Le Petit Journal de deux indissociables : la chasse et l'environnement

Louveterie : pas content Willy Schraen, cependant...

L’offensive lancée par Willy Schraen contre les projets d’évolution du statut des lieutenants de louveterie a le mérite d’ouvrir un débat de fond sur la place réelle de la louveterie dans l’organisation de la régulation de la faune sauvage en France. Car derrière les échanges musclés, les amendements déposés discrètement et les accusations de passage en force, une question essentielle demeure : où commence la chasse… et où s’arrête-t-elle ? Le président de la Fédération nationale des chasseurs reproche à la louveterie nationale de vouloir renforcer son autonomie vis-à-vis des fédérations départementales, et de transformer progressivement le corps des louvetiers en véritable bras opérationnel de l’État. Une évolution qu’il juge dangereuse, craignant l’apparition d’un contre-pouvoir rural échappant à l’influence du monde cynégétique. Mais dans sa démonstration, Willy Schraen oublie un point fondamental : l’État dispose historiquement de ces deux outils distincts pour gérer les populations animales sauvages. D’un côté, la chasse, exercée dans le cadre des périodes légales d’ouverture par les détenteurs d'un droit de chasse. De l’autre, la louveterie, qui intervient au nom de l’administration lorsque les chasseurs ne peuvent pas agir, notamment hors période de chasse ou dans les zones non chassables : emprises ferroviaires, autoroutières, industrielles, périurbaines et zones de protection. Certes, les louvetiers sont des chasseurs puisqu’il faut être titulaire du permis depuis au moins cinq ans pour intégrer ce corps, mais leur mission ne relève pas de l’activité cynégétique classique. Une battue administrative n’est pas un acte de chasse. C’est une opération décidée par l’autorité préfectorale dans un objectif de sécurité publique, sanitaire ou agricole. Et c’est précisément cette frontière que beaucoup semblent aujourd’hui vouloir brouiller...

Le véritable sujet n’est donc peut-être pas celui avancé par la FNC. Car la question la plus sensible concerne surtout les interventions administratives réalisées sur des territoires de chasse, pendant la saison légale d’ouverture. C’est là que naissent les tensions. Les chasseurs financent leurs territoires, participent à l’indemnisation des dégâts de grand gibier et assument des plans de prélèvement parfois lourds. Voir des animaux éliminés administrativement en pleine saison cynégétique peut alors être vécu comme une dépossession. Sur ce point, Willy Schraen aurait sans doute gagné à recentrer son opposition. Pendant l’ouverture générale de la chasse, c’est d’abord aux chasseurs de remplir leurs obligations de gestion. La louveterie, elle, ne devrait intervenir qu'en complément, lorsque les objectifs n’ont pas été atteints, ou lorsque la situation l’exige réellement. C’est donc en fin de saison de chasse que le rôle correctif du « bras armé » de l’administration prend tout son sens. Confondre volontairement gestion cynégétique et destruction administrative entretient un amalgame qui finit par fragiliser les deux systèmes. Les fédérations de chasseurs assurent la gestion cynégétique. La louveterie, elle, exerce une mission d’autorité publique. Les deux peuvent travailler ensemble sans pour autant se confondre. Reste la question sensible des nominations. Les louvetiers sont déjà nommés par arrêté préfectoral après avis des services de l’État et consultations locales. Les fédérations départementales donnaient jusqu’ici leur avis sur les candidatures, mais elles n’ont jamais détenu le pouvoir de nomination. La réforme envisagée ne bouleverse donc pas totalement le principe existant. Elle clarifie surtout une séparation entre mission cynégétique et mission administrative qui, sur le terrain, a parfois tendance à devenir floue.


Forêts françaises : les paradoxes qui compliquent toujours davantage la mission de l’ONF

L’Office national des forêts vient de publier son rapport d’activité 2025, véritable photographie d’une forêt française confrontée à des défis de plus en plus contradictoires. Sécheresses à répétition, tempêtes, incendies géants, prolifération de parasites et dépérissements massifs : jamais les forestiers n’auront dû gérer autant d’urgences simultanément. Pourtant, derrière les missions affichées de protection de la biodiversité et d’adaptation climatique, les paradoxes qui entourent aujourd’hui la gestion forestière apparaissent plus forts que jamais. L’ONF rappelle d’abord que les forêts publiques doivent répondre à une multitude d’attentes. Elles doivent stocker du carbone, produire du bois, préserver les paysages, protéger la biodiversité, accueillir le public, limiter les risques naturels et résister au changement climatique. Mais ces objectifs sont parfois difficilement compatibles. Premier paradoxe : on demande aux forestiers de laisser davantage la nature évoluer librement tout en exigeant des forêts plus résistantes face au réchauffement climatique. Or, l’adaptation impose souvent des coupes sanitaires, des plantations d’essences plus méridionales ou des interventions rapides après les crises. Des opérations parfois mal perçues par une partie du public, qui assimile les coupes à une destruction de la nature. Autre contradiction majeure : la filière bois est présentée comme un pilier de la transition écologique, le matériau bois étant considéré comme une alternative aux énergies fossiles et au béton. Pourtant, chaque exploitation forestière suscite désormais des critiques croissantes, notamment lorsqu’elle devient visible près des zones habitées ou touristiques. Les forestiers doivent ainsi produire davantage de bois tout en coupant moins et en préservant des paysages jugés « naturels ». Le rapport souligne également la pression croissante exercée par les changements climatiques. Certaines essences historiques, comme l’épicéa ou le hêtre dans certaines régions, montrent des signes inquiétants de dépérissement. Mais remplacer ces arbres par des espèces plus résistantes venues du sud de l’Europe nourrit aussi des débats scientifiques et sociétaux. Enfin, la forêt française devient un espace où se confrontent des usages toujours plus nombreux : exploitation économique, loisirs, chasse, tourisme, protection intégrale ou encore défense contre les incendies. Chaque décision de gestion peut désormais provoquer tensions et controverses. Dans ce contexte complexe, la directrice générale de l’ONF, Valérie Metrich-Hecquet, rappelle que l’établissement demeure « un opérateur majeur de la transition écologique ». Une mission devenue particulièrement délicate à l’heure où la société attend des forêts qu’elles remplissent simultanément des fonctions parfois opposées.

 

Pour lire le rapport d'activités, c'est ICI


La semaine en bref...

- Ain : la régulation du blaireau revient au cœur du débat. Présent sur l’ensemble du département, le blaireau européen (Meles meles) est une espèce chassable, mais non classée nuisible. Pourtant, ses terriers et son comportement alimentaire peuvent occasionner d’importants dégâts aux cultures agricoles, ainsi qu’aux infrastructures : affaissements de terrain, fragilisation de digues ou dégradations dans certains cimetières, galeries sous chaussées et voies ferrées... Des dommages qui ne donnent lieu à aucune indemnisation. Face à cette situation, la préfecture de l’Ain envisage de renforcer les possibilités d’intervention administrative. En application de l’article L.427-6 du Code de l’environnement, le préfet peut autoriser des opérations de destruction pour prévenir des dégâts importants ou garantir la sécurité publique. Une consultation publique est ouverte jusqu’au 29 mai 2026 autour d’un projet d’arrêté préfectoral. En filigrane, une réalité se dessine : sans la pratique de la vénerie sous terre, longtemps utilisée pour contenir les populations localement, la régulation pourrait reposer de plus en plus sur des interventions administratives menées par les lieutenants de louveterie.

 

- Ardèche : réunis à Privas, les représentants du monde agricole ardéchois et les services de l’État ont fait le point sur la prédation du loup dans le département. Depuis le début de l’année 2026, dix-huit signalements d’attaques sur des troupeaux ont été recensés. Dans treize dossiers, « la responsabilité du loup ne peut être exclue », selon la préfecture. La réunion, organisée sous l’autorité de la sous-préfète de Largentière, a également permis de présenter les nouvelles mesures nationales concernant les tirs de défense. Désormais, dans les communes classées en cercle 0, 1 ou 2, les éleveurs ovins et caprins pourront réaliser certains tirs de protection sur simple déclaration préalable auprès de la préfecture, sans autorisation individuelle dans la majorité des cas. Le plafond national de prélèvement pour 2026 a par ailleurs été fixé à 227 loups. Les services de l’État précisent qu’aucune meute n’est officiellement installée en Ardèche à ce jour, malgré plusieurs indices de présence relevés ces derniers mois. En 2025, plus d’une centaine d’éleveurs ardéchois ont bénéficié d’aides à la protection des troupeaux financées par l’État.

 

- Aude : deux nouvelles perdrix grises des Pyrénées (Perdix perdix hispaniensis) ont récemment été capturées dans l’Aude dans le cadre du programme scientifique Perpyr11. Les deux oiseaux ont été pris simultanément dans une même cage-piège avant d’être équipés de balises GPS puis relâchés dans leur milieu naturel. Quelques jours seulement après leur remise en liberté, les deux perdrix avaient déjà quitté leur secteur d’origine pour rejoindre deux massifs distincts situés à environ huit kilomètres du site de capture. Ces déplacements sont actuellement suivis par les techniciens afin de mieux comprendre les comportements printaniers de l’espèce et les zones utilisées pour l’alimentation ou la reproduction. Le programme Perpyr11 est mené sur trois ans par la FDC 11, avec le soutien de l’OFB. D’autres suivis similaires ont déjà été réalisés dans les Pyrénées. En Haute-Garonne, un mâle équipé d’une balise GPS en 2022 avait parcouru plus de 32 kilomètres entre plusieurs vallées de montagne. Les données collectées permettent d’identifier les corridors de déplacement, les secteurs de reproduction et les habitats fréquentés selon les saisons. La perdrix grise des Pyrénées est une sous-espèce montagnarde discrète et localisée...

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4x4 de chasse : l’Europe desserre l’étau sur les moteurs thermiques

C’est un revirement qui intéresse directement des milliers de chasseurs européens, grands utilisateurs de 4x4, pick-up et véhicules tout-terrain. Sous la pression de plusieurs États membres et de l’industrie automobile, l’Union européenne a finalement renoncé à imposer le tout-électrique dès 2035. Bruxelles maintient officiellement son objectif de décarbonation, mais introduit désormais une large dose de flexibilité qui permettra aux moteurs thermiques et hybrides de continuer à rouler bien après cette date. Initialement, la législation européenne prévoyait l’interdiction totale de la vente de voitures et utilitaires neufs à essence ou diesel à partir de 2035. Désormais, les constructeurs devront seulement réduire de 90 % leurs émissions de CO2, contre 100 % auparavant. En clair, les véhicules à moteur thermique ne disparaîtront pas complètement du paysage automobile européen. Cette décision est particulièrement suivie dans les milieux ruraux et cynégétiques. Dans de nombreux territoires de chasse, notamment en montagne, dans les grandes plaines agricoles ou les massifs forestiers, les 4x4 demeurent des outils indispensables. Transport des chiens, accès aux parcelles isolées, franchissement de chemins boueux ou enneigés : pour beaucoup de chasseurs, l’autonomie limitée des véhicules électriques et le manque d’infrastructures de recharge restent des obstacles majeurs. L’assouplissement décidé par la Commission européenne ouvre donc la porte à la poursuite de la production de véhicules hybrides rechargeables, hybrides légers, véhicules à prolongateur d’autonomie et même certains modèles à moteur thermique classique alimentés par des carburants alternatifs. Les constructeurs pourront compenser une partie des émissions restantes grâce à l’utilisation d’acier bas carbone produit en Europe ou via des carburants durables et biocarburants...

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Santé animale mondiale : Paris accueille la 93e Assemblée générale de l’OMSA

Du 18 au 22 mai 2026, Paris accueillera la 93e Session générale de l’Assemblée mondiale des délégués de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), l’un des rendez-vous internationaux les plus importants consacrés à la santé animale et aux enjeux sanitaires mondiaux. Cet événement institutionnel majeur réunira les représentants des 183 États membres de l’OMSA ainsi que de nombreuses organisations internationales partenaires, des observateurs, des experts scientifiques et plusieurs acteurs clés des secteurs vétérinaire, agricole et sanitaire. Cette assemblée constitue chaque année le principal espace de décision de l’organisation. Au cours de cette semaine de travail, les délégués devront adopter de nouvelles normes internationales destinées à renforcer la prévention, la surveillance et la gestion des maladies animales à travers le monde. Ces normes jouent un rôle essentiel dans les échanges internationaux d’animaux et de produits d’origine animale, mais aussi dans la sécurité sanitaire mondiale. Les discussions porteront également sur plusieurs enjeux majeurs : lutte contre les épizooties, surveillance des zoonoses transmissibles à l’homme, résistance aux antimicrobiens, sécurité alimentaire, bien-être animal et adaptation des systèmes sanitaires face au changement climatique. La Session générale permettra en outre l’adoption de résolutions administratives et techniques, l’examen des rapports annuels de l’organisation ainsi que la validation du 8e Plan stratégique de l’OMSA, qui doit fixer les grandes priorités internationales pour les prochaines années. Des élections pourraient également avoir lieu pour renouveler certains organes de gouvernance. L’un des temps forts de cette édition sera le Forum sur la santé animale organisé en marge de l’assemblée autour du thème : « Investir dans la santé animale pour assurer l’avenir de tous ». Depuis les grandes épizooties récentes, influenza aviaire, peste porcine africaine ou encore fièvre aphteuse, les questions de santé animale occupent une place croissante dans les politiques publiques internationales. Les experts rappellent régulièrement que près de 60 % des maladies infectieuses humaines connues sont d’origine animale. Toutes les sessions bénéficieront d’une interprétation simultanée en six langues officielles : français, anglais, espagnol, arabe, chinois et russe, confirmant la dimension mondiale de cette rencontre stratégique organisée au cœur de la capitale française.


Le langage des chiens courants : quand la gorge devient musique de chasse

Le chien courant possède un mode d’expression unique dans l’univers canin. Là où d’autres chiens travaillent essentiellement dans le silence ou le contact direct avec leur conducteur, lui utilise avant tout sa gorge pour communiquer. Son langage est fait de cris, de récris, d’intonations et de modulations qui traduisent avec précision les différentes phases de l’action de chasse. Un chien au chenil aboie ; un chien courant, lui, « donne ». Cette voix devient un véritable outil de travail, autant pour ses congénères que pour le piqueur qui suit la chasse. Chaque situation possède sa tonalité particulière : le rapproché, lorsque le chien travaille une voie ancienne ; le lancé, au moment où le gibier est débusqué ; la menée, lorsque l’animal est poursuivi ; ou encore le forlongé, lorsque la voie se perd momentanément. À l’oreille, un homme expérimenté est capable de comprendre ce qui se déroule sans même voir les chiens. La gorge constitue donc bien davantage qu’un simple aboiement : elle est un langage codifié, hérité de siècles de sélection. Chez les chiens courants, la voix varie énormément selon les races, mais aussi selon les individus. Certaines gorges sont claires, d’autres graves, profondes, aiguës ou particulièrement sonores. Beaucoup ont été comparées à des instruments de musique. On parle ainsi de voix de tambour ou de clairon. Deux grands styles de chiens se distinguent : les cogneurs et les hurleurs. Les cogneurs sont généralement rapides, nerveux et abondants en voix, tandis que les hurleurs possèdent une gorge plus ample et travaillent souvent la voie plus près du sol...

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Louveterie : l’État doit-il abandonner son dernier fusil ?

Il existe en France peu d’institutions capables de traverser les régimes, les révolutions, les guerres et les bouleversements sociaux sans disparaître. La louveterie fait partie de ces survivantes. Héritière directe des louvetiers de l’Ancien Régime, cette institution fut créée par Charlemagne en 813, pour répondre à une urgence très concrète : protéger les populations rurales et les troupeaux contre les loups. Bien avant l’apparition des ministères modernes de l’environnement ou de la biodiversité, l’État avait déjà compris qu’il devait disposer d’hommes de terrain capables d’intervenir rapidement dans les campagnes lorsque les équilibres étaient rompus. Après la Révolution française, Napoléon Ier réorganise officiellement la louveterie par un arrêté impérial de 1804. À cette époque, les campagnes françaises vivent encore sous la menace des grands prédateurs. Les attaques sur les troupeaux sont fréquentes, les dégâts considérables et les moyens de protection limités. Le terme de « lieutenant de louveterie » fut donc adopté, lorsque ces louvetiers se sont vu confier un territoire précis d’intervention, souvent le canton administratif. Ils devenaient alors les « tenants du lieu », autrement dit les représentants locaux de l’autorité chargée de la régulation de la faune sauvage. Ils organisent des battues administratives, coordonnent les chasseurs locaux et participent à la police de la chasse. Dès l’origine, leur rôle dépasse largement celui de simples chasseurs bénévoles. Ils incarnent une autorité administrative de proximité. Pendant tout le 19e siècle, la mission principale reste la lutte contre le loup. Mais avec la disparition progressive du prédateur au début du 20e siècle, la louveterie aurait pu disparaître à son tour. Il n’en fut rien. L’institution se transforma progressivement en outil de régulation de la faune sauvage. Sangliers, renards, espèces causant des dégâts agricoles ou des déséquilibres écologiques devenaient les nouvelles cibles d’intervention. L’État comprend alors que la gestion des populations animales n’est pas uniquement une affaire de chasse, mais aussi de sécurité publique, d’agriculture et d’ordre administratif. Après la Seconde Guerre mondiale, l’évolution de l’agriculture et du droit de l’environnement renforce encore ce rôle. Les lieutenants de louveterie deviennent des auxiliaires techniques du préfet. La circulaire du 27 mars 1973 fixe les grandes règles modernes de leur fonctionnement : nationalité française, droits civiques, permis de chasser depuis au moins cinq ans, compétences cynégétiques reconnues, nomination par le préfet pour trois ans renouvelables. Le texte rappelle surtout une notion essentielle : les louvetiers participent à une mission de service public et concourent à la police de la chasse. Aujourd’hui, alors que le retour du loup, l’explosion des populations de sangliers et les tensions autour de la biodiversité replacent la question de la régulation animale au cœur du débat public, la louveterie retrouve une visibilité qu’elle n’avait plus connue depuis des décennies. Mais cette résurgence intervient à un moment où son indépendance même se retrouve discutée...

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Chasse : l’IFOP identifie un potentiel de reconquête estimé à plusieurs centaines de milliers de pratiquants

Une étude nationale réalisée par IFOP met en évidence l’existence d’un réservoir significatif de pratiquants potentiels pour la chasse en France, malgré l’érosion continue du nombre de permis validés observée depuis plusieurs décennies. L’enquête, fondée sur 9 000 ex-chasseurs interrogés, 3 000 Français représentatifs de la population générale et 24 entretiens qualitatifs approfondis, dresse une cartographie précise des profils susceptibles de rejoindre ou de réintégrer la pratique. Premier enseignement : 7 % des Français peuvent être considérés comme des « prospects chasseurs ». Cette population se compose majoritairement d’hommes (68 %), souvent âgés de moins de 40 ans, vivant en milieu rural ou périurbain. L’étude souligne surtout un facteur déterminant : la proximité sociale avec le monde cynégétique. La majorité de ces personnes disposent d’un lien familial, amical ou professionnel avec des chasseurs actifs ou anciens. Les motivations recensées se répartissent en plusieurs catégories. Les « sportifs outdoor », qui représentent environ 40 % de ce vivier potentiel, associent la chasse à une activité de pleine nature et d’endurance. Les « chasseurs nourriciers » (22 %) se montrent sensibles aux notions de circuit court, d’autonomie alimentaire et de consommation de viande sauvage. Enfin, les « enracinés ruraux » (18 %) évoquent davantage les dimensions culturelles, sociales et patrimoniales. L’étude identifie également plusieurs freins structurels au renouvellement des effectifs. Le principal obstacle demeure la perception d’un univers difficile d’accès, fonctionnant sur des réseaux de connaissance et de cooptation. Une part importante des personnes interrogées estime ne pas disposer des contacts nécessaires pour intégrer une équipe de chasse ou méconnaît les démarches administratives liées au permis. À cela s’ajoute une pression sociale importante, notamment chez les jeunes actifs urbains ou périurbains, qui considèrent parfois la pratique comme difficile à assumer publiquement. L’IFOP note également un déficit de visibilité dans les espaces numériques fréquentés par les jeunes générations, contrairement à d’autres loisirs de nature fortement médiatisés. L’étude s’intéresse enfin aux anciens pratiquants. Parmi eux, les profils les plus représentés restent les chasseurs âgés confrontés à des difficultés physiques ou logistiques. Mais plusieurs catégories apparaissent récupérables à moyen terme. Les contraintes financières, familiales ou professionnelles constituent les principaux motifs d’arrêt chez les moins de 50 ans. Ainsi, 74 % des « contraints familiaux » et 81 % des « contraints professionnels » déclarent envisager une reprise si les conditions d’organisation devenaient plus souples. L’IFOP recommande donc plusieurs leviers de reconquête : simplification des parcours d’entrée, multiplication des journées de découverte, communication davantage tournée vers les usages contemporains de la nature et valorisation de profils plus jeunes et féminins afin de renouveler l’image de la pratique.


Plantes sous surveillance : l’Europe mobilise les citoyens pour protéger cultures, forêts et biodiversité

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), la Commission européenne et 33 pays partenaires ont lancé, le 12 mai 2026, la quatrième édition de la campagne « PlantHealth4Life », destinée à sensibiliser le grand public à l’importance de la santé des végétaux. Pour la troisième année consécutive, le ministère français de l’Agriculture s’associe à cette opération européenne qui vise à rappeler que la protection des plantes concerne directement l’alimentation, l’environnement et la souveraineté alimentaire. La campagne encourage les citoyens à adopter des gestes simples afin de limiter la propagation des maladies et ravageurs végétaux. Les autorités rappellent notamment qu’il ne faut pas rapporter de végétaux, graines ou fruits depuis l’étranger sans contrôle sanitaire, certaines espèces nuisibles pouvant être transportées involontairement dans les bagages des voyageurs. Les jardiniers amateurs, voyageurs et familles constituent les principales cibles de cette opération de sensibilisation. Les enjeux sont considérables. Les végétaux représentent près de 80 % de l’alimentation humaine et jouent un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes. Or le changement climatique, l’intensification des échanges commerciaux et la circulation accrue des personnes favorisent la diffusion d’organismes nuisibles. Parmi les menaces identifiées figure notamment le nématode du pin, un ver microscopique capable de détruire rapidement des massifs forestiers entiers. Déjà présent au Portugal et en Espagne, un foyer a récemment été détecté en France, entraînant des mesures d’éradication. D’autres ravageurs, comme certaines mouches exotiques introduites via des fruits transportés par des voyageurs, inquiètent également les services phytosanitaires européens. Les autorités françaises rappellent que des contrôles sont réalisés aux frontières de l’Union européenne et que des dispositifs de surveillance sont déployés sur le territoire afin de détecter rapidement l’apparition de nouveaux foyers. Mais elles estiment que la vigilance des citoyens reste indispensable pour limiter les risques de propagation. La campagne « PlantHealth4Life » se poursuivra durant toute l’année 2026 dans les pays participants avec des vidéos, publications pédagogiques et actions de communication destinées au grand public.


Sevrage des marcassins : pourquoi les dégâts de sangliers explosent...

Chaque année, la période du sevrage des marcassins marque un moment particulièrement sensible dans la vie des sangliers… et complique le travail des agriculteurs. À cette époque, les jeunes commencent progressivement à quitter l’alimentation lactée pour apprendre à se nourrir seuls. La laie conduit alors sa compagnie vers les secteurs les plus riches en nourriture afin d’assurer la croissance rapide des marcassins. Et comme la forêt manque de ressources, les champs deviennent une cible privilégiée. Le sanglier est un animal extrêmement adaptable. Historiquement forestier, il fréquente aujourd’hui les zones agricoles, périurbaines et parfois même les centres urbains. Cette capacité d’adaptation s’explique par son régime omnivore très opportuniste. Céréales, maïs, prairies, pommes de terre, légumes, vers, insectes ou déchets alimentaires : tout peut attirer une compagnie de sangliers. Mais les dégâts ne proviennent pas uniquement de ce qu’ils consomment. Les sangliers fouillent continuellement le sol à la recherche de nourriture. Ces fouilles, appelées boutis ou vermillis, retournent parfois de grandes surfaces en quelques nuits seulement. Dans les cultures, elles provoquent des pertes importantes, notamment au printemps et en été. Les travaux du Centre de recherche sur la faune sauvage du Bade-Wurtemberg montrent que plusieurs facteurs influencent fortement ces déplacements : disponibilité alimentaire, tranquillité des zones de repos, pression humaine et qualité des refuges. Pour limiter les dégâts, plusieurs mesures peuvent être combinées. La première consiste à réduire l’attractivité alimentaire autour des habitations ou des zones sensibles : déchets verts non protégés, composts accessibles ou bennes ouvertes représentent de véritables garde-manger pour les sangliers. La sécurisation des dépôts et des contenants reste essentielle. En zone périurbaine, il est également conseillé de limiter les zones refuges trop favorables : ronciers épais, tas de branchages ou petits bosquets abandonnés offrent des caches idéales aux compagnies. Enfin, la dissuasion par la chasse joue un rôle important lorsqu’elle est adaptée. Les spécialistes allemands estiment que l’affût est particulièrement efficace en période estivale. Ils rappellent toutefois un principe essentiel : éviter de prélever une laie meneuse accompagnée de jeunes marcassins encore dépendants. Dans certaines situations, le prélèvement d’un jeune dans une compagnie suffit à renforcer la méfiance du groupe et à éloigner durablement les animaux des zones sensibles.


Le loup avance et... la tension monte dans les campagnes européennes

Des plaines de Bretagne aux reliefs de Catalogne, le loup continue d’étendre son territoire en Europe occidentale, multipliant les signalements et les attaques sur les élevages. Ces derniers jours encore, plusieurs départements français ont été confrontés à une succession d’incidents qui illustrent le retour durable du prédateur dans des zones où il avait disparu depuis des décennies. En Alsace, l’OFB a confirmé la présence ponctuelle d’un jeune loup isolé dans le secteur de Gerstheim, près d’Erstein, le long du Rhin. Aucun comportement agressif n’a été signalé, mais cette observation confirme la progression régulière de l’espèce dans la région, depuis son retour discret dans le massif vosgien en 2011. Plus à l’ouest, en Bretagne, trois loups sont désormais identifiés. À Quimper, lors du comité départemental réuni le 7 mai, le groupe Loup Bretagne a dénoncé la stratégie d’élimination envisagée par les autorités. L’association estime que les attaques recensées en 2025 dans le Finistère seraient principalement liées à un individu récemment arrivé dans le sud du département. Selon elle, l’expérience observée dans le nord du Finistère montre qu’un loup installé durablement tend ensuite à se détourner progressivement des troupeaux pour revenir vers les proies sauvages (sic). Dans la Haute-Loire, les attaques se succèdent. À Saint-Haon, une prédation ayant causé la perte de cinq agneaux fait actuellement l’objet d’analyses par les agents de l’OFB. À Landos, dans la nuit du 5 au 6 mai, un troupeau de brebis noires du Velay a été durement touché : 25 ovins ont péri ou dû être euthanasiés après l’attaque. La commune a immédiatement été classée en « cercle 2 », permettant un renforcement des mesures de protection et des tirs de défense. Même inquiétude dans la Meuse, où quatre exploitations ont été touchées en une semaine entre Bar-le-Duc et Saint-Mihiel. Sept brebis et un veau ont été tués. Des prélèvements ADN sont en cours afin de déterminer s’il s’agit d’un seul individu. En Saône-et-Loire enfin, des veaux blessés à Montagny et Doizieux ont relancé les craintes après la photographie d’un loup prise à Mont dans la nuit du 4 au 5 mai. Cette expansion du loup soulève désormais une autre question en Europe : celle de son identité génétique. En Italie, une étude publiée dans la revue Biological Conservation révèle que près de 47 % des loups seraient désormais des hybrides issus de croisements avec des chiens errants. Les chercheurs alertent sur un possible « point de non-retour » génétique susceptible de modifier durablement le comportement et la physiologie de l’espèce. Un phénomène inédit par son ampleur, qui pourrait à terme brouiller les frontières mêmes entre le loup sauvage et le chien domestique.