Alors que les activités anthropiques continuent de s’étendre à l’échelle mondiale, l’empiètement du bétail dans les habitats de la faune sauvage menace de plus en plus les équilibres écologiques, notamment en modifiant les interactions entre espèces. Des millions d’ongulés sauvages partagent désormais les ressources végétales avec les herbivores domestiques, subissant une double pression liée à la concurrence et au stress nutritionnel provoqué par la diminution de la qualité des fourrages. Si de nombreuses recherches ont étudié les interactions potentielles entre espèces sauvages et domestiques, une synthèse quantitative de leur ampleur et de leurs principaux déterminants faisait jusqu’ici défaut. Les chercheurs ont réalisé une méta-analyse portant sur 57 études évaluées par des pairs, représentant 329 cas, afin d’étudier à l’échelle mondiale le partage des ressources alimentaires entre ongulés sauvages et bétail. Les résultats montrent que les caractéristiques des espèces sauvages ainsi que le type d’élevage influencent significativement l’intensité de cette concurrence. Les conditions climatiques, les précipitations annuelles et l’importance des activités humaines modifient également les relations observées. Les régions polaires et les espèces de grande taille apparaissent particulièrement sensibles aux perturbations anthropiques. À l’inverse, dans les secteurs bénéficiant de précipitations abondantes, les variations d’intensité du partage alimentaire sont moins importantes. Ces résultats montrent que les relations entre herbivores sauvages et domestiques dépendent d’une combinaison de facteurs écologiques et humains. Pour les chercheurs, la conservation doit donc intégrer plusieurs leviers : réduire les perturbations dans les régions polaires, mieux coordonner la gestion du pâturage et la limitation des activités humaines dans les grands habitats d’ongulés, ou encore adapter la composition des troupeaux et l’apport d’aliments complémentaires dans les régions tropicales ou pauvres en eau. Le chevauchement alimentaire ne constitue toutefois qu’un des paramètres à prendre en compte : il doit être croisé avec les autres menaces pesant sur les populations sauvages afin d’obtenir une évaluation plus complète des risques de conservation.