C'était en 2009… Prémonitoire ?

La situation de la Meuse, en matière de sangliers, est catastrophique. Après des enchères folles, les locations ont parfois atteint des sommets qu’il a bien fallu assumer ensuite. Pour garder des actionnaires, qui déboursent plusieurs milliers d’euros chaque année, certains adjudicataires se sont lancés dans la chasse-biseness. De gestionnaires, ils sont passés à éleveurs en liberté, donnant une image détestable de la chasse de ce beau gibier, et génératrice de dégâts insupportables pour le monde agricole. Les excès des uns provoquant l’ire des autres, on est passé dans l’affrontement avec des actes de braconnage massifs, plus honteux les uns que les autres, ou le simple respect de l’animal a été odieusement bafoué. Les associations de protection animale, d’une discrétion coupable n’ont jamais essayé de jouer leur rôle d’empêcheur de massacrer en rond. Lors de la dernière saison, le président Thomas a obtenu un effort significatif, par une augmentation forte des attributions de bagues qui a permis de stabiliser le volume des dégâts au niveau départemental, mais de nombreux abcès restent encore à percer. La Meuse appliquant la mutualisation partielle des dégâts, tout le monde participe au paiement des excès de quelques-uns, et cette situation est devenue intenable pour de nombreuses petites sociétés, victimes collatérales d’un système emballé. A titre d’exemple, l’ACCA de Houdelaincourt, dans le sud du département, chassait deux territoires fusionnés : un massif forestier et le territoire communal. L’augmentation massive du nombre de bagues et de leur prix fait dire à Claude Haim, président de cette ACCA : « Dans l’impossibilité de payer nos bagues, nous avons été obligés de nous départir, l’année passée, des 340 hectares de bois, pour ne garder que le strict territoire communal de l’ACCA. Cette année, nous sommes également obligés de mettre la clé sous la porte de l’ACCA. Les 105 ha de bois qu’elle comprenait étaient répartis à environ 50% sur deux massifs. Sur l’un, nous avons prélevé une moyenne de 3,2 sangliers au cours des dix dernières années, et sur l’autre 1,2 sanglier. Cette année, on nous attribue arbitrairement 27 sangliers, alors qu’ils n’y sont pas…. Et il faut payer les bagues… Je sais que d’autres sociétés sont dans notre situation, alors que rien n’est fait pour résorber les points chauds… On va à la catastrophe… ». Claude Haim et ses amis ne chasseront pas cette année (NDLR 2009) et, après une entrevue avec le Préfet, rendez-vous est pris avec le député Bertrand Pancher pour organiser une rencontrer avec Ministre Borloo. « Comme beaucoup, nous ne sommes pas solidaires de ces dérives que de toutes façons, nous n’avons pas les moyens de payer. »

Dix ans plus tard, non seulement la situation n’a pas évolué, mais s’est encore aggravée localement. A quand des mesures à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui ?

 


 

Pourquoi ne pas combiner Chassadapt au plan de chasse sanglier ?

Nous avons reçu, de Christian Busseuil, cette suggestion plus qu’intéressante, qu’il convient d’étudier en détail. « Mis en place sous l’impulsion de l’Association meusienne des chasseurs de grand gibier, le plan de chasse sanglier est un outil indispensable qui permet, s’il est bien appliqué, la maîtrise des populations de sangliers et son corolaire, les dégâts qu’ils commettent. Mais la mécanique actuelle repose sur une évaluation annuelle des populations de suidés, et qui plus est, à la période de l’année qui ne permet pas d’évaluer l’importance des naissances, et d’en déduire le prélèvement possible. Cela est assez lourd et souvent, en périodes sensibles, manque de réactivité. Par exemple, dans l’ACCA que je préside, une compagnie de sangliers s’en donnait à cœur joie dans un champ de maïs. Pour ne pas risquer un dépassement de plan de chasse lors de la battue qui se préparait, j’ai fait une demande d’attribution complémentaire… qui est arrivée le lendemain de la récolte du champ. D’où l’idée d’utiliser une application géniale, que les chasseurs ignorent trop souvent : ChassAdapt. Puisqu’elle permet d’enregistrer instantanément les prélèvements, avec la date, l’heure et la géolocalisation, pourquoi ne pas utiliser ce système en l’adaptant au plan de chasse sanglier, en complément de l’existant ?

- La demande de plan de chasse et les attributions restent inchangées et après le paiement à la FDC des dispositifs de marquage, le crédit d’animaux à prélever est activé sur l’application ChassAdapt. Les prélèvements effectués deviennent donc déclaratifs.

- Dans le cadre d’une politique de réduction des populations, les dépassements deviennent alors possibles dans les secteurs à trop forte densité, dès lors que la déclaration en temps réel est réalisée. En fin de saison, il n’y a plus qu’à envoyer la facture complémentaire au détenteur du plan de chasse, pour solder le compte.

Il faudrait bien évidemment adapter l’application pour que le chasseur qui a réalisé le prélèvement puisse l’enregistrer instantanément sur place, avant qu’il ne soit validé par le détenteur du plan de chasse. Ainsi, les autorités qui ont un accès permanent à l’application, auraient l’état des prélèvements réalisés en temps réel.

 


 

Les sangliers de la discorde

Pièces à conviction ne nous a pas livré, hier soir, un match nul, mais, une fois n’est pas coutume, un échange courtois et d’excellente tenue entre le président de la FNC, Willy Schraen, et Loïc Dombreval, député de la 2e circonscription des Alpes-Maritimes, président du groupe parlementaire « Condition Animale », et vétérinaire de métier. Les trois-quarts de l’émission portaient sur la présentation du sujet, avec des témoignages qui commençaient dans un camping du Var, finissaient par le sabotage de miradors par un groupuscule de casseurs, plus idéologistes qu’écologistes, aux idées qui montrent une méconnaissance totale de la problématique du grand gibier. Entre temps, on a pu entendre un agriculteur excédé par les dégâts, frôlant sans trop l’accabler l’agrainage qui laisse encore la place au nourrissage, les expertises, un semblant de table ronde entre les représentants d’une FDC et du monde agricole, puis une partie de chasse dans une société, l’enquête d’agents de l’OFB sur un élevage clandestin de deux laies d’une quarantaine de kilos chacune, du tir de nuit illégal effectué par des agriculteurs, et l’intervention de Bérangère Abba, secrétaire d’Etat, bien consciente de la nécessité de la chasse. Vint ensuite, au cours des 17 dernières minutes, le face à face attendu entre Willy Schraen et Loïc Dombreval. Le défenseur de « Condition Animale », pas anti-chasse, ni anti-chasseur a-t-il bien précisé, rappelait quelques « marronniers » qui couvrent encore les territoires de chasse : les croisements qui avilissent les animaux qui en sont issus, l’élevage, les lâchers clandestins. Pour Willy Schraen, les arguments développés sont comme l’Arlésienne, et le problème de la prolifération de sangliers n’est pas franco-français, mais mondial. Si les chasseurs français ont déboursé 77 millions d’€ pour indemniser les agriculteurs l’an passé (et probablement 90 M€ cette année), les dégâts ont coûté 11,5 milliards de dollars aux Américains pour un animal qui n’intéresse même pas les chasseurs de ce pays. Le réchauffement climatique a supprimé les hivers rigoureux et la mortalité qu’ils entrainaient, et les méthodes culturales ont favorisé les couverts et l’abondance de nourriture pour un omnivore qui n’est pas contraint lui, de faire ses petits à la période la plus favorable de l’année. A cela, il faut considérer la baisse du nombre des chasseurs et le fait que, « mais nous respectons le droit de propriété » a bien martelé Willy Schraen, entre 25 et 30% du territoire national ne sont plus chassables, créant ici et là des ilots de quiétude que les animaux mettent vite à profit. « Aujourd’hui, a précisé le président de la FNC, les jeunes chasseurs sont demandeurs de petit gibier et là, nous n’avons rien à leur offrir… Nous devons redynamiser la chasse… ». Loïc Dombreval, en phase avec Willy Schraen sur le réchauffement du climat et la modernisation de l’agriculture dans les grandes plaines céréalières, pense cependant que les chasseurs sont co-responsables de la situation et ne font plus « le job ». Quant aux dégâts, il les territorialise puisque, a-t-il dit, « 80% sont commis sur 15% du territoire ». En regrettant un manque de dialogue entre les parlementaires et les chasseurs, il suggéra quelques pistes pour tenter de remédier à la situation : supprimer les élevages, interdire le nourrissage, appliquer des sanctions dissuasives, peut-être même piéger les animaux. En revanche, il était beaucoup plus circonspect sur la contraception, et on percevait là, la réflexion du vétérinaire, sensibilisé aux problèmes de la génétique. De cet échange de haute tenue, il faut retenir cette bonne nouvelle : « la chasse est nécessaire et ne peut être remise en cause, compte tenu de l’ampleur de la tâche » et ce souhait sous-entendu : « pratiquez-là, faites le job, mais faites-le proprement… ». 

JFG

 


 

Plan de bataille en Meuse

Lors de la réunion « dégâts de sangliers » que nous avons tenu juste avant le premier confinement, le 12 mars dernier en Meuse, quelques évidences sont remontées à la surface… Je crois que nous avons tous contribué au problème qui nous réunit aujourd’hui, et qui est révélateur d’une chaine de disfonctionnements. Le sanglier est un animal extraordinaire qui galvanise toutes les passions et, comme tout ce qui est passionnel, il est difficile d’éviter excès et démesure. Dans l'antiquité, la démesure (hubris en grec) était considérée comme l'un des pires péchés, et encourait une punition divine…).

1°) La notion de massifs

Selon l’ONCFS, aujourd’hui OFB, le sanglier montre une grande sédentarité. Ainsi le domaine vital des mâles est généralement plus vaste que celui des femelles et, en France, la littérature fournit des estimations variables en fonctions des types d’habitats fréquentés, allant de 500 à 3000 hectares, quel que soit le sexe de l’animal. Tout le monde sait ici que quelques dizaines d’hectares, avec une paire de coupes un peu épaisses, tranquilles et bien agrainées suffisent à fixer une bonne compagnie. La notion de massif, mentionnée dans le schéma départemental, est très administrative et artificielle. Elle pouvait se justifier avant l’utilisation de l’informatique, mais les moyens actuels la rendent obsolète et permettent des approches beaucoup plus fines. Elle n’est donc plus appropriée et ne répond plus à rien de pertinent. Compte tenu de l’observation mentionnée ci-dessus, affirmant que « le sanglier montre une grande sédentarité », c’est au territoire de chasse que doit être appliquée la gestion et la responsabilisation du sanglier.

2°) La qualité de chasse

Les populations de sangliers ne sont pas uniformément réparties sur le territoire départemental. Là aussi, le schéma départemental cynégétique définit de façon précise les zones dites maitrisées, celles à surveiller, et les points noirs. Ce sont précisément ces points noirs qui posent problème et nous préoccupent. L’écrasante majorité des chasses meusiennes se situent dans les deux premières catégories, et permettent une chasse de qualité, qui, avec des prélèvements raisonnables qui tournent autour de 7/8 animaux par tranche de 100 ha. Ce chiffre semble faire consensus entre le monde agricole et celui de la chasse. Le chasseur, gestionnaire de l’environnement, est un moteur de la biodiversité, mot à la mode, qui s’applique nécessairement au territoire dont il a la responsabilité. Dans les « porcheries », on observe un appauvrissement manifeste de cette biodiversité, avec, comme corollaire, et personne ne pourra le contester, une augmentation du risque sanitaire, comme dans tous les cas de concentration animale.

3°) Les dégâts 

Ils sont devenus insupportables, et imposent d’appliquer des mesures pour les réduire en les ramenant à un niveau acceptable par la profession agricole, tout en conservant une qualité de chasse, conforme aux recommandations du SDC. Deux cas de figure se présentent :

- Les dégâts sont occasionnels et peuvent être la conséquence d’une erreur de gestion ou de l’implantation d’une culture particulièrement attractive, ou les deux. Dans ce cas, une mise en garde sera adressée à l’adjudicataire avec obligation de régler le problème dans un délai de 2 ou 3 ans.

- Les dégâts sont installés, sans amélioration depuis de nombreuses années, et les prélèvements dépassent de façon chronique les objectifs fixés par le schéma départemental. Ils traduisent alors soit l’incapacité de l’adjudicataire à gérer son territoire, soit une filouterie à la mutualisation. Dans les deux cas, l’adjudicataire doit être directement appelé en responsabilité, et une série de mesures doivent être appliquées simultanément. Elles toucheront : le prix des dispositifs de marquage, qui n’intégreront plus de bagues à prix réduit ; l’agrainage et son interdiction ; le montant de la taxe à l’hectare qui doit augmenter proportionnellement au montant des dégâts ; une contribution directe au règlement des dégâts en faisant diminuer année après année leur mutualisation (1ère année : 80 % de mutualisation, le reste à la charge directe de l’adjudicataire ; 2ème année : 40 % de mutualisation, le reste à la charge directe de l’adjudicataire ; 3ème année : 20 % de mutualisation, le reste à la charge directe de l’adjudicataire.   

4°) Enfin, si le problème perdure

- résiliation du bail,

- remise à niveau par battues administratives,

- remise en location, en écartant l’ancien adjudicataire incompétent ou filou.

Et aussi, ne pas oublier, dans cette chaine d’irresponsabilité, notre fédération et l’ONF.

Au niveau de notre FDC

- Quand on est élu, quand on a participé à l’élaboration du schéma cynégétique départemental, qui considère qu’un prélèvement de 7 à 8 animaux aux 100 ha est raisonnable, et qu’on l’explose, peut-on encore être considéré comme un responsable cynégétique représentant les chasseurs ?

- L’omerta, sur les problèmes de dégâts n’est plus supportable. Communiquer en temps réel sur le niveau des dégâts, les décisions prises, tant au niveau des chasseurs qu’au niveau de leurs administrations, et en permettre le suivi par tous doit devenir une règle..

Au niveau de l'ONF

- L’ONF est un acteur important, pour ne pas dire prépondérant, dans l’attribution des plans de chasse, et profite en même temps du montant des locations. Est-il normal que les loueurs forestiers profitent d’un prix de location en relation directe avec le montant des dégâts, sans être le moins du monde en responsabilité ?  Comme personne ne pourra nier le lien direct qui existe entre le prix des locations et la densité de sangliers, on comprendra rapidement ou est l’intérêt de l’Office dans cette histoire. Juge et partie, nous avons ici un conflit d’intérêt qu’il faut dénoncer. L’ONF doit être appelé en responsabilité dans ce domaine, et il est urgent de réformer le mode de location des chasses, pour ne plus permettre cet état de fait.

Enfin, il faut autoriser la chasse du sanglier sur les terres agricoles sans limitation, en tout temps, toutes heures et tous lieux, et par tous moyens légaux.

Pour conclure

Dans tous les cas et en préalable, sortir absolument du carcan administratif des massifs en le remplaçant par la notion plus objective et plus responsabilisante de « territoire », avec un double objectif :

- garantir une qualité de chasse avec des populations qui permettent des prélèvements conformes au schéma départemental, la biodiversité étant mise à mal dans les porcheries, avec une augmentation du risque sanitaire,

- supprimer les points noirs par l’application des mesures proposées ci-dessus. Depuis le temps que ça dure, ne pas dire que c’est impossible sans avoir essayé ! Président d’ACCA faisant partie des « cons » qui payent, comptez sur moi pour ne rien lâcher dans cette histoire.

Christian Busseuil (réunion FDC 55, Chauvoncourt 12 mars 2020)

 


 

Dégâts de gibier : la faillite à nos portes…

C’est peut-être encore un peu tôt pour l’affirmer, car il y encore quelques réserves financières bien cachées au fond d’un tiroir dans quelques FDC, mais la situation empire de jour en jour, avec peu d’espoir de rétablissement. Bref, la faillite guette et les grandes manœuvres ont commencé… Ne cherchons pas les responsabilités, le président de la FDC de Haute Marne les énumère dans un courrier qu’il vient d’envoyer à tous les chasseurs de son département. Aujourd’hui, et après quarante ans de dérives, les solutions qu’il faudrait appliquer sont connues, mais comme dans bien d’autres domaines, un peu (trop) de démagogie freine leur application. Est-il trop tard pour renverser la vapeur ? Oui affirment certains présidents de FDC sans aucune hésitation. Non, soutiennent d’autres qui ont encore l’espoir de redresser une situation au bord du gouffre. Deux problèmes majeurs émergent : celui de l’abondance du gibier, et son antinomie, la baisse du nombre de chasseurs… Malheureusement, et compte tenu de l’évolution des mentalités, la diminution du premier va accélérer la disparition du second. Alors à quand la mise en application du remède souverain ?

JFG

Le courrier que le président de la FDC 52 a adressé aux chasseurs de son département

 


 

Manque d'anticipation

Vous soulevez à bras le corps un sujet national : les dégâts de gibier. Nos présidents ont totalement manqué d'anticipation en faisant des « usines à cochons » alors que bien des professionnels de la chasse des services techniques ont annoncé, dès les années 2008/2010, les risques de cette politique incontrôlable. Résultat évident : sangliers trop nombreux = dégâts insupportables que les chasseurs doivent payer. Mais il faut dire qu'ils ont encouragé cette politique et l'encouragent encore, même certains chasseurs aux chiens courants, le comble ! Nos présidents ont perdu cet état d'esprit de leurs pairs qui voulait que l'on gère la fédération en bon père de famille, sans intérêt particulier et surtout en excluant tout intérêt politique. Est-ce toujours le cas de nos jours ? Permettez-moi d'en douter… Une seule solution : diminuer drastiquement les populations de sangliers sans l'avis des chasseurs. De toute façon, ils ne pourront bientôt plus payer la facture, car leur nombre diminue dans presque tous les départements. Demandez les chiffres aux services des permis, vous comprendrez mieux... Bon courage à tous car il y a du travail sur la planche des chasseurs… dont je fais partie.

M.B.

 


 

L’avenir de la chasse du sanglier dans le midi

Il y a une vingtaine d’années, dans de nombreux départements, le sanglier était rare et la « chasse traditionnelle » maintenait cette espèce à un niveau raisonnable. Certaines « chasses privées » (surtout en Espagne voisine), ont recherché les moyens à mettre en œuvre pour faire augmenter les populations de suidés, afin d’en tirer bénéfice. A savoir : - ne pas tirer les animaux au-dessus de 50 Kg ; - préserver les laies ; - réaliser des aménagements sur les territoires avec des points d’eau, souilles, lieux de quiétude, nourrissage intensif ; - et bien sûr pratiquer des introductions massives de sangliers d’élevage. Ces mesures ont eu un effet très rapide. L’espèce s’est reproduite au-delà des espérances des détenteurs du droit de chasse, très satisfaits des résultats. Ils ont continué dans cette politique sans en mesurer les conséquences et surtout sans gérer l’abondance. Les propriétaires privés, détenteurs du droit de chasse, ou institutionnels en France (ONF en particulier) ont très vite compris que la croissance exponentielle des populations de sangliers pouvait apporter un revenu complémentaire à celui de la forêt. C’est ainsi que, très rapidement, les prix des adjudications et des locations de baux de chasse se sont envolés d’une façon effrayante. Mais, quand un locataire de chasse loue à prix exorbitant le droit de chasse, il veut trouver sur le terrain une quantité de gibier correspondant à sa mise de fonds, capable de satisfaire ses actionnaires, plus tireurs que chasseurs. Il est aussi obligé de trouver des partenaires de chasse capables de le suivre financièrement, et ce ne sont pas toujours des gens du pays ! Il doit même proposer parfois des « guides de chasse », comme en Afrique. Très rapidement, l’adjudicataire est donc amené à trouver des solutions pour limiter les dégâts aux cultures voisines, mais surtout empêcher que « ses » animaux s’égarent sur les terres voisines. Il va alors poser des clôtures pour entourer « sa » forêt. Mais les bêtes noires, se trouvant en surnombre dans un espace trop petit, l’adjudicataire se trouve alors confronté à tout un tas de risques sanitaires (on l’a vu avec la peste porcine venue d’Espagne). Il est bien évident que si ces situations perdurent, la nature prendra rapidement le relais pour réguler sans ménagement ces populations artificielles, afin de revenir à un équilibre. N’oublions pas que, tout propriétaire d’un bien rural ou forestier, se doit de réguler les espèces pouvant provoquer des préjudices aux propriétés voisines, faute de quoi, il peut être tenu pour responsable, civilement et financièrement, des dommages causés. Généralement et jusqu’à présent, les dégâts commis par quelques gestionnaires de chasse irresponsables sont pris en charge par les FDC, qui malgré le règlement des préjudices occasionnés, se voient régulièrement attaquées, à juste raison, par des associations de défense, agricoles, sylvicoles ou forestières. Il est bien certain, désormais, que pour faire baisser des populations, il faudra appliquer la formule inverse à celle qui a permis leur augmentation, ce qui veut dire, prélever dans toutes les classes d’âge, sans vouloir épargner les adultes reproducteurs, et… interdire les lâchers et les agrainages.

J-P.M.

 


 

La fin du système ?

Compte tenu de la moyenne d’âge des chasseurs d’aujourd’hui, dans cinq ans, 250 000 d’entre nous auront raccrochés, remplacés « seulement » par un peu plus de 100 000 nouveaux… si les conditions de renouvellement se maintiennent au niveau actuel. Derrière ces chiffres, se cache la gestion indispensable de la faune sauvage, quoi qu’en disent nos adversaires, et le financement des dégâts causés par le grand gibier. Au terme de la saison de chasse 2019/2020, partout en France, jamais il n’est resté autant de sangliers. L’abondance de nourriture, la clémence de l’hiver et du printemps ont encore favorisé la reproduction, toujours encouragée par la protection des femelles. Les marcassins ont, tous ou presque, survécu, et sont venus renforcer les effectifs, créant ainsi des compagnies que l’on n’avait encore jamais vu chez nous par le passé. Les FDC, dans une conjoncture économique défavorable, doivent donc faire face à ces deux problèmes : l’augmentation des dégâts à payer aux agriculteurs, et la baisse du nombre de chasseurs.

- Continuer à payer les dégâts

Renoncer à indemniser les agriculteurs et revenir au droit d’affût revient à ouvrir la boite à problèmes. Cependant, il faut bien faire la différence entre les chasses du sud de la Loire, majoritairement en ACCA, où les secteurs sont vastes et les chasseurs à bout de souffle, car ils sont quasiment dans l'obligation de chasser trois, voir quatre jours par semaine pour réguler les bêtes noires. En revanche au nord de la Loire, les chasses sont souvent de petites ou moyennes surfaces, et les fortes densités relèvent de la volonté des adjudicataires. Or, entre subir et provoquer, il n'y a aucune différence, il faut payer. Est-il logique de mettre dans le même panier, les adjudicataires de surfaces importantes, qui peuvent créer volontairement des surdensités, et des adjudicataires de petites surfaces qui subissent, plus qu’ils n’en profitent, les excès d’animaux, au point, aujourd’hui, de ne plus pouvoir faire face aux charges financières ? Il y a sans doute là une péréquation à trouver…     

- Réduire drastiquement les populations de sangliers

Gibier de base de la chasse française, le sanglier est facile à faire naitre, mais présente l’inconvénient d’être irrégulier dans sa reproduction. D’une année sur l’autre, il est difficile de faire les estimations qui seraient indispensables, pour correctement attribuer les plans de chasse de la saison à venir. Il y a donc un décalage, qui nous amène à ces prélèvements en dents de scie, avec des pics de dégâts coûteux à indemniser. Il existe quelques grilles d’estimations prévisionnelles et peut-être pourrait-on s’en inspirer au moment des attributions…

- Maintenir les animaux en forêt

C’est sans doute là, la meilleure réponse aux questions posées. Quelques solutions ont été testées, sans doute pas suffisamment puisqu’aucune d’elles n’a fait l’objet d’une attention particulière et a été retenue (cultures, bandes forestières, répulsifs, attractifs, semis conditionnés… ). C’est, à mon avis, la piste qu’il faut privilégier, n’en déplaise aux forestiers, auxquels il faut quand même rappeler qu’ils louent leurs fonds pour la chasse, et que l’on ne peut avoir l’argent du beurre sans le beurre…

C.J.