Autrefois, la forêt publique française avait vocation à produire du bois, à financer sa gestion et, au minimum, à tendre vers un équilibre économique. Aujourd'hui, et pour la deuxième fois en moins de vingt ans, le modèle semble de nouveau s'inverser : alors que l'Office national des forêts (ONF) est confronté au dépérissement des peuplements et aux défis du changement climatique, l'État est une nouvelle fois appelé à ouvrir son portefeuille pour tenter de sauver les forêts de demain. En déplacement dans la forêt de Haguenau, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a promis de « se battre » à l'automne pour obtenir les financements nécessaires au fonctionnement de l'ONF. Selon elle, l'établissement devra disposer de moyens suffisants pour poursuivre ses missions d'adaptation des massifs forestiers, alors que le prochain contrat État-ONF pour la période 2026-2030 est en cours de négociation. Le constat est connu : sécheresses répétées, épisodes de chaleur extrême, ravageurs, espèces invasives ou encore déséquilibres hydriques fragilisent de nombreuses essences. Face à cette situation, l'ONF expérimente de nouvelles pratiques sylvicoles et teste l'introduction d'espèces supposées mieux adaptées au climat futur. Mais derrière ce volontarisme affiché, se cache une réalité plus dérangeante. La forêt, qui devrait constituer une richesse durable, capable de contribuer à son propre entretien grâce à la valorisation du bois, devient progressivement un secteur sous perfusion budgétaire. Après avoir vu ses effectifs fondre, passant de près de 13 000 agents en 2000 à moins de 8 000 aujourd'hui, l'établissement public réclame désormais des moyens supplémentaires pour financer des stratégies dont personne ne peut garantir l'efficacité à long terme. Car c'est bien là que réside l'interrogation. Planter aujourd'hui les forêts censées résister au climat de 2070 relève davantage du pari que de la certitude scientifique. Déplacer des essences, modifier profondément les modes de gestion ou expérimenter de nouveaux itinéraires sylvicoles peut s'avérer pertinent... ou produire des effets inattendus, voire contre-productifs. Le risque existe que le remède se révèle pire que le mal. À vouloir réinventer dans l'urgence des écosystèmes façonnés sur plusieurs siècles, avec l'argent du contribuable comme unique garantie, la prudence devrait rester de mise. Plus que jamais, la forêt mérite une vision de long terme fondée sur l'observation, l'humilité et le bon sens. Car, en matière de sylviculture, les erreurs d'aujourd'hui ne se corrigent souvent qu'à l'échelle de plusieurs générations.