
... L'heure n'est pourtant pas aux procès hâtifs. Les sapeurs-pompiers, les forestiers, les élus locaux et les services de l'État sont aujourd'hui engagés dans une lutte particulièrement difficile contre des incendies alimentés par des conditions météorologiques extrêmes. La priorité reste naturellement de protéger les populations, les habitations et les massifs. Mais une fois l'urgence passée, il faudra avoir le courage de tirer toutes les conséquences de ces événements.
Préparer une forêt ne consiste pas uniquement à replanter après un incendie. Cela suppose d'intégrer durablement le risque de mégafeu dans les choix d'aménagement. Les grands massifs devront probablement être davantage compartimentés par de véritables coupures de combustible pensées pour ralentir les flammes et faciliter l'intervention des secours. Les grands axes routiers pourraient constituer des lignes de défense permanentes grâce à des bandes débroussaillées suffisamment larges.
La gestion des rémanents, l'entretien des pistes, la disponibilité de réserves d'eau et la protection des zones humides devront également faire partie intégrante de cette stratégie. Il conviendra aussi d'engager un débat serein sur l'évolution des pratiques sylvicoles. Diversifier progressivement les essences là où cela est possible, varier les classes d'âge des peuplements, préserver les îlots de fraîcheur et maintenir une humidité favorable des sols ne relèvent plus seulement de considérations écologiques : ce sont désormais des enjeux de sécurité civile. Enfin, aucune doctrine ne pourra être efficace sans une véritable planification sur plusieurs décennies. Les incendies de 2022 avaient déjà montré que le climat changeait plus vite que nos habitudes de gestion. Ceux d'aujourd'hui confirment que la prévention ne peut plus être pensée comme une dépense facultative mais comme un investissement indispensable. L'objectif n'est pas de rechercher des responsables à chaud, mais de faire en sorte que les mêmes constats ne soient pas dressés après le prochain épisode exceptionnel. Faute de quoi, chaque été verra les mêmes images, les mêmes promesses… et les mêmes regrets.