Pierrick est un habitué des voyages de chasse et a des déjà vécu la grande aventure dans différents endroits du Monde. Il vient donc décontracté, et prêt pour vivre dix jours de chasse, assaisonnés d’une pincée de tourisme et d’un zeste de vacances « détente », sous le soleil africain. C’est ainsi qu’une dizaine d’heures plus tard, après un bon film proposé par Air France et un long sommeil, nous atterrissons sans encombre à Johannesburg, attendus et accueillis par mon père, Christophe Maes, guide de chasse professionnel ACP et gérant de Dima Hunting Africa. Sans attendre, nous voilà dans le Land Cruiser, et roulons en direction du lodge, dans le Limpopo, à deux heures de route. Il fait chaud, 35 degrés car ici, c’est l’été ! Dès notre arrivée, le cocktail de bienvenu est servi. Les vacances peuvent donc commencer. Pierrick propose de débuter par une journée de chasse dès le lendemain, à la recherche d’une belle action, de préférence derrière un bon phacochère. Ce souhait validé, le réveil est programmé pour le lendemain matin, pas trop tôt quand même…

 

Une sortie active

Le lendemain matin, le soleil est déjà haut quand nous prenons notre petit déjeuner sur la terrasse extérieure du lodge. Il fait bon, et le calme, reposant, nous change de la vie parisienne. Pas de stress pour mon chasseur, qui prendcôté c’est différent, car je pense aux préparatifs, à la journée et au séjour de Pierrick. Je ne tarde donc pas à vérifier que tout soit bien prêt dans le 4x4 : carabine, munitions, canne de tir, vestes de pluie, crème solaire, casse-croûte et glacière. Tout est là, bien en place. Le territoire sur lequel nous évoluerons aujourd’hui se trouve à une petite demi-heure de route. Nous serons seuls sur des milliers d’hectares à chercher le phacochère espéré par Pierrick, au milieu d’autres grands animaux, impalas noirs, élands du Cap ou gnous dorés. Nous commençons nos recherches… par scruter l’horizon afin d’apercevoir des animaux, les juger avant de tenter l’approche sur le sujet choisi. Le biotope est composé de petites plaines et autres points d’eau, où les animaux viennent viander et boire. Mais les heures tournent et les phacos restent tellement discrets que nous n’en verrons aucun. Je propose donc à mon chasseur de prélever un jeune gnou bleu, pour la cuisine du lodge et quelques repas de la semaine à venir. Aussitôt dit, aussitôt accepté, et nous voilà maintenant sur les traces d’un troupeau de gnous qui évoluent paisiblement devant nous. Après une magnifique approche sur un petite harde d’une quinzaine d’animaux, la 270 Winchester claque dans le bush. Une balle parfaitement placée pour la venaison, vient de clouer au sol un jeune gnou mâle, et nous assurer un peu de ravitaillement pour la semaine. C’est parfait, car nous n’avions pas le droit à l’erreur, à l’époque où les femelles reproductrices sont gestantes. L’après-midi fut consacré à la bronzette au bord de la piscine. Pierrick est en vacances après tout…

 

Deuxième jour

Le lendemain, nous repartons sur un autre de nos territoires exclusifs, au biotope un peu plus épais, à la recherche d’un gros phaco. Ce n’est pas la bonne saison pour la chasse de cet animal, car les herbes hautes lui permettent de se cacher et de se dérober facilement. De plus, les grosses pluies et les nombreuses flaques lui fournissent de l’eau, ce qui lui permet de ne pas s’approcher des points habituels et de rester très discret. Avec une à deux heures de pluie par jour, la végétation est verdoyante mais extrêmement dense, ce qui complique encore toutes les tentatives d’approche. Mais Pierrick est là pour mériter son gibier, et il va être servi ! Cette fois, mon père nous accompagne. Il connait le territoire mieux que sa poche mais ça ne suffira pas. Après trois tentatives sans résultat, il stoppe le véhicule au milieu du bush et m’indique la direction à prendre, à pied, afin de d’approcher une petite plaine que je ne connais pas. Après de brèves explications, je pars avec mon chasseur et Upsa, la chienne de mon père, rompue à ce genre d’exercice. Nous sommes dans une végétation épaisse et difficile à pénétrer, mais nous avançons doucement et sans un bruit. Pierrick, complètement absorbé par l’ambiance, est devenu un vrai prédateur à la recherche de sa proie. Il a l’expérience et ce petit plus du vrai chasseur d’approche, observant tout, regardant tout, attentif au moindre fait et geste. Quelques petits signes discrets de la main ou un regard plus perçant suffisent pour échanger et se comprendre. Soudain, des grognements rauques attirent notre curiosité. Sans aucune hésitation nous nous dirigeons, après avoir repris le vent, dans leur direction. Ce sont des babouins qui se chamaillent non loin de nous, mais pour quelles raisons ? L’approche est difficile, car ces animaux sont des plus farouches, et considérés comme nuisibles en Afrique du Sud. Ils sont, non pas chassés, mais pourchassés par les locaux, ce qui les rends très méfiants, voire inapprochables. Mais, c’est déjà trop tard… Nous sommes à moins de vingt mètres des primates lorsque deux paires d’yeux sombres, mais vifs, nous fixent. La fraction de seconde avant leur fuite était bien trop courte pour espérer quoi que ce soit. Nous ne saurons jamais ce qui les avait inquiétés avant nous… Je reprends mon orientation et nous repartons vers cette plaine que nous devons rejoindre. Nous voilà tout proche maintenant, mais des impalas nous empêchent d’avancer davantage et de jumeler la totalité de cette place de gagnage. Mais Upsa s’agite et stoppe. Assise devant moi, elle essaie de me faire comprendre qu’il se passe quelque chose d’autre, quelque chose qui la passionne, et ce ne sont pas les impalas…

 

Le coup du lièvre…

Accroupis et très bien cachés dans les branches d’un buisson épineux, je m’empresse de tenir la chienne par son collier pour voir arriver vers nous un magnifique lièvre. L’effronté capucin ne nous a pas vu et s’approche, s’approche encore… La chienne tremble de nervosité, mais ne fait aucun mouvement. Sur qu’à ce moment-là elle aurait quasiment pu le gober ! Mais dés que notre visiteur d’un instant a disparu, Upsa reste tendue, la truffe au vent et, à nouveau, de son regard, me fait comprendre que cet endroit nous réserve encore une surprise. Je m’avance donc discrètement afin d’en voir un peu plus. Effectivement, la chienne ne s’est pas trompée, un grand Koudou grignote certaines feuilles vertes en bordure de cette clairière verdoyante. Son trophée est tout simplement magnifique, avec des cornes épaisses et bien voûtées. Je me retourne vers Pierrick pour lui expliquer la présence de l’animal et surtout la qualité de son cornage. Ce dernier, avec un sourire me questionne « Bon à tirer ? ». J’acquiesce et lui fait comprendre que c’est à lui de décider. Je lui fais signe de s’avancer et de constater par lui-même. Pierrick n’a eu aucune hésitation quand il a vu l’animal. « OK » me fait-il, prêt pour la phase d’approche qui le mettra en meilleure position de tir. Un bon quart d’heure plus tard, mon chasseur est en place, la croix de la lunette de son arme juste derrière l’épaule. Le coup de feu retentit, brisant le calme du bush. L’animal, à environ 70 mètres fait un grand saut sur place, retombe sur ses pattes, titube puis s’effondre. Pierrick sourit, je fais de même. Il n’y a qu’Upsa qui semble déçue de ne pas avoir de recherche et poursuite à faire… Nous étions partis à la recherche d’un phaco, et nous nous retrouvons avec un grand koudou, le roi du bush, pesant près de 300 kg. Quelques bonnes minutes seront nécessaires pour nous faire quitter notre petit nuage et nous ramener sur terre. Il est temps maintenant d’allumer le talkie-walkie et d’appeler les renforts pour débarder le lourd animal. « Allô, allô, phacochère mort… jeune phacochère pour la cuisine… Tu peux venir avec le 4x4, nous sommes dans la prairie ». Puis comme deux gamins nous sourions à l’approche du véhicule. La surprise passée, nous entendons les rires et les félicitations. Un « grey ghost » (fantôme gris), prélevé dans ces conditions, après une approche mémorable, peu de chasseurs l’ont vécu et c’est certain, Pierrick en gardera un souvenir impérissable. Le trophée de 58 inches (148 cm par corne) est exceptionnel. La séance photos se poursuivra jusqu’à la nuit tombante avant de rentrer au Lodge pour fêter cette réussite inattendue.

 

Et la suite…

Le 3ème jour se passa dans la continuité des deux précédents, avec le prélèvement d’un impala noir dans un groupe d’une vingtaine d’individus. Un trophée très désiré par le chasseur. Pierrick prélèvera également un phacochère aux dernières lueurs du jour, et satisfait, s’adonnera le lendemain aux bienfaits de la détente dans la piscine avant une fructueuse sortie sur de petites antilopes destinées aussi à la cuisine du lodge. Les quatre jours suivants, un éland du Cap, un crocodile, un impala, un damalisque, deux babouins, un gnou bleu et un autre phacochère gros porteur seront mis à son tableau, dans le cadre de la gestion du territoire, à l’approche, à pied, par une température supérieure à 30°. Quant aux deux derniers jours, ils furent consacrés à l’initiation au golf, à un safari photographique dans le Parc National Marakele (superficie de 67 000 ha) qui se trouve à une petite heure de route de notre territoire. Nous y verrons de nombreux animaux, dont des rhinocéros, des éléphants et avons profité de la magnifique vue du point culminant du Parc. Le retour en France a sonné quand commençait l’année 2021. Une parenthèse enchantée de dix jours, avant le retour au cœur de la pandémie, en espérant que ce petit récit vous aura fait rêver et oublier, quelques instants, les problèmes actuels.

Dima Hunting Africa