Le réchauffement climatique allonge la période durant laquelle les arbres peuvent pousser, mais cette saison plus longue ne signifie pas forcément davantage de bois. Une étude publiée dans la revue Science, à laquelle ont contribué le laboratoire Silva (Université de Lorraine, AgroParisTech, INRAE) et le WSL, montre que la quantité produite dépend surtout de la vitesse à laquelle les cellules du bois se forment.
Les chercheurs ont étudié la xylogenèse, le processus de fabrication du xylème, le tissu qui constitue le bois, qui conduit l’eau et les sels minéraux et assure le soutien de l’arbre. Sous l’écorce, une fine couche appelée cambium produit de nouvelles cellules. Même si la hausse des températures peut prolonger son activité, elle n’accélère pas indéfiniment leur formation. Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont rassemblé des données portant sur plus de vingt espèces de conifères, réparties sur plus de cent sites de l’hémisphère Nord. Au total, plus de 50 000 échantillons de bois et 400 000 observations anatomiques ont été analysés. Les chercheurs ont prélevé chaque semaine de minuscules carottes de bois pour mesurer la formation des cellules. Les effets du réchauffement diffèrent selon les régions.
Dans les forêts boréales, où les températures restent basses, une saison de croissance prolongée peut favoriser la production de bois. Dans les forêts tempérées et méditerranéennes, le bénéfice est plus limité : le manque d’eau et le ralentissement de la formation cellulaire peuvent réduire, voire annuler, l’effet d’une période de croissance plus longue. À mesure que le climat se réchauffe, les forêts boréales pourraient perdre cet avantage. Ces résultats nuancent l’idée selon laquelle des arbres actifs plus longtemps captureraient nécessairement davantage de carbone. Le stockage du carbone dépend de plusieurs mécanismes, et la formation du bois n’en représente qu’une partie. Toutefois, lorsque la production de matière ligneuse ralentit, la quantité de carbone incorporée durablement dans les troncs peut également diminuer. Pour Cyrille Rathgeber, chercheur au laboratoire Silva, les modèles destinés à prévoir l’évolution des forêts doivent tenir compte non seulement de la durée de croissance, mais aussi de la vitesse de formation du bois. Cette distinction est essentielle pour mieux anticiper la réponse des écosystèmes forestiers au changement climatique et leur rôle dans le cycle du carbone.
Changement climatique : les arbres poussent-ils plus vite ?
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Changement climatique : les arbres poussent-ils plus vite ?