Réunie à Marseille, le  samedi 20 juin, à l'occasion de son assemblée générale et des 50 ans de la loi de 1976 sur la protection de la nature, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a dressé un bilan inquiet de l'état de la biodiversité en France. Conférences, tables rondes, remises de distinctions et interventions de scientifiques se sont succédé pour rappeler les combats historiques de l'association, et dénoncer les reculs qu'elle estime constater en matière de protection de la nature. Depuis plus d'un siècle, la LPO s'est imposée comme l'une des principales associations environnementales françaises. Protection des oiseaux, création de refuges, sensibilisation du public, recours juridiques, inventaires scientifiques, participation aux politiques de conservation ou encore mobilisation de dizaines de milliers de bénévoles : son engagement est incontestable. L'association revendique aujourd'hui des millions de données naturalistes collectées chaque année et un rôle de premier plan dans la défense des espèces et des habitats naturels. Mais au-delà de ce rappel de ses réussites, ce congrès a surtout laissé l'impression d'une organisation sur la défensive. Face aux évolutions politiques, aux arbitrages économiques et aux débats de société, les dirigeants de la LPO semblent davantage constater les difficultés qu'esquisser une véritable stratégie pour les surmonter. La déclaration finale de son président, Allain Bougrain-Dubourg, en est l'illustration. « La protection de la biodiversité se décompose, elle s'émiette, elle se ronge », a-t-il affirmé avant de s'interroger : « Que reste-t-il de ce mot protection ? » Un discours alarmiste qui dresse un inventaire des échecs, des menaces et des renoncements, sans proposer de nouvelles perspectives capables de fédérer au-delà du cercle des convaincus. À force de dénoncer les reculs, la LPO donne parfois le sentiment de subir les événements plus que de les influencer. Son plaidoyer repose sur un constat largement partagé de l'érosion de la biodiversité, mais peine à dessiner un projet mobilisateur conciliant protection de la nature, activités humaines et réalités des territoires. Au terme de ce congrès anniversaire, une question demeure : comment une association qui fut longtemps une force de proposition entend-elle retrouver un rôle moteur dans le débat public ? Car si le diagnostic est sévère, l'absence de vision pour l'avenir laisse planer un doute. À écouter son président, la LPO semble aujourd'hui avoir, elle aussi, quelques plombs mal placés...