Sécurité et balistique

Tous les chasseurs qui ont utilisé des chevrotines, gardent en mémoire les accidents causés par ces projectiles. Les ballettes, plus ou moins nombreuses dans l’étui qui les renferme (de 7 à 28 grains) ont une portée sous-estimée, et restent dangereuses à grande distance. Lors des tirs à quarante mètres, longueur moyenne des tirs en battue, toutes les ballettes n’atteignent pas leur cible. Certaines deviennent alors des projectiles fous, qui vont entrer en collision avec ce qu’ils vont trouver sur leurs trajectoires. Contrairement aux balles, elles ne s’arrêtent pas sur le premier obstacle, mais ricochent et prennent une direction en totale contradiction avec celle voulue initialement. Un tronc lisse, un baliveau ou une pierre peuvent être à l’origine d’un drame. Les résultats des essais-tests, réalisés à l’époque de leur interdiction sont édifiants, et ceux qui auraient encore des espoirs sur leur efficacité devraient en prendre connaissance. Il faut garder à l’esprit que les plombs de chasse, et les chevrotines en sont de gros, retombent en pluie à une distance de 80 fois, en mètres, leur diamètre en millimètres. C’est ainsi qu’une ballette, sortie d’une cartouche de 9 grains en calibre 12, avec son diamètre de 8,65 mm, retombe en « pluie » à la distance de 692 mètres, et les résultats en cible corroborent les observations de terrain. Compte tenu de la dispersion des projectiles, et quel que soit le canon, il ne faudrait pas tirer au-delà de 16 mètres pour que toutes les ballettes d’une cartouche de 9 grains soient dans une cible de 40 centimètres de diamètre. Et encore, à la condition que le point central soit exactement le point de visée. Ces 40 centimètres correspondent à la cible la plus large possible que nous offre la grande faune, en l’occurrence un grand cervidé. Passons donc sur le sanglier, plus petit, qui à cette distance de 16 mètres laisserait quand même passer 3 ou 4 graines sur 9, avec toute l’incertitude de leur trajectoire, derrière l’animal tiré. Ce genre de munition est donc totalement incompatible avec la chasse collective, ainsi qu’elle est pratiquée dans nos sociétés. Et quel président ou directeur de chasse s’engagerait à faire respecter cette distance de tir maximum de 16 mètres ?

 

L’éthique

Comme chacun le sait, l’éthique concerne, entre-autre, la moralité qui préside à l’acte de chasse. Elle exige de tuer un animal le plus rapidement possible, avec le minimum de souffrance. La munition et l’arme utilisées doivent donc permettre de terrasser le gibier qui, dans l’absolu, ne devrait même pas entendre la détonation du tir qui lui enlève la vie. Avec les cartouches chargées à graines, l’action mécanique exercée par les ballettes, plus ou moins grosses, qui atteignent l’animal en différents points, est incapable de libérer l’énergie nécessaire pour provoquer, soit un choc nerveux inhibiteur qui laisse le gibier sur place, soit des lésions majeures qui limitent la distance de fuite avec une mort rapide. Les innombrables observations d’animaux blessés, qui vivaient une agonie de plusieurs semaines avant de crever lamentablement au plus profond des fourrés, dans des souffrances qu’il est aisé d’imaginer, ont amené l’interdiction de cette munition maudite. Militer pour son retour est une grave erreur dont la chasse ne sortira pas grandie. Et c’est bien la raison pour laquelle, où que l’on soit et quel que soit le mode de chasse pratiqué, il faut avec toute notre énergie combattre cette idée rétrograde, dont on se demande comment des dirigeants et responsables peuvent la soutenir.

 

L’analyse… sans complaisance

L’argumentaire pour le retour des chevrotines est obsolète et malsain. Pourquoi ?

- Au titre de la sécurité : certes beaucoup d’effort ont déjà été faits, mais il reste encore des lacunes à combler. Aujourd'hui, les deux principales causes d’accidents envers des tiers sont parfaitement identifiées : des tirs non fichants et des tirs en direction de lieux pouvant être fréquentés. 

- Au titre de l’efficacité : dans la régulation des animaux sauvages, les chasseurs ne peuvent pas… ou ne veulent pas en tuer plus ? Dans bien des lots de chasse, la crainte d’une saison suivante pauvre en animaux, freine considérablement les prélèvements qui devraient être faits au cours de l’année. Malheureusement, ce que nous appelons gestion, en imposant des restrictions de tirs, n’est qu’une façade qui cache notre incapacité à estimer le nombre d’animaux qui seront présents pour la prochaine saison. A décharge, il est vrai qu’avec un taux de reproduction aussi variable que celui des sangliers (de 60 à 230%), la marge d’erreur est large. Mille bêtes noires en moins au tableau départemental pourront en faire 2 500 de trop pour la saison suivante…

- Au titre de l’environnement : on ne peut prôner le retour du plomb alors que son interdiction totale est à l’étude en Europe. Ce n’est donc pas une voie d’avenir, d’autant plus que les fabricants ont déjà tiré un trait sur ce métal, et n’ont effectué aucune étude pour son remplacement sous forme de « ballettes ».

- Au titre de l’efficacité cynégétique : on peut en douter, car les problèmes de surdensité de sangliers n’ont pas été réglés sur les départements qui ont réclamé, et obtenu, le retour des chevrotines. Alors, ne serait-ce que pour masquer une certaine maladresse et rehausser leur « égo » que les partisans de ces munitions souhaitent les utiliser ? 

 

Quelques données chiffrées :

Cartouche 9 grains :

- poids de plomb : 33,372 g

- poids d’une ballette : 3,708 g

- énergie d’une ballette : 283,92 joules

- distance de tir : 30 m

- cible de type « sanglier courant » 88 x 63 cm

- résultat : 5 impacts (2 aux pattes, 3 au corps dont 1 seule dans une zone très sensible) et 4 ballettes folles hors cible.

 

 

 

Cartouche 12 grains magnum

- poids de plomb : 43,655 g

- poids d’une ballette : 3,637 g

- énergie d’une ballette : 255,20 joules

- distance de tir : 30 m

- cible de type « sanglier courant » 88 x 63 cm

- résultat : 7 impacts (2 de pattes, 2 de ventre, 1 de cou, 2 de poumons) et 5 ballettes folles hors cible.