La maladie hémorragique épizootique (MHE) a connu en 2025 un recul aussi spectaculaire qu’inattendu en France. Après une année 2024 marquée par une très forte diffusion du virus, avec 3 906 foyers recensés entre le 1er juin 2024 et le 1er juin 2025, seuls cinq foyers ont été enregistrés au cours de la saison suivante. Quatre se situaient dans la Sarthe et un dans les Pyrénées-Atlantiques. Cette évolution constitue une véritable énigme pour les spécialistes. « Passer de 4 000 foyers en 2024 à 5 foyers en 2025 reste très surprenant », souligne Stephan Zientara, directeur du laboratoire de santé animale de l’Anses. La MHE est en effet une maladie virale transmise par des moucherons du genre Culicoides. Sa diffusion dépend donc largement de l’activité de ces insectes, elle-même influencée par les températures, l’humidité et les conditions météorologiques. Or, rien ne permettait a priori de prévoir une interruption aussi nette de la progression du virus. D’autant que de nombreux élevages bovins situés dans les régions encore épargnées demeuraient naïfs, c’est-à-dire sans immunité préalable. L’hypothèse d’une faible circulation du virus en 2025 est toutefois confortée par le très faible nombre de PCR positives détectées lors des mouvements d’animaux. Plusieurs explications peuvent être envisagées : conditions climatiques moins favorables aux vecteurs, évolution de la population de Culicoides, immunité acquise par une partie du cheptel après les vagues précédentes ou encore phénomènes liés au virus lui-même. Mais aucune hypothèse ne permet aujourd’hui d’expliquer à elle seule une rupture épidémiologique d’une telle ampleur. Ce recul ne signifie donc pas que la MHE a disparu. La maladie reste présente sur le territoire et pourrait reprendre sa progression lors d’une prochaine saison favorable aux insectes vecteurs. La situation invite surtout à la prudence : l’absence de circulation importante pendant une année ne garantit nullement que les troupeaux seront durablement protégés. Pour les éleveurs et les autorités sanitaires, cette accalmie constitue ainsi autant une bonne nouvelle qu’un sujet d’interrogation. Comprendre pourquoi le virus a quasiment disparu des radars en 2025 sera essentiel pour anticiper sa prochaine éventuelle résurgence et adapter la surveillance comme les stratégies de prévention.