Des emblèmes menacés de disparition

Cette contradiction est au cœur des travaux menés par l'écologue français Ugo Arbieu, chercheur à l'Université Paris-Saclay et fondateur de l'initiative The Wild League. Avec une équipe internationale de chercheurs, il a recensé les espèces utilisées dans les noms, logos et surnoms d'équipes évoluant dans les premières divisions de dix sports collectifs à travers le monde. Leurs conclusions, publiées dans la revue scientifique BioScience, sont édifiantes : 27 % des espèces utilisées comme emblèmes sportifs sont aujourd'hui menacées d'extinction à des degrés divers. Plus inquiétant encore, certaines sont classées en danger critique par l'UICN. C'est notamment le cas du rhinocéros noir, de la baleine bleue, des éléphants d'Afrique et d'Asie ou encore du tigre. Pour le chercheur, cette omniprésence symbolique pourrait devenir un puissant levier de sensibilisation. Le paradoxe est saisissant : jamais les animaux n'ont été aussi présents dans notre culture populaire, alors même que nombre d'entre eux disparaissent progressivement de leur milieu naturel sous l'effet de la destruction des habitats, du braconnage ou des conflits avec les activités humaines. Le sport, formidable caisse de résonance médiatique, pourrait-il contribuer à inverser cette tendance ?

 

Du symbole à l'action : le pari du football

C'est précisément l'ambition portée par The Wild League. L'objectif n'est pas de transformer les clubs de football en associations environnementales, mais de s'appuyer sur leur capacité de mobilisation pour sensibiliser des millions de supporters aux enjeux de la biodiversité. L'initiative prévoit d'accompagner plusieurs organisations sportives afin qu'elles développent des actions concrètes en faveur de leur espèce emblématique. Campagnes d'information dans les stades, interventions pédagogiques auprès des jeunes licenciés, formations destinées aux dirigeants et aux athlètes, collectes de fonds ou partenariats avec des structures de conservation figurent parmi les pistes envisagées. Une manière de donner un sens nouveau à ces emblèmes qui peuplent les maillots et les tribunes. L'idée n'est toutefois pas totalement inédite. En 2014, lors de la Coupe du monde organisée au Brésil, « Fuleco », un tatou à trois bandes, menacé d'extinction, avait été choisi comme mascotte officielle. Si cette initiative avait permis d'attirer l'attention sur l'espèce, ses retombées concrètes en matière de conservation sont restées limitées. Douze ans plus tard, le Mondial 2026 offre peut-être une seconde chance. À une époque où le football cherche à affirmer sa responsabilité sociale et environnementale, la question mérite d'être posée : les animaux doivent-ils demeurer de simples outils marketing, ou le sport le plus populaire au monde peut-il devenir un véritable allié de la biodiversité ?

 

Les animaux du Mondial 2026

- Élan (Canada) : le plus grand cervidé d'Amérique du Nord, symbole des vastes espaces forestiers canadiens ;

- Pygargue à tête blanche (États-Unis) : emblème national américain depuis 1782, longtemps menacé avant le succès des programmes de conservation ;

- Jaguar (Mexique) : plus grand félin du continent américain, confronté à la fragmentation de son habitat ;

- Lion de l'Atlas (Maroc) : disparu à l'état sauvage au cours du XX? siècle, il demeure un puissant symbole national ;

- Yatagarasu (Japon) : corbeau mythologique à trois pattes, associé à la guidance et à la renaissance dans la tradition japonaise ;

- Kangourou (Australie) : figure incontournable de l'identité australienne, dont certaines populations sont aujourd'hui confrontées aux bouleversements environnementaux.

Une espèce admirée, dessinée sur un maillot ou célébrée dans un stade mérite sans doute davantage qu'un simple rôle de mascotte. À l'heure où le football revendique un engagement sociétal croissant, il pourrait aussi devenir un formidable ambassadeur du vivant.