Pendant que les opposants au programme vosgien « Grand Tétras » se réjouissaient déjà de son possible abandon après 2029, le seigneur des forêts vient d’apporter une réponse autrement plus concrète : au moins quatre jeunes oiseaux ont été détectés dans la réserve naturelle nationale du massif du Grand Ventron. Une poule accompagnée de quatre jeunes a été observée début août. Des prélèvements biologiques ont été réalisés pour confirmer et documenter cette reproduction. Une autre information est venue renforcer l’intérêt de ces observations : la femelle « Nora », relâchée en 2024 dans le cadre du programme, a été photographiée le 25 juillet dernier, plus de 820 jours après sa remise en liberté. Ces constats interviennent alors que les cinq associations écologistes opposées au renforcement de la population vosgienne dénoncent depuis le début une opération qu’elles jugent vouée à l’échec. La mortalité des premiers oiseaux relâchés a évidemment alimenté leurs critiques, jusqu’à la perspective annoncée d’un arrêt du programme au terme de sa période actuelle, en 2029. Mais l'expérimentation n'est pas terminée. Et surtout, elle vient de produire ce qui constitue précisément l'un de ses objectifs : de la reproduction. Le PNR des Ballons des Vosges poursuit son travail de suivi et documente les déplacements, la survie et la reproduction des oiseaux. En 2026, 17 nouveaux grands tétras ont ainsi été introduits, venant renforcer une population relictuelle estimée entre trois et cinq individus. Bien sûr, tout n'est pas gagné. La prédation, évaluée à 33 % au cours des deux premières années, demeure un facteur préoccupant et la mortalité des oiseaux déplacés doit continuer à être analysée. Mais tirer dès maintenant la conclusion définitive d'un échec paraît pour le moins prématuré. Une expérimentation scientifique se juge au terme de l'expérience, pas au gré des satisfactions militantes. Les quatre jeunes du Grand Ventron ne constituent pas encore une victoire définitive. Mais ils sont incontestablement une raison de poursuivre l'observation plutôt que de proclamer trop vite l'échec. Pendant que certains annoncent déjà la fin de l'histoire, le Grand Tétras, lui, semble avoir décidé d'écrire la suite.