La Commission européenne a relancé, en février, une procédure visant la chasse traditionnelle de la palombe aux filets, estimant que la France ne respecterait pas pleinement les exigences de la directive européenne dite « Oiseaux ». Cette réglementation encadre strictement les méthodes de capture des espèces sauvages, et impose plusieurs critères : sélectivité des techniques utilisées, captures en quantités limitées, contrôle administratif strict, et absence d’alternatives jugées satisfaisantes. Selon les représentants de la FNC, la pratique française respecte pourtant ces exigences. Les captures annuelles de pigeons ramiers et colombins sont estimées à environ 70 000 individus, un niveau considéré comme très inférieur au seuil de durabilité pour des espèces classées en « préoccupation mineure » par l’UICN. Les filets utilisés dans les palombières, qu’ils soient horizontaux au sol ou verticaux dans les arbres, sont installés de manière ciblée afin d’attirer uniquement les pigeons. Des études menées sur le terrain avancent un taux de sélectivité supérieur à 99 %, les captures accidentelles étant immédiatement relâchées. Au-delà de la dimension réglementaire, les chasseurs rappellent que cette pratique s’inscrit dans une gestion globale des populations de pigeons. Le pigeon ramier, en particulier, connaît depuis plusieurs décennies une expansion démographique notable en Europe occidentale. Cette progression s’accompagne localement de dégâts agricoles significatifs, notamment dans les cultures de tournesol, de maïs ou de céréales d’hiver. Dans plusieurs départements, l’espèce figure d’ailleurs sur la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD), ce qui autorise des opérations de régulation afin de limiter les pertes pour les exploitations agricoles. Dans ce contexte, les défenseurs des chasses traditionnelles estiment que les palombières constituent un outil complémentaire de gestion de la faune sauvage. Contrairement à la chasse au fusil, non soumise à des quotas précis, la capture au filet est strictement encadrée et repose sur un nombre limité d’installations et de jours de pratique. Les acteurs du monde cynégétique soulignent également la dimension patrimoniale et scientifique de cette activité. Dans plusieurs régions du sud-ouest, les palombières représentent un élément important du paysage rural et participent à la transmission de savoir-faire anciens. Elles permettent aussi la mise en place d’opérations de baguage et de suivi des migrations, contribuant à l’amélioration des connaissances scientifiques sur les populations de pigeons migrateurs. Face aux critiques de Bruxelles, l’État français poursuit donc le dialogue avec la Commission européenne, en s’appuyant sur des données techniques et scientifiques destinées à démontrer la sélectivité et la durabilité de cette chasse traditionnelle.