La période actuelle marque le retour progressif des bécasses des bois (Scolopax rusticola) en France. Venues notamment du nord et de l’est de l’Europe, elles rejoignent leurs quartiers d’hivernage au fil d’une migration qui se poursuit généralement jusqu’en novembre, parfois en décembre. La France constitue une étape ou une destination pour une partie de ces oiseaux. Mais derrière le spectacle discret des arrivées, se dessine une interrogation scientifique : que trouvent-elles réellement dans les sols où elles se nourrissent ? La question n’est pas théorique. En janvier 2021, l’INRAE a publié les résultats d’une étude conduite dans la zone atelier Plaine & Val de Sèvre, au sud de Niort.
Les chercheurs avaient analysé 180 échantillons de sol et 155 vers de terre prélevés en 2016. Tous les sols étudiés contenaient au moins un pesticide de synthèse. Dans 83 % des échantillons, cinq substances ou davantage étaient détectées, 38 % en contenaient au moins dix. Chez le ver de terre Allolobophora chlorotica, 92 % des individus analysés présentaient des résidus, avec une moyenne de 3,5 pesticides par ver. Ces résultats soulignent l’ampleur possible de l’exposition des organismes vivant dans les sols. Ils ne signifient toutefois pas que toutes les parcelles françaises présentent les mêmes niveaux de contamination, ni que ces concentrations sont celles observées aujourd’hui. L’étude montre également que les habitats non traités ne sont pas nécessairement exempts de résidus, notamment en raison de la persistance de certaines molécules et des transferts depuis les parcelles voisines. Or, la bécasse dépend largement des lombriciens pour son alimentation. Elle quitte souvent le couvert forestier à la nuit tombée pour rechercher sa nourriture dans les prairies, les pâtures et les cultures. Le transfert de contaminants du sol vers les vers de terre, puis vers leurs prédateurs, constitue donc une voie d’exposition biologiquement plausible. Mais plausibilité ne signifie pas preuve. Les données de contamination des sols et des lombrics ne suffisent pas à démontrer que les bécasses présentent des concentrations dangereuses de pesticides, ni que ces substances affectent leur survie, leur reproduction ou leur migration. Ces effets doivent être établis par des analyses spécifiques sur les oiseaux et par des études écotoxicologiques adaptées. À l’heure où les migratrices retrouvent nos campagnes, l’enjeu est donc double : préserver les habitats qui leur permettent de se nourrir et mieux documenter la qualité de cette ressource alimentaire. La bécasse pourrait contribuer à éclairer les conséquences écologiques d’une contamination diffuse. Encore faut-il mesurer son exposition réelle, sans confondre risque potentiel et dommage démontré.
Références
- INRAE, Pelosi et al. (2021), Residues of currently used pesticides in soils and earthworms : A silent threat ?
- Office français de la biodiversité (OFB) : migration, régime alimentaire et suivi des populations.
- INRAE, persistance des résidus, éléments complémentaires sur leur présence durable.