebleau vient de subir un incendie majeur, que les départements multiplient les restrictions face à la sécheresse et que la mortalité des arbres atteint des niveaux inédits. Dans ce contexte, bloquer un dispositif destiné à soutenir le renouvellement forestier apparaît pour beaucoup comme un très mauvais signal. Les Français apprécieront sans doute qu'au moment où les massifs souffrent comme jamais, l'énergie de certains soit consacrée à ralentir les projets de reboisement plutôt qu'à accélérer leur mise en œuvre. La forêt française n'a pas besoin de procédures interminables ni de postures militantes. Elle a besoin d'investissements, de gestion, de renouvellement et d'une vision à long terme. Défendre la forêt ne consiste pas seulement à s'opposer ; cela suppose aussi d'accepter qu'il faille parfois agir pour qu'elle puisse continuer à exister demain.

Sécheresse : un quart des petits cours d'eau sont désormais à sec en France

La sécheresse continue de gagner du terrain sur l'ensemble du territoire français. Alors que le pays connaît un troisième épisode de canicule en seulement deux mois, la situation hydrologique se dégrade à un rythme préoccupant. Selon le site gouvernemental VigiEau, 98 départements sont désormais placés sous surveillance, un niveau inédit depuis au moins 2013. Parmi eux, 42 sont classés en situation de crise, 27 en alerte renforcée et 16 en alerte, avec des restrictions d'usage de l'eau déjà en vigueur ou susceptibles d'être prises rapidement par les préfets. Le ministère de la Transition écologique tire la sonnette d'alarme. Les débits des cours d'eau diminuent rapidement sur l'ensemble du territoire et près d'un tiers des stations de mesure enregistrent des niveaux inférieurs aux minima observés au cours des vingt dernières années. Plus inquiétant encore, un quart des petits cours d'eau sont désormais complètement à sec, une situation jamais observée depuis le début du suivi national en 2012. Les conséquences sont déjà bien visibles. Dans le Doubs, placé en alerte sécheresse renforcée, plusieurs kilomètres du lit de la rivière sont totalement asséchés, ne laissant subsister que quelques flaques d'eau stagnante. Certaines communes doivent être ravitaillées en eau potable par camions-citernes. En Pays de la Loire, le fleuve Loire affiche un débit historiquement faible, mettant sous tension l'alimentation en eau potable puisque près de 78 % de l'eau distribuée dans la région en dépend. La Loire-Atlantique est d'ailleurs placée en alerte renforcée. Face à cette situation, le gouvernement annonce un renforcement du dispositif national de gestion de la sécheresse. Les comités départementaux « ressource en eau » sont mobilisés afin d'adapter rapidement les mesures de restriction. Irrigation agricole, remplissage des piscines, arrosage des jardins, lavage des véhicules ou encore certains usages industriels font l'objet de limitations variables selon la gravité de la situation. À ce jour, 201 arrêtés préfectoraux sont en vigueur, la Nouvelle-Aquitaine étant la région la plus touchée avec onze départements sur douze classés en crise. Au-delà des conditions météorologiques, certains spécialistes rappellent que les politiques menées depuis plusieurs années sur les cours d'eau interrogent également. La suppression de nombreux seuils, barrages, chaussées et petites retenues, destinée à rétablir la continuité écologique, a parfois accéléré l'écoulement des eaux vers l'aval. Ces ouvrages retenaient pourtant une partie des volumes en période humide, contribuaient localement à la recharge des nappes et maintenaient des réserves utiles pendant les épisodes de sécheresse. Leur disparition alimente aujourd'hui un débat sur la nécessité de concilier restauration écologique et stockage de l'eau.

La semaine en bref...

- Alpes-de-Haute-Provence : la découverte d'un collier GPS sur une louve abattue le 17 juillet 2026 lors d'un tir de défense à La Bréole alimente une vive controverse. Pour les représentants des Jeunes Agriculteurs, tout porte à croire qu'il pourrait s'agir de la louve capturée en Normandie quelques semaines plus tôt puis relâchée dans l'arc alpin par les services de l'État. Le 10 mai 2026, une louve avait en effet été retrouvée vivante dans un piège à renards en Seine-Maritime. Après son examen, les autorités avaient choisi de la transférer et de la relâcher dans les Alpes, une décision qui avait suscité une forte opposition du monde agricole. Les syndicats avaient alors dénoncé un choix incompréhensible, rappelant que l'arc alpin « n'est ni un sanctuaire à loups, ni une zone d'expérimentation ». La présence d'un collier GPS sur l'animal abattu renforce aujourd'hui cette hypothèse, même si aucune confirmation officielle n'a encore été apportée. Les Jeunes Agriculteurs des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes réclament désormais que l'État rende publiques les données de suivi de ce loup afin de lever toute ambiguïté sur son identité et son parcours.

 

- Aude : les dernières observations réalisées dans les massifs de l'Aude sont encourageantes : les populations d'isards et de mouflons affichent un état de conservation satisfaisant. Les comptages effectués confirment une bonne dynamique de ces deux espèces emblématiques de la montagne. L'isard, parfaitement adapté aux reliefs escarpés des Pyrénées audoises, bénéficie d'habitats favorables et d'une gestion attentive. Les effectifs demeurent stables, avec une reproduction jugée satisfaisante malgré les aléas climatiques. Le constat est également positif pour le mouflon, présent dans plusieurs secteurs du département. Les suivis de terrain mettent en évidence des populations bien implantées, permettant d'envisager sereinement la prochaine saison cynégétique. Ces bons résultats sont le fruit d'une gestion concertée entre les services de l'État, les chasseurs et les acteurs locaux. Les plans de chasse, établis à partir de comptages et d'indicateurs biologiques, permettent d'adapter les prélèvements à l'état réel des populations tout en garantissant leur pérennité. Cette gestion raisonnée contribue à préserver l'équilibre entre la grande faune de montagne, les milieux naturels et les activités humaines, tout en assurant le maintien d'espèces emblématiques du patrimoine faunistique des Pyrénées audoises.

 

- Bouches-du-Rhône : la ville de La Ciotat et la Société communale de chasse poursuivent leurs opérations de régulation des lapins de garenne au sein du parc du Domaine de la Tour. Objectif : contenir une population devenue trop importante et préserver l'équilibre écologique de cet espace naturel de onze hectares situé en plein cœur de la commune. Naturellement présent sur le site, le lapin de garenne y prolifère depuis plusieurs années. Les derniers comptages ont permis d'observer 258 individus, ce qui laisse estimer une population totale comprise entre 400 et 500 animaux. Une densité exceptionnelle qui s'explique principalement par l'absence de prédateurs naturels et par des conditions de reproduction particulièrement favorables. « En milieu naturel, une grande partie des jeunes ne survit pas. Ici, sans renards, rapaces ou autres prédateurs, la quasi-totalité des portées arrive à l'âge adulte », explique Marc Pastorelli, président de la Société communale de chasse de La Ciotat. Les conséquences commencent à être visibles. La ressource alimentaire se raréfiant, les lapins s'attaquent désormais à l'écorce des jeunes arbres, aux pousses et à la végétation ornementale. À terme, cette pression compromet le renouvellement des plantations, favorise l'érosion des sols autour des terriers et fragilise l'ensemble de l'écosystème du parc...

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