Le « sentomètre » était conçu à partir de différentes données et observations, parmi lesquelles on trouvait la composition de l’odeur du renard formée de l’indole, associé au soatol produit par la glande anale, d’acides gras et d’amines. En l’absence d’unités existantes, il avait donc imaginé une graduation en « centivoie ». Lorsque le résultat, donné par son instrument, indiquait un niveau en dessous de 5 « centivoies », cela signifiait une absence totale de voie. Après avoir avancé sa théorie sur les odeurs des animaux, M. Pollard s’est penché sur l’émission de ces odeurs. Il en a conclu que, au cours d’une chasse, la voie pouvait être affectée par la variation de la température, et son effet sur l’évaporation. Autre exemple : si, lors du découpler, l’humidité relative est de 80%, elle peut tomber à 65% deux heures plus tard, lorsque le soleil aura réchauffé l’air, et inversement en fin de journée, ce qui, nécessairement, aura également une influence. En plus de la température et de l’humidité, d’autres paramètres ont été pris en compte et mesurés, tel que l’ensoleillement, la force et la direction du vent, la couverture nuageuse, etc… A chacun d’eux correspond un élément chiffré dont le total donne le nombre de « centivoies » à un moment donné. Chez les veneurs, cette théorie fut bien évidemment, bien loin de faire l’unanimité. Cela étant écrit, il est donc indéniable que le côté scientifique existe, et qu’il serait peut-être possible, mais surement pas souhaitable, de mesurer en théorie le degré d’intensité de la voie, en tenant compte de tous ces facteurs.

 

L’expérience du terrain

S’il y a bien des points communs dans les observations faites par les gens de terrain, l’analyse la plus complète tient compte de quatre éléments essentiels : l’émetteur (l’animal de chasse), le récepteur (le chien), et les agents transmetteurs (les phénomènes qui influencent la voie). Dans son ouvrage « La vénerie à pied », Patrick Verro donne une explication rationnelle : « Tout animal émet en continu des signaux odorants ainsi déterminés :

- 1 : structurels, car liés à l’identité de l’animal (lièvre, chevreuil, renard, …), à son type (mâle ou femelle) et à sa situation (adulte ou jeune),

- 2 : conjoncturels, car liés à l’état de l’animal (peur, agressivité, blessure, maladie…),

- 3 : cycliques, car liés à l’activité sexuelle,

- 4 : réactifs, car liés à des réflexes comme le léchage ou la tétée.

Plus le sentiment laissé par le gibier, et qui émane de son corps, de ses pieds, de sa respiration, sera fort, plus la qualité de la voie sera meilleure, ce qui dépend de ce que M. Verro appelle « les agents transmetteurs ». On sait que, plus la température de l’air se rapproche de celle du sol, meilleure est la voie. La pression atmosphérique, le temps, la température, la nature du terrain, la végétation, l’ensoleillement, le vent, sont autant d’agents qui exercent une influence. La complexité réside donc dans la relation entre ces différents critères, pouvant eux même changer d’intensité à tout moment. Difficile de tenir compte de l’association de tous ces facteurs dans l’accomplissement d’une fonction, mais les veneurs savent parfaitement exploiter les voies aériennes (atmosphère) et les voies de contact (sol, végétation), qui est plus persistante.

 

« A la voie, mes beaux ! »

De nombreuses expériences ont été réalisées sur les muqueuses olfactives du chien et leurs relations avec le milieu extérieur. On sait, par exemple, qu’un chien qui a faim a une perception olfactive diminuée. Mais les qualités de nez dépendent aussi des origines (qualité des géniteurs) et de la race, d’où l’intérêt du LOF pour suivre les lignées. Le chien et la voie sont indissociables. L’interjection du piqueux qui met sa meute à la voie, est éloquente : elle allie l’expérience, la technique, le rêve et la réalité, qui donnent à la chasse cette image mythique et naturelle. Sans son chien, le chasseur est faible, et nos auxiliaires sont irremplaçables, même si parfois ils tombent en défaut.

 

Quelques éclats de… voie !

- Empaumer la voie : prendre connaissance d’une voie et la suivre avec ardeur

- Mettre à la voie : donner aux chiens la voie d’un animal vu auparavant

- Démêler la voie: tenter de garder la bonne voie au milieu d’autres voies

- Sur aller la voie : passer sur la voie sans se rabattre, sans la trouver

- Coller à la voie : suivre la voie pied à pied

- Doubler la voie : revenir sur ses pas, parfois plusieurs fois de suite, pour mettre les chiens en défaut

- Rabattre ses voies : l’animal de chasse passe plusieurs fois au même endroit

- Rebattre ses voies : un chien qui retourne plusieurs fois sur les mêmes voies en criant (c’est un grave défaut)

- Être à bout de voie : ne plus avoir connaissance de la voie

- Voie de bon temps : une voie récente

- Voie de hautes erres : voie de la veille ou du soir

- Redresser la voie : relever un défaut

- Outrepasser la voie : s’emporter au-delà de la voie de l’animal de chasse