À cette contradiction s'ajoute une analyse pour le moins réductrice des causes du problème. Pour le président de la LPO, si les propriétaires débroussaillent insuffisamment, c'est avant tout parce que « cela coûte cher ». Personne ne contestera que le coût constitue un frein. Mais il est loin d'être le seul. Les représentants des forestiers évoquent depuis des années la multiplication des contraintes liées aux sites Natura 2000, aux espèces protégées, aux ZNIEFF ou encore aux prescriptions des DREAL. Autrement dit, la question ne se résume pas à une simple facture.
Elle tient aussi à une complexité réglementaire qui nourrit la crainte des recours et des contentieux. Le sénateur Jean Bacci résume d'ailleurs cette réalité en dénonçant moins les associations que la culture administrative qui s'est progressivement installée autour du principe de précaution. La contre-attaque d'Allain Bougrain-Dubourg, qui désigne la monoculture des pins des Landes comme principale responsable de la violence des incendies, relève du même procédé. Oui, la composition d'une forêt influence son comportement face au feu. Mais cela ne dispense en rien d'entretenir les pistes DFCI, de débroussailler les accotements ou de sécuriser les interfaces entre les habitations et les massifs forestiers. Même dans une forêt parfaitement diversifiée, ces travaux resteraient indispensables. C'est finalement là que réside le véritable débat. Depuis deux décennies, la protection de la biodiversité a progressivement pris une telle importance que de nombreux élus, propriétaires et gestionnaires forestiers hésitent parfois à intervenir de peur de se heurter à une réglementation toujours plus complexe. Personne ne remet en cause la nécessité de préserver les espèces. En revanche, il est légitime de s'interroger sur les conséquences d'un système où la multiplication des précautions finit parfois par compliquer les mesures destinées à prévenir des catastrophes dont les conséquences, elles, ne connaissent aucune dérogation. À vouloir protéger chaque espèce, chaque habitat et chaque parcelle, certains finissent peut-être par oublier qu'une forêt qui brûle n'épargne ni les oiseaux, ni la biodiversité, ni les hommes qui y vivent.
Les écolos à la peine : la LPO face à ses contradictions
ACCUEIL
>
>
Les écolos à la peine : la LPO face à ses contradictions