Lors d’un incendie de forêt, les premières estimations de superficie ne correspondent pas nécessairement à la surface réellement brûlée. Elles désignent généralement la zone parcourue par les flammes ou concernée par les opérations des pompiers. À l’intérieur de ce périmètre, certaines parties peuvent avoir été épargnées. Deux outils permettent d’évaluer l’étendue des incendies. Au niveau européen, le système Effis utilise des images satellites, dont les contours sont ensuite vérifiés par un opérateur. En France, les services d’incendie et de secours établissent parallèlement des estimations opérationnelles. Ces données sont diffusées pendant le sinistre et peuvent évoluer fortement. L’exemple de l’incendie parti de Ribaute, dans l’Aude, en 2025, illustre cette différence.
La surface initialement annoncée atteignait 17 000 hectares, avant d’être ramenée à environ 11 000 hectares réellement brûlés. L’écart dépassait ainsi 50 %. En Gironde, l’incendie de Saumos a été annoncé à 42 000 hectares par les autorités, tandis qu’Effis évaluait la surface impactée à 37 500 hectares. Le bilan définitif intervient plusieurs mois après l’extinction du feu. Les contours de la zone brûlée sont relevés au GPS, notamment avec l’appui de l’ONF, puis comparés à des images satellites prises avant et après l’incendie. Les secteurs où la végétation a été endommagée, qu’il s’agisse d’arbres, d’arbustes ou d’herbes, sont comptabilisés. Des vérifications de terrain peuvent compléter ces données. Les résultats sont intégrés à la Base de données sur les incendies de forêt en France (BDIFF), dont les données sont publiées au printemps suivant. Cette base ne recense que les feux de forêt et exclut notamment les incendies agricoles et certains feux de végétation. Les estimations opérationnelles dépassent souvent d’environ 20 % les mesures définitives, mais l’écart peut être beaucoup plus important selon la topographie et l’évolution du sinistre. Les interventions répétées des pompiers dans les mêmes secteurs peuvent également influencer les estimations réalisées pendant le feu. Effis présente l’avantage d’une grande rapidité, mais peut manquer certains incendies masqués par les nuages ou éteints entre deux passages satellitaires. Ses statistiques annuelles excluent aussi les feux de moins de 30 hectares et intègrent certains brûlages légaux, comme l’écobuage. La BDIFF repose, elle, sur des relevés plus précis mais nécessite plusieurs mois de traitement. Ces différences imposent également la prudence pour comparer les incendies actuels avec ceux des décennies précédentes, dont les surfaces étaient généralement exprimées en hectares parcourus.
Incendies de forêt : des chiffres à prendre... avec prudence
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Incendies de forêt : des chiffres à prendre... avec prudence