Et maintenant : prévenir davantage, surveiller mieux et conserver une capacité d’adaptation

La vaccination obligatoire des canards, instaurée à l’échelle nationale en octobre 2023, a marqué une étape importante dans la stratégie française de lutte contre l’influenza aviaire. Elle a modifié les modalités d’intervention, sans faire disparaître les difficultés. Des foyers ont encore été constatés dans un contexte de vaccination, tandis que cette stratégie exige une organisation supplémentaire pour assurer le suivi des animaux, la surveillance sanitaire, la logistique et le financement. La prévention ne peut donc pas reposer sur une seule mesure technique. Elle nécessite une approche globale associant biosécurité, surveillance, vaccination et capacité d’intervention rapide. C’est précisément l’un des enseignements de l’étude consacrée à la gestion des crises successives. Les chercheurs soulignent que la résilience ne consiste pas simplement à appliquer des procédures toujours plus détaillées, mais aussi à permettre aux responsables de terrain de les adapter lorsque les circonstances l’imposent. Cette capacité suppose des effectifs suffisants, des compétences techniques, une autonomie opérationnelle et des relations de confiance entre les différents intervenants. Le sujet est d’autant plus actuel que, le 13 octobre 2026, la France a présenté un nouveau cadre de gouvernance en matière de santé animale, destiné à renforcer la prévention, la surveillance et la préparation aux crises. Cette réforme prévoit notamment de consolider le rôle du Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (CNOPSAV), de créer un comité opérationnel de santé animale et un comité scientifique dédié, ainsi que de favoriser des programmes sanitaires d’intérêt collectif. L’objectif est de mieux anticiper les risques, plutôt que de devoir systématiquement réagir dans l’urgence. La coopération entre les services publics, les vétérinaires, les éleveurs et les organisations professionnelles doit également permettre de mieux préparer les interventions et d’adapter les mesures aux réalités de chaque filière. Pour autant, les défis ne sont pas uniquement administratifs ou techniques. La diversité des élevages, les contraintes économiques et l’évolution de la circulation virale imposent de conserver une capacité de réaction souple. La surveillance de la faune sauvage constitue également un volet important de la vigilance sanitaire, même si l’étude met principalement l’accent sur l’organisation de la lutte dans les élevages. Après dix années de crises, la question n’est donc plus seulement de savoir comment éliminer un foyer, mais comment éviter qu’il ne se transforme en nouvelle épidémie majeure. La préparation doit désormais s’inscrire dans la durée, avec des moyens humains et matériels adaptés, des échanges d’informations efficaces et des acteurs capables de décider rapidement. La prochaine crise ne pourra peut-être pas être évitée, mais ses conséquences dépendront largement de la préparation collective mise en place dès aujourd’hui.