Le développement des infrastructures de transport, l'urbanisation et certaines pratiques agricoles continuent de fragmenter les milieux naturels en France. Ce phénomène, qui morcelle les habitats et limite les déplacements de la faune, constitue aujourd'hui l'une des principales pressions exercées sur la biodiversité. Une étude du Service des données et études statistiques (SDES) permet d'en mesurer l'évolution entre 1990 et 2018 grâce à un nouvel indicateur : la taille effective de maille, qui évalue la superficie moyenne d'un espace naturel continu, sans obstacle écologique. Plus cette valeur est élevée, moins le territoire est fragmenté. En 2018, cette taille moyenne atteint 164 km² à l'échelle nationale. Les analyses mettent en évidence de fortes disparités géographiques. Les territoires les plus fragmentés correspondent aux grands pôles urbains, aux régions d'agriculture intensive, comme les Hauts-de-France ou la Beauce, ainsi qu'aux principaux axes de transport, notamment le couloir rhodanien et les vallées de la Seine, de la Loire et de la Garonne. Routes, autoroutes et voies ferrées constituent de véritables barrières écologiques pour de nombreuses espèces. À l'inverse, les grands massifs forestiers, comme les Landes ou la Sologne, ainsi que les zones montagneuses des Alpes, des Pyrénées, du Massif central ou de la Corse, conservent des espaces naturels plus continus et donc moins fragmentés. Dans les départements d'outre-mer, la fragmentation se concentre principalement sur les zones littorales, soumises à une forte pression urbaine et touristique. L'étude montre également une évolution dans le temps. Entre 1990 et 2000, la fragmentation s'est fortement accélérée avec la construction de nombreuses infrastructures autoroutières et ferroviaires. La taille effective de maille est ainsi passée de 213 km² à 172 km², soit une diminution moyenne de 4,1 km² par an. Depuis le milieu des années 2000, le phénomène se poursuit mais à un rythme beaucoup plus lent, avec une baisse moyenne de seulement 0,3 km² par an. Cette tendance nationale masque toutefois des situations locales contrastées. Certains territoires sont restés relativement stables depuis plus de trente ans. D'autres, à l'image du bocage normand, ont connu une forte dégradation liée à la création ou à l'élargissement de grands axes de communication. Si le ralentissement observé constitue un signal encourageant, les auteurs soulignent que la fragmentation continue de progresser et demeure un enjeu majeur pour la préservation de la biodiversité. La prise en compte de la continuité écologique dans les futurs projets d'aménagement apparaît plus que jamais indispensable afin de préserver les déplacements de la faune et le bon fonctionnement des écosystèmes.