Cependant, cette absence de données n'interdit pas de s'interroger. Le calendrier biologique du chevreuil rend en effet cette espèce particulièrement intéressante. Le rut intervient généralement entre la mi-juillet et la mi-août, précisément à la période où les vagues de chaleur sont les plus susceptibles de se produire. Les brocards sont alors engagés dans une activité physique intense : défense des territoires, poursuites des chevrettes, affrontements entre mâles et déplacements répétés mobilisent des ressources énergétiques importantes. Dans ce contexte, on peut émettre l'hypothèse qu'un stress thermique important puisse avoir plusieurs conséquences. Plusieurs études consacrées aux ongulés montrent que les épisodes caniculaires modifient profondément leur rythme d'activité. Les animaux réduisent généralement leurs déplacements durant les heures les plus chaudes, recherchent les zones boisées ou ombragées et concentrent leurs activités au lever et au coucher du soleil, voire pendant la nuit. Chez le brocard, un tel changement de comportement pourrait influencer la fréquence des poursuites, des interactions sociales ou des accouplements. Il ne s'agirait pas nécessairement d'une baisse de fertilité au sens strict, mais éventuellement d'une diminution temporaire des occasions de reproduction pendant les journées les plus chaudes. À l'inverse, plusieurs caractéristiques biologiques du chevreuil invitent à la prudence avant toute conclusion. L'espèce est présente sous des climats très variés en Europe et fait preuve d'une remarquable capacité d'adaptation comportementale. Son activité est naturellement crépusculaire, ce qui pourrait lui permettre de limiter une partie des contraintes thermiques. Les brocards disposent également de nombreux refuges forestiers où les températures restent sensiblement inférieures à celles des milieux ouverts. Par ailleurs, la reproduction du chevreuil présente une particularité unique parmi les cervidés européens : la diapause embryonnaire. Après la fécondation estivale, le développement de l'embryon est interrompu pendant plusieurs mois avant de reprendre au début de l'hiver. Si cette adaptation concerne essentiellement la femelle, elle illustre néanmoins la grande plasticité reproductive de l'espèce face aux contraintes environnementales. La question reste donc largement ouverte... À ce stade, les connaissances scientifiques permettent davantage de formuler des hypothèses que de tirer des conclusions sur les effets des canicules estivales sur le succès reproducteur du chevreuil.