Pendant des décennies, l’Italie a voulu croire qu’il était possible de faire une place au loup sans opposer systématiquement protection de la nature, élevage et sécurité. Si quelques voix s’élèvent encore pour soutenir ce pari, les autres constatent qu’après toutes ces années de reconquête, la promesse d’une cohabitation apaisée ressemble davantage à un vœu pieux qu’à une réalité. Le dernier suivi national de l’Ispra estime à 3 500 le nombre de loups présents en Italie, avec une progression insupportable dans les Alpes. En un demi-siècle, l’espèce, autrefois proche de la disparition, a recolonisé une grande partie du pays, des zones montagneuses jusqu’aux plaines et aux secteurs proches des villes. Faut-il alors avoir peur du loup ? Les spécialistes interrogés relativisent fortement le risque pour l’homme, mais... entre 2017 et 2024, 19 attaques ont été recensées. Leurs conséquences suffisent à rappeler que la cohabitation ne repose pas uniquement sur des chiffres : elle dépend aussi des comportements des animaux et de ceux des hommes. Car c’est précisément là que le beau discours se complique. Un loup qui s’approche régulièrement des habitations, s’attaque aux animaux domestiques ou perd sa méfiance, constitue une situation différente de celle d’un animal sauvage qui fuit l’homme. Les experts soulignent que certaines pratiques humaines peuvent favoriser cette accoutumance. Face à ces difficultés, l’Italie a abaissé en mars 2026 le niveau de protection du loup, passant d’« espèce strictement protégée » à « espèce protégée ». Les procédures permettant d’intervenir sur certains individus sont désormais simplifiées, les régions jouant un rôle accru dans les décisions. Mais le déclassement ne règle rien à lui seul. La grande promesse de la coexistence bute toujours sur la réalité du terrain, notamment dans les élevages. Chiens de protection, clôtures électriques, mise à l’abri nocturne des troupeaux : les spécialistes considèrent ces moyens comme indispensables. Le loup a donc gagné du terrain, tandis que la société italienne reste divisée entre défenseurs de l’espèce et partisans d’une régulation plus importante. Après quarante ans de protection et de reconquête, le temps des grands sermons sur une coexistence naturelle semble révolu. Reste désormais à construire, beaucoup plus modestement, un compromis...