Une grande partie de la régulation est pourtant assurée bénévolement par les chasseurs, qui financent eux-mêmes leurs permis, leur équipement et une part importante des actions de gestion de la faune. Si ces opérations étaient confiées exclusivement à des services publics ou à des entreprises spécialisées, la facture serait probablement bien plus élevée pour la collectivité. À l’inverse, les coûts indirects liés à certaines espèces ne semblent pas intégrés dans l’analyse : nettoyage des bâtiments publics souillés, gestion des nuisances en zone urbaine, pertes agricoles non déclarées, ou encore risques sanitaires potentiels pour les élevages. Enfin, la méthodologie soulève plusieurs interrogations. L’étude agrège des espèces aux comportements et aux impacts très différents, comme le renard, la pie ou la fouine, ce qui rend toute conclusion globale discutable. Elle affirme également que l’abattage ne réduirait pas les dégâts l’année suivante, sans préciser si les variations locales de populations, de pratiques agricoles ou de pression de prédation ont été correctement prises en compte. La présence de chercheurs de l’University of the West of England, dans cette enquête sur une politique strictement française interroge également sur la pertinence de ce partenariat scientifique et sur l’expertise mobilisée. En l’état, cette publication semble davantage nourrir un débat idéologique sur la chasse et la régulation, qu’apporter une analyse complète et équilibrée de la gestion de la faune sauvage en France.
20 questions à poser aux auteurs de l’étude
1. Les agriculteurs ont-ils été directement consultés dans cette étude ?
2. Les organisations agricoles ont-elles participé à l’évaluation des dégâts réels ?
3. Les chasseurs et fédérations départementales ont-ils été interrogés ?
4. Comment ont été évalués les dégâts agricoles non déclarés ?
5. Les pertes indirectes (stress du bétail, baisse de production, prédation nocturne) ont-elles été prises en compte ?
6. Comment a été calculé le coût moyen de 64 € par animal ?
7. Quelle part de ce coût correspond réellement à des dépenses publiques ?
8. La contribution bénévole des chasseurs à la régulation a-t-elle été intégrée dans les calculs ?
9. Ce que coûterait la régulation, si elle devait être assurée uniquement par des services publics, a-telle été estimée ?
10. Les coûts supportés par les collectivités locales (nettoyage, gestion des nuisances urbaines) ont-ils été inclus ?
11. Pourquoi avoir regroupé dans une même analyse des espèces aux impacts très différents ?
12. Les dynamiques locales de populations animales ont-elles été prises en compte dans cette analyse ?
13. Comment expliquez-vous les différences de dégâts entre territoires agricoles et zones urbaines ?
14. Les risques sanitaires liés à certaines espèces ont-ils été évalués ?
15. Quelle est la marge d’incertitude de ces estimations économiques ?
16. Pourquoi les auteurs ont-ils choisi une analyse uniquement économique sans intégrer davantage d’indicateurs écologiques ou sociaux ?
17. Quel rôle exact a joué l’University of the West of England dans cette étude ?
18. Les chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle ne disposaient-ils pas des compétences nécessaires pour conduire seuls cette analyse ?
19. Avez-vous confronté vos résultats avec les observations de terrain des gestionnaires de la faune ?
20. Quelles seraient, selon vous, les conséquences concrètes de l’arrêt de la régulation dans les territoires les plus touchés ?