Les interactions sociales sont nombreuses : vocalisations, postures, jeux, toilettage mutuel. Fait notable, les membres non reproducteurs participent à la protection des jeunes, un comportement coopératif rare chez les canidés chasseurs solitaires. La reproduction est strictement contrôlée au sein du groupe. Une seule femelle se reproduit, généralement une fois par an.
Après une gestation d’environ deux mois, elle met bas dans un terrier, souvent abandonné par un rongeur. Les portées comptent en moyenne deux à six louveteaux. Durant les premières semaines, la survie des jeunes dépend largement de l’entraide du groupe, qui apporte de la nourriture régurgitée et assure la défense du site contre les menaces. Mais ce mode de vie finement ajusté est aujourd’hui gravement menacé. Le principal danger qui pèse sur le loup d’Abyssinie n’est pas la chasse directe, mais la fragmentation de son habitat. Les hauts plateaux éthiopiens sont de plus en plus exploités pour l’agriculture et l’élevage. Routes, cultures et pâturages morcellent les territoires, isolant les populations les unes des autres et réduisant les possibilités de dispersion génétique. À cette pression s’ajoute une menace sanitaire majeure : les maladies transmises par les chiens domestiques. La rage et la maladie de Carré ont déjà décimé certaines populations locales en quelques semaines. Un simple contact avec un chien non vacciné peut suffire à déclencher une épidémie aux conséquences dramatiques pour une espèce aussi peu nombreuse. Classé « en danger » par l’UICN, le loup d’Abyssinie fait l’objet de programmes de protection ciblés. Vaccination des chiens, surveillance sanitaire, création d’aires protégées et travail avec les communautés locales constituent les piliers de sa conservation. Ces efforts ont permis de stabiliser certaines populations, sans toutefois inverser durablement la tendance. Animal fantôme des toits de l’Afrique, le loup d’Abyssinie incarne une autre facette du sauvage : celle d’une espèce discrète, parfaitement adaptée à son milieu, mais rendue fragile par la moindre perturbation. À l’heure où la biodiversité mondiale s’érode, il rappelle que certaines merveilles naturelles peuvent disparaître sans bruit, dans le silence des hautes montagnes.
