La gestion des adventices demeure toutefois un défi majeur, en particulier pour certaines espèces comme les rumex dans les prairies temporaires. Une mauvaise maîtrise ponctuelle peut avoir des effets durables en enrichissant le stock semencier des parcelles. Néanmoins, la maîtrise technique des adventices s’est améliorée au cours des 10 années du réseau, même si cela a parfois nécessité le recours au labour, pratique en décalage avec les principes de l’agriculture de conservation des sols. Sur le plan économique, les résultats sont encourageants. Pour 4 systèmes de grande culture en agriculture conventionnelle, situés à Auzeville, Bretenière, Estrées-Mons et Grignon, les performances ont pu être chiffrées et montrent une marge nette satisfaisante. Sur l’ensemble des situations étudiées, 20 % pourraient générer un revenu compris entre 1 et 2 SMIC mensuels, 45 % entre 2 et 3 SMIC, et 35 % plus de 3 SMIC. Ces données indiquent que des systèmes conventionnels sans pesticides peuvent être à la fois productifs et économiquement réalisables. Toutefois, leur déploiement à grande échelle suppose plusieurs conditions : diversification accrue des successions culturales, structuration de filières de commercialisation adaptées, et valorisation économique des produits issus de ces modes de production. Des politiques publiques spécifiques apparaissent nécessaires pour accompagner la massification de ces pratiques et soutenir la transition agroécologique, notamment dans le cadre des réflexions européennes visant à accélérer cette transformation. Les travaux se poursuivent avec le projet 0phyto, lancé en 2025, qui prolonge les acquis de Rés0Pest et élargit l’analyse à l’agriculture biologique en intégrant des données de l’Itab sur des systèmes certifiés bio. L’objectif est d’approfondir l’évaluation conjointe des performances agronomiques, économiques, environnementales et sociales, afin de consolider les bases scientifiques d’une agriculture durable sans pesticides. (Photos INRAE-U2E)