Dimanche 6 septembre 2026 : Château de Maulnes (Yonne) : Fête de la Chasse

Pluie, vers et sangliers : le trio explosif

Après plusieurs semaines de sécheresse, les premières pluies ne font pas seulement reverdir les paysages. Elles peuvent aussi déclencher une véritable ruée alimentaire chez les sangliers. Et, très souvent, les premiers dégâts spectaculaires apparaissent… sur les bords de route. Un phénomène qui n’a rien de mystérieux et qui s’explique par l’interaction entre le sol, la pluie, les vers de terre et le comportement alimentaire des animaux. Lorsque la sécheresse s’installe, les vers de terre, particulièrement sensibles au manque d’humidité, gagnent les couches profondes du sol. Ils y trouvent des conditions moins défavorables et peuvent ainsi échapper temporairement à la chaleur et au dessèchement de la surface. Pour les sangliers, cette ressource alimentaire devient alors beaucoup plus difficile à atteindre. Or, le ver de terre constitue une nourriture particulièrement riche en protéines. Quand surviennent les premières pluies, après plusieurs semaines durant lesquelles l’accès à cette ressource est devenu plus difficile, les conditions changent rapidement. L’humidité regagne les couches superficielles du sol et les vers peuvent se rapprocher de la surface. L’instinct de recherche alimentaire des sangliers les pousse alors à prospecter les secteurs susceptibles d’abriter ces proies. C’est là que les bords de route prennent une importance particulière. Une chaussée constitue une surface largement imperméable : l’eau de pluie ne peut pratiquement pas y pénétrer. Elle ruisselle donc vers ses accotements et les fossés. Lors des premières précipitations importantes, ces bordures peuvent recevoir une part importante de cette eau ruisselée. Le sol y retrouve ainsi plus rapidement des conditions d’humidité favorables à l’activité des vers. Le premier mètre de bordure peut alors devenir une véritable « table » pour les sangliers. Leur groin fouille le sol meuble, retourne les feuilles, soulève les petites mottes et recherche les vers et autres invertébrés qui profitent de l’humidification du terrain. Les dégâts sont immédiatement visibles : la terre est retournée en bandes parfois continues le long de la chaussée. Ce comportement explique pourquoi les premières traces de quête alimentaire peuvent apparaître très rapidement après une pluie, parfois avant même que les dégâts ne deviennent importants ailleurs. Il faut toutefois considérer le phénomène à l’échelle du paysage : toutes les bordures routières ne réagissent pas de la même manière. La nature du sol, la végétation, l’intensité des précipitations ou encore la disponibilité d’autres ressources alimentaires jouent également un rôle. Mais lorsque sécheresse, pluie et manque de protéines se conjuguent, le trio devient explosif : les vers remontent, les sangliers arrivent et… les bords de route trinquent !


La WOAH renforce la surveillance de la santé de la faune

Réunie en session générale, l’Organisation mondiale de la santé animale (WOAH) a adopté une nouvelle Stratégie de santé de la faune pour 2026-2030. Cette organisation intergouvernementale, créée en 1924 et anciennement connue sous le nom d’OIE, rassemble aujourd’hui près de 190 pays. Elle établit des normes internationales et coordonne les efforts de ses membres pour prévenir et combattre les maladies animales, tout en contribuant à la protection de la santé publique et du bien-être animal. Avec cette nouvelle stratégie, la WOAH entend faire de la santé de la faune sauvage une priorité internationale. L’objectif est de mieux prévenir, détecter et combattre les maladies susceptibles de circuler entre animaux sauvages, animaux domestiques et humains. Une nécessité alors que les interactions entre ces trois mondes se multiplient sous l’effet de l’évolution des paysages, du changement climatique, des échanges internationaux et de la pression exercée sur les écosystèmes. La stratégie repose notamment sur une surveillance renforcée des populations sauvages. Le principe est simple : détecter plus rapidement l’apparition d’une maladie permet de réagir avant qu’elle ne se transforme en crise sanitaire. Pour améliorer cette surveillance, la WOAH poursuit le développement de WAHIS, son système mondial d’information sur la santé animale, et déploie WildEpi, une nouvelle plateforme destinée à recueillir et analyser les événements sanitaires touchant la faune sauvage. Cette dernière doit permettre aux professionnels autorisés de partager des informations presque en temps réel sur les maladies, les mortalités inhabituelles ou les autres événements sanitaires. Elle intègre également des outils d’intelligence artificielle, notamment pour faciliter l’identification des espèces. La WOAH insiste toutefois sur un point essentiel : aucun système de surveillance ne peut fonctionner efficacement en vase clos. Vétérinaires, chercheurs, laboratoires, gestionnaires d’espaces naturels, services de l’État et acteurs de la conservation doivent partager leurs observations et leurs données. Cette approche relève directement du concept « Une seule santé » (One Health), qui considère que la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes sont étroitement liées. La nouvelle stratégie ne se limite donc pas à établir des principes. Elle prévoit également des projets régionaux, des formations et des partenariats destinés à renforcer les capacités locales. Pour la faune sauvage, l’enjeu est majeur : mieux connaître son état sanitaire, c’est pouvoir détecter plus tôt les menaces, protéger les populations animales et réduire les risques de transmission des maladies aux élevages et à l’homme. La surveillance devient ainsi un véritable outil de prévention, au service de la biodiversité comme de la santé mondiale.


La semaine en bref...

- Cantal : un chasseur de 83 ans a été retrouvé mort, samedi 22 août, dans la Truyère, à Neuvéglise-sur-Truyère. L’homme, qui résidait dans la commune, était parti en fin d’après-midi chasser le canard dans les gorges de la Truyère, en aval du barrage de Lanau. Vers 17 heures, il avait quitté son domicile pour rejoindre son secteur de chasse. Ne le voyant pas rentrer, sa famille a donné l’alerte auprès de la gendarmerie vers 20 heures. D’importants moyens ont alors été mobilisés pour tenter de le retrouver durant la nuit. Un drone équipé d’une caméra thermique a notamment été engagé, sans permettre de localiser le chasseur. Les recherches ont repris le lendemain matin avec les gendarmes de Saint-Flour, les secouristes du PGHM de Murat, ainsi que l’hélicoptère du DAG d’Égletons et une embarcation légère. Le corps sans vie de l’octogénaire a finalement été découvert en contrebas du secteur où il chassait, dans le lit de la Truyère. Selon les premiers éléments rapportés, le chasseur aurait été surpris par un lâcher d’eau provenant du barrage de Lanau. Les circonstances précises de l’accident devront toutefois être établies par l’enquête.

 

- Gard : les chasseurs concernés par la pratique de la chasse dans le Parc national des Cévennes sont invités à venir retirer leur carte de chasse à l’occasion d’une permanence organisée le vendredi 4 septembre 2026, de 17 h 30 à 19 h 30. La remise des cartes se déroulera à la salle polyvalente de Génolhac. L’information a été publiée le 21 août par la mairie de Concoules sur son espace d’information communal, confirmant ainsi la date, les horaires et le lieu du rendez-vous.

 

- Haute-Garonne : avant que ne résonne le brame automnal, les cerfs élaphes des Pyrénées centrales font l’objet d’un suivi attentif. En Haute-Garonne, la FDC organise chaque année, au mois d’août, des comptages nocturnes sur des parcours définis. Ces opérations sont réalisées avec l’ONF et les chasseurs locaux, selon le protocole INA (Indice nocturne d’abondance), validé par l’OFB. L’objectif n’est pas simplement de compter les animaux aperçus, mais de disposer d’indicateurs comparables permettant de suivre l’évolution des populations au fil des années. Un enjeu important, alors que le cerf élaphe connaît une forte expansion en France. Intégrés au programme ICE Occitanie, ces suivis sont complétés par des données biométriques sur les animaux. Ils doivent notamment aider à maintenir l’équilibre entre cerfs, agriculture et forêt, en permettant d’adapter les prélèvements à la situation observée localement. Les résultats seront présentés dans le prochain carnet cynégétique, avant que les campagnes suivantes ne permettent d’évaluer les mesures de gestion mises en œuvre...

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Madame Rousseau : qui sème le vent…

Il faut parfois savoir remercier ceux qui, par leurs excès, rendent un service inattendu. Madame Rousseau vient peut-être de nous en offrir l’occasion. Lors de l’université d’été du mouvement REV, la députée a appelé ses sympathisants à se rendre dans les forêts et les campagnes à l’ouverture de la chasse afin de « l’empêcher » et de se tenir « face à eux (les chasseurs), physiquement ». La FNC a donc logiquement annoncé une plainte et plusieurs saisines des pouvoirs publics. Sur le fond, chacun est évidemment libre d’être hostile à la chasse et de réclamer son interdiction. C’est le jeu démocratique. Mais appeler à une confrontation physique avec des citoyens qui exercent une activité légale est d’une tout autre nature. Et lorsque ces propos viennent d’une députée de la République, potentiellement candidate à l’élection présidentielle de 2027, on est en droit d’attendre davantage de responsabilité. Alors, puisque Madame Rousseau souhaite mobiliser « ce peuple de l’écologie », pourquoi ne pas transformer cette provocation en une occasion de mesurer très concrètement son audience ? Notre suggestion est simple : ne répondons surtout pas à la confrontation par la confrontation. Comptons ! Le jour de l’ouverture, chaque société de chasse pourrait simplement photographier, dans le respect des règles, les éventuels manifestants venus répondre à l’appel de la dame, puis transmettre ces informations à sa Fédération départementale. Les FDC pourraient ensuite établir un bilan départemental, et faire remonter le résultat à la FNC. Combien seront-ils réellement ? Dix ? Cent ? Mille ? Dix mille ? Davantage ? Nous découvririons ainsi le véritable poids de cette mobilisation annoncée à grands renforts de déclarations martiales. Car entre appeler à la confrontation depuis une tribune et être effectivement présent sur le terrain, il existe parfois un monde. Et surtout, les chasseurs n'ont aucune raison de tomber dans le piège tendu. Pas de provocation, pas de surenchère, pas de face-à-face recherché. La meilleure réponse à une tentative de rapport de force reste le sang-froid, la légalité et… les chiffres. Madame Rousseau voulait peut-être démontrer la puissance de son mouvement. Très bien. Qu’elle nous permette donc d’en mesurer l’importance...


Cerf : quand quelques maîtres de place assurent l'avenir de toute une population

Chaque automne, durant quelques semaines seulement, les forêts européennes deviennent le théâtre d'un phénomène biologique d'une exceptionnelle intensité : le brame du cerf. Derrière les raires impressionnants, les affrontements spectaculaires et les démonstrations de puissance, se cache un processus évolutif fondamental. L'objectif n'est pas de désigner le plus beau cerf, mais le reproducteur le plus performant. Chez cette espèce fortement polygynique, tous les mâles n'ont pas les mêmes chances de se reproduire. Une infime proportion d'entre eux, appelés « maîtres de place », concentre l'essentiel des accouplements, assurant ainsi la transmission des caractères les mieux adaptés à leur environnement. Le maître de place est un cerf adulte, généralement âgé de plus de 8 ans, ayant atteint sa pleine maturité physique et comportementale. Contrairement à une idée largement répandue, ses bois, aussi impressionnants soient-ils, ne constituent pas son seul atout. Sa réussite repose sur un ensemble de critères : masse corporelle, condition physique, équilibre hormonal, expérience des combats, capacité à économiser son énergie, qualité des vocalisations et aptitude à contrôler un harpail (harem de biches). Les travaux pionniers de l'éthologue britannique Tim Clutton-Brock, notamment dans la célèbre population de l'île de Rum en Écosse, ont démontré que la hiérarchie sociale des mâles constitue le principal déterminant du succès reproducteur. Les analyses génétiques réalisées depuis les années 1990 confirment ce phénomène avec une remarquable constance. Dans une population naturelle, environ 10 à 20 % des mâles adultes assurent entre 60 et 80 % des fécondations, selon les années et la structure démographique (Pemberton et al., 1992 ; Kruuk et al., 2002). Les maîtres de place les plus dominants peuvent ainsi féconder 15 à 30 biches, parfois davantage lorsque les densités sont élevées...

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Sanglier : faut-il interdire le nourrissage ?

Il faut d’abord remettre les mots à leur place. Trop souvent confondu avec l’agrainage, le nourrissage des sangliers doit être interdit sans ambiguïté. Il ne devrait souffrir qu’une éventuelle exception : celle de conditions météorologiques véritablement extrêmes, lorsque le gel durable et profond rend la nourriture naturelle totalement inaccessible. L’agrainage, en revanche, est une question autrement plus complexe. Les prises de position opposées des Fédérations des chasseurs de la Marne et de l’Aisne montrent d’ailleurs que le débat est loin d’être clos. Alors, tempête dans un verre d’eau ou manque d’imagination ? Le problème est peut-être ailleurs : nous manquons toujours de chiffres et, surtout, de seuils clairement définis. Aujourd’hui, de nombreuses fédérations départementales conseillent aux chasseurs de viser un prélèvement maximum de l’ordre de sept sangliers pour 100 hectares. Mais il ne s’agit que d’une recommandation. Pourquoi ne pas officialiser une fois pour toutes un seuil de référence, quitte à l’adapter aux caractéristiques des territoires ? Car, en l’absence de limite claire, chacun peut légitimement contester les reproches qui lui sont adressés. « Il y a trop de sangliers chez vous », entend-on régulièrement. Mais ce « trop », à quoi correspond-il exactement ? À dix animaux aux 100 hectares ? À vingt ? À cinquante ? Et surtout, qui décide ? Fixer un objectif commun permettrait de sortir de ces querelles souvent stériles. Chasseurs, agriculteurs, propriétaires et gestionnaires disposeraient enfin d’une référence partagée. À partir de là, les mesures à prendre deviendraient beaucoup plus faciles à justifier. Revenons donc au débat qui crée actuellement des tensions entre la Marne et l’Aisne. Pourquoi ne pas adopter une règle simple, lisible et contrôlable ? Les sociétés qui prélèvent moins de sept sangliers aux 100 hectares pourraient continuer à pratiquer l’agrainage, dans les conditions réglementaires prévues. En revanche, celles qui dépassent durablement et largement ce seuil devraient se voir imposer sa suspension, jusqu’au retour à une situation compatible avec l’objectif fixé. Trop simple ? Peut-être. Mais parfois, la bonne gestion commence précisément par des règles simples, mesurables et identiques pour tous. Et surtout, ne mélangeons plus les deux sujets : le nourrissage entretient artificiellement les animaux ; l’agrainage doit être considéré comme un outil de gestion, dont la pertinence est de pouvoir être évaluée au regard des résultats obtenus.


Grands prédateurs : l’État entrouvre enfin les yeux, les ayatollahs de la protection fulminent...


Il aura fallu des années de dégâts, d’attaques répétées contre les troupeaux, de tensions croissantes dans les campagnes et une progression inexorable des grands prédateurs pour que l’État consente enfin à desserrer quelque peu l’étau. Effarouchements, tirs de dissuasion, tirs de défense et possibilités d’intervention élargies : la politique française commence, timidement, à intégrer une évidence que les gens de terrain répètent depuis longtemps : un grand prédateur qui progresse n’est pas seulement une donnée statistique, c’est une réalité quotidienne pour ceux qui vivent avec lui. Cependant, il ne faut surtout pas aller trop vite... Pour les défenseurs les plus acharnés du loup et de l’ours, le moindre tir devient une catastrophe, le moindre prélèvement une atteinte insupportable à la biodiversité et la protection des troupeaux une préoccupation secondaire. Derrière les grands discours sur la « coexistence », ce sont pourtant les éleveurs qui supportent les conséquences concrètes : animaux tués ou blessés, troupeaux désorganisés, surveillance accrue et pression permanente sur le pastoralisme. Et lorsqu’il s’agit de l’ours, certains réclament déjà de nouveaux lâchers au nom de la diversité génétique et agitent la menace de la consanguinité. Peu importe, semble-t-il, que le terrain pyrénéen soit déjà confronté à des conflits récurrents. La logique reste la même : toujours plus de prédateurs, toujours plus de contraintes pour ceux qui doivent les subir. Le loup fournit un autre exemple particulièrement spectaculaire. En Haute-Marne, l’OFB a détecté cet été neuf louveteaux d’une même meute. Après les sept jeunes observés en 2025, cette nouvelle reproduction illustre la capacité de l’espèce à s’installer et à se reproduire rapidement dans des territoires où sa présence était encore récente. Face à cette dynamique, continuer à présenter chaque intervention comme une remise en cause de la biodiversité relève d’une posture idéologique. La question n’est plus de savoir si le loup ou l’ours ont leur place dans la nature française : la question est de savoir jusqu’où la société acceptera de reculer pour leur laisser cette place. Et c’est là que le discours de certains militants pose problème. Leur défense absolue des prédateurs s’accompagne trop souvent d’une défiance assumée envers la chasse et ceux qui la pratiquent. Le chasseur, pourtant acteur historique de la gestion de la faune, devient alors le coupable idéal. L’État commence heureusement à comprendre que la conservation ne peut pas être une religion. Un territoire n’est pas un sanctuaire réservé aux prédateurs et à leurs défenseurs. Il appartient aussi à ceux qui y vivent, y travaillent, élèvent leurs animaux et entretiennent les paysages. Les grands prédateurs ont désormais leur place. Reste à savoir si leurs défenseurs accepteront enfin que l’homme ait aussi la sienne.


Sandrine Rousseau : quand le débat politique cède la place à l’appel à la confrontation

Il y a des déclarations politiques que l’on peut combattre sur le fond. Il y en a d’autres qui laissent un goût amer, parce qu’elles franchissent une limite que l’on croyait pourtant solidement établie dans une démocratie. À l’université d’été du mouvement d’Aymeric Caron, Sandrine Rousseau a appelé ses sympathisants à se rendre dans les forêts et les campagnes à l’ouverture de la chasse pour « empêcher » celle-ci, et se tenir « face à eux (les chasseurs), physiquement ». Ces mots sont graves. Non parce qu’ils émanent d’une adversaire de la chasse, chacun est parfaitement libre de ses idées, mais parce qu’ils semblent transformer le chasseur, citoyen pratiquant une activité légale, en adversaire qu’il faudrait aller affronter sur le terrain. On peut contester la chasse dans les assemblées, dans les médias, dans les urnes. On peut réclamer sa réforme ou son interdiction. Mais organiser, encourager ou banaliser la confrontation physique n’est pas une méthode acceptable dans une République apaisée. D’autant que l’obstruction concertée à une action de chasse est elle-même sanctionnée par le Code de l’environnement. Et puis vient une question que cette déclaration impose : que représente réellement cette mouvance ? Combien sont-ils, ceux qui se reconnaissent dans ces appels à l’affrontement ? Quelques militants visibles sur les réseaux sociaux peuvent-ils prétendre parler au nom d’une majorité silencieuse ? Le jour où certains seront invités à « faire face physiquement » aux chasseurs, il serait presque tentant que les chasseurs fassent, eux aussi, les comptes. Non pas pour répondre à la provocation par la provocation, mais simplement pour mesurer, sur le terrain démocratique, combien seront réellement ceux venus répondre à l’appel de la dame Rousseau. La chasse rassemble plus de 900 000 pratiquants annuels, au sein d’un réseau de près de 70 000 associations. Voilà une réalité sociale autrement plus consistante qu’une mouvance dont personne ne semble même connaître les effectifs. Mais le plus triste reste ailleurs. Voir une députée de la République, et candidate potentielle à la magistrature suprême, employer un vocabulaire qui rapproche dangereusement le militantisme de l’affrontement laisse une aversion certaine.


Incendies de forêt : des chiffres à prendre... avec prudence

Lors d’un incendie de forêt, les premières estimations de superficie ne correspondent pas nécessairement à la surface réellement brûlée. Elles désignent généralement la zone parcourue par les flammes ou concernée par les opérations des pompiers. À l’intérieur de ce périmètre, certaines parties peuvent avoir été épargnées. Deux outils permettent d’évaluer l’étendue des incendies. Au niveau européen, le système Effis utilise des images satellites, dont les contours sont ensuite vérifiés par un opérateur. En France, les services d’incendie et de secours établissent parallèlement des estimations opérationnelles. Ces données sont diffusées pendant le sinistre et peuvent évoluer fortement. L’exemple de l’incendie parti de Ribaute, dans l’Aude, en 2025, illustre cette différence. La surface initialement annoncée atteignait 17 000 hectares, avant d’être ramenée à environ 11 000 hectares réellement brûlés. L’écart dépassait ainsi 50 %. En Gironde, l’incendie de Saumos a été annoncé à 42 000 hectares par les autorités, tandis qu’Effis évaluait la surface impactée à 37 500 hectares. Le bilan définitif intervient plusieurs mois après l’extinction du feu. Les contours de la zone brûlée sont relevés au GPS, notamment avec l’appui de l’ONF, puis comparés à des images satellites prises avant et après l’incendie. Les secteurs où la végétation a été endommagée, qu’il s’agisse d’arbres, d’arbustes ou d’herbes, sont comptabilisés. Des vérifications de terrain peuvent compléter ces données. Les résultats sont intégrés à la Base de données sur les incendies de forêt en France (BDIFF), dont les données sont publiées au printemps suivant. Cette base ne recense que les feux de forêt et exclut notamment les incendies agricoles et certains feux de végétation. Les estimations opérationnelles dépassent souvent d’environ 20 % les mesures définitives, mais l’écart peut être beaucoup plus important selon la topographie et l’évolution du sinistre. Les interventions répétées des pompiers dans les mêmes secteurs peuvent également influencer les estimations réalisées pendant le feu. Effis présente l’avantage d’une grande rapidité, mais peut manquer certains incendies masqués par les nuages ou éteints entre deux passages satellitaires. Ses statistiques annuelles excluent aussi les feux de moins de 30 hectares et intègrent certains brûlages légaux, comme l’écobuage. La BDIFF repose, elle, sur des relevés plus précis mais nécessite plusieurs mois de traitement. Ces différences imposent également la prudence pour comparer les incendies actuels avec ceux des décennies précédentes, dont les surfaces étaient généralement exprimées en hectares parcourus.


Petit gibier : n’avons-nous pas raté quelque chose ?

Il faut parfois accepter de se regarder dans le miroir. A quelques jours de l'ouverture de la chasse, une question mérite d’être posée sans détour : n’avons-nous pas, cette année, raté quelque chose ? Les épisodes de chaleur extrême, les sécheresses, les incendies et les conditions météorologiques particulièrement difficiles ont durement éprouvé la petite faune. Perdrix, faisans, lapins, lièvres et autres espèces ont payé un lourd tribut à ces conditions parfois catastrophiques. Ne parlons pas ici des endroits incendiés et totalement sinistrés, où les chasseurs ont été à la hauteur, mais des autres territoires où les comptages sont préoccupants et la reproduction médiocre. Face à ce constat, notre communication n’a peut-être pas été à la hauteur. Nous avons beaucoup expliqué que la chasse était une activité de gestion. Très bien. Mais une gestion crédible suppose aussi de savoir anticiper. Pourquoi ne pas avoir davantage pris les devants ? Pourquoi ne pas avoir dit clairement : là où les populations de petit gibier ont été durement touchées, nous réduirons les prélèvements, voire nous suspendrons temporairement la chasse de certaines espèces ? Non pas sous la pression des associations anti-chasse, mais parce que nous savons gérer nos territoires et que nous entendons le démontrer. Cette position n’aurait rien d’un aveu de faiblesse. Elle serait au contraire une preuve de maturité. Car il faut parallèlement rappeler une autre réalité : toutes les espèces ne connaissent pas la même situation. Le grand gibier, dont les populations demeurent importantes dans de nombreux secteurs, voire excessives, doit continuer à faire l’objet d’une régulation soutenue. Sangliers, cervidés et autres grands animaux peuvent provoquer des dégâts agricoles considérables, multiplier les collisions routières et ferroviaires, et poser des problèmes sanitaires. Réduire ici tout en protégeant là où c’est nécessaire n’a rien de contradictoire : c’est précisément cela, gérer. Le chasseur ne peut donc pas réclamer simultanément davantage de reconnaissance comme gestionnaire de la faune et refuser toute adaptation de ses propres prélèvements. La crédibilité se gagne sur le terrain, pas dans les communiqués. Il ne s’agit évidemment pas de tendre le bâton aux adversaires de la chasse. Ceux qui rêvent de transformer chaque mauvaise année en moratoire général n’ont pas besoin que nous leur fournissions nous-mêmes leurs arguments. Mais il serait tout aussi dangereux de leur laisser le monopole du discours sur la protection du petit gibier. Prenons les devants. Comptons, constatons, expliquons et adaptons. Suspendre une chasse localement lorsque la population est trop fragile n’est pas renoncer à la chasse. C’est préparer sa continuité. Parce que le meilleur défenseur du petit gibier n’est pas celui qui veut absolument le chasser chaque année. C’est celui qui veut encore pouvoir le chasser dans dix ans.