La réélection de Arnaud Rousseau à la tête de la FNSEA pour un second mandat de trois ans s’inscrit dans un contexte contrasté, marqué à la fois par une perte d’influence territoriale récente et par une volonté affichée de continuité stratégique. Reconduit sans opposition par les administrateurs du syndicat, il conserve la légitimité interne nécessaire pour porter les orientations définies lors du congrès de Caen et préparer les échéances politiques à venir, notamment l’élection présidentielle de 2027. Du point de vue du monde de la chasse, cette reconduction est observée avec un certain pragmatisme. Les relations entre chasseurs et monde agricole étant étroites, notamment sur les questions de régulation du grand gibier et de dégâts, la stabilité à la tête du principal syndicat agricole constitue un facteur rassurant. Les positions défendues par Arnaud Rousseau en matière de production, de gestion des territoires et de souveraineté alimentaire convergent en partie avec les préoccupations cynégétiques, en particulier sur la nécessité de maîtriser les populations de sangliers. Toutefois, son profil de grand exploitant céréalier suscite des réserves chez certains acteurs proches de la chasse, qui estiment qu’il incarne davantage une agriculture de grande échelle qu’un modèle rural diversifié, incluant pleinement les équilibres entre agriculture, élevage et biodiversité. Du côté du monde agricole, cette réélection traduit avant tout une volonté de stabilité dans une période de fortes tensions économiques et sociales. Malgré le revers enregistré lors des élections aux chambres d’agriculture, Arnaud Rousseau conserve la confiance de l’appareil syndical. Son projet repose sur plusieurs axes forts : amélioration des revenus agricoles, simplification administrative, et surtout promotion d’un « principe d’innovation » destiné à remplacer ce qui est perçu comme un excès de précaution freinant l’activité. Il défend également l’idée d’une reconnaissance constitutionnelle de l’agriculture comme activité d’intérêt général majeur. Cependant, son positionnement continue de susciter des débats internes. Son statut de dirigeant du groupe Avril et son exploitation de grande taille alimentent les critiques de ceux qui craignent un éloignement des réalités des exploitations plus modestes, notamment en élevage. Cette tension reflète les fractures persistantes au sein du monde agricole, entre modèles productivistes et agricultures plus traditionnelles. La reconduction d’Arnaud Rousseau apparaît ainsi comme un choix de continuité, mais aussi comme un pari sur sa capacité à rassembler au-delà de ces lignes de fracture.