À chaque nouvelle étude sur l’effondrement de la biodiversité, le scénario se répète. Les associations environnementales tirent la sonnette d’alarme, dénoncent l’inaction des pouvoirs publics, lancent des pétitions, organisent des campagnes de communication et sollicitent de nouveaux dons. Cette semaine encore, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) s’inquiète de la disparition de millions d’oiseaux en Europe et dresse un constat alarmant sur l’état de l’avifaune. Le diagnostic est sans doute juste. Mais une question mérite d’être posée : qu’ont réellement accompli ces grandes organisations au cours des dernières décennies pour inverser la tendance qu’elles dénoncent aujourd’hui ? Car si les oiseaux disparaissent depuis quarante ans, cela fait également quarante ans que certaines associations occupent le devant de la scène médiatique. Elles comptent les oiseaux, publient des rapports, organisent des colloques et multiplient les communiqués.
Pourtant, les résultats annoncés sont toujours plus inquiétants. À force de mesurer le déclin, ne devrait-on pas aussi mesurer l’efficacité des actions menées ? On peut s’interroger sur tout ce qui aurait pu être entrepris à grande échelle : programmes massifs de replantation de haies, création de réseaux de refuges réellement connectés, restauration d’habitats agricoles fonctionnels, accompagnement technique des agriculteurs, partenariats pragmatiques avec les chasseurs, les forestiers ou les collectivités rurales. Où sont les grands projets nationaux capables de produire des résultats mesurables sur le terrain ? Trop souvent, l’énergie semble concentrée sur la communication, les recours juridiques, les campagnes de mobilisation et les appels aux dons. Les procédures administratives et contentieuses se multiplient, tandis que les actions concrètes paraissent parfois marginales au regard des moyens financiers collectés. La protection de la nature ne peut pourtant pas se résumer à publier des chiffres alarmants, réclamer davantage de subventions ou percevoir des dommages et intérêts après chaque victoire judiciaire. La biodiversité ne se sauvera pas dans les tribunaux ni dans les studios de radio. Elle se restaure dans les champs, les forêts, les zones humides et les espaces ruraux. Cela exige du travail de terrain, des investissements lourds, des compromis et une présence quotidienne auprès des acteurs locaux. Les associations de protection de la nature jouent un rôle d’alerte, mais lorsque les indicateurs qu’elles produisent deviennent chaque année plus mauvais, il est légitime de s’interroger non seulement sur les politiques publiques, mais aussi sur leur propre stratégie. Une organisation qui constate l’échec permanent des résultats qu’elle annonce devrait peut-être consacrer moins d’énergie à dénoncer et davantage à construire.
Biodiversité : à force d’alerter, certaines associations ont-elles oublié d’agir ?
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Biodiversité : à force d’alerter, certaines associations ont-elles oublié d’agir ?