Pour les oiseaux migrateurs, le voyage ne s’arrête pas toujours à l’épuisement, aux intempéries ou aux prédateurs. Les infrastructures humaines constituent elles aussi un danger majeur. Lignes électriques, clôtures et autres obstacles artificiels peuvent transformer les couloirs de déplacement, les zones de reproduction ou les sites de repos en véritables pièges mortels. Une étude consacrée à la grue à cou noir (Grus nigricollis) vient de préciser l’ampleur et les circonstances de ce phénomène. Les chercheurs ont suivi par satellite 203 individus et croisé les données de suivi avec des observations de terrain, des examens de carcasses et des images satellitaires. L’objectif était de comprendre non seulement combien d’oiseaux mouraient, mais aussi à quels moments et à quels stades de leur vie ils étaient les plus vulnérables. Les résultats sont particulièrement préoccupants chez les jeunes oiseaux. Leur probabilité annuelle de survie n’atteint que 59,8 %, contre 89,3 % chez les adultes. Les collisions avec les lignes électriques et les clôtures représentent à elles seules 71 % des mortalités confirmées. Même si les jeunes sont davantage exposés, aucune classe d’âge n’échappe complètement au risque. Surtout, les accidents ne surviennent pas au hasard. Les collisions avec les lignes électriques connaissent deux périodes quotidiennes particulièrement sensibles, autour de midi et au coucher du soleil. Elles coïncident notamment avec les exercices de vol des jeunes et les déplacements des oiseaux vers leurs sites de repos. Les clôtures présentent un autre profil : les accidents sont particulièrement nombreux en août, lorsque les jeunes maîtrisent encore imparfaitement le vol et que les adultes peuvent être temporairement limités par la mue de leurs plumes de vol. Cette étude apporte donc une information essentielle pour la conservation des oiseaux migrateurs : le danger peut être anticipé. Identifier les périodes, les lieux et les comportements qui favorisent les collisions permet de cibler les interventions. Les chercheurs recommandent ainsi d’éviter les clôtures dans les secteurs essentiels à la reproduction et à la mue et de rendre les lignes électriques plus visibles grâce à des dispositifs de balisage. Des mesures qui pourraient bénéficier à de nombreuses espèces migratrices et contribuer à rendre leurs routes moins dangereuses.