Je sonne de la trompe (Sylvain Oudot et Guyaume Vollet)

Captain Mayne Reid (1818-1882)

Le sang bouillant de cet Irlandais, qui rêvait de forêts et d’aventures, chose impossible dans la verte Erin, le fit s’embarquer pour le Nouveau Monde. Comme de nombreux compatriotes, il cingle à fond de cale vers un avenir qui ne peut être que meilleur que celui attendu dans cette Irlande ruinée par la maladie de la pomme de terre. Adieu la robe de clergyman jetée aux genêts des grèves irlandaises, vive les guêtres du trappeur… Notre héros, dont le prénom est une déformation de Maximus, débarque donc, à 22 ans, à la Nouvelle Orléans, porte ouverte pour remonter cette artère vitale qu’est le Mississipi. En 1840, les grandes plaines sont parcourues par les tribus indiennes. Elles suivent la transhumance des bisons et vivent à leur rythme…

Louis-Gaspard Siclon

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Le vieux roi et le dictateur

Lorsqu’on évoque Nicolae Ceaușescu, dictateur déchu de Roumanie en 1989, on pense au béton gris des HLM des anciens pays de l'Est, aux queues devant les boucheries vides, au culte grotesque d’un couple dictatorial qui croyait pouvoir faire plier la réalité. Ce que l’on sait moins, c’est que Ceaușescu, à ses heures de loisir, était un chasseur acharné. Un vrai collectionneur de trophées : ours, cerfs, sangliers, il en avait des centaines, soigneusement étiquetés, parfois retouchés pour paraître plus grands. Il chassait comme il gouvernait : avec excès, vanité et mise en scène. En 1986, lors d’une tournée diplomatique en Afrique australe, Ceaușescu et sa délégation firent une halte officielle au Zimbabwe. Robert Mugabe, Premier ministre en poste, voyait dans ce voyage une occasion d’asseoir son image à l’international. Les deux hommes partageaient le goût du pouvoir absolu et des discours fleuves. Mais Ceaușescu avait posé une exigence supplémentaire : il voulait chasser un éléphant. Or, le Zimbabwe venait tout juste de renforcer la protection de ses grands pachydermes dans certaines zones clés, notamment dans la réserve de Hwange, où les derniers mâles âgés étaient devenus de véritables symboles nationaux. Parmi eux, un colosse solitaire, surnommé Gonorenda, portait une paire de défenses impressionnantes, visible de loin. Les guides le connaissaient, les rangers l'admiraient. Cet animal était l’un des derniers « seigneurs » des plaines, âgé de plus de cinquante ans. Respecté par ses congénères, il était devenu intouchable, du moins jusqu'à l'arrivée du dictateur roumain...

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Ivan Serguéïvitch Tourgueniev

Pour une fois, faisons éclater les frontières et envisageons l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural… Tourgueniev a mené trois vies. Tout d’abord, celle du boyard au milieu de ses terres, qui, le matin, va tirer trois bécasses et un coq de bruyère. Puis celle du mondain qui réside en villégiature à Baden-Baden, avec chasses, casino et courses hippiques. Enfin, celle du Parisien qui prend le bon air de la campagne chez les Viardot. En 1818, nait Ivan Serguéïvitch Tourgueniev, à Orel dans la Russie du sud. Il appartient à une vielle famille noble, dont l’origine tatare se lit dans son blason : un croissant mahométan et une étoile d’or sur fond d’azur. Sa formation le fait s’asseoir sur les bancs des universités de Moscou, de Saint-Pétersbourg, puis de Berlin. De 1843 à 1858, ce gentilhomme, beau et de grande taille, charmant causeur, fera de fréquents allers et retours entre sa patrie et le reste de l’Europe. Jusqu’à ses derniers jours, il reste, dans le portrait qu’en dresse Guy de Maupassant, un géant avec une vraie tête de « fleuve épanchant ses ondes ». La censure du tsar surveillait ces aristocrates plus européanisés que nécessaire et le mettra en résidence surveillée dans le domaine familial de Spasskoïe, au motif d’un article jugé tendancieux sur la mort de Gogol. Européen acquis aux idéaux libéraux, Ivan Serguéïvitch Tourgueniev délivre en 1859, deux ans avant la décision du tsar Alexandre II promulguée en 1861, les serfs attachés à son domaine. En effet, il craint que le couvercle trop hermétique de la politique tsariste ne fasse exploser la société russe, essentiellement rurale…

Par Louis-Gaspard Siclon

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Jean de La Varende (1887-1958)

Aristocrate ancré dans son terroir, c’est par la résurrection de la vie du passé qu’il anime ses récits, dans le décor des grandes forêts normandes… C’est au château de Bonneval que nait, le 24 mai 1887, Jean Balthazar Marie Mallard de La Varende Agis de Saint Denis, connu plus simplement sous la contraction de son nom : La Varende. Son père, officier de marine, décède l’année de sa naissance, ce qui n’empêchera pas le jeune Jean Balthazar, d’écrire, à 10 ans, son premier texte, disparu aujourd’hui : « La fille du garde de chasse ». Après des études secondaires à Rennes, il envisage la carrière d’officier de marine, mais sa santé, fragile, lui interdit l’Ecole Navale. Il ne sera donc pas officier comme son père, ni son grand-père, l’amiral Fleuriot de Langle, mais artiste et écrivain. A 18 ans, il devance l’appel, mais revient avec une fièvre de courbature et traîne péniblement sa carcasse de 1m85 pour 51 kg. Adieu la Royale…

Par Louis-Gaspard Siclon

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Donatien Levesque (1842/1908)

« Jamais, je n’oublierai Paimpont » se plaisait-il à dire. Mais nous, pouvons-nous oublier les Levesque, grands veneurs et sportifs du 19e siècle ? Durant plus de 60 ans, cette famille a brillé dans la vènerie du chevreuil. Au 19e, ce laisser-courre était le parent pauvre, loin derrière la chasse du cerf, autrefois réservée aux rois de France, et loin derrière le courre du loup qui, via la louveterie, permettait de chasser en forêts domaniales. La vènerie de l’Ouest eut donc en main un carré d’as : Louis-Auguste Levesque, secondé par ses fils, Donatien excellente cravache, Rogatien sur qui reposait la délicate mission de mettre en condition le nouvel équipage, et le dernier fils, Jules. Donatien et Rogatien ont chassé avec les Poydras de La Lande, et Vimont, camarades de collège.

Par Louis-Gaspard Siclon

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