La guerre en Ukraine a montré les limites des réponses exclusivement électroniques face aux drones FPV reliés par fibre optique. Insensibles au brouillage radio classique, ces appareils rapides peuvent constituer des cibles difficiles à neutraliser. Parmi les solutions de dernier recours figure pourtant une arme bien connue des chasseurs : le fusil de calibre 12. L’armée ukrainienne en a notamment équipé certains combattants, tandis que la France a développé des moyens similaires. L’armée de Terre vient ainsi de recevoir 400 Benelli M4 AI Drone Guardian, conçus pour employer une munition antidrone à grenaille de tungstène. Leur portée optimale annoncée est de quelques dizaines de mètres, avec une capacité pouvant aller jusqu’à une centaine de mètres. Mais cette recherche de portée pourrait conduire à ressortir des archives une arme autrement plus imposante : la canardière. Historiquement utilisée pour la chasse au gibier d’eau, cette très grosse arme à grenaille était montée sur un affût ou sur une embarcation, son poids et son recul interdisant pratiquement le tir à l’épaule. Elle a notamment été employée aux 19e et au début du 20e siècle par des chasseurs professionnels ou pratiquant une chasse commerciale, avant d’être progressivement interdite en raison de son caractère particulièrement destructeur et non sélectif. Il existait en réalité deux familles. Le « fusil canardier », de gros calibre, pouvait tirer une charge de grenaille pouvant aller jusqu’à 100 grammes pour une distance utile de l’ordre de 80 à 100 mètres. Le « canon canardier », beaucoup plus massif et monté sur affût, constituait une autre catégorie : ces armes pouvaient mesurer plus de 2,50 mètres, peser plusieurs dizaines de kilos et projeter de 150 à 600 grammes de grenaille, avec des portées supérieures à 150 mètres. C’est précisément ce qui rend la comparaison avec le calibre 12 intéressante sur le papier. Une telle gerbe pourrait couvrir une zone plus importante et conserver une portée supérieure à celle d’un fusil classique. Mais l’analogie s’arrête vite : une canardière est lourde, encombrante, peu mobile et conçue historiquement pour des cibles lentes ou groupées. Son emploi contre un drone moderne poserait en outre d’évidents problèmes de sécurité et de réglementation. La canardière serait donc moins une solution opérationnelle qu’une piste historique étonnante : celle d’un très gros « fusil à grenaille » dont les caractéristiques dépassaient largement celles du calibre 12.