À l’approche de l’élection présidentielle de 2027 et de la formation du prochain gouvernement, une question mérite d’être posée : la France dispose-t-elle réellement d’une politique publique de gestion de sa faune sauvage ? La question peut sembler institutionnelle. Elle est pourtant devenue très concrète. Dans les forêts, les plaines agricoles, les élevages ou aux abords des villes, les interactions entre animaux sauvages et activités humaines se multiplient. Et avec elles, les contradictions. Aujourd’hui, la faune relève de plusieurs approches : conservation des espèces, agriculture, forêt, élevage, chasse, santé animale ou encore lutte contre les espèces invasives. L’OFB joue déjà un rôle majeur dans la connaissance et la police de l’environnement. Mais qui porte une vision d’ensemble ? Faut-il créer un ministère ou un grand portefeuille consacré à la faune sauvage ? Ou réorganiser les structures existantes autour d’une véritable doctrine nationale ?
Le débat mérite d’être ouvert. Le premier changement serait peut-être celui du vocabulaire. Protéger une espèce et gérer une population ne sont pas contradictoires. Une politique moderne devrait pouvoir mobiliser différents outils selon la situation : protection, suivi scientifique, restauration des habitats, prévention, régulation ou prélèvement. Toutes les populations ne connaissent pas la même dynamique et tous les territoires ne rencontrent pas les mêmes difficultés. Certaines espèces doivent être préservées ; d’autres nécessitent une surveillance renforcée ; certaines populations peuvent, lorsque leur abondance entraîne des conséquences importantes, justifier des mesures de régulation. Pourquoi ne pas définir des objectifs et des seuils d’intervention, réévalués régulièrement à partir de données scientifiques ? Cette approche permettrait également de mieux intégrer des questions aujourd’hui traitées séparément : dégâts agricoles, équilibre forêt-gibier, prédation sur les troupeaux, collisions routières, espèces invasives ou présence de la faune en milieu urbain. Plutôt que d’attendre 2027 pour poser le problème, les acteurs concernés pourraient commencer à formuler des propositions. État, scientifiques, agriculteurs, forestiers, éleveurs, chasseurs, associations de protection de la nature et collectivités ont chacun une partie de la réponse. Il faudrait notamment déterminer qui décide, sur quelles données, avec quels objectifs et avec quels moyens. La chasse aurait naturellement sa place dans cette réflexion, non comme politique autonome, mais comme l’un des outils de gestion des populations. La question institutionnelle viendra ensuite : ministère dédié, grand portefeuille, évolution de l’OFB ou nouvelle gouvernance ? Plusieurs scénarios sont envisageables, mais l'essentiel est ailleurs : la France doit-elle continuer à gérer la faune par dispositifs successifs ou se doter enfin d’une politique globale, évaluée et territorialisée ? Le moment est venu de poser cette question, et surtout de mettre des propositions concrètes sur la table.
Bonheurs de Chasses, tome 7

Organisée avec le concours de l’Association des maires de la Loire, de l’Association des maires de France et de la Fédération régionale des chasseurs d’Auvergne-Rhône-Alpes, elle a réuni une vingtaine d’élus et de conseillers municipaux. L’objectif n’était pas de leur dicter une position, mais de leur apporter des informations concrètes pour exercer leurs responsabilités en connaissance de cause. « En tant que Fédération, on voulait se rendre utile », explique Sandrine Guéneau-Audin. Au programme : les droits et devoirs des élus, les responsabilités du maire en matière de sécurité publique, les baux de chasse et les éventuels conflits entre chasseurs et agriculteurs. Autant de sujets susceptibles de provoquer des tensions lorsqu’ils sont mal connus ou insuffisamment discutés.
La directrice de la FDC42 estime que les choix idéologiques sont plus difficiles à faire évoluer. Elle rappelle également qu’une décision municipale peut avoir des conséquences sur la gestion du gibier et les dégâts agricoles. Ces questions méritent d’être examinées au cas par cas, sans réduire le débat à une opposition entre chasseurs et non-chasseurs. Pour Gérard Aubret et son équipe, l’enjeu est donc de créer les conditions d’une discussion éclairée, avant que les désaccords ne se transforment en décisions irréversibles. La formation a suscité suffisamment d’intérêt pour qu’une liste d’attente se constitue en vue d’une prochaine session. La fédération a également transmis le projet à la Fédération nationale des chasseurs, afin que d’autres départements puissent reprendre le principe et utiliser les supports élaborés dans la Loire. La démarche mérite d’être regardée de près : plutôt que d’attendre qu’une interdiction tombe, les chasseurs choisissent d’aller à la rencontre des élus, de répondre à leurs questions et de clarifier les responsabilités de chacun. La chasse ne peut pas reposer uniquement sur des arguments techniques ou sur la tradition ; elle doit aussi être comprise par ceux qui administrent les communes où elle se pratique. Informer ne garantit pas l’absence de désaccord, mais permet au moins que les décisions soient prises sur la base de faits, de règles connues et d’un dialogue préalable.
Pour les chasseurs, cette pratique possède également une dimension pédagogique : elle transmet des usages et une conception de la chasse dans laquelle la prise d’une vie s’accompagne de respect et de responsabilité. Pour le grand gibier, la disposition du tableau obéit à des règles précises. Lorsque le nombre d’animaux le permet, ceux-ci sont couchés sur le côté droit, si possible sur un lit de branchages, la tête tournée vers les chasseurs. Le classement s’effectue en ordre décroissant, en partant du fond et de la gauche : grands cervidés — mâles, femelles et faons —, daims, chevreuils, puis sangliers. Ces derniers peuvent aussi être présentés « morts debout », couchés sur le ventre, les pattes écartées. Les grands animaux mâles reçoivent la « dernière bouchée », une brisée symbolique d’essence noble, placée en travers de la bouche. Une autre brisée, dite de « prise de possession », est déposée à la naissance de l’épaule de chaque animal. Pour les mâles, l’extrémité cassée est orientée vers la tête ; pour les femelles, elle est tournée vers l’arrière. Le petit gibier à poil est disposé selon le même principe : lièvres puis lapins, sans distinction de sexe. Pour les oiseaux, l’ordre retenu est celui des coqs faisans, des poules faisanes, des perdrix, des pigeons et des cailles...
Pour une remise directe au consommateur final, la petite quantité correspond au gibier tué par le premier détenteur au cours d’une journée de chasse. Le gibier doit être remis entier : le chasseur ne peut pas le dépouiller ou le plumer avant la cession, ni le découper, sauf dérogation particulière prévue par la réglementation. La congélation d’un animal non dépouillé ou non plumé est interdite. La remise directe d’abats est également interdite lorsque ceux-ci n’ont pas subi l’inspection post mortem dans un établissement de traitement agréé. Pour fournir un commerce de détail local approvisionnant directement le consommateur final, ou pour servir du gibier lors d’un repas de chasse ou associatif, l’examen initial doit être réalisé par une personne formée. Cette formation est organisée dans le cadre validé par l’administration et les attestations sont délivrées par les fédérations départementales des chasseurs. La fiche de compte rendu accompagne le gibier ou le lot jusqu’à sa destination, ou est remise à l’organisateur du repas avant la consommation. Le gibier peut transiter par un centre de collecte déclaré, dans le respect des exigences d’hygiène, de stockage et de transport. Ces règles ne remplacent pas les obligations applicables aux établissements agréés lorsque la viande est destinée à une commercialisation plus large. Les chasseurs doivent donc déterminer le circuit de distribution avant toute cession et vérifier les exigences correspondant à la destination du gibier...
Dans le cœur du parc, les tirs et l’utilisation d’éclairages artificiels sont limités aux parties non forestières, sauf pour achever un animal blessé tiré en plaine. Le motif avancé est connu : l’importance croissante des dégâts causés par les sangliers aux cultures et les demande d’intervention des exploitants agricoles. Si ces préoccupations sont légitimes, elles ne dispensent pas de s’interroger sur la cohérence de la politique de régulation.
Nous sommes au début de la saison cynégétique 2026-2027. La chasse dispose d’un calendrier, de conditions d’exercice et de règles destinées à encadrer les prélèvements. Pourquoi recourir, dès les premières semaines, à des tirs de destruction, alors que la louveterie est historiquement conçue comme un moyen d’intervention spécifique ? À force de multiplier les dérogations et les opérations administratives, ne risque-t-on pas de brouiller la frontière entre chasse réglementée et destruction d’animaux ? La question mérite d’être posée, d’autant que l’autorisation s’étend jusqu’au cœur d’un parc national, espace soumis à des enjeux particuliers de protection des milieux naturels. Réguler les sangliers peut être nécessaire. Mais une politique cohérente doit aussi expliquer pourquoi, où et dans quelles circonstances les règles ordinaires ne suffisent plus. La régulation ne saurait devenir un régime d’exception permanent.
L’objectif était de comprendre non seulement combien d’oiseaux mouraient, mais aussi à quels moments et à quels stades de leur vie ils étaient les plus vulnérables. Les résultats sont particulièrement préoccupants chez les jeunes oiseaux. Leur probabilité annuelle de survie n’atteint que 59,8 %, contre 89,3 % chez les adultes. Les collisions avec les lignes électriques et les clôtures représentent à elles seules 71 % des mortalités confirmées. Même si les jeunes sont davantage exposés, aucune classe d’âge n’échappe complètement au risque. Surtout, les accidents ne surviennent pas au hasard. Les collisions avec les lignes électriques connaissent deux périodes quotidiennes particulièrement sensibles, autour de midi et au coucher du soleil. Elles coïncident notamment avec les exercices de vol des jeunes et les déplacements des oiseaux vers leurs sites de repos. Les clôtures présentent un autre profil : les accidents sont particulièrement nombreux en août, lorsque les jeunes maîtrisent encore imparfaitement le vol et que les adultes peuvent être temporairement limités par la mue de leurs plumes de vol. Cette étude apporte donc une information essentielle pour la conservation des oiseaux migrateurs : le danger peut être anticipé. Identifier les périodes, les lieux et les comportements qui favorisent les collisions permet de cibler les interventions. Les chercheurs recommandent ainsi d’éviter les clôtures dans les secteurs essentiels à la reproduction et à la mue et de rendre les lignes électriques plus visibles grâce à des dispositifs de balisage. Des mesures qui pourraient bénéficier à de nombreuses espèces migratrices et contribuer à rendre leurs routes moins dangereuses.
Il ne s’agit donc plus seulement de fixer des objectifs, mais de mesurer ce qui a réellement été engagé et réalisé pour les atteindre d’ici 2030. Le bilan sera notamment établi à partir des stratégies et plans nationaux pour la biodiversité présentés par les pays. Cette première évaluation doit permettre d’identifier les avancées, mais aussi les lacunes qui risquent de compromettre l’atteinte des 23 cibles du cadre de Kunming-Montréal. La question du financement de la biodiversité figurera également parmi les dossiers sensibles des négociations. Autre enjeu : la traduction des engagements internationaux en actions concrètes sur le terrain. Protection et restauration des écosystèmes, mobilisation des ressources, données sur la biodiversité, partage des avantages liés aux ressources génétiques ou encore liens entre biodiversité et santé font partie des questions préparatoires identifiées par le secrétariat de la Convention. L’Arménie entend donner une forte dimension politique à cette COP. Un sommet des dirigeants est prévu le 16 octobre, avant l’ouverture officielle, tandis que le segment de haut niveau réunissant notamment les ministres se déroulera les 27 et 28 octobre. À Erevan, l’enjeu sera donc de transformer les promesses de 2022 en résultats mesurables. À quatre ans de l’échéance de 2030, la COP17 devrait surtout permettre de répondre à une question simple : les engagements pris pour enrayer l’érosion de la biodiversité commencent-ils réellement à changer la trajectoire de la nature ?
Nous avons suivi une dizaine d’employés de SNCF Réseau venus approfondir leurs connaissances dans le cadre de leurs missions. La plupart d'entre eux assurent la surveillance et la régulation sur les emprises ferroviaires et sont titulaires du permis de chasser. Le programme, particulièrement dense, aborde les fondamentaux de la connaissance des armes et des optiques, la balistique, le choix des munitions, l’anatomie des ongulés et leurs zones vitales. Le réglage des armes et des optiques, ainsi que les techniques de tir, complètent les enseignements. 




La France réalise cette évaluation tous les six ans. Pour la période 2019-2024, plus de 1 000 évaluations ont été conduites, avec la mobilisation de plus de 400 experts. Tous les milieux ne sont cependant pas touchés de la même manière. Les habitats forestiers et rocheux apparaissent parmi les mieux préservés. À l’inverse, les milieux littoraux, humides et aquatiques figurent parmi les plus fragiles. Les pressions exercées par l’artificialisation, la fragmentation des milieux, les modifications des pratiques agricoles, les changements hydrologiques ou encore les différentes formes de pollution pèsent sur leur état de conservation. Le détail des résultats montre également des disparités entre les groupes d’espèces et les territoires. Pour les espèces d’intérêt communautaire présentes dans l’Hexagone, 24 % seulement sont dans un état favorable, contre 28 % lors de l’évaluation précédente. Pour les habitats, la situation est également préoccupante : une part importante des évaluations fait apparaître une détérioration. Ce bilan ne signifie pas que toutes les espèces déclinent partout. Certaines bénéficient de mesures de protection et connaissent des évolutions positives. Mais la tendance générale reste défavorable.
L’ONF constate ainsi que l’équilibre forêt-ongulés n’est plus satisfaisant que sur 45 % des forêts domaniales, contre 61 % en 2018. Cette situation peut également pénaliser les animaux eux-mêmes : en réduisant la diversité et la quantité de végétation disponible, une forte densité peut dégrader progressivement les conditions d’accueil du milieu. La question n’est donc pas celle d’une population « trop importante » dans l’absolu, mais d’un niveau compatible avec les ressources et la capacité de renouvellement de chaque territoire. La chasse constitue aujourd’hui le principal outil de régulation des grands ongulés en France. Lors de la saison 2024-2025, près de 1,56 million d’ongulés sauvages ont été prélevés : 881 372 sangliers, 569 183 chevreuils, 90 324 grands cervidés, auxquels s’ajoutent chamois, isards, mouflons, daims et cerfs sika. Ces chiffres traduisent l’ampleur de la gestion, mais ne signifient pas que la situation est identique partout. Les prélèvements sont ajustés selon les populations, les habitats et les dégâts observés. Dans certaines forêts, l’ONF estime d’ailleurs nécessaire de renforcer la régulation pour permettre le renouvellement des peuplements. Le retour ou le développement des grands prédateurs pose une autre question : peuvent-ils assurer seuls cette fonction de régulation ? Le loup exerce incontestablement une prédation sur les ongulés, mais son action ne se substitue pas mécaniquement à celle de la chasse. Sa répartition, son comportement et la disponibilité des proies déterminent son impact. À l’hiver 2024-2025, la population française était estimée à 1 082 loups en moyenne, avec une fourchette de 989 à 1 187 individus. Augmenter fortement leur nombre aurait par ailleurs des conséquences sur l’élevage. En 2025, 4 441 attaques de loups et 12 927 animaux victimes ont été recensés selon les premières estimations officielles. Le véritable enjeu est donc moins de choisir entre chasseurs et prédateurs que de déterminer, territoire par territoire, quelle combinaison de régulation permet de maintenir les équilibres entre faune sauvage, milieux naturels, forêt et activités humaines.
L’objectif est d’harmoniser les méthodes de relevé afin de disposer de données fiables et comparables sur l’ensemble du territoire. Les informations recueillies doivent notamment permettre de repérer les portions de route où les collisions se répètent. Les Directions interdépartementales des routes (DIR) jouent déjà un rôle important dans ce recensement. Depuis 2017, leurs agents appliquent un protocole commun lorsqu’ils découvrent un animal percuté sur le réseau routier national non concédé. Espèce, date et localisation de la collision sont notamment renseignées. Ces données permettent progressivement de mieux identifier les points noirs et les secteurs où les déplacements de la faune se heurtent aux infrastructures routières. Le futur guide doit également permettre de mieux cibler les solutions : passages à faune, clôtures adaptées, restauration des continuités écologiques ou amélioration de la signalisation. Les fédérations départementales des chasseurs doivent être associées à la démarche, leur connaissance des populations de grand gibier et de leurs axes de déplacement pouvant compléter les observations réalisées sur les routes. En attendant l’amélioration de ces dispositifs de prévention, la période automnale appelle à une vigilance accrue, particulièrement à l’aube, au crépuscule et sur les axes traversant les massifs forestiers. Face à un animal, mieux vaut ralentir et rester prêt à freiner que tenter une manœuvre brusque.