Les bordures de champs constituent des espaces clés dans les paysages agricoles. Elles jouent un rôle important dans l’alimentation des insectes pollinisateurs, la protection des sols contre l’érosion et la conservation de certaines espèces végétales rares. Toutefois, ces bénéfices peuvent être contrebalancés par la présence de plantes adventices susceptibles d’entrer en concurrence avec les cultures. L’équilibre entre services rendus et risques agricoles dépend donc fortement des pratiques mises en œuvre à proximité des parcelles. Une étude nationale menée pendant cinq ans sur 458 parcelles réparties en France hexagonale et en Corse, dans des systèmes de céréales, de vigne et de maraîchage, a analysé ces interactions.
Les chercheurs ont évalué trois grands types de services : l’apport en ressources florales pour les pollinisateurs (diversité et abondance des plantes à fleurs), la contribution à la limitation de l’érosion grâce à une couverture végétale permanente, et la conservation d’espèces végétales peu communes dans les paysages agricoles. Parallèlement, ils ont mesuré la présence d’adventices problématiques pouvant réduire les rendements lorsqu’elles colonisent les cultures. Les résultats montrent que l’usage d’herbicides est le facteur ayant l’impact le plus négatif. Même sans traitement direct des bordures, ces produits diminuent la diversité végétale et l’ensemble des services écologiques étudiés. Paradoxalement, ils favorisent aussi l’installation d’adventices tolérantes et compétitives. L’utilisation de fertilisants produit des effets similaires en augmentant la fréquence d’espèces problématiques et en réduisant les plantes associées aux milieux plus naturels. Les fongicides et insecticides contribuent également à l’appauvrissement de la diversité florale. L’échelle paysagère joue un rôle déterminant : dans les communes où l’intensité d’usage des intrants est élevée, les bordures sont moins diversifiées, même si certaines parcelles adoptent des pratiques plus modérées. En revanche, des bordures plus larges, moins souvent fauchées et moins exposées aux traitements favorisent une flore plus riche et plus stable. Ces milieux bénéficient également à la petite faune sauvage. Une végétation diversifiée offre abri, nourriture et zones de reproduction aux insectes auxiliaires, aux araignées, aux petits mammifères, aux amphibiens et aux oiseaux des champs. En renforçant les chaînes alimentaires et en favorisant les régulations naturelles (notamment la prédation des ravageurs), les bordures contribuent indirectement à la santé globale des agroécosystèmes. Ainsi, des pratiques agricoles moins intensives et une gestion adaptée des bordures permettent de concilier production agricole et préservation de la biodiversité.
Flore des bordures de champs
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Flore des bordures de champs