Il est des séquences politiques qui en disent davantage qu'un long discours. Celle vécue par Monique Barbut en fait incontestablement partie. En quelques jours, la ministre de la Transition écologique est passée du statut de ministre sur le départ à celui de ministre finalement maintenue. « Bien que je ne sois pas partie, je suis déjà revenue… » La formule pourrait prêter à sourire si elle ne révélait pas le malaise d'un ministère devenu l'un des plus exposés du gouvernement. Le parcours de Monique Barbut ne souffre pourtant d'aucune contestation.
Ancienne responsable du Fonds pour l'environnement mondial puis de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, elle possède une solide expérience internationale. Mais une fois arrivée rue de Grenelle, les grands principes se heurtent à une réalité autrement plus complexe. Le ministère de la Transition écologique ne se résume pas à la biodiversité : il couvre aussi les forêts, l'eau, la chasse, la faune sauvage et entretient de nombreux liens avec l'agriculture. Le dossier de l'acétamipride illustre ces tensions. En défendant une ligne très ferme contre le retour de certaines substances interdites, Monique Barbut s'est attiré les critiques d'une partie du monde agricole, tandis que les organisations écologistes refusent tout recul. Le débat est rapidement devenu politique. L'annonce de sa possible démission, puis son maintien après un entretien avec le Premier ministre, n'ont pas dissipé les interrogations. Cette séquence laisse l'impression d'une autorité fragilisée, à huit mois de l'élection présidentielle, où chaque arbitrage est désormais analysé à travers son impact électoral. Les agriculteurs réclament davantage de stabilité, tandis que les chasseurs attendent un dialogue fondé sur la connaissance des territoires. Les décisions concernant la gestion de la faune sauvage, les arrêtés de chasse ou les missions de l'OFB influencent directement leurs activités. Au-delà de la personne de Monique Barbut, c'est la capacité de l'État à bâtir des politiques publiques équilibrées qui est en jeu. La transition écologique ne pourra réussir ni contre les agriculteurs, ni contre les forestiers, ni contre les chasseurs, pas plus qu'elle ne peut ignorer les impératifs de préservation des écosystèmes. Les prochains mois diront si cette séquence n'était qu'un incident de parcours ou le symptôme d'un ministère dont l'autorité s'est progressivement érodée.
alabillebaude
La chasse... demain !