Quand le tir disparaît, la passion réapparaît

Il suffit pourtant de regarder certaines disciplines cynégétiques pour comprendre que le plaisir de chasser ne naît pas nécessairement du tir. Piégeurs, archers, veneurs à pied ou à cheval, déterreurs, chasseurs au vol, conducteurs de chiens de sang connaissent cette vérité depuis longtemps. Leurs pratiques ont un point commun : le résultat ne dépend pas uniquement de la capacité à tirer, mais d'une multitude de connaissances et de savoir-faire. Le piégeur doit comprendre les déplacements de l'animal et interpréter les indices laissés sur son passage. L'archer doit parvenir à une proximité qui transforme chaque rencontre en véritable épreuve de patience et d'adresse. Le veneur doit lire les voies, interpréter les réactions du gibier et travailler avec ses chiens. Le conducteur de chien de sang peut consacrer des heures à retrouver un animal blessé. Ici, le tir n'est plus le centre de gravité de l'action. La chasse redevient une quête. Et c'est peut-être là une piste pour l'avenir. Si nous voulons attirer de nouveaux pratiquants, notamment des jeunes, que devons-nous leur proposer ? Un tableau supplémentaire ou une aventure ? Une succession de tirs ou la découverte d'un animal, de son milieu, de ses traces et de ses comportements ? Il faudrait leur apprendre à reconnaître une voie, identifier une empreinte, comprendre les ruses du gibier, travailler avec un chien, lire un territoire, approcher un animal et accepter parfois de revenir sans avoir tiré. Car cette journée-là n'est pas nécessairement une journée ratée. Elle peut même avoir été la plus belle. Voilà le paradoxe : lorsque le tableau disparaît, la passion, elle, peut réapparaître. Parce qu'il reste alors la recherche, l'incertitude, l'émotion, la difficulté et cette satisfaction intime d'avoir compris quelque chose des animaux sauvages. Il ne s'agit évidemment pas d'opposer les chasseurs entre eux ni de condamner la battue ou le tir. Il s'agit de retrouver un équilibre et de rappeler que la chasse est infiniment plus riche que son résultat final. Alors, et si, pour sauver la chasse, il fallait commencer par rappeler qu'elle ne se résume pas à tuer ? Peut-être devrions-nous d'abord leur montrer ce que nous-mêmes avons parfois oublié : le plaisir de chasser commence bien avant le coup de feu et, souvent, il lui survit.