Nul ne doit donc être surpris que la balle puisse vaincre la retenue due au sertissage, entamer la prise de rayure et commencer à accélérer, bien avant que la combustion de la poudre ne soit complète. Le projectile, poussé par une extrême pression sur la surface de sa base, subit donc une force qui le propulsera à la sortie du canon aux vitesses que l’on connaît, généralement de l’ordre de 800 m/s, voir plus. Cette force est évolutive au cours de son trajet à l’intérieur du canon. Sa valeur se calculerait aisément, pour peu que l’on dispose de la courbe d’évolution des pressions, sachant qu’elle s’exprime par le produit de la pression et par la section droite de la balle. La force s’accroît donc jusqu’à la fin de la combustion de la poudre pour décroître ensuite. La balle aura acquis durant cette séquence, une effroyable accélération qui atteint approximativement 65 000 fois l’accélération de la pesanteur, dans le cas d’un projectile qui sort d’un canon de 56 cm de longueur, à 850 m/s.
Que dire de cela quand le corps humain à bien de la peine à supporter 8 à 10 « G ». Notons au passage que la balle doit être solide, et même très solide pour supporter ce régime.
La récupération d’énergie
Quelques infimes fractions de seconde après la percussion, la balle est sur le point de sortir du canon. A l’instant même où elle s’échappe, les gaz la poussent encore quelques courts instants, le temps qu’ils se détendent dans l’atmosphère. C’est de cette manière que, si la bouche ne comporte aucun accessoire, l’effet de poussée des gaz se fait encore sentir, mais elle ne communique au projectile qu’un modeste 1% de vitesse supplémentaire (selon Robert A. Rinker). Il n’en est pas de même si l’extrémité du canon est équipée d’un frein de bouche, qui disperse cette énergie sur les côtés. Le frein de bouche est donc un déviateur de flux gazeux, qui fonctionne à la manière des inverseurs de poussée que l’on trouve sur certains réacteurs d’avion. Les gaz qui s’échappent, en dépassant le projectile, prennent alors appui sur des ailettes ou les forages disposés perpendiculairement, induisant un effort s’opposant au recul du canon et donc de l’arme.
Les pressions admissibles
Intuitivement, le chasseur pense que la pression induite par la combustion de la poudre est d’autant plus grande que le projectile va vite ou qu’il est plus lourd. C’est totalement inexact. Il faut non seulement prendre en compte la pression, mais aussi la surface intérieure de la douille, augmentée de celle du canon, pour vérifier que la force résultante n’excède pas la résistance mécanique du canon. C’est ce qui fait que les très gros calibres dits « africains », ont une pression d’épreuve faible, relativement aux autres calibres. Savez-vous qu’une carabine tirant la toute petite 5,6 x 57 doit être éprouvée à 5 720 bars (comme une 8x68 S ou encore une .300 Weatherby Magnum), alors qu’une « grosse » .600 Nitro Express ne demande « que » 3 185 bars, et une raisonnable 8x57JRS, 4 290 bars !