Comme chacun le sait, l’éthique concerne, entre-autre, la moralité qui préside à l’acte de chasse. Elle exige de tuer un animal le plus rapidement possible, avec le minimum de souffrance. La munition et l’arme utilisées doivent donc permettre de terrasser le gibier qui, dans l’absolu, ne devrait même pas entendre la détonation du tir qui lui enlève la vie. Avec les cartouches chargées à graines, l’action mécanique exercée par les ballettes, plus ou moins grosses, qui atteignent l’animal en différents points, est incapable de libérer l’énergie nécessaire pour provoquer, soit un choc nerveux inhibiteur qui laisse le gibier sur place, soit des lésions majeures qui limitent la distance de fuite avec une mort rapide. Les innombrables observations d’animaux blessés, qui vivaient une agonie de plusieurs semaines avant de crever lamentablement au plus profond des fourrés, dans des souffrances qu’il est aisé d’imaginer, ont amené l’interdiction de cette munition maudite. Militer pour son utilisation est une erreur dont la chasse ne sortira pas grandie. Et c’est bien la raison pour laquelle, où que l’on soit, et quel que soit le mode de chasse pratiqué, il faut, avec toute notre énergie, combattre cette idée rétrograde, dont on se demande comment des dirigeants et responsables peuvent la soutenir.

 

L’analyse… sans complaisance

L’argumentaire pour le retour des chevrotines est obsolète et malsain. Pourquoi ? 

- Au titre de la sécurité, il faut reconnaitre que beaucoup d’effort ont déjà été faits, mais il reste encore des lacunes à combler. Aujourd'hui, les deux principales causes d’accidents envers des tiers sont parfaitement identifiées : des tirs non fichants et des tirs en direction de lieux pouvant être fréquentés. 

- Au titre de la gestion : les chasseurs ne peuvent pas… ou ne veulent pas en tuer plus ? Dans bien des lots de chasse, la crainte d’une saison suivante pauvre en animaux, freine considérablement les prélèvements qui devraient être faits au cours de l’année. Malheureusement, en imposant des restrictions de tirs, on masque notre incapacité à estimer le nombre d’animaux qui seront présents pour la prochaine saison. A décharge, il est vrai qu’avec un taux de reproduction aussi variable que celui des sangliers (de 60 à 230%), la marge d’erreur est large. Mille bêtes noires en moins au tableau départemental pourront en faire 3000 de trop pour la saison suivante…

- Au titre de l’environnement : on ne peut prôner le retour du plomb alors que son interdiction totale est en vue en Europe. Ce n’est donc pas une voie d’avenir, d’autant plus que les fabricants ont déjà tiré un trait sur ce métal, et n’ont effectué aucune étude pour son remplacement sous forme de « ballettes ».

- Au titre de l’efficacité cynégétique : on peut en douter, car les problèmes de surdensité de sangliers n’ont pas été réglés sur les départements qui ont réclamé, et obtenu, le retour des chevrotines. Alors, n'est-ce que pour masquer une certaine maladresse que les partisans de ces munitions souhaitent les utiliser ? 

 

Quelques données chiffrées :

Cartouche 9 grains :

- poids de plomb : 33,372 g

- poids d’une ballette : 3,708 g

- énergie d’une ballette : 283,92 joules

- distance de tir : 30 m

- cible de type « sanglier courant » 88 x 63 cm

- résultat : 5 impacts (2 aux pattes, 3 au corps dont 1 seule dans une zone très sensible) et 4 ballettes folles hors cible.

 

 

 

Cartouche 12 grains magnum

- poids de plomb : 43,655 g

- poids d’une ballette : 3,637 g

- énergie d’une ballette : 255,20 joules

- distance de tir : 30 m

- cible de type « sanglier courant » 88 x 63 cm

- résultat : 7 impacts (2 de pattes, 2 de ventre, 1 de cou, 2 de poumons) et 5 ballettes folles hors cible.