Une population en expansion et sous haute surveillance

Près de trente ans après les premières réintroductions, la population d’ours bruns dans les Pyrénées est en progression. Les estimations récentes font état d’une centaine d’individus répartis principalement entre l’Ariège, la Haute-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques, avec une présence transfrontalière en Espagne. La reproduction est désormais régulière. Chaque année, plusieurs portées sont observées, signe d’une dynamique positive. Les suivis génétiques et les observations de terrain sont assurés par l’OFB, qui coordonne le réseau de suivi. L’enjeu majeur reste toutefois la viabilité à long terme. Sur le plan écologique, l’ours est un omnivore opportuniste. Son régime alimentaire se compose majoritairement de végétaux, de baies, d’insectes et de charognes. La prédation sur les troupeaux, bien que minoritaire dans son alimentation globale, concentre l’essentiel des tensions. Les défenseurs du plantigrade soulignent son rôle d’espèce parapluie et son importance symbolique dans la reconquête de la biodiversité. Ses opposants, eux, rappellent que la question n’est pas seulement écologique mais territoriale : un grand prédateur modifie les usages de la montagne et impose de nouvelles contraintes aux éleveurs.

 

Pastoralisme et prédation : une coexistence sous tension

La principale source de conflit réside dans les attaques sur les troupeaux, notamment ovins. Chaque année, plusieurs centaines de bêtes sont reconnues comme victimes de l’ours, donnant lieu à des indemnisations publiques. Pour les éleveurs concernés, l’impact dépasse la perte économique : stress des animaux, désorganisation du travail, surveillance accrue et charge mentale renforcée. L’État finance des mesures de protection : chiens de protection (patous), parcs de nuit, gardiennage renforcé. Ces dispositifs permettent de réduire les risques, mais ne les éliminent pas totalement. Leur mise en œuvre suppose des adaptations parfois lourdes, notamment dans des estives difficiles d’accès. Les syndicats agricoles dénoncent une politique jugée descendante et insuffisamment attentive aux réalités du terrain. À l’inverse, les associations environnementales estiment que la cohabitation est possible dès lors que les moyens sont mobilisés et que l’accompagnement est maintenu. Au-delà des chiffres, le débat touche à l’identité des territoires. L’ours devient le symbole d’un affrontement entre deux visions de la montagne : l’une centrée sur la production agricole et la lutte contre la fermeture du milieu, et l’autre sur la naturalité et la conservation.

 

Quel avenir pour l’ours des Pyrénées ?

Le cadre juridique protège strictement l’ours brun au niveau européen. Les possibilités de destruction restent extrêmement encadrées et exceptionnelles. La France s’est engagée à assurer la conservation de l’espèce, ce qui limite les marges de manœuvre politiques. La question centrale porte désormais sur la taille cible de la population et sur l’acceptabilité sociale du programme. Faut-il poursuivre les renforcements génétiques ? Stabiliser la population actuelle ? Mieux répartir l’effort entre massifs ? L’ours est aussi, pour certains, un atout pour l’image des Pyrénées. Il nourrit un tourisme de nature et participe à l’identité environnementale du massif. Mais cette valorisation économique reste difficilement perceptible pour les éleveurs confrontés aux attaques. À long terme, l’enjeu dépasse la seule espèce. Il interroge la capacité de la société française à concilier protection du vivant, maintien d’activités pastorales et dialogue territorial. Le dossier de l’ours pyrénéen révèle une tension plus large : comment organiser la coexistence entre grands prédateurs et activités humaines dans des espaces déjà fortement anthropisés ?