La prolifération actuelle des populations de lapins de garenne dans 19 communes de l’Hérault, notamment à l’est de Montpellier où les dégâts agricoles et les altérations des infrastructures deviennent significatifs, soulève la question d’une modification durable de leur sensibilité à la myxomatose. Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées dans une approche multifactorielle. D’une part, des conditions environnementales localement favorables, telles qu’un microclimat méditerranéen atténué, une disponibilité continue en ressources trophiques, des sols propices au creusement et une pression hydrique limitée, contribueraient à une meilleure survie globale des individus, indépendamment du facteur pathogène.
D’autre part, l’existence d’une adaptation biologique progressive ne saurait être exclue : les populations actuelles pourraient résulter d’un processus de sélection naturelle ayant favorisé, sur plusieurs décennies, des individus présentant une tolérance accrue à l’infection.
Dans cette perspective, il serait plausible qu’une proportion significative de lapins soit aujourd’hui porteuse d’anticorps, traduisant une exposition antérieure au virus et une réponse immunitaire partiellement efficace. Cette immunité dite « de tolérance » n’empêcherait pas l’infection, mais en atténuerait les manifestations cliniques, augmentant ainsi la probabilité de survie et de reproduction. Ce mécanisme s’inscrirait dans une dynamique évolutive classique, où les génotypes les plus résistants tendraient à se maintenir et à se diffuser. Par ailleurs, l’hypothèse d’un effet résiduel des expérimentations de vaccination menées dans les années 1980-1990, notamment via l’utilisation de vecteurs tels que les puces, pourrait être évoquée, bien qu’elle demeure difficile à démontrer. Si ces dispositifs ont pu induire localement une immunisation partielle, leur impact à long terme resterait vraisemblablement marginal au regard des processus évolutifs naturels. Les travaux scientifiques conduits à l’échelle européenne pourraient confirmer cette lecture, car des analyses sérologiques et génétiques mettraient en évidence une résistance partielle, à la fois immunitaire et héréditaire, ainsi qu’une atténuation progressive de la virulence des souches virales. Toutefois, à l’échelle locale, les données disponibles sont fragmentaires, rendant délicate toute interprétation. La prolifération observée dans l’Hérault résulterait ainsi de la convergence de plusieurs facteurs : adaptation biologique des populations, conditions écologiques favorables, éventuelle diminution de la pression de prédation et évolutions des pratiques agricoles. Dans ce contexte, la résilience actuelle du lapin de garenne apparaîtrait moins comme la conséquence d’une intervention ponctuelle que comme l’expression d’un processus évolutif lent, complexe et toujours en cours.