Avec son exposition au Musée de la Chasse et de la Nature, Annette Messager déploie un univers foisonnant où les animaux deviennent les messagers d’émotions profondes, mêlant douceur, humour et étrangeté. Réparti sur trois étages, ce parcours immersif révèle toute la richesse de son imaginaire, construit depuis des décennies autour d’un attachement intime au monde animal. Dès l’entrée, le ton est donné : une chatte en céramique, familière de l’artiste, accueille les visiteurs comme un symbole de ce lien personnel. Très vite, le musée se transforme en un véritable théâtre vivant où se croisent peluches, animaux naturalisés, dessins, textes et installations. Sous l’impulsion de la directrice Alice Gandin et du commissaire Colin Lemoine, l’exposition explore la dimension animale de l’œuvre de Messager avec une grande fluidité, en dialogue constant avec les collections du musée. Le parcours, structuré comme un récit en seize chapitres, joue sur les contrastes. L’humour y est omniprésent : un teckel affublé d’un masque chirurgical, des armes en mousse glissées parmi de véritables fusils, ou encore des peluches malicieuses qui détournent les codes de la chasse. Mais derrière cette légèreté affleure une tonalité plus sombre. Certaines œuvres dévoilent une violence symbolique, comme des peluches éventrées ou transformées, évoquant des souvenirs d’enfance, des peurs ou des fantasmes enfouis. Les animaux deviennent alors des figures ambivalentes, à la fois familières et troublantes. À travers eux, l’artiste interroge les projections humaines : tendresse, cruauté, domination ou identification. Expressions populaires, créatures hybrides et mises en scène décalées composent une sorte de langage poétique où l’animal reflète nos propres contradictions. La dernière partie de l’exposition accentue cette dimension intime. Corps, féminité et métamorphoses s’entrelacent dans des œuvres mêlant textiles et dessins. Une araignée faite de soutiens-gorge, des figures animales chargées de symboles ou encore des formes organiques évoquent une sensibilité à la fois fragile et puissante. Au final, Annette Messager signe une exposition captivante, où son bestiaire agit comme un miroir de l’âme humaine. Entre rêve et inquiétude, elle nous entraîne dans un monde où les frontières entre l’enfance, le corps et l’animal s’effacent, révélant toute la complexité de notre rapport au vivant. A voir, jusqu'au 20 septembre 2026.