La hausse brutale du prix du gazole non routier, consécutive aux tensions internationales autour du détroit d’Ormuz, a fragilisé l’ensemble de la filière forêt-bois. Face à cette situation, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a engagé des consultations avec les professionnels et annoncé plusieurs mesures de soutien. L’État prévoit notamment une compensation équivalente à l’exonération d’accise sur le GNR agricole, étendue aux exploitants forestiers pour le mois d’avril. À cela s’ajoute une aide de 50 millions d’euros pour les transporteurs routiers, ainsi que des dispositifs de trésorerie : reports de cotisations sociales via la MSA, étalement des échéances fiscales et accès aux prêts « flash » de Bpifrance. Si ces annonces témoignent d’une volonté d’accompagnement, elles restent limitées dans le temps et bien en deçà des besoins structurels d’une filière déjà sous tension. Car au-delà de la crise énergétique, les professionnels font face à une pénurie croissante de matière première, aggravée par certaines orientations publiques incohérentes. Alors que l’État affirme vouloir défendre la souveraineté forestière et soutenir la transformation du bois en France, il laisse simultanément se développer des situations absurdes sur le terrain, où la ressource disponible n’est pas mobilisée. Ce décalage entre discours et réalité nourrit une incompréhension grandissante chez les acteurs économiques, qui peinent à maintenir leur activité malgré une demande soutenue en bois. Cette incohérence apparaît de manière flagrante dans le Parc national de forêts, où des arbres centenaires, parfois de grande valeur commerciale, sont abattus pour des raisons de sécurité puis laissés à l’abandon au sol. En vertu du statut de réserve intégrale, toute exploitation y est interdite, y compris lorsque les bois pourraient être valorisés. L’Office national des forêts justifie cette politique par des objectifs de biodiversité : favoriser les insectes, les oiseaux et la formation d’humus. Mais cette position dogmatique suscite l’indignation des riverains comme des professionnels. Comment accepter que des chênes, hêtres ou érables de qualité soient délibérément soustraits à toute utilisation, alors même que les scieries manquent de matière première et que la filière industrielle tourne au ralenti ? Cette gestion, décidée par l’État, revient à organiser le gaspillage de ressources précieuses au nom d’un principe absolu, sans considération pour les réalités économiques. Pire encore, elle contribue indirectement à nourrir les scolytes et autres ravageurs, alors qu’il existe ailleurs des bois sans valeur marchande pour remplir cette fonction écologique. En persistant dans cette voie, les pouvoirs publics fragilisent un secteur stratégique, affaiblissent la souveraineté nationale et alimentent un sentiment d’abandon chez les acteurs de terrain. Cette politique, déconnectée et contre-productive, mérite aujourd’hui d’être profondément remise en cause.