Selon lui, le grand tétras est avant tout victime de la transformation des forêts anciennes. L'exploitation croissante du bois entraîne la disparition des très gros arbres, la fermeture progressive des clairières naturelles et la simplification des structures forestières. Or ces éléments sont précisément ceux dont dépend l'espèce. Le tétras a besoin de forêts ouvertes et diversifiées offrant simultanément nourriture, abris et zones de reproduction.
Lorsque ces caractéristiques disparaissent, c'est l'ensemble de la chaîne écologique qui s'appauvrit. L'ancien scientifique observe également un recul d'autres composantes de la biodiversité associées à ces milieux. Insectes spécialisés, végétation caractéristique des vieilles forêts et microhabitats forestiers tendent à se raréfier. Pour lui, le déclin du grand tétras constitue ainsi un indicateur d'une dégradation plus globale des écosystèmes forestiers. Les chiffres illustrent cette tendance.
Dans les années 1970, les départements du Doubs et du Jura abritaient encore entre 500 et 600 grands tétras. Les estimations actuelles font état de moins de 300 individus. Cette diminution de près de moitié en cinquante ans alimente l'inquiétude des spécialistes quant à la viabilité à long terme des populations françaises. Au-delà du seul cas du grand tétras, cette situation pose la question de l'équilibre entre production forestière et conservation des milieux naturels. La forêt remplit aujourd'hui de multiples fonctions : économique, climatique, récréative, paysagère et écologique. Trouver un compromis entre ces différentes attentes constitue un défi majeur pour les gestionnaires des territoires. Malgré son pessimisme sur l'avenir de l'espèce dans le Jura, Bernard Leclercq refuse toutefois de renoncer à l'idée de transmission. Après une vie entière consacrée à la défense de la nature, il estime que la sensibilisation demeure l'un des leviers les plus importants. Son expérience d'enseignant l'a convaincu que le contact direct avec le vivant peut profondément modifier le regard porté sur l'environnement.
Grand tétras : un combat perdu d'avance ?
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Grand tétras : un combat perdu d'avance ?