Maryline Lecourtier : le cuir est sa signature...

Chasser ou réguler : la chasse a-t-elle encore le choix ?

Si la chasse veut survivre au 21e siècle, elle devra sans doute démontrer son utilité. Mais à force de la présenter comme un outil de régulation, ne risque-t-on pas d'oublier ce qui fait sa raison d'être ? Il y a une quinzaine d'années, on s'interrogeait déjà sur cette curieuse évolution du discours cynégétique. On ne chassait plus vraiment, on régulait. On ne tuait plus un animal, on le prélevait. Et surtout, on semblait éprouver de plus en plus de difficultés à assumer publiquement le plaisir de pratiquer notre passion. Quinze ans plus tard, la question n'a rien perdu de son actualité. Elle est même devenue beaucoup plus importante. Il suffit d'écouter les arguments avancés pour défendre la chasse. Le sanglier occasionne des dégâts agricoles, le cerf compromet parfois le renouvellement forestier, le renard peut transmettre certaines maladies ou exercer une pression sur les élevages de volailles. Le chasseur intervient alors comme un acteur indispensable à la gestion de la faune sauvage. Il protège les cultures, contribue à l'équilibre des territoires, participe à la surveillance sanitaire et rend service à la collectivité. Tout cela est parfaitement défendable et correspond, dans bien des situations, à une réalité de terrain. Mais... il y a tout de même une question que nous devrions nous poser : pourquoi avons-nous autant besoin de démontrer que la chasse sert à quelque chose ? La réponse n'est pas très compliquée. Dans une société où les rapports à l'animal évoluent, où la mise à mort est de moins en moins acceptée par une partie de la population, et où les pratiques traditionnelles sont régulièrement contestées, le seul argument du plaisir devient difficile à défendre. Aimer chasser ne constitue plus, aux yeux de tous, une justification suffisante. Il faut donc apporter autre chose, démontrer une utilité, produire des résultats, afficher des chiffres. Et c'est là que l’on est tenté de lancer une formule un peu brutale, mais qui mérite réflexion : « Si ça paie, ça reste ! Si ça ne paie pas, ça disparaît ! »...

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Munitions : protégez-les de la pluie...

On entretient soigneusement son fusil, on protège ses bois et l’on veille à ne pas laisser l’humidité s’installer dans les mécanismes. Mais pense-t-on avec autant d’attention aux cartouches ? Elles aussi méritent quelques précautions, particulièrement lorsque la météo se montre capricieuse. Pendant une journée pluvieuse, les munitions peuvent être exposées à l’eau dans une cartouchière ouverte, une poche mal protégée ou un étui qui retient l’humidité. Quelques gouttes ne signifient pas nécessairement qu’une cartouche est inutilisable : une exposition brève à une pluie légère peut être tolérée, à condition d’essuyer immédiatement les munitions. En revanche, les laisser séjourner dans un contenant humide ou dans lequel l’eau peut stagner augmente les risques de dégradation. Pour les protéger, mieux vaut privilégier une cartouchière munie d’un rabat, ou un modèle en textile synthétique avec une enduction imperméable. Les poches intérieures des vestes de chasse modernes, souvent protégées par une membrane déperlante, constituent également une bonne solution. Le cuir, très apprécié pour son esthétique, demande davantage de vigilance : même traité, il finit par absorber l’humidité. Au retour, prenez le temps de vider les cartouchières et les poches. Les accessoires en cuir doivent sécher naturellement, avant l’application éventuelle d’un produit imperméabilisant. Les munitions, quant à elles, se conservent dans un endroit sec, à température stable, à l’abri des fortes variations thermiques. Une boîte de rangement adaptée permet de les préserver entre deux sorties. Une règle essentielle : une cartouche fortement mouillée, immergée, déformée ou présentant des traces de corrosion ne doit pas être utilisée. Il ne faut pas tenter de la récupérer par un séchage artificiel, ni appliquer d’huile ou de solvant. En cas de doute, mieux vaut l’écarter et demander conseil à son armurier. Enfin, rappelons que la sécurité prime sur toute considération pratique : pour rejoindre son poste, l’OFB recommande de porter une arme ouverte et non approvisionnée. Avant tout chargement, il faut également vérifier que les canons ne sont pas obstrués. Même sous la pluie, aucune précaution n’est superflue.


Faune sauvage : apprendre avant de décider

Avant qu'un chasseur ne prélève un animal, un travail souvent méconnu a pu être engagé depuis longtemps. Comptages, suivis de populations, observations de terrain, analyses sanitaires ou études de comportement : la gestion de la faune sauvage repose aussi sur les connaissances accumulées par les scientifiques. Car pour intervenir sur une population animale, encore faut-il comprendre son évolution et mesurer les conséquences de sa présence sur son environnement. Le nombre d'animaux constitue un premier indicateur, mais il ne suffit pas à lui seul. Une population importante est-elle réellement en surnombre ? Exerce-t-elle une pression excessive sur la végétation ? Provoque-t-elle des dégâts agricoles ou forestiers ? Favorise-t-elle certains déséquilibres écologiques ? Autant de questions auxquelles les spécialistes cherchent à répondre en croisant différentes observations et données. Les sangliers, les cervidés ou d'autres espèces dont les effectifs peuvent localement devenir importants illustrent bien cette nécessité. La chasse peut constituer un outil de gestion, mais encore faut-il en évaluer la pertinence et les résultats. Les prélèvements modifient-ils durablement les effectifs ? Ont-ils des conséquences sur la structure des populations ? Les effets constatés correspondent-ils aux objectifs recherchés ? La réponse ne peut reposer sur une simple impression. C'est tout l'intérêt des synthèses scientifiques récemment mises en avant. Elles consistent à rassembler, sélectionner et comparer méthodiquement les études disponibles sur une question précise. Les chercheurs peuvent ainsi confronter des résultats parfois divergents, mesurer les effets observés, repérer les biais et identifier les connaissances encore insuffisantes. Une étude isolée ne suffit pas toujours à établir une conclusion solide. Pour les chasseurs, ce travail mérite d'être connu et reconnu. Il rappelle que derrière une décision de prélèvement peuvent se trouver des années de recherches, de suivis et d'expertises. La science ne décide pas à la place des gestionnaires et des pouvoirs publics, mais elle leur apporte des éléments indispensables pour agir de façon cohérente et responsable.


Les Éditions de Montbel changent de mains : une nouvelle étape pour la littérature cynégétique

Quatre-vingts ans après leur création, les Éditions de Montbel s'apprêtent à ouvrir un nouveau chapitre de leur histoire. La maison parisienne, spécialisée dans les ouvrages de chasse, de vénerie et de nature, a été reprise le 25 septembre 2026 par l'entrepreneur Sylvain des Boscs, pour un montant de 140 000 euros. Une douzaine d'actionnaires l'accompagnent dans cette opération. Les frères Cédric et Ithier de Fougerolle, qui dirigeaient l'entreprise depuis 28 ans, lui transmettent ainsi une institution reconnue des amateurs de littérature cynégétique. Fondée en 1946 par le comte Émile de Montbel, ancien officier de cavalerie et collectionneur, la maison était à l'origine une librairie consacrée aux ouvrages de chasse et d'équitation. Après son décès, Jacqueline Frachon avait repris l'établissement, avant que les frères de Fougerolle ne prennent la relève en 1998. En 2000, ils créent les Éditions de Montbel, avec notamment une collection consacrée aux œuvres du marquis de Foudras. En un peu plus de 25 ans, plus de 300 ouvrages ont été publiés : récits de chasse, livres de vénerie, voyages, guides pratiques et ouvrages de cuisine autour du gibier. Chasseur, pêcheur et amateur de nature, Sylvain des Boscs entend préserver cet héritage tout en donnant un nouvel élan à la maison. Son premier chantier sera de réorganiser le fonctionnement quotidien, notamment la gestion des stocks et les circuits de distribution. Depuis l'été 2025, Montbel ne dispose plus de boutique physique, les ventes étant désormais réalisées principalement par internet et par l'intermédiaire des librairies. Le nouveau dirigeant souhaite également constituer une petite équipe opérationnelle de trois à quatre personnes. Les projets éditoriaux ne manquent pas. Sylvain des Boscs envisage d'élargir le catalogue à la pêche, à l'équitation, aux romans et plus largement aux plaisirs de la vie. Des collections consacrées à la photographie, à la jeunesse ou à la cuisine contemporaine pourraient également trouver leur place. Il souhaite toutefois avancer progressivement, après une période de transition qui a ralenti les parutions. Le repreneur ne cache pas les défis économiques. Il rappelle que la librairie de livres anciens et d'occasion soutenait jusqu'ici l'activité éditoriale, fragilisée par le manque de nouveautés. Son ambition n'est pas de rechercher une rentabilité immédiate, mais de publier de beaux livres et de retrouver progressivement l'équilibre financier. Les frères de Fougerolle poursuivront leur activité de libraires-experts spécialisés dans les ouvrages rares. Pour Montbel, une quatrième génération de dirigeants prend donc le relais. Une transmission qui entend conjuguer fidélité à l'histoire et ouverture à de nouveaux lecteurs.


Armes de chasse : un marché qui résiste, mais qui change de visage

Le marché français des armes conserve un poids économique considérable, malgré la diminution du nombre de chasseurs. Mais derrière cette apparente résistance, la filière évolue : diversification de la clientèle, montée en puissance du tir sportif et progression des ventes de munitions dessinent un paysage différent de celui d'il y a quelques années. Le rapport publié par la Cour des comptes apporte un éclairage intéressant. Il estime à environ 500 000 le nombre d'armes vendues chaque année en France, tous usages civils confondus, pour un chiffre d'affaires supérieur à 600 millions d'euros. La dernière étude structurelle détaillée de la filière, portant sur 2022, évaluait le marché de la chasse, du tir sportif et de la sécurité à 637 millions d'euros. Sur ce total, la chasse représentait à elle seule 225 millions d'euros au stade des fabricants et distributeurs. La répartition des achats évolue toutefois. Historiquement dominante, la chasse doit désormais partager le marché avec le tir sportif, dont les dépenses en armurerie ont rejoint celles des chasseurs selon les professionnels du secteur. Cette diversification constitue un relais de croissance important pour les fabricants et les distributeurs. En 2022, ils avaient réalisé 150 millions d'euros de ventes d'armes et 105 millions d'euros de ventes de munitions. Chez les détaillants, ces montants atteignaient respectivement 170 et 125 millions d'euros, les équipements, l'optique, les vêtements et les accessoires complètant ce marché. Les derniers indicateurs professionnels confirment une activité contrastée. Au premier trimestre 2026, le chiffre d'affaires de la filière armurière a progressé de 11 % sur un an. Les ventes de munitions ont augmenté de 13 %, celles des équipements de 15 % et celles des armes de 3 %. Au deuxième trimestre, le rythme s'est nettement ralenti : +1,5 % pour l'ensemble de la profession, avec un recul de 2 % pour le secteur de la chasse. Les munitions ont néanmoins continué de progresser (+6,5 %). Les importations illustrent également l'importance des approvisionnements étrangers. En 2024, la France a importé 81 126 fusils et carabines, pour une valeur d'environ 41,4 millions de dollars. Pour les cartouches, les importations ont représenté 13,6 millions de dollars. Le marché reste donc solide, mais sa lecture doit désormais intégrer plusieurs réalités : le recul démographique de la chasse, la diversification des acheteurs, le poids croissant des munitions et la concurrence internationale. La filière ne vit plus uniquement au rythme des chasseurs : elle s'appuie sur un ensemble de clientèles et de pratiques qui redessinent progressivement son économie.


Pesticides : des effets durables sur la petite faune sauvage

La présence de pesticides dans l'environnement ne se limite pas aux parcelles agricoles traitées. Dans l'Hexagone, plusieurs études scientifiques montrent que ces substances et leurs produits de dégradation peuvent persister dans les sols, atteindre des espaces naturels et exposer durablement la petite faune sauvage. Insectes, vers de terre et oiseaux figurent parmi les organismes concernés. Une étude publiée en 2023 par INRAE et l'université de Bordeaux a analysé 111 substances dans 47 sols français. Résultat : 98 % des sites prélevés contenaient au moins un résidu de pesticide. Les contaminations concernaient principalement les terres cultivées, mais aussi des prairies permanentes, des forêts et des friches, pourtant supposées non traitées. Au total, 67 molécules différentes ont été détectées. L'évaluation des risques a notamment révélé une toxicité chronique potentielle modérée à forte pour les vers de terre dans les parcelles cultivées. Ces invertébrés jouent pourtant un rôle essentiel dans le fonctionnement des sols et constituent une ressource alimentaire pour de nombreux animaux. Une autre étude menée dans la plaine de Niort, avait déjà montré que 92 % des vers de terre analysés contenaient au moins un pesticide. Les mélanges de substances retrouvés présentaient, dans 46 % des cas, un risque élevé de toxicité chronique pour ces organismes. Les oiseaux ne sont pas épargnés. Une étude publiée en 2025 dans les Proceedings of the Royal Society, à partir de données françaises concernant 64 espèces communes, a établi que 84,4 % d'entre elles étaient moins abondantes dans les zones où les achats de pesticides étaient les plus importants, même après prise en compte d'autres facteurs liés à l'intensification agricole. Des travaux expérimentaux sur la perdrix grise ont également mis en évidence des effets sur le système immunitaire, la reproduction et le comportement. La persistance des produits constitue un autre sujet de préoccupation. Selon les molécules, les résidus peuvent subsister plusieurs années. Le temps théorique nécessaire pour dégrader 90 % de la concentration initiale atteint ainsi l’équivalent de 1 000 jours pour l'AMPA, issu du glyphosate, et 2 960 jours pour l'époxiconazole, soit plus de huit ans. Des résidus ont même été retrouvés bien au-delà des durées théoriquement attendues. La grande faune peut également être exposée, notamment par l'alimentation ou l'eau. Mais les conséquences à l'échelle des populations de sangliers, de cervidés ou d'autres mammifères sauvages restent encore insuffisamment documentées. Ces résultats rappellent que l'évaluation des pesticides doit considérer non seulement leur toxicité immédiate, mais aussi leur persistance, leurs effets chroniques et leur circulation dans les écosystèmes.


Guerre et biodiversité : la faune sauvage aussi paie le prix des conflits

Demain, vendredi 6 novembre, les Nations unies célèbreront la Journée internationale pour la prévention de l'exploitation de l'environnement en temps de guerre et de conflit armé. Instituée en 2001, cette journée rappelle que les conséquences des affrontements ne se limitent pas aux pertes humaines et aux destructions matérielles. Les écosystèmes, les habitats naturels et les populations animales sauvages sont également victimes des conflits, parfois durablement. Forêts incendiées, sols contaminés, cours d'eau pollués, végétation détruite pour dégager des positions militaires : les atteintes aux milieux naturels peuvent être considérables. Les explosions, les munitions non explosées et les mines représentent également des dangers pour la faune. À ces destructions directes s'ajoutent les conséquences indirectes : abandon de la surveillance des espaces protégés, diminution des moyens consacrés à leur entretien et recrudescence possible du braconnage. Les animaux perdent alors des habitats, des ressources alimentaires et parfois leurs voies de déplacement. En Ukraine, les combats ont notamment compliqué la gestion de nombreuses zones naturelles protégées, tandis que les incendies et les pollutions menacent les milieux terrestres et aquatiques. Mais les rapports entre activités militaires et biodiversité sont plus complexes qu'il n'y paraît. Les effets commencent bien avant le déclenchement d'une guerre, dès la préparation des forces armées et l'aménagement des terrains d'entraînement. Des études internationales montrent que ces espaces peuvent, dans certaines conditions, présenter un intérêt pour la conservation. L'accès civil limité et l'absence d'agriculture intensive peuvent permettre à des habitats naturels de se maintenir et d'abriter une faune diversifiée. Certains terrains militaires européens accueillent ainsi des milieux et des espèces remarquables. Ce constat ne doit cependant pas masquer les nuisances des manœuvres : circulation des engins, bruit, tirs, incendies accidentels et perturbation des périodes de reproduction. L'effet sur la biodiversité dépend des habitats, des espèces présentes et de la manière dont les activités sont organisées. Une gestion écologique adaptée est donc indispensable. L'après-guerre représente enfin un enjeu majeur. La reconstruction peut être l'occasion de restaurer les habitats, de dépolluer les sols et de rétablir les corridors écologiques, à condition que la biodiversité soit intégrée aux projets dès leur conception. Protéger la faune sauvage en temps de conflit ne relève donc pas seulement de la conservation de la nature : c'est aussi préserver les ressources et les équilibres écologiques indispensables aux populations humaines, aujourd'hui comme demain.


Trophées de chasse : un projet français qui pourrait fragiliser la conservation en Afrique

La France s'apprête-t-elle à restreindre davantage le retour des trophées de chasse rapportés de l'étranger ? Un projet d'arrêté gouvernemental, actuellement soumis à consultation publique jusqu'au 11 novembre 2026, suscite de vives réactions dans le monde cynégétique. Le texte vise à interdire l'importation, mais également l'exportation et la réexportation, de trophées provenant de certaines espèces protégées, notamment celles inscrites à l'annexe A du règlement européen CITES, ainsi que certaines espèces des annexes B et XIII. Une exception est prévue pour les spécimens présentant une dimension patrimoniale. Il ne s'agit donc pas d'interdire la chasse à l'étranger, mais de restreindre la possibilité de rapporter en France certains trophées, même lorsque leur prélèvement a été autorisé dans le pays d'origine. Le sujet a été porté devant le Sénat le 28 octobre par Pierre Cuypers, sénateur de Seine-et-Marne et président du groupe d'études Chasse et pêche. Interpellé sur le projet, Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, n'a pas annoncé son retrait. Il a toutefois reconnu que certains modèles de chasse réglementée, notamment en Namibie et en Afrique du Sud, pouvaient contribuer au financement de la biodiversité et au développement des communautés locales. Pour relativiser la portée de la mesure, le ministre a indiqué que seuls 24 permis avaient été accordés en 2025. Il a également distingué le droit de chasser dans un pays étranger, qui n'est pas remis en cause, et celui d'importer le trophée en France. Pour Pierre Cuypers, le risque est de priver certains territoires africains d'une ressource financière importante. Son argument repose sur une réalité : dans plusieurs pays, la chasse aux trophées est intégrée à des programmes de gestion de la faune et de conservation des espaces naturels. Elle repose alors sur des quotas, des autorisations et des règles de gestion destinés à garantir que les prélèvements ne compromettent pas la survie des populations concernées...

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Brucellose : l’Anses propose une alternative à l’abattage total des troupeaux

Dans son expertise publiée le 22 octobre 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) propose un protocole permettant, sous conditions strictes, d’éviter l’abattage total d’un troupeau atteint de brucellose. Saisie par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) en septembre 2024, l’agence répond ainsi aux difficultés rencontrées sur le terrain et aux interrogations suscitées par cette mesure sanitaire. Cette alternative reposerait sur l’abattage des seuls animaux infectés, accompagné de mesures sanitaires rigoureuses pendant plusieurs mois, voire plus d’un an. Elle serait réservée aux foyers isolés, comptant au maximum 15 animaux infectés ou considérés comme tels, avec une prévalence ne dépassant pas 15 %. L’éleveur devrait s’engager volontairement dans cette démarche et travailler étroitement avec les vétérinaires, les services sanitaires départementaux et les groupements de défense sanitaire. Nettoyage et désinfection renforcés, interdiction d’introduire ou de sortir des animaux et restrictions concernant les animaux gestants figurent parmi les principales exigences. La réussite du protocole dépendrait également des moyens disponibles dans l’exploitation, notamment pour isoler les animaux lors des mises bas et disposer de stocks de fourrage suffisants. Des précautions particulières seraient nécessaires pour prévenir la transmission à l’être humain, la brucellose étant une zoonose. L’Anses souligne toutefois que cette proposition reste soumise à l’approbation des autorités françaises et européennes. La France conserve son statut officiellement indemne de brucellose bovine depuis 2005, malgré quelques foyers ponctuels, notamment en Haute-Savoie en 2012 et en 2021.

Qu’en est-il de la faune sauvage ?

Le protocole proposé concerne les troupeaux d’élevage et ne saurait être appliqué tel quel aux populations sauvages. Pourtant, celles-ci jouent un rôle épidémiologique important. Dans le massif du Bargy, en Haute-Savoie, la brucellose à Brucella melitensis circule chez les bouquetins depuis 2012. La surveillance et les mesures de gestion y sont adaptées à la situation sanitaire et aux enjeux de conservation de l’espèce. Chez les sangliers et les lièvres, une autre bactérie, Brucella suis biovar 2, persiste également en France et peut contaminer les élevages porcins, notamment en plein air. Pour les bouquetins ou d’autres mammifères sauvages susceptibles d’être infectés, la lutte repose donc sur une surveillance spécifique et des mesures adaptées à chaque espèce et à chaque contexte. L’enjeu est double : limiter les risques de transmission aux élevages et à l’être humain, tout en préservant autant que possible la faune sauvage.


Ces oiseaux qui disparaissent : la France face au déclin de l’avifaune

Comment enrayer le déclin de la biodiversité ? C’était l’un des enjeux de la COP17, organisée du 19 au 30 octobre 2026 à Erevan, en Arménie. Le constat mondial est préoccupant : selon le Rapport Planète vivante 2026 du WWF, la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages suivies a diminué de 73 % entre 1970 et 2022. Attention toutefois : ce chiffre ne signifie pas que 73 % des animaux ont disparu, ni qu’il concerne uniquement les oiseaux. En France, les suivis scientifiques confirment le recul de nombreuses espèces communes. Le bilan publié en mars 2026 par le Service des données et études statistiques, à partir des données du Muséum national d’histoire naturelle, révèle qu’entre 1989 et 2024, l’abondance des oiseaux spécialistes de certains milieux a diminué d’environ un tiers. Ces 59 espèces dépendent d’habitats particuliers, qu’ils soient agricoles, forestiers ou bâtis. À l’inverse, les espèces généralistes, capables de s’adapter à des environnements variés, affichent une légère hausse sur la même période. Cette différence traduit un appauvrissement de la diversité des communautés d’oiseaux. Les oiseaux des campagnes et des zones habitées figurent parmi les plus touchés. Alouette des champs, tourterelle des bois, chardonneret élégant ou hirondelles illustrent les difficultés rencontrées par certaines espèces. Selon l’OFB, les populations d’hirondelles de fenêtre ont diminué de 39 % et celles d’hirondelles rustiques de 42 % depuis 1989. La disparition de lieux de nidification, la raréfaction des insectes et la dégradation des habitats contribuent à ces évolutions. Les pratiques agricoles intensives et le changement climatique font également partie des principales pressions identifiées. Les archives photographiques et les témoignages anciens peuvent aider à mesurer les transformations de nos paysages. Mais ce sont les comptages répétés sur plusieurs décennies qui permettent d’établir scientifiquement les tendances, sans confondre une variation locale avec un déclin généralisé. La situation n’est pas irréversible : les suivis montrent aussi que des populations peuvent progresser lorsque leurs habitats sont protégés et restaurés. Préserver les haies, maintenir des espaces favorables à la nidification, limiter la dégradation des milieux et conserver les ressources alimentaires constituent autant de leviers d’action.


COP17 : après le sommet, la biodiversité toujours en manque de moyens

Deux jours après la clôture de la COP17 sur la biodiversité, le constat reste préoccupant : les États accusent du retard dans la réalisation de nombreux engagements pris pour enrayer l’érosion du vivant d’ici à 2030. La restauration des écosystèmes et la suppression des subventions néfastes à l’environnement figurent notamment parmi les objectifs encore loin d’être atteints. Au cœur des discussions, la question du financement a également révélé des divergences persistantes. L’Union européenne souhaite élargir le cercle des pays contributeurs en faisant davantage participer les grandes économies émergentes. Depuis l’adoption, en 1992, de la Convention des Nations unies sur la biodiversité, le contexte économique mondial a profondément évolué, mais l’obligation de contribuer au financement des actions de conservation dans les pays en développement repose toujours principalement sur les pays développés. Cette volonté d’élargissement se heurte à des résistances. Les États-Unis, qui ne sont pas parties à la convention, ne figurent pas parmi les contributeurs concernés. Le manque de ressources menace les objectifs, alors que les indicateurs témoignent d’un recul de la biodiversité. Selon WWF France, la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages suivies a diminué de 73 % en 52 ans. En France, un tiers des oiseaux communs spécialistes des milieux agricoles, forestiers et bâtis a disparu, selon les données du Muséum national d’histoire naturelle. Trouver de nouveaux financements ne suffira pas si des sommes considérables continuent de soutenir des activités qui dégradent les milieux naturels. Le rapport 2026 du Programme des Nations unies pour l’environnement estime qu’en 2023, les flux financiers néfastes à la nature ont atteint 7 300 milliards de dollars, entre financements privés et subventions publiques. Les investissements consacrés à sa protection restent très inférieurs. En France, un rapport sénatorial estime à 10,2 milliards d’euros les aides publiques et dépenses fiscales défavorables à la biodiversité. Sur la période 2023-2026, 427 millions d’euros ont été alloués à la stratégie nationale pour la biodiversité, bien moins que les 1,09 milliard prévus. Une autre voie consiste à réorienter une partie de ces dépenses vers les solutions fondées sur la nature : restauration des zones humides, préservation des prairies, pratiques agricoles plus durables ou réintroduction d’espèces sauvages. Une étude publiée en octobre 2026 par l’IISD, portant sur 45 évaluations dans 29 pays, estime que chaque dollar investi dans ces solutions génère en moyenne 3,21 dollars de bénéfices. La protection de la nature n’est pas seulement une dépense : elle peut réduire les risques et soutenir les économies.